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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 09:45

Je continue ma série sur les étudiants (encore un prof qui les déteste, se diront certains).

 

Je vais revenir sur quelques accrochages survenus (avec, en particulier, des sociologues et des psychologues) sur Twitter alors que je décrivais, me semble-t-il objectivement, des situations réelles. Situations réelles qui étaient donc contestées ou dont on rejetait la faute sur moi (membre de la caste des oppresseurs en tant qu'enseignant, mâle, et blanc).

Je mentionnais quelques cas d'étudiants étrangers qui postulent à une formation sans aucune intention de la terminer, mais dans l'unique but d'être inscrit à l'Université pour faciliter l'obtention d'un titre de séjour, cas qui finissent par se révéler problématiques d'un point de vue de "gestionnaire de filière".

Je ne dis pas que c'est bien ou mal, je dis juste que 1. c'est un fait (de tels étudiants existent), et que 2. si j'acquiers la certitude (hors de tout doute raisonnable) que la raison de la demande d'inscription est celle-ci en priorité, et que l'étudiant va déserter au bout d'un ou deux mois une fois son sésame en poche, je ne souhaite pas avoir ces étudiants en charge*. Bien sûr, lors des entretiens, personne ne dit clairement qu'il n'a pas l'intention de suivre la formation et que ce qu'il veut, c'est juste être inscrit quelque part. Il y a néanmoins des signaux que l'on apprend à discerner. 

Certains semblaient contester l'existence même de telles motivations (un étudiant est, par essence, toujours motivé, et s'il ne réussit pas, c'est la faute au système universitaire), je peux donc donner quelques exemples personnels:

- j'interviens dans un cadre de formation continue, qui en ce sens ne donne pas accès à un statut d'étudiant (et donc pas au visa correspondant). Dès que l'on précise cet état de fait lors du forum d'informations, la moitié des candidats potentiels disparaît sans demander son reste (et sans poser aucune autre question sur la formation elle-même).

- un copain d'école l'a fait. Ne trouvant pas de thèse et non désireux de devoir repartir chez lui, il s'est inscrit dans un 2ème master (DEA à l'époque), n'est jamais venu en cours et cherchait à la place du boulot/une thèse (qu'il a fini par trouver). C'est sûrement un cas isolé complètement cynique.

- un étudiant l'an dernier, que l'on avait accepté alors qu'il était déjà titulaire d'un master (chose que l'on ne fait pas souvent - voir lien plus haut) a aussi disparu très rapidement (moins de 2 mois). Très subtil, il a candidaté au poste d'ingénieur d'études que notre labo proposait au même moment. Autant dire que sa candidature n'a pas été examinée très avant (sans doute que ce n'est pas gentil de notre part). 

- un autre a fait la même chose, en disparaissant un peu plus tard (environ 1 mois avant la session d'examen du 1er semestre, sans faire le stage donc, et en étant ajourné lors du jury final). Celui là n'a pas candidaté à un poste d'ingénieur chez nous, mais par contre il a submergé l'équipe pédagogique de mails en fin d'année civile, donc 2 ou 3 mois après le jury final. Après avoir disparu de nos radars depuis quasiment 1 an sans aucune justification (autre que "je n'ai pas trouvé de stage alors que pourtant j'ai envoyé plein de candidatures"), il nous demandait urgemment et instamment de l'aider à renouveler son titre de séjour en lui fournissant notamment une "attestation d'assiduité". Il me semble naturel que l'on n'ait pas eu spécialement envie d'accéder à cette requête, dans la mesure où, déjà et principalement, il n'avait pas été assidu. D'autre part, je suis d'avis que quand on joue avec les règles du système, il faut un minimum d'honneur personnel et essayer d'assumer un peu en ne sollicitant pas l'aide de ceux qu'on a, quand même, un peu roulé dans la farine.

Bref, il a insisté, nous a soutenu qu'il avait été présent tout le premier semestre et jusqu'aux examens (les enseignants ont probablement tous perdu sa copie), puis qu'il avait du partir dans son pays d'origine pour raisons familiales, puis qu'il avait été très malade (toutes ces justifications venant, dans la même discussion, et ce 9 mois après les faits, bien sûr: j'ai tenté de lui expliquer que si je m'absentais 9 mois de mon boulot, je devais fournir des justificatifs au début, pas à mon retour). On a fini par lui fournir un bulletin de notes contenant les quelques notes qu'il avait obtenues et signifiant l'absence de notes à partir de janvier et la non-réalisation du stage. Nous n'allions quand même pas lui faire une fausse attestation de présence.

En conclusion, je pense que l'on a été plutôt sympa, mais on m'a expliqué sans rire que cet étudiant était probablement très gêné et affligé de la situation et que notre léger énervement, outre son côté irrationnel, avait quelque chose d'inhumain face à la détresse du jeune homme (qui a quand même pris le temps de nous expliquer qu'il refaisait un master et que ça se passait très bien). Je laisse chacun se faire sa propre idée, mais surtout les collègues qui ont déjà eu à faire à ce genre de situations. 

