Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 15:18

Difficile de faire un "programme" cohérent... Mais je vais jeter quelques idées personnelles sur l'enseignement supérieur et la recherche. Personne ne me l'a demandé, mais cela fait du bien de se confronter à la réalité de ce qu'on penserait vraiment pertinent. 

 

 

Mon affiche de campagne

Mon affiche de campagne

 

On va faire du plus utopique au plus concret.

1 - Bon, déjà je pense qu'il faudrait investir massivement dans l'ESR. Après tout, 3% du PIB, la stratégie de Lisbonne, ça a presque 20 ans maintenant, et on est toujours à 2.25% ou quelque chose comme ça. Mais la, il est à craindre que ça ne soit pas pour demain même si c'est la priorité de tout le monde en théorie, dans la pratique ça ne l'est jamais (l'Allemagne est à 2.9). 

2 - Je pense que pas mal d'emmerdes actuelles viennent de la dualité Universités - Grandes Ecoles. A l'Université l'enseignement de masse sans sélection et la recherche, aux grandes écoles l'enseignement hyper sélectif (et, hormis quelques exceptions notables, peu ou pas de recherche). Je n'ai pas d'idée claire sur la façon dont tout pourrait être remis à plat et que cela soit satisfaisant, mais je suis désormais à peu près convaincu que cette dichotomie de 2 siècles n'a plus vraiment de raison d'être. Cela dit, je pense que j'aurai le temps de mourir avant que quoi que ce soit change (le lobby des classes préparatoires et des grandes écoles est un peu plus puissant que celui des universitaires). 

Il y a aujourd'hui probablement trop d'universités en France. 2 centres régionaux (un peu plus pour Paris) semblent un bon compromis (on passerait donc de plus de 80 à une trentaine). Pour cela il faudrait un programme de logements sociaux et de bourses ambitieux.

Il faut aussi une vraie rationalisation de l'offre de formation: éviter les masters très similaires dans un même centre, éviter les masters avec 5 étudiants et/ou tournant grâce au recrutement d'étudiants dont la formation initiale est faible ou mal connue (voir point 3).

2 bis - on pourrait avoir la même réflexion avec le CNRS. Création d'un statut unique avec 128 HED ou 96 HED pour tous? (Il y a en gros 60000 EC pour un peu plus de 10000 chercheurs dont une bonne partie enseigne déjà: autant dire qu'avec l'augmentation des effectifs étudiants annoncés, il va falloir trouver des heures, d'autant qu'il manque déjà au moins 10000 ETP...).

2 ter - je suis un peu partagé sur les PRAG à l'Université, mais vu qu'il y a des manques importants en force enseignante, avec un grand nombre d'heures assurées actuellement par des vacataires dont le recrutement n'est pas toujours optimisé, et qu'un recrutement massif de 10000 EC ou plus ne se fera pas en 2 ans; vu également qu'il y a de la demande du côté des PRAG, je me dis que les intégrer dans les cours de licence générale n'est pas une mauvaise idée, surtout les jeunes (si l'alternative est de les envoyer contre leur gré en collège ou lycée...).

3 - Je suis pour une forme de sélection, sur dossier (comment la gérer?) par filière à l'Université (à l'entrée en L1 puis à l'entrée en M1, puis pour le doctorat, comme le prévoit le LMD). 

4 - Je suis pour un maintien de la gratuité ou quasi-gratuité des frais de scolarité (cf point 1). Par contre, il ne me semblerait pas déraisonnable de demander aux étrangers de payer des frais de scolarité correspondant au coût réel (donc autour de 10000€). On pourrait imaginer des systèmes de bourse et/ou de crédits d'impôts pour ceux qui ensuite resteraient travailler en France. J'avoue que j'ai du mal à comprendre aujourd'hui la plus-value pour le pays d'étudiants se formant gratuitement et à qui on ne propose ensuite pas d'emplois...

5 - Je pense que la fin de la semestrialisation avec une forme de souplesse dans le suivi des UE, dans le choix des parcours, et l'accumulation de crédits, sur un compte personnel, au rythme choisi par l'étudiant serait une bonne chose. Cela favoriserait aussi la formation continue (on pourrait proposer une formule "à distance"). Par exemple, la licence correspond à 180 crédits ECTS, une UE est en général 3, 4 ou 6 ECTS, et dans le cadre classique, on fait 45 ECTS en un semestre. Rien n'empêcherait d'imaginer qu'un étudiant puisse faire 15 ou 60 ECTS en un semestre (il faudrait probablement définir un minimum et un maximum), et qu'un salarié puisse profiter de ce type de parcours.

5 bis - développement en parallèle de l'apprentissage (dans le secondaire mais aussi le supérieur) et des procédures de validation d'acquis.

6 - Je crois que la fonctionnarisation des chercheurs et enseignants-chercheurs reste une bonne chose. Une revalorisation des grilles serait appréciable. Néanmoins, je pense que l'autonomie des universités est une bonne chose. Maîtrise du calendrier, développement raisonné de certaines disciplines etc. On pourrait imaginer dans cette optique un statut de fonctionnaire territorial. 

6 bis - Suppression du recrutement local (définition du localisme: 3 ans dans le même labo, reset après 2 ans dans un autre labo). Augmentation significative du temps de l'audition (mise en place qui existe déjà parfois d'une partie enseignement), visite du laboratoire obligatoire avant l'audition (financée par les labos). Il faudrait probablement diminuer le nombre d'auditionnés, et pour cela définir des profils plus précis pour le recrutement.  

7 - Il faut redonner des moyens à l'ANR. Probablement revenir aux financements de 2009 voir à 800 millions d'€ ou plus (aujourd'hui, environ 450 millions). L'idée serait que 25% des projets (environ) seraient financés. 

7 bis - passer de 3 à 5k€/C-EC pour les crédits récurrents.

8 - Incitation au développement des ressources propres dans les universités et les laboratoires.  

9 - Je suis pour le maintien de l'HCERES et la mise en place d'une évaluation des EC sur le modèle de ce qui existe au CNRS. Je suis pour la prise en compte de l'avis des étudiants sur les enseignements prodigués.

Je ne suis pas défavorable à la modulation des services. S'il me semble important qu'un EC ou C conserve une activité de recherche au moins a minima (en ce sens, les premiers critères définis par l'HCERES: 2 articles - ou proceedings selon les communautés - sur une période de 4 ans pour les EC, et 4 pour les C, m'apparaissaient plutôt conservatifs), il ne me déplairait pas qu'un certain nombre d'activités "administratives" (même si je plaiderai pour moins d'administratif pour les C et EC) soient mieux reconnues et valorisées (gestion de filière notamment). Rien ne devrait s'opposer à des carrières d'EC "enseignants administratifs" (en faisant la distinction entre les postes de gestion lourde et les postes honorifiques).

10 - Suppression de la qualification (et donc probablement du CNU) et de l'HDR. Un jeune recruté doit pouvoir obtenir une certaine forme d'indépendance en répondant à des AAP dédiés (dans lesquels on ne lui reprocherait plus d'être "trop jeune" ou pas assez "mentoré"). 

11 - Réserver l'accès au CIR aux TPE et PME. Développer les mécanismes CIR d'incitation à l'embauche des docteurs dans le privé. Rebasculement d'une large partie du CIR (celle non affectée au recrutement de docteurs) des grandes entreprises vers le budget de la recherche publique.

12 - Financement des thèses obligatoire. Pour les salariés ou enseignants: possibilité de thèse en 6 ans si décharge à mi-temps. Faciliter les mécanismes de détachement/congés pour effectuer la thèse. Thèse en 3 ans avec 2 réinscriptions max possibles si contraintes spécifiques disciplinaires justifiées. Généralisation des comités de suivi de thèse. Prise en compte des temps caractéristiques de soutenance et du devenir des docteurs dans la promotion des directeurs de thèse.

12 bis - mise en place de collaborations industrie/université (ou d'un meilleur dialogue) par mise en place d'un guichet unique chargé de valoriser les diplômes (le doctorat mais pas que) sur le marché de l'emploi. Cela permettrait aussi de développer le concept de doctorant/conseil. 

13 - Maintien de la loi Sauvadet. 

14 - Rebasculement du personnel administratif des services centraux vers les laboratoires.

15 - Généralisation de la CB professionnelle pour les C et EC.

16 - pas de fermeture budgétaire annuelle.

17 - Simplification des achats: fin des marchés publics et marchés agences de voyage. Mise en place d'un système de déclaration en ligne (fin des ordres papier) pour la déclaration des missions, congés etc.

17 bis - En ce sens, revalorisation de certaines fonctions support dont les grilles actuelles ne permettent que trop rarement sur le long terme des recrutements de haut niveau (par exemple: secrétariat pédagogique, gestion, DSI). On ne peut pas toujours miser sur la bonne volonté ou le sacerdoce.

18 - Généralisation des délégations de signature au directeur de labo ou d'équipe pédagogique.

 

Bon, je suis sûr que j'ai plein d'autres idées et en même temps ce dont j'ai toujours peur c'est que certains points se contredisent, mais ça fera une base pour retravailler.... J'amenderai au fur et à mesure. 

Repost 0
23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 09:45

Je continue ma série sur les étudiants (encore un prof qui les déteste, se diront certains).

 

Je vais revenir sur quelques accrochages survenus (avec, en particulier, des sociologues et des psychologues) sur Twitter alors que je décrivais, me semble-t-il objectivement, des situations réelles. Situations réelles qui étaient donc contestées ou dont on rejetait la faute sur moi (membre de la caste des oppresseurs en tant qu'enseignant, mâle, et blanc).

Je mentionnais quelques cas d'étudiants étrangers qui postulent à une formation sans aucune intention de la terminer, mais dans l'unique but d'être inscrit à l'Université pour faciliter l'obtention d'un titre de séjour, cas qui finissent par se révéler problématiques d'un point de vue de "gestionnaire de filière".

Je ne dis pas que c'est bien ou mal, je dis juste que 1. c'est un fait (de tels étudiants existent, et je peux les comprendre, connaissant un peu le fonctionnement des préfectures à ce niveau), mais que 2. si j'acquiers la certitude (hors de tout doute raisonnable) que la raison de la demande d'inscription est celle-ci en priorité, et que l'étudiant va déserter au bout d'un ou deux mois une fois son sésame en poche, je ne souhaite pas avoir ces étudiants en charge*. Bien sûr, lors des entretiens, personne ne dit clairement qu'il n'a pas l'intention de suivre la formation et que ce qu'il veut, c'est juste être inscrit quelque part. Il y a néanmoins des signaux que l'on apprend à discerner. 