 

 

*Note: je suis tout à fait prêt à aider des étudiants que j'encadre dans leurs démarches, je l'ai déjà fait pour 1 de mes doctorants et 1 de mes post-doctorants (visite à 7h du matin à la préfecture, intrusion dans les bureaux de la DRH etc). Je le referai sans hésiter. Mais dans le cadre de mes activités d'enseignant, j'essaye de sélectionner les étudiants selon des critères académiques, je ne fais pas de politique ou de militantisme.  

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 16:37

J'enseigne quelques portions de modules à des étudiants de M1 et de M2 (Pro) dont la thématique principale est la science des matériaux, et qui sont de niveau assez moyen.

J'ai constaté des fortes lacunes

- mathématiques: l'incapacité, par exemple, à faire des opérations simples (addition, division, pourcentage...) s'ils n'ont pas de calculette ou à questionner le résultat donné par celle-ci dans le cas où il paraît complètement aberrant. Ne parlons pas de poser ou encore moins résoudre une équation, une partie non négligeable n'est pas capable d'écrire le théorème de Pythagore (je ne plaisante pas).

- physiques: cela revient à ce que je dis précédemment, mais très peu ont un quelconque recul sur la notion de grandeur physique. Récemment, un étudiant dans une copie d'examen a calculé que la taille caractéristique d'une chaîne de polymère était 10^27 angströms. C'est 1000 fois la distance Soleil-Pluton, ce qui paraît un peu grand pour une taille de molécule. Cet exemple est extrême, mais vraiment, la notion d'ordre de grandeur, ou d'homogénéité sont complètement absente de leurs réflexions.

 

Quand on a un bac + 5 science des matériaux, censé concurrencer un diplôme d'ingénieurs, je trouve ça problématique d'avoir un niveau de mathématiques et de physique de lycéen médiocre. Mais j'ai déjà parlé de ça. Depuis quelques années, je vois une autre lacune qui me semble encore plus problématique: en fait, on a l'impression que les étudiants (pourtant francophones dans leur majorité) ne comprennent plus le français. 

C'est une chose de ne pas savoir résoudre un problème de mathématiques ou de physique parce qu'on ne maîtrise pas l'outil ou qu'on ne parvient pas à faire la mise en équation ou sa résolution. C'en est une autre de ne pas comprendre la question posée.

 

Je vais donner un exemple récent. 

Dans un TD, je demandais si un mélange de composition donnée vérifiait la propriété lambda.

La résolution de la question consistait donc à écrire l'équation permettant de déterminer si la propriété lambda était vérifiée, et à rentrer dans l'équation la valeur de la composition du mélange. On obtenait comme réponse que ça ne marchait pas.

La deuxième question était donc: quelle est la composition limite pour que la propriété lambda soit vérifiée. Dans ce cas, il fallait donc écrire l'équation telle que la propriété soit vérifiée, et déterminer la composition.

Sauf que, tous mes étudiants (7 ou 8, de M2) ont repris pour valeur de composition celle de la première question. Bref, ils n'ont pas compris qu'ici, c'était l'inconnu. 

Je vous avoue que j'en suis resté comme deux ronds de flan et que j'ai eu peine à leur expliquer le problème de leur raisonnement.

 

Je suis encore assez jeune dans le métier, mais j'ai l'impression que cette mauvaise maîtrise du langage est assez récente, et se développe rapidement. Avez-vous constaté la même chose ou est-ce que je m'emballe?

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 21:43

La nature produit du plastique! Tout au moins les briques moléculaires élémentaires permettant de synthétiser certains plastiques, plus précisément des bioplastiques. 

Les plastiques, ce sont ces matériaux extraordinaires, qui pour certains, ont une meilleure résistance mécanique que l'acier à masse équivalente! Ces matériaux dont le Prix Nobel français Pierre-Gilbert De Gênes disait déjà, lors de la remise de son prix à Stockholm en 1992 "le plastique c'est fantastique".

Prenez le PLA (poly(acide lactique)) par exemple: il est fabriqué à partir d'acide lactique. Oui, cette même molécule que vos muscles produisent après un effort. Mais aussi par des bactéries se nourrissant de déchets alimentaires. Ce plastique possède, outre des propriétés extraordinaires (son module d'Young est de 3 GPa...), la capacité d'être biodégradable. On peut donc récupérer in fine les briques élémentaires du matériau et recommencer indéfiniment son cycle de production. Plus de sacs plastiques tels que je peux les voir abandonnés le long de la plage ou enfoncés dans la gorge d'une majestueuse tortue marine lors de mes séjours à San Francisco ou Pékin.   

Aujourd'hui, les sacs plastiques, les gobelets ou les assiettes de pique-nique recyclables à l'infini, mais demain, les ailes d'avion, les hyperbarrières du futur ou les nouveaux "drug delivery controlled released systems" pour les antibiotiques "quorum sensing disruptors"?