Certains semblaient contester l'existence même de telles motivations (un étudiant est, par essence, toujours motivé, et s'il ne réussit pas, c'est la faute au système universitaire), je peux donc donner quelques exemples personnels:

- j'interviens dans un cadre de formation continue, qui en ce sens ne donne pas accès à un statut d'étudiant (et donc pas au visa correspondant). Dès que l'on précise cet état de fait lors du forum d'informations, la moitié des candidats potentiels disparaît sans demander son reste (et sans poser aucune autre question sur la formation elle-même).

- un copain d'école l'a fait. Ne trouvant pas de thèse et non désireux de devoir repartir chez lui, il s'est inscrit dans un 2ème master (DEA à l'époque), n'est jamais venu en cours et cherchait à la place du boulot/une thèse (qu'il a fini par trouver). C'est sûrement un cas isolé complètement cynique.

- un étudiant l'an dernier, que l'on avait accepté alors qu'il était déjà titulaire d'un master (chose que l'on ne fait pas souvent - voir lien plus haut) a aussi disparu très rapidement (moins de 2 mois). Très subtil, il a candidaté au poste d'ingénieur d'études que notre labo proposait au même moment. Autant dire que sa candidature n'a pas été examinée très avant (sans doute que ce n'est pas gentil de notre part). 

- un autre a fait la même chose, en disparaissant un peu plus tard (environ 1 mois avant la session d'examen du 1er semestre, sans faire le stage donc, et en étant ajourné lors du jury final). Celui là n'a pas candidaté à un poste d'ingénieur chez nous, mais par contre il a submergé l'équipe pédagogique de mails en fin d'année civile, donc 2 ou 3 mois après le jury final. Après avoir disparu de nos radars depuis quasiment 1 an sans aucune justification (autre que "je n'ai pas trouvé de stage alors que pourtant j'ai envoyé plein de candidatures"), il nous demandait urgemment et instamment de l'aider à renouveler son titre de séjour en lui fournissant notamment une "attestation d'assiduité". Il me semble naturel que l'on n'ait pas eu spécialement envie d'accéder à cette requête, dans la mesure où, déjà et principalement, il n'avait pas été assidu. D'autre part, je suis d'avis que quand on joue avec les règles du système, il faut un minimum d'honneur personnel et essayer d'assumer un peu en ne sollicitant pas l'aide de ceux qu'on a, quand même, un peu roulé dans la farine.

Bref, il a insisté, nous a soutenu qu'il avait été présent tout le premier semestre et jusqu'aux examens (les enseignants ont probablement tous perdu sa copie), puis qu'il avait du partir dans son pays d'origine pour raisons familiales, puis qu'il avait été très malade (toutes ces justifications venant, dans la même discussion, et ce 9 mois après les faits, bien sûr: j'ai tenté de lui expliquer que si je m'absentais 9 mois de mon boulot, je devais fournir des justificatifs au début, pas à mon retour). On a fini par lui fournir un bulletin de notes contenant les quelques notes qu'il avait obtenues et signifiant l'absence de notes à partir de janvier et la non-réalisation du stage. Nous n'allions quand même pas lui faire une fausse attestation de présence.

En conclusion, je pense que l'on a été plutôt sympa, mais on m'a expliqué sans rire que cet étudiant était probablement très gêné et affligé de la situation et que notre léger énervement, outre son côté irrationnel, avait quelque chose d'inhumain face à la détresse du jeune homme (qui a quand même pris le temps de nous expliquer qu'il refaisait un master et que ça se passait très bien). Je laisse chacun se faire sa propre idée, mais surtout les collègues qui ont déjà eu à faire à ce genre de situations. 

 

 

*Note: je suis tout à fait prêt à aider des étudiants que j'encadre dans leurs démarches, je l'ai déjà fait pour 1 de mes doctorants et 1 de mes post-doctorants (visite à 7h du matin à la préfecture, intrusion dans les bureaux de la DRH etc). Je le referai sans hésiter. Mais dans le cadre de mes activités d'enseignant, j'essaye de sélectionner les étudiants selon des critères académiques, je ne fais pas de politique ou de militantisme.  

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article
25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 16:37

J'enseigne quelques portions de modules à des étudiants de M1 et de M2 (Pro) dont la thématique principale est la science des matériaux, et qui sont de niveau assez moyen.

J'ai constaté des fortes lacunes

- mathématiques: l'incapacité, par exemple, à faire des opérations simples (addition, division, pourcentage...) s'ils n'ont pas de calculette ou à questionner le résultat donné par celle-ci dans le cas où il paraît complètement aberrant. Ne parlons pas de poser ou encore moins résoudre une équation, une partie non négligeable n'est pas capable d'écrire le théorème de Pythagore (je ne plaisante pas).

- physiques: cela revient à ce que je dis précédemment, mais très peu ont un quelconque recul sur la notion de grandeur physique. Récemment, un étudiant dans une copie d'examen a calculé que la taille caractéristique d'une chaîne de polymère était 10^27 angströms. C'est 1000 fois la distance Soleil-Pluton, ce qui paraît un peu grand pour une taille de molécule. Cet exemple est extrême, mais vraiment, la notion d'ordre de grandeur, ou d'homogénéité sont complètement absente de leurs réflexions.