Imaginez: la nature, et l'Homme lui-même, fabriquent sans le savoir ces constituants indispensables du matériau du futur? Pourtant, aujourd'hui, que fait-on quand on a une crampe, à part se reposer et boire beaucoup d'eau? Rien! Que font les chercheurs quand ils ont une crampe au cerveau: ils vont boire un café! 

Alors que la valorisation de cet acide lactique, qui a conduit à la publication de 8762 brevets depuis une demi-douzaine d'années, pourrait se chiffrer à plusieurs de centaines de milliards de dollars! Et pourquoi ne pas imaginer du "genetic engineering" sur les bactéries pour produire à façon, non l'acide lactique, mais directement le PLA?

 

 

Ce petit texte parodique (encore que) des chroniques de l'hyper-docteur du Point, chercheur affilié au CNRS, à Stanford, Centrale et Polytechnique, reprend les mêmes "codes": quelques points globalement corrects, souvent des banalités présentées sous un jour extraordinaire, erreurs factuelles, approximations grossières, chiffres sortis du chapeau (surtout, jamais de sources, on a la science infuse), name-dropping et anglicismes à foison, imagination débordante pour ne pas dire délirante, et remise en cause plus ou moins directe du travail des chercheurs.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 16:27

Je chante presque tous les soirs à ma fille, depuis 2 ans, quelques chansons pour l'endormir. Mais soyons franc, je me refuse à lui chanter "Au Clair de la Lune" ou "Meunier tu dors". Alors, j'ai opté pour quelques chansons "douces" issues de la pop, du rock ou même, du métal.

Petit florilège du top 7, si ça peut donner quelques idées aux nécessiteux:

 

Ma fille a récemment dit alors que je l'écoutais "le monsieur chante la chanson de papa pour dormir!". Un petit bonheur, même s'il m'a fallu rétablir la vérité...

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 11:13

Depuis un an, nous avons une nouvelle secrétaire pédagogique, après être restés quasiment un an sans personne. 

L'ancien secrétaire pédagogique n'était pas intrinsèquement incompétent, mais il détestait son travail, l'institution à laquelle il appartenait, les autres administratifs et l'équipe enseignante (en mode "tous des cons"). Sur son bureau on pouvait voir des ouvrages de sociologie avec des titres tels que "la désobéissance au travail", "l'anarchisme dans la vie professionnelle", ce genre de choses. Bref, il ne respirait pas le bien-être et annonçait à peu près la couleur: s'il faisait à peu près les choses (très) simples (poster le courrier ou réserver des salles), il ne fallait rien lui demander de plus compliqué: dans ce cas là au mieux il ne faisait pas, au pire il "sabotait". Le chef d'équipe pédagogique, malgré de nombreuses qualités, n'a pas vraiment celle de bien gérer les ressources humaines récalcitrantes, et donc on était dans une sorte de statu quo pourrissant depuis quelques années.

Bref, le secrétaire a fini par réussir un concours ou une mutation, je ne sais plus trop. On ne peut pas vraiment dire qu'on l'ait regretté. 

Pendant un an, on a donc fonctionné sans personne, ce qui, malgré le peu qu'il faisait, était assez pénible.

Nous étions donc plutôt heureux d'accueillir une nouvelle secrétaire pédagogique. A priori sans expérience du job mais il faut quand même admettre qu'il n'y a en soi rien d'extrêmement compliqué à comprendre. Il faut par contre beaucoup de rigueur, d'organisation, de la réactivité et de l'écoute. Et savoir se servir d'une boîte mail et d'Office.

La nouvelle arrivante, diplôme bac+4, passage dans des lycées en tant que CPE si je me souviens bien, dynamique, fait plutôt bonne impression.

Hélas nous allons vite tous déchanter. Il se trouve que le dynamisme est ici plutôt une forme d'agitation sans but ni résultat concret que l'on peut observer parfois dans une situation de panique extrême. Sauf qu'ici, cet état est permanent.

 

1. Elle s'avère incapable d'écouter. Quand tu lui expliques un truc en fait au bout de 2 minutes c'est elle qui te raconte sa vie. Sur 1h, tu parles 10 minutes, et sur ces 10 minutes, rien n'est imprimé. Elle ne prend jamais de notes non plus. Donc au bout d'un an, elle n'est toujours pas autonome pour régler les questions "basiques", par exemple d'aiguillage des étudiants.

2. Elle est incapable de saisir l'importance d'un calendrier: elle a transmis l'emploi du temps d'une formation aux intervenants extérieurs 2 semaines avant le début de celle-ci alors qu'il lui avait été fourni 3 mois avant. Nous avons perdu au moins 2 intervenants extérieurs, qu'il a fallu remplacer en extrême urgence.