 

Quand on a un bac + 5 science des matériaux, censé concurrencer un diplôme d'ingénieurs, je trouve ça problématique d'avoir un niveau de mathématiques et de physique de lycéen médiocre. Mais j'ai déjà parlé de ça. Depuis quelques années, je vois une autre lacune qui me semble encore plus problématique: en fait, on a l'impression que les étudiants (pourtant francophones dans leur majorité) ne comprennent plus le français. 

C'est une chose de ne pas savoir résoudre un problème de mathématiques ou de physique parce qu'on ne maîtrise pas l'outil ou qu'on ne parvient pas à faire la mise en équation ou sa résolution. C'en est une autre de ne pas comprendre la question posée.

 

Je vais donner un exemple récent. 

Dans un TD, je demandais si un mélange de composition donnée vérifiait la propriété lambda.

La résolution de la question consistait donc à écrire l'équation permettant de déterminer si la propriété lambda était vérifiée, et à rentrer dans l'équation la valeur de la composition du mélange. On obtenait comme réponse que ça ne marchait pas.

La deuxième question était donc: quelle est la composition limite pour que la propriété lambda soit vérifiée. Dans ce cas, il fallait donc écrire l'équation telle que la propriété soit vérifiée, et déterminer la composition.

Sauf que, tous mes étudiants (7 ou 8, de M2) ont repris pour valeur de composition celle de la première question. Bref, ils n'ont pas compris qu'ici, c'était l'inconnu. 

Je vous avoue que j'en suis resté comme deux ronds de flan et que j'ai eu peine à leur expliquer le problème de leur raisonnement.

 

Je suis encore assez jeune dans le métier, mais j'ai l'impression que cette mauvaise maîtrise du langage est assez récente, et se développe rapidement. Avez-vous constaté la même chose ou est-ce que je m'emballe?

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 21:43

La nature produit du plastique! Tout au moins les briques moléculaires élémentaires permettant de synthétiser certains plastiques, plus précisément des bioplastiques. 

Les plastiques, ce sont ces matériaux extraordinaires, qui pour certains, ont une meilleure résistance mécanique que l'acier à masse équivalente! Ces matériaux dont le Prix Nobel français Pierre-Gilbert De Gênes disait déjà, lors de la remise de son prix à Stockholm en 1992 "le plastique c'est fantastique".

Prenez le PLA (poly(acide lactique)) par exemple: il est fabriqué à partir d'acide lactique. Oui, cette même molécule que vos muscles produisent après un effort. Mais aussi par des bactéries se nourrissant de déchets alimentaires. Ce plastique possède, outre des propriétés extraordinaires (son module d'Young est de 3 GPa...), la capacité d'être biodégradable. On peut donc récupérer in fine les briques élémentaires du matériau et recommencer indéfiniment son cycle de production. Plus de sacs plastiques tels que je peux les voir abandonnés le long de la plage ou enfoncés dans la gorge d'une majestueuse tortue marine lors de mes séjours à San Francisco ou Pékin.   

Aujourd'hui, les sacs plastiques, les gobelets ou les assiettes de pique-nique recyclables à l'infini, mais demain, les ailes d'avion, les hyperbarrières du futur ou les nouveaux "drug delivery controlled released systems" pour les antibiotiques "quorum sensing disruptors"?

Imaginez: la nature, et l'Homme lui-même, fabriquent sans le savoir ces constituants indispensables du matériau du futur? Pourtant, aujourd'hui, que fait-on quand on a une crampe, à part se reposer et boire beaucoup d'eau? Rien! Que font les chercheurs quand ils ont une crampe au cerveau: ils vont boire un café! 

Alors que la valorisation de cet acide lactique, qui a conduit à la publication de 8762 brevets depuis une demi-douzaine d'années, pourrait se chiffrer à plusieurs de centaines de milliards de dollars! Et pourquoi ne pas imaginer du "genetic engineering" sur les bactéries pour produire à façon, non l'acide lactique, mais directement le PLA?

 

 

Ce petit texte parodique (encore que) des chroniques de l'hyper-docteur du Point, chercheur affilié au CNRS, à Stanford, Centrale et Polytechnique, reprend les mêmes "codes": quelques points globalement corrects, souvent des banalités présentées sous un jour extraordinaire, erreurs factuelles, approximations grossières, chiffres sortis du chapeau (surtout, jamais de sources, on a la science infuse), name-dropping et anglicismes à foison, imagination débordante pour ne pas dire délirante, et remise en cause plus ou moins directe du travail des chercheurs.

Repost 0
12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 16:27

Je chante presque tous les soirs à ma fille, depuis 2 ans, quelques chansons pour l'endormir. Mais soyons franc, je me refuse à lui chanter "Au Clair de la Lune" ou "Meunier tu dors". Alors, j'ai opté pour quelques chansons "douces" issues de la pop, du rock ou même, du métal.

Petit florilège du top 7, si ça peut donner quelques idées aux nécessiteux:

 

Ma fille a récemment dit alors que je l'écoutais "le monsieur chante la chanson de papa pour dormir!". Un petit bonheur, même s'il m'a fallu rétablir la vérité...