3. Comme tous les procrastineurs elle va faire des choses absolument non urgentes ou très facultatives au détriment des choses pressées: dernièrement, elle nous a imprimé toutes les fiches de présence de telle UE jusqu'à fin février, par exemple. Ou alors, elle se déplace en personne pendant nos cours pour faire émarger plutôt que de nous laisser les feuilles. Ou encore, s'inquiéter que les étudiants n'aient pas trouvé de stage (censé débuter en mars) alors qu'elle n'a toujours pas trouvé le temps de leur envoyer l'emploi du temps annuel de la formation alors que nous sommes mi-novembre.

4. Comme tous les procrastineurs elle est toujours absolument débordée, et passe ainsi beaucoup plus de temps à expliquer pourquoi elle n'a pas encore pu faire telle chose urgente que le temps qui serait nécessaire pour le faire (par exemple, le suivi des absences sur un site web dédié, affaire de 5 minutes par mois, a engendré déjà 3 conversations de 20 minutes sur le manque de temps disponible pour effectuer cette tache, qui hélas, conditionne les reversements du centre de formation d'apprentis). 

5. Elle ne maîtrise absolument pas l'outil informatique: elle n'a toujours pas installée de boîte mail et fonctionne avec le webmail extérieur qui n'a que 50 Mo de capacité. Pour un secrétariat, c'est problématique. Sa messagerie a été déjà saturée 4 ou 5 fois en un an.

6. Il faut tout demander 40 fois, et il faut toujours tout vérifier puisqu'il y a en gros une connerie par action: mails envoyés aux mauvaises personnes, salles réservées le mauvais jour etc. Tout, même le plus simple, lui paraît compliqué. 

 

Mais rassurons-nous, elle a réussi le concours (je préfère ne pas savoir en quoi cela consistait exactement), et est donc désormais fonctionnaire stagiaire. Elle va donc rester avec nous probablement quelques années. Pour l'instant, on ne note aucune amélioration notable. On ne sait pas vraiment non plus ce qu'il est possible de faire (le chef d'équipe a déjà lâché l'affaire), de même qu'on a du mal à expliquer "rationnellement" tant d'incompétence (contrairement au précédent). Pour un autre collègue, il y a une forme de "pathologie" dont le traitement profond ne peut être qu'extrêmement long*. Quoi qu'il en soit, bientôt, elle va devoir s'occuper de nos fiches d'enseignement prévisionnelles: on a peur.

 

 

* j'avais bien rigolé quand le collègue avait souligné (un peu pour plaisanter mais pas entièrement) le rôle social de l'Etat, seul à pouvoir employer toutes ces personnes aussi manifestement inemployables...

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 11:26

Bref compte-rendu d'une visite de début d'automne à la Dame de Pic, le restaurant parisien (mono-étoilé) d'Anne-Sophie Pic, tout le monde n'ayant pas les moyens d'aller visiter la maison-mère (triple-étoilée depuis 3 générations) à Valence, surtout lorsque décision de se faire un gueuleton est prise une semaine à l'avance.

 

A l'ouverture, je n'étais pas vraiment tenté, notamment car le concept proposait me semblait hautement pompeux (construction d'un menu autour d'odeurs et de parfums que l'on vous faisait renifler). Le concept à fait long feu et on est revenu à un format plus standard qui m'inspire plus confiance. De façon générale, je reste toujours assez froid à l'idée qu'un restaurant doit proposer un "concept". "Bien manger", ça me semble le concept nécessaire et suffisant pour que ça fonctionne bien. 

 

Le restaurant est situé dans le 1er arrondissement (20 rue du Louvre, site web), entre les Halles et Louvre-Rivoli, à deux pas de Yam'Tcha, autre restaurant étoilé dont le chef est une femme.  

On passe un peu devant la devanture du restaurant sans s'en apercevoir, avec un petit côté showroom de créateur de mode. Un couloir sobrement éclairé longeant les cuisines conduit à la salle. C'est décoré de façon assez moderne, plutôt sobre, beaucoup de blanc, pas vilain mais un peu neutre. 

Côté clientèle, c'est assez varié, quelques beautiful people (pas bling-bling non plus), des touristes, des couples.

 

La carte propose 4 entrées, 3 poissons, 3 viandes, 1 fromage, 4 desserts. On a le choix entre deux menus, l'un avec 2 entrées, 1 poisson ou 1 viande, 1 dessert pour 105€, l'autre avec 2 entrées mais poisson et viande, 1 dessert pour 135€. Le fromage est en supplément (15€).

A deux, on peut donc goûter presque toute la carte avec le grand menu. Nous choisissons finalement celui à 105€ qui s'avérera suffisant pour notre appétit du soir.

 

Il semble que les produits de base des plats proposés changent assez peu souvent, mais les recettes autour de ces produits principaux évoluent plus régulièrement (le menu affiché ce jour est très proche de celui affiché il y a un mois).

Je n'ai pas consulté la carte des vins mais simplement la liste des vins aux verres qui est assez intéressante (en gros 5 blancs et autant de rouges avec des choses sympathiques comme du Condrieu ou du Côte-Rôtie si je me rappelle bien, autour de 20€ le verre).

Niveau amuse-bouche, mignardises et entremets c'est assez calme et sans intérêt, il faut l'admettre (une petite eau de tomates, le truc plus vu depuis 2008 dans un restaurant moléculaire bostonien... et quelques mignardises sans grand intérêt en bout de repas).

 

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
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Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

 

Heureusement, les plats principaux sont de bon à très bon niveau, avec quelques plats extrêmement bien pensés: le rouget avec des petits morceaux de foie gras et une géle de bouillabaisse est pour moi le must de la soirée; les huîtres, l'oeuf de poule, le boeuf et le saint-pierre ainsi que le dessert à la poire s'en tirent avec beaucoup d'honneurs. Légères déception sur les ravioles de pélardon (goût du fromage un peu trop puissant pour l'équilibre du plat) et sur mon dessert à la mirabelle (le gâteau sablé faisait un peu trop sablé des Flandres de Lu). 

Globalement de très bonnes séquences et un rapport qualité-prix très bon pour Paris intra-muros, surtout pondéré par la localisation et la renommé du chef. Sur le strict plan culinaire c'est plutôt mieux que beaucoup de mono-étoilés parisiens que j'ai pu faire.

 

Le service est bon sans être top niveau, il me semble que l'on gagnerait à un peu plus de décontraction et que cela pourrait être mieux organisé.

 

Une valeur sûre donc, si tant est que l'on puisse définir une valeur sûre avec une seule visite.

 

 

Je lance à @SKLafon1 le défi de faire le compte-rendu de sa visite quelques semaines avant la mienne pour compléter cet avis.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:09

Dans le milieu académique, on aime bien les indicateurs, surtout simples. Il y a le h-index (du nom du physicien Hirsch qui l'a "développé") bien sûr, censé déterminer ton "niveau scientifique" (il peut avoir du sens si on compare ce qui est comparable: au sein d'une communauté, pour un âge similaire, et si on accepte le fait que c'est quelque chose de plutôt logarithmique. On peut dire quelque chose si on compare 48 et 9, pas vraiment si on compare 9 et 11...).

Plus récemment, à moitié pour rigoler, un Kardashian index (K-index) a été proposé: il est censé évaluer le degré de célébrité publique par rapport à la reconnaissance scientifique, en comparant le nombre de followers sur twitter au nombre de citations de vos articles. Supérieur à 5, cet indice fait de vous un "scientifique Kardashian", quelqu'un de "famous for being famous".

 

J'ai eu ce matin une illumination et je vais à mon tour proposer un index, le m-index (pour Mix). Il aurait pour but d'évaluer le degré d'"importance" des gens dans une organisation en comparant le temps qu'ils mettent à répondre à une demande par rapport au temps de réponse qu'ils attendent des autres.

Par exemple, un RH qui met 3 mois à répondre à ton mail mais t'envoie un dossier le vendredi 12h en t'expliquant qu'il est à rendre pour la "fin de la semaine" aurait un m-index de 3*30*24/4 = 540, bref quelqu'un d'hyper important.

Au contraire, toi le blaireau qui répond dans l'heure au dit RH avant d'attendre patiemment ta réponse 3 mois, tu aurais un index de 0.002, une sous-merde quoi.

 

Comme le h-index avec les auto-citations et le saucissonnage de papiers, ça présente l'avantage d'être aisément manipulable.

Il suffit d'arrêter de répondre lorsqu'on vous sollicite d'une part et d'autre part de fixer dans vos messages des délais intenables.

Ceci fera augmenter votre index et en conséquence vous rendra plus "important", cercle vertueux qui vous permettra d'encore moins répondre et d'être encore plus pressant.

Ce n'est pas la réalité qui compte, mais la perception qu'on en a, et un indicateur unique est idéal pour définir cette perception.

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:05

Cet été, avec un peu de retard, j'ai eu la chance d'avoir une ANR financée. Oh, un relativement petit projet (265k€ pour 4 ans, 3 partenaires) dans lequel notre équipe n'est que partenaire à hauteur d'un post-doc de 18 mois et 30k€ d'accompagnement.

Bien sûr c'est une bonne nouvelle, et je préfère cela à une absence totale de financement, risque qui commençait à me pendre au nez.

 

Néanmoins, soit parce que je suis trop cynique soit parce que je ne le suis pas assez, cela laisse un petit goût amer, notamment quand je pense à d'autres projets (les miens ou ceux de collègues) non financés. Je vais vous expliquer pourquoi.

 

Cela fait 3 fois que l'on soumet ce projet. Les deux premières fois nous n'avions pas passé le premier tour. Les critiques étaient assez concordantes et pour une fois, me semble-t-il, pas trop subjectives (e.g. pas liées à l'âge du capitaine ou au sens du vent): le projet, quoique très appliqué, ne suscitait pas vraiment l'intérêt des industriels contactés car, certainement, trop "long shot" pour eux... gains de propriétés espérés a priori trop faibles par rapport à la hausse de coût induite, leur frilosité était assez compréhensible.