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Musique La vie de Mix
commenter cet article
7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 11:13

Depuis un an, nous avons une nouvelle secrétaire pédagogique, après être restés quasiment un an sans personne. 

L'ancien secrétaire pédagogique n'était pas intrinsèquement incompétent, mais il détestait son travail, l'institution à laquelle il appartenait, les autres administratifs et l'équipe enseignante (en mode "tous des cons"). Sur son bureau on pouvait voir des ouvrages de sociologie avec des titres tels que "la désobéissance au travail", "l'anarchisme dans la vie professionnelle", ce genre de choses. Bref, il ne respirait pas le bien-être et annonçait à peu près la couleur: s'il faisait à peu près les choses (très) simples (poster le courrier ou réserver des salles), il ne fallait rien lui demander de plus compliqué: dans ce cas là au mieux il ne faisait pas, au pire il "sabotait". Le chef d'équipe pédagogique, malgré de nombreuses qualités, n'a pas vraiment celle de bien gérer les ressources humaines récalcitrantes, et donc on était dans une sorte de statu quo pourrissant depuis quelques années.

Bref, le secrétaire a fini par réussir un concours ou une mutation, je ne sais plus trop. On ne peut pas vraiment dire qu'on l'ait regretté. 

Pendant un an, on a donc fonctionné sans personne, ce qui, malgré le peu qu'il faisait, était assez pénible.

Nous étions donc plutôt heureux d'accueillir une nouvelle secrétaire pédagogique. A priori sans expérience du job mais il faut quand même admettre qu'il n'y a en soi rien d'extrêmement compliqué à comprendre. Il faut par contre beaucoup de rigueur, d'organisation, de la réactivité et de l'écoute. Et savoir se servir d'une boîte mail et d'Office.

La nouvelle arrivante, diplôme bac+4, passage dans des lycées en tant que CPE si je me souviens bien, dynamique, fait plutôt bonne impression.

Hélas nous allons vite tous déchanter. Il se trouve que le dynamisme est ici plutôt une forme d'agitation sans but ni résultat concret que l'on peut observer parfois dans une situation de panique extrême. Sauf qu'ici, cet état est permanent.

 

1. Elle s'avère incapable d'écouter. Quand tu lui expliques un truc en fait au bout de 2 minutes c'est elle qui te raconte sa vie. Sur 1h, tu parles 10 minutes, et sur ces 10 minutes, rien n'est imprimé. Elle ne prend jamais de notes non plus. Donc au bout d'un an, elle n'est toujours pas autonome pour régler les questions "basiques", par exemple d'aiguillage des étudiants.

2. Elle est incapable de saisir l'importance d'un calendrier: elle a transmis l'emploi du temps d'une formation aux intervenants extérieurs 2 semaines avant le début de celle-ci alors qu'il lui avait été fourni 3 mois avant. Nous avons perdu au moins 2 intervenants extérieurs, qu'il a fallu remplacer en extrême urgence.

3. Comme tous les procrastineurs elle va faire des choses absolument non urgentes ou très facultatives au détriment des choses pressées: dernièrement, elle nous a imprimé toutes les fiches de présence de telle UE jusqu'à fin février, par exemple. Ou alors, elle se déplace en personne pendant nos cours pour faire émarger plutôt que de nous laisser les feuilles. Ou encore, s'inquiéter que les étudiants n'aient pas trouvé de stage (censé débuter en mars) alors qu'elle n'a toujours pas trouvé le temps de leur envoyer l'emploi du temps annuel de la formation alors que nous sommes mi-novembre.

4. Comme tous les procrastineurs elle est toujours absolument débordée, et passe ainsi beaucoup plus de temps à expliquer pourquoi elle n'a pas encore pu faire telle chose urgente que le temps qui serait nécessaire pour le faire (par exemple, le suivi des absences sur un site web dédié, affaire de 5 minutes par mois, a engendré déjà 3 conversations de 20 minutes sur le manque de temps disponible pour effectuer cette tache, qui hélas, conditionne les reversements du centre de formation d'apprentis). 

5. Elle ne maîtrise absolument pas l'outil informatique: elle n'a toujours pas installée de boîte mail et fonctionne avec le webmail extérieur qui n'a que 50 Mo de capacité. Pour un secrétariat, c'est problématique. Sa messagerie a été déjà saturée 4 ou 5 fois en un an.

6. Il faut tout demander 40 fois, et il faut toujours tout vérifier puisqu'il y a en gros une connerie par action: mails envoyés aux mauvaises personnes, salles réservées le mauvais jour etc. Tout, même le plus simple, lui paraît compliqué. 

 

Mais rassurons-nous, elle a réussi le concours (je préfère ne pas savoir en quoi cela consistait exactement), et est donc désormais fonctionnaire stagiaire. Elle va donc rester avec nous probablement quelques années. Pour l'instant, on ne note aucune amélioration notable. On ne sait pas vraiment non plus ce qu'il est possible de faire (le chef d'équipe a déjà lâché l'affaire), de même qu'on a du mal à expliquer "rationnellement" tant d'incompétence (contrairement au précédent). Pour un autre collègue, il y a une forme de "pathologie" dont le traitement profond ne peut être qu'extrêmement long*. Quoi qu'il en soit, bientôt, elle va devoir s'occuper de nos fiches d'enseignement prévisionnelles: on a peur.