Bref, on reprochait au projet d'être un peu le cul entre deux chaises: pas vraiment hyper excitant du point du vue académique ni du point de vue industriel. Dans un contexte budgétaire contraint, il n'était pas scandaleux de passer à la trappe... Honnêtement, je pense qu'on était tous un peu d'accord avec ça même si ce n'est jamais facile à entendre. Je précise, cela va sans dire, que cela ne remet pas en cause la qualité scientifique et humaine du consortium, ni sa capacité à bosser ensemble sur des projets mieux ficelés.

 

Il se trouve que le porteur, n'ayant rien de mieux à proposer cette année là, a décidé de resoumettre une troisième fois.

Miracle, le projet passe au second tour, sans que l'on ait pu vraiment gommer les défauts soulignés les années précédentes (pour cela il aurait principalement fallu convaincre un industriel ce qui ne fut pas le cas).

Le projet est passé au ras des pâquerettes, avec quelque chose comme 0.2 ou 0.3 point au-dessus de la barre (note sur 45). Sachant que l'un des rapporteurs du premier tour, à la case "points forts" a écrit textuellement et in extenso "difficult to find any" (mais a quand même attribué une note de 28/45 au projet, ce qui a défaut d'être bon, n'est pas éliminatoire comme peut l'être une note de 12 ou 15, quand la barre est vers 35 et que la note est une moyenne de 4 à 7 évaluations...). Et que deux autres rapporteurs ont encore reproché au projet de ne pas avoir de partenaire industriel.

 

Au deuxième tour, le projet détaillé a été écrit, comme souvent lorsque l'on n'a pas de premier jet sous la main, dans l'urgence. Tout le monde s'est impliqué, mais au moment de la soumission, c'était encore très perfectible (même dans la limite de l'intérêt du projet lui-même).

J'ai su de source sûre que le projet avait été envoyé par l'ANR pour évaluation à deux proches collaborateurs de partenaires du projet: l'un a publié 3 papiers en commun avec le porteur du projet en 2015. L'autre était professeur associé dans l'équipe pédagogique de partenaires du projet. L'un des deux a refusé de rapporter le projet, mais pas l'autre. A la lecture des rapports, sans que cela soit certain, il semble qu'un autre rapporteur soit également un collaborateur d'un des partenaires. Vous me direz, tant mieux pour nous, mais niveau professionnalisme de l'ensemble c'est léger.

Je dirais même plus: l'un des rapports nous complimente chaudement et longuement pour une réussite collaborative passée sur un système que nous n'avons pourtant jamais étudié (et donc sur lequel a fortiori nous n'avons jamais rien publié, ensemble ou individuellement)...

Bref, voila, les rapports sont bons, et le projet financé. Aucun des défauts soulignés précédemment n'a été gommé mais cette fois-ci c'est passé. Le projet a été expertisé par des copains qui nous ont donné un coup de pouce ou par des gens qui ont regardé ça de tellement loin qu'ils nous ont attribué des travaux qu'on n'a pas menés, ça compense les fois où on tombe sur un mec obtus qui vous défonce par plaisir ou par intérêt, mais je trouve que ce n'est pas pour autant très satisfaisant. On va quand même essayer de sortir des choses intéressantes, allez...

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 09:27

J'ai eu une petite discussion téléphonique avec R. Pierronnet, doctorant en sciences de gestion, actif sur twitter (@rpierronnet) sur tous les débats ayant trait au fonctionnement de l'ESR français, qui m'a sollicité pour parler un peu du CIR (crédit impôt recherche).

Ce dispositif de crédit d'impôt alloué en fonction des sommes dédiées aux activités de recherche des industriels, est discuté, souvent critiqué, tant par les universitaires que parfois par les politiques eux-mêmes (d'autres évaluations sont plus mesurées).

 

Mes sentiments personnels sur le dispositif sont mesurés, notamment parce que je maîtrise mal la politique fiscale, sujet qui je l'avoue ne me passionne guère. Je vois cependant passer beaucoup d'avis tranchés qui me semblent, volontairement ou non, basés sur des arguments erronés, ou au moins des raccourcis violents (par exemple quand je lis que ce sont 5 milliards d'€ "détournés" des laboratoires: ce sont des recettes fiscales non perçues, absolument rien ne dit que ces sommes seraient dans leur totalité allouées au budget de l'enseignement supérieur et de la recherche...). Je pense, naïvement, qu'il y a de "bonnes choses" dans le dispositif en soutien aux "start-up innovantes", avec également le J.E.I. (en tout cas c'est un choix politique de soutien à "l''innovatin" que je peux comprendre, surtout vu l'état de l'industrie française). Le fait qu'une large part du CIR bénéficie aux grandes entreprises pour une vision de la recherche ne paraissant pas toujours, de l'extérieur, très enthousiaste, me laisse plus sceptique. Mon avis, pas forcément hyper documenté, ne va pas plus loin que ça. 