 

 

* j'avais bien rigolé quand le collègue avait souligné (un peu pour plaisanter mais pas entièrement) le rôle social de l'Etat, seul à pouvoir employer toutes ces personnes aussi manifestement inemployables...

Repost 0
8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 11:26

Bref compte-rendu d'une visite de début d'automne à la Dame de Pic, le restaurant parisien (mono-étoilé) d'Anne-Sophie Pic, tout le monde n'ayant pas les moyens d'aller visiter la maison-mère (triple-étoilée depuis 3 générations) à Valence, surtout lorsque décision de se faire un gueuleton est prise une semaine à l'avance.

 

A l'ouverture, je n'étais pas vraiment tenté, notamment car le concept proposait me semblait hautement pompeux (construction d'un menu autour d'odeurs et de parfums que l'on vous faisait renifler). Le concept à fait long feu et on est revenu à un format plus standard qui m'inspire plus confiance. De façon générale, je reste toujours assez froid à l'idée qu'un restaurant doit proposer un "concept". "Bien manger", ça me semble le concept nécessaire et suffisant pour que ça fonctionne bien. 

 

Le restaurant est situé dans le 1er arrondissement (20 rue du Louvre, site web), entre les Halles et Louvre-Rivoli, à deux pas de Yam'Tcha, autre restaurant étoilé dont le chef est une femme.  

On passe un peu devant la devanture du restaurant sans s'en apercevoir, avec un petit côté showroom de créateur de mode. Un couloir sobrement éclairé longeant les cuisines conduit à la salle. C'est décoré de façon assez moderne, plutôt sobre, beaucoup de blanc, pas vilain mais un peu neutre. 

Côté clientèle, c'est assez varié, quelques beautiful people (pas bling-bling non plus), des touristes, des couples.

 

La carte propose 4 entrées, 3 poissons, 3 viandes, 1 fromage, 4 desserts. On a le choix entre deux menus, l'un avec 2 entrées, 1 poisson ou 1 viande, 1 dessert pour 105€, l'autre avec 2 entrées mais poisson et viande, 1 dessert pour 135€. Le fromage est en supplément (15€).

A deux, on peut donc goûter presque toute la carte avec le grand menu. Nous choisissons finalement celui à 105€ qui s'avérera suffisant pour notre appétit du soir.

 

Il semble que les produits de base des plats proposés changent assez peu souvent, mais les recettes autour de ces produits principaux évoluent plus régulièrement (le menu affiché ce jour est très proche de celui affiché il y a un mois).

Je n'ai pas consulté la carte des vins mais simplement la liste des vins aux verres qui est assez intéressante (en gros 5 blancs et autant de rouges avec des choses sympathiques comme du Condrieu ou du Côte-Rôtie si je me rappelle bien, autour de 20€ le verre).

Niveau amuse-bouche, mignardises et entremets c'est assez calme et sans intérêt, il faut l'admettre (une petite eau de tomates, le truc plus vu depuis 2008 dans un restaurant moléculaire bostonien... et quelques mignardises sans grand intérêt en bout de repas).

 

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

 

Heureusement, les plats principaux sont de bon à très bon niveau, avec quelques plats extrêmement bien pensés: le rouget avec des petits morceaux de foie gras et une géle de bouillabaisse est pour moi le must de la soirée; les huîtres, l'oeuf de poule, le boeuf et le saint-pierre ainsi que le dessert à la poire s'en tirent avec beaucoup d'honneurs. Légères déception sur les ravioles de pélardon (goût du fromage un peu trop puissant pour l'équilibre du plat) et sur mon dessert à la mirabelle (le gâteau sablé faisait un peu trop sablé des Flandres de Lu). 

Globalement de très bonnes séquences et un rapport qualité-prix très bon pour Paris intra-muros, surtout pondéré par la localisation et la renommé du chef. Sur le strict plan culinaire c'est plutôt mieux que beaucoup de mono-étoilés parisiens que j'ai pu faire.

 

Le service est bon sans être top niveau, il me semble que l'on gagnerait à un peu plus de décontraction et que cela pourrait être mieux organisé.

 

Une valeur sûre donc, si tant est que l'on puisse définir une valeur sûre avec une seule visite.

 

 

Je lance à @SKLafon1 le défi de faire le compte-rendu de sa visite quelques semaines avant la mienne pour compléter cet avis.

Repost 0
Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:09

Dans le milieu académique, on aime bien les indicateurs, surtout simples. Il y a le h-index (du nom du physicien Hirsch qui l'a "développé") bien sûr, censé déterminer ton "niveau scientifique" (il peut avoir du sens si on compare ce qui est comparable: au sein d'une communauté, pour un âge similaire, et si on accepte le fait que c'est quelque chose de plutôt logarithmique. On peut dire quelque chose si on compare 48 et 9, pas vraiment si on compare 9 et 11...).

Plus récemment, à moitié pour rigoler, un Kardashian index (K-index) a été proposé: il est censé évaluer le degré de célébrité publique par rapport à la reconnaissance scientifique, en comparant le nombre de followers sur twitter au nombre de citations de vos articles. Supérieur à 5, cet indice fait de vous un "scientifique Kardashian", quelqu'un de "famous for being famous".

 

J'ai eu ce matin une illumination et je vais à mon tour proposer un index, le m-index (pour Mix). Il aurait pour but d'évaluer le degré d'"importance" des gens dans une organisation en comparant le temps qu'ils mettent à répondre à une demande par rapport au temps de réponse qu'ils attendent des autres.

Par exemple, un RH qui met 3 mois à répondre à ton mail mais t'envoie un dossier le vendredi 12h en t'expliquant qu'il est à rendre pour la "fin de la semaine" aurait un m-index de 3*30*24/4 = 540, bref quelqu'un d'hyper important.

Au contraire, toi le blaireau qui répond dans l'heure au dit RH avant d'attendre patiemment ta réponse 3 mois, tu aurais un index de 0.002, une sous-merde quoi.

 

Comme le h-index avec les auto-citations et le saucissonnage de papiers, ça présente l'avantage d'être aisément manipulable.

Il suffit d'arrêter de répondre lorsqu'on vous sollicite d'une part et d'autre part de fixer dans vos messages des délais intenables.

Ceci fera augmenter votre index et en conséquence vous rendra plus "important", cercle vertueux qui vous permettra d'encore moins répondre et d'être encore plus pressant.

Ce n'est pas la réalité qui compte, mais la perception qu'on en a, et un indicateur unique est idéal pour définir cette perception.

Repost 0
20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:05

Cet été, avec un peu de retard, j'ai eu la chance d'avoir une ANR financée. Oh, un relativement petit projet (265k€ pour 4 ans, 3 partenaires) dans lequel notre équipe n'est que partenaire à hauteur d'un post-doc de 18 mois et 30k€ d'accompagnement.

Bien sûr c'est une bonne nouvelle, et je préfère cela à une absence totale de financement, risque qui commençait à me pendre au nez.

 

Néanmoins, soit parce que je suis trop cynique soit parce que je ne le suis pas assez, cela laisse un petit goût amer, notamment quand je pense à d'autres projets (les miens ou ceux de collègues) non financés. Je vais vous expliquer pourquoi.

 

Cela fait 3 fois que l'on soumet ce projet. Les deux premières fois nous n'avions pas passé le premier tour. Les critiques étaient assez concordantes et pour une fois, me semble-t-il, pas trop subjectives (e.g. pas liées à l'âge du capitaine ou au sens du vent): le projet, quoique très appliqué, ne suscitait pas vraiment l'intérêt des industriels contactés car, certainement, trop "long shot" pour eux... gains de propriétés espérés a priori trop faibles par rapport à la hausse de coût induite, leur frilosité était assez compréhensible.

Bref, on reprochait au projet d'être un peu le cul entre deux chaises: pas vraiment hyper excitant du point du vue académique ni du point de vue industriel. Dans un contexte budgétaire contraint, il n'était pas scandaleux de passer à la trappe... Honnêtement, je pense qu'on était tous un peu d'accord avec ça même si ce n'est jamais facile à entendre. Je précise, cela va sans dire, que cela ne remet pas en cause la qualité scientifique et humaine du consortium, ni sa capacité à bosser ensemble sur des projets mieux ficelés.

 

Il se trouve que le porteur, n'ayant rien de mieux à proposer cette année là, a décidé de resoumettre une troisième fois.

Miracle, le projet passe au second tour, sans que l'on ait pu vraiment gommer les défauts soulignés les années précédentes (pour cela il aurait principalement fallu convaincre un industriel ce qui ne fut pas le cas).

Le projet est passé au ras des pâquerettes, avec quelque chose comme 0.2 ou 0.3 point au-dessus de la barre (note sur 45). Sachant que l'un des rapporteurs du premier tour, à la case "points forts" a écrit textuellement et in extenso "difficult to find any" (mais a quand même attribué une note de 28/45 au projet, ce qui a défaut d'être bon, n'est pas éliminatoire comme peut l'être une note de 12 ou 15, quand la barre est vers 35 et que la note est une moyenne de 4 à 7 évaluations...). Et que deux autres rapporteurs ont encore reproché au projet de ne pas avoir de partenaire industriel.

 

Au deuxième tour, le projet détaillé a été écrit, comme souvent lorsque l'on n'a pas de premier jet sous la main, dans l'urgence. Tout le monde s'est impliqué, mais au moment de la soumission, c'était encore très perfectible (même dans la limite de l'intérêt du projet lui-même).

J'ai su de source sûre que le projet avait été envoyé par l'ANR pour évaluation à deux proches collaborateurs de partenaires du projet: l'un a publié 3 papiers en commun avec le porteur du projet en 2015. L'autre était professeur associé dans l'équipe pédagogique de partenaires du projet. L'un des deux a refusé de rapporter le projet, mais pas l'autre. A la lecture des rapports, sans que cela soit certain, il semble qu'un autre rapporteur soit également un collaborateur d'un des partenaires. Vous me direz, tant mieux pour nous, mais niveau professionnalisme de l'ensemble c'est léger.

Je dirais même plus: l'un des rapports nous complimente chaudement et longuement pour une réussite collaborative passée sur un système que nous n'avons pourtant jamais étudié (et donc sur lequel a fortiori nous n'avons jamais rien publié, ensemble ou individuellement)...