 

Il se trouve que de façon complètement fortuite, j'ai eu l'occasion de devenir "expert" pour le CIR. Car, malgré tout, la "recherche" déclarée par les entreprises est, de temps à autre, "évaluée" par des scientifiques (et les sommes déclarées par des fiscalistes), avec un risque non nul de redressement fiscal en cas d'entourloupes.

Il me semblait intéressant de voir un peu ce qui peut se faire en entreprise en France sur des thématiques proches des miennes; de façon générale, expertiser est une activité "annexe" mais inhérente à mon boulot, que j'apprécie. Cela met un peu de beurre dans les épinards aussi, même si les sommes en jeu sont relativement faibles (je ne cherche pas à en faire beaucoup, cela représente donc un complément de revenu de moins de 1000€ sur l'année). Tout en, me dis-je, agrémentant mon CV d'une petite ligne qui ne fait pas de mal.

Et puis je trouvais marrant de voir un peu de l'intérieur, loin des rapports et bilans d'activité et même plutôt dans la soute, comment ça fonctionne.

 

Romain m'a posé des questions à ce propos, sur un mode "interview" et en a donc tiré un article de blog que je vous invite à lire ici: http://blog.educpros.fr/romain-pierronnet/

 

En complément, une petite anecdote: j'ai participé à une rencontre organisée par le responsable du service au Ministère, suite à une demande d'une entreprise qui contestait une expertise précédente (ayant résulté en un redressement fiscal un peu violent). J'étais donc dans le rôle de "contre-expert". Ce que je n'ai compris qu'a posteriori c'est que la réunion, même si cela n'a pas été le cas, aurait pu déboucher sur un "deal" verbal (du genre "ok, on vous accorde ça mais pas ça", "banco"). Ceci s'ajoute à une autre chose qui me frappe et dont Romain parle dans son article: l'absence de définition claire, non ambiguë, de ce qu'est ou de ce que n'est pas la recherche, avec plusieurs "définitions" possible selon les documents consultés, définitions qui sont généralement elle-mêmes verbeuses et par conséquent floues.

Donc on se rend compte que, derrière quelque chose qui paraît de prime abord très codifié, il y a finalement beaucoup de "feeling" mis en jeu. Voila, je crois que c'est ça qui m'a le plus surpris, même si ça ne devrait pas: finalement c'est quasiment toujours le cas; quelle que soit la "rigidité" de façade d'une organisation, il y a toujours des humains derrière.

 

Une autre petite anecdote plus classique: pour faire des expertises pour le Ministère, le Ministère demande que mon employeur (qui est le Ministère) m'autorise à exercer une activité secondaire. D'où un dossier d'autorisation de cumul très fastidieux à remplir, tous les ans, comprenant des informations essentielles comme la date de mon PACS, à faire signer d'un côté comme de l'autre par 4 ou 5 niveaux hiérarchiques. En général, la remise du dossier complet à l'agence comptable prend 6 bons mois (le paiement prenant environ la même durée). 

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 15:46

Récit d'un déjeuner mi-mai au Cinq, le restaurant du Georges V, repris par C. Le Squer (anciennement triple étoilé au Pavillon Ledoyen) en octobre 2014, et qui après avoir eu 2 étoiles au Michelin en 2015, a regagné la 3ème début 2016.

 

Pour ceux qui ne voudraient pas aller plus loin et juste regarder les photos, disons-le illico: ce déjeuner fut extraordinaire à tous points de vue: bon, beau, cher, très palace en somme. Je lui réserve illico une place dans le top 5 voire 3 de mes expériences gastronomiques.

Ce côté "palace" et ses codes rendent difficile les comparaisons avec certaines de mes expériences passées (telles que Savoy ou Passard), mais j'ai trouvé que le Cinq était par exemple très nettement au-dessus du Bristol.

 

Arrivés à 12h15, le restaurant n'ouvre ses portes qu'à 12h30 pétantes. La salle a un côté forcément un peu bling-bling comme dans tous les palaces que j'ai pu fréquenter au déjeuner. La salle se remplira disons aux 2/3 avec un public varié, du couple à la famille très 7ème, en passant par le vieux monsieur solitaire lisant le Figaro jusqu'aux touristes chinois. Le service m'est apparu impeccable, s'adaptant à chaque public et sachant allier ultra-professionnalisme chic et une petite touche de décontraction et de bonne humeur apparente mettant à l'aise les convives.

 

On opte pour le menu déjeuner 4 plats à 145€ (210 pour 6 plats). En boissons, nous avons évité pour une fois le coup de bambou de la coupe de champagne, mais pas celui des verres de vin: il y a 5 ou 6 références pour les blancs, idem pour les rouges et les vins de dessert. Compter 25€ le verre pour blanc et rouge, 35€ pour le vin de dessert (gloups!). Néanmoins, les coefficients semblent plus "raisonnables" que ce que j'ai pu voir dans d'autres établissements de ce standing (les bouteilles proposées, relativement "rares", sont facilement autour de 40€ prix producteur, on est donc typiquement sur du coefficient 4, là ou pas mal de triples étoilés tapent plutôt dans le 6, voire 8 ou 10!).