Bref, voila, les rapports sont bons, et le projet financé. Aucun des défauts soulignés précédemment n'a été gommé mais cette fois-ci c'est passé. Le projet a été expertisé par des copains qui nous ont donné un coup de pouce ou par des gens qui ont regardé ça de tellement loin qu'ils nous ont attribué des travaux qu'on n'a pas menés, ça compense les fois où on tombe sur un mec obtus qui vous défonce par plaisir ou par intérêt, mais je trouve que ce n'est pas pour autant très satisfaisant. On va quand même essayer de sortir des choses intéressantes, allez...

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 09:27

J'ai eu une petite discussion téléphonique avec R. Pierronnet, doctorant en sciences de gestion, actif sur twitter (@rpierronnet) sur tous les débats ayant trait au fonctionnement de l'ESR français, qui m'a sollicité pour parler un peu du CIR (crédit impôt recherche).

Ce dispositif de crédit d'impôt alloué en fonction des sommes dédiées aux activités de recherche des industriels, est discuté, souvent critiqué, tant par les universitaires que parfois par les politiques eux-mêmes (d'autres évaluations sont plus mesurées).

 

Mes sentiments personnels sur le dispositif sont mesurés, notamment parce que je maîtrise mal la politique fiscale, sujet qui je l'avoue ne me passionne guère. Je vois cependant passer beaucoup d'avis tranchés qui me semblent, volontairement ou non, basés sur des arguments erronés, ou au moins des raccourcis violents (par exemple quand je lis que ce sont 5 milliards d'€ "détournés" des laboratoires: ce sont des recettes fiscales non perçues, absolument rien ne dit que ces sommes seraient dans leur totalité allouées au budget de l'enseignement supérieur et de la recherche...). Je pense, naïvement, qu'il y a de "bonnes choses" dans le dispositif en soutien aux "start-up innovantes", avec également le J.E.I. (en tout cas c'est un choix politique de soutien à "l''innovatin" que je peux comprendre, surtout vu l'état de l'industrie française). Le fait qu'une large part du CIR bénéficie aux grandes entreprises pour une vision de la recherche ne paraissant pas toujours, de l'extérieur, très enthousiaste, me laisse plus sceptique. Mon avis, pas forcément hyper documenté, ne va pas plus loin que ça. 

 

Il se trouve que de façon complètement fortuite, j'ai eu l'occasion de devenir "expert" pour le CIR. Car, malgré tout, la "recherche" déclarée par les entreprises est, de temps à autre, "évaluée" par des scientifiques (et les sommes déclarées par des fiscalistes), avec un risque non nul de redressement fiscal en cas d'entourloupes.

Il me semblait intéressant de voir un peu ce qui peut se faire en entreprise en France sur des thématiques proches des miennes; de façon générale, expertiser est une activité "annexe" mais inhérente à mon boulot, que j'apprécie. Cela met un peu de beurre dans les épinards aussi, même si les sommes en jeu sont relativement faibles (je ne cherche pas à en faire beaucoup, cela représente donc un complément de revenu de moins de 1000€ sur l'année). Tout en, me dis-je, agrémentant mon CV d'une petite ligne qui ne fait pas de mal.

Et puis je trouvais marrant de voir un peu de l'intérieur, loin des rapports et bilans d'activité et même plutôt dans la soute, comment ça fonctionne.

 

Romain m'a posé des questions à ce propos, sur un mode "interview" et en a donc tiré un article de blog que je vous invite à lire ici: http://blog.educpros.fr/romain-pierronnet/

 

En complément, une petite anecdote: j'ai participé à une rencontre organisée par le responsable du service au Ministère, suite à une demande d'une entreprise qui contestait une expertise précédente (ayant résulté en un redressement fiscal un peu violent). J'étais donc dans le rôle de "contre-expert". Ce que je n'ai compris qu'a posteriori c'est que la réunion, même si cela n'a pas été le cas, aurait pu déboucher sur un "deal" verbal (du genre "ok, on vous accorde ça mais pas ça", "banco"). Ceci s'ajoute à une autre chose qui me frappe et dont Romain parle dans son article: l'absence de définition claire, non ambiguë, de ce qu'est ou de ce que n'est pas la recherche, avec plusieurs "définitions" possible selon les documents consultés, définitions qui sont généralement elle-mêmes verbeuses et par conséquent floues.

Donc on se rend compte que, derrière quelque chose qui paraît de prime abord très codifié, il y a finalement beaucoup de "feeling" mis en jeu. Voila, je crois que c'est ça qui m'a le plus surpris, même si ça ne devrait pas: finalement c'est quasiment toujours le cas; quelle que soit la "rigidité" de façade d'une organisation, il y a toujours des humains derrière.

 

Une autre petite anecdote plus classique: pour faire des expertises pour le Ministère, le Ministère demande que mon employeur (qui est le Ministère) m'autorise à exercer une activité secondaire. D'où un dossier d'autorisation de cumul très fastidieux à remplir, tous les ans, comprenant des informations essentielles comme la date de mon PACS, à faire signer d'un côté comme de l'autre par 4 ou 5 niveaux hiérarchiques. En général, la remise du dossier complet à l'agence comptable prend 6 bons mois (le paiement prenant environ la même durée). 

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche La vie de Mix
commenter cet article