 

Après des amuse-bouches sympathiques (dont une excellente au foie gras), la pré-entrée donne le ton (cerises et asperges) dans une composition détonnante et visuellement très agréable à mon humble avis (ce sera une constante tout le repas).

 

 

Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)
Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)

Vient ensuite l'entrée proprement dite, toujours à base d'asperge: "asperges vertes truffées, mousseline de Château-Chalon". Le Château-Chalon, du vin jaune, donne une sauce extrêmement riche, que le jus truffé très réduit vient combattre. Les goûts individuellement sont presque trop puissants, mais le plat prend toute sa dimension lorsque tout est dégusté ensemble. 

On est sur de la cuisine française de très haut niveau, mais avec en même temps une originalité, une touche personnelle, et une liberté d'expression qui ne semblent pas feintes, et que la encore on retrouvera tout au long du repas. 

Nous accompagnons tous deux d'un verre de Chablis Grand Cru 2013 Grenouille (domaine Droin), au beau potentiel mais peut-être encore un peu vif. 

En 2ème entrée, la "gratinée d'oignons à la parisienne contemporaine" ou dit autrement, une soupe à l'oignon revisitée. Des perles d'oignons explosent en bouche pour relâcher la-dite soupe. Ce qui pourrait paraître comme un gimmick à la Top Chef ("classique populo retouché grande cuisine avec une touche de moléculaire") est indéniablement un grand plat, d'ailleurs "signature" du chef Le Squer. Vraiment une tuerie, croyez-moi. On aimerait en avoir deux fois plus dans l'assiette. 

Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)
Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)

En plat, Priscila enchaîne avec "Merlan de nos côtes en filet, rôti à la moutarde, condiment myrtille" accompagné du même vin (servi généreusement, d'ailleurs j'ai eu droit à un "refill" offert avant moi, de changer). Elle a trouvé ce plat exceptionnel (je ne peux vraiment vous en dire plus, car même si je l'ai goûté, sa construction toute en subtilité était difficile à saisir entre deux bouchées du plat puissant que je vais décrire ci-dessous).

Pour ma part, un "pigeon grillé laqué, truffe, olive et vapeur de navets" parfaitement équilibré (belle maîtrise sur la tapenade d'olives qui aurait pu vite devenir trop prégnante) accompagné d'un Châteauneuf-du-Pape, Domaine du Vieux Donjon 2012 qui se mariait idéalement. 

Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)
Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)

Suit un pré-dessert (une petite mousse pralinée, si mes souvenirs sont bons), avant l'apothéose, deux desserts de très haute volée: "fraises au naturel, chantilly, granité pétillant, chocolat blanc", parmi les 3 meilleurs desserts que Priscilla ait mangés de sa vie si je dois l'en croire (je confirme qu'il était excellent, beaucoup plus léger et fin que ce que l'énoncé peut laisser imaginer), accompagné d'un vin de dessert italien pétillant très parfumé tout en étant peu élevé au niveau sucrosité (Alto Adige Moscato d'Asti, F. Haas).

Et pour moi, les premières "cerises cusinées dans leur jus, parfumées de kirsch, glace pistache", la aussi un très beau dessert tant gustativement qu'esthétiquement (quel travail de présentation, comme sur tous les plats!). Avec un autre muscat italien excellent (j'adore leurs vins doux, que je trouve souvent plus fins que les français), un Alto Adige Moscato Rosa 2013 (F. Haas également).

 

Et puis, bien sûr, des mignardises, ainsi qu'un kouign-amann avec le café pour finir avec légèreté (une eau spéciale nous sera servie avant le café pour nous rincer idéalement la bouche, la petite touche snob qui va bien), et un chariot de gourmandises car quand il n'y en a plus il y en a encore. 

On nous offrira un ensemble de caramels, chocolats et autres nougats à ramener à la maison dans une petite boîte.

 

 

Un moment de grande classe, 3 heures ou presque sans rien à redire: cuisine (même le pain est excellent) et service au top, timing idéal, quantités parfaites (tout en ayant très bien mangé, on ne sort pas complètement gavé comme parfois)... tout cela a un coût, plutôt plus élevé que ce que nous nous étions permis jusque là (quasiment 250€ par tête quand nous n'avions jamais dépassé 210 ou 220). Mais clairement, aucun regret.

Si ce n'est de m'être fait chier dessus par un pigeon juste avant d'arriver, ce qui a impliqué une séance de nettoyage un peu rock'n'roll et pas très ragoûtante avant le repas (on appelle ça le syndrome Pierre Richard).

Si j'étais très riche, j'y retournerais dîner rapidement (310€ hors boisson pour le menu 9 plats du soir).

 

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