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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 21:57

Il y a quelques années, j'habitais dans le quartier Reuilly-Diderot et pour me rendre à mon travail, j'empruntais le bus 57.

Souvent, je croisais, le matin, un père et sa fille, assis quasiment toujours à la même place, tout au fond.

Je ne les ai pas oubliés.

La raison principale pour laquelle ils sont restés dans ma mémoire, c'est que la jeune fille, d'une quinzaine d'années, était trisomique. Une deuxième raison était l'amour et la complicité qui semblaient relier ce père à sa fille et irradiaient autour d'eux.

Cela m'émouvait, régulièrement, même si bien sûr je ne voulais pas passer le trajet, sans-gêne, à les scruter.

Le père descendait à Gare de Lyon. Il embrassait tendrement sa fille qui continuait seule son trajet jusqu'à après mon arrêt, probablement pour se rendre à l'établissement dans lequel elle était scolarisée. 

 

Dans une quinzaine d'années, j'espère que je serais ce père pour ma fille, arrivée il y a 3 semaines. Et qu'elle et moi partagerons une aussi belle relation. 

 

 

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 10:05

Je m'adresse à mon lectorat universitaire: vous connaissez les reviewers d'article qui, jugeant un article représentant disons 2 ans de boulot et montrant un petit résultat nouveau, écrivent en substance "hmm oui c'est pas mal mais il aurait fallu faire ça en plus pour que ça soit bien", le ça en question correspondant à 2 ans de boulot supplémentaire pour confirmer au 2ème ordre le résultat principal de l'article, qu'il était déjà ambitieux de montrer à l'ordre 0.

C'est déjà pénible.

Mais aujourd'hui, on retrouve ces "reviewers" sur des articles de blog et même sur twitter. En gros, tu passes une partie de ton temps libre à éplucher des documents, disons-le souvent un peu arides, pour faire des mises en perspective ou des compilations de données un peu parlantes. En général, on travaille à "gros grains" d'abord, et puis, si on peut (i.e. si on a le temps ET que des sources sont disponibles ce qui est loin d'être toujours le cas) on raffine. Mais le "gros grain" est souvent déjà une avancée par rapport au non-existant. Mais la, c'est le festival de "il faudrait dissocier selon les 60 sous-disciplines" ou "vous avez regardé sur les 10 dernières années, mais ce qui serait pertinent ce serait sur les 40 dernières années". 

Et il y a aussi les "contradicteurs systématiques" ou "pinailleurs de l'extrême" qui, visiblement peu habitués à la physique à la Fermi, viennent corriger une grave erreur du type "non ce n'est pas un facteur 2, c'est un facteur 1,93". Récemment, j'en ai eu un qui, pour "démonter" l'un de mes propos sous pseudonyme, m'a cité un article... que j'avais écrit sous mon vrai nom. "Oui, je connais ce travail, non, il ne dit pas ce que vous prétendez..."

 

Donc, un article de blog c'est du grain à moudre, ce n'est pas un article soumis dans un journal à comité de lecture. Quand je fais des articles avec une ambition d'être un tant soit peu sérieux, je donne les sources. Libre à chacun de les reprendre, de les creuser, d'en trouver d'autres, de rebondir. Mais les remarques sur la faible quantité de travail et/ou le peu de pertinence du "gros grain", c'est assez fatigant pour ce qui reste un hobby. Un hobby avec certes une volonté de compréhension et de pédagogie, mais néanmoins sans prétention académique.

 

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 10:51

Pour ceux qui ne me suivent pas sur twitter, j'ai créé un nouveau blog, parce que je n'en avais pas assez d'inactifs encore.

Il s'agit d'anecdotes sur le fonctionnement parfois pénible de l'administration dans le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche.

N'hésitez pas à me transmettre vos anecdotes, mêmes et surtout anonymes.

Ne cherchez pas de but profond là dessous, il s'agit principalement d'en rire (jaune, parfois, mais ça fait du bien quand même). 

Le blog est la: Mammouth Universitaire

 

Mais comme il paraît que ça fait pas avancer les choses, je signale un autre site qui se veut plus pro-actif: Rogue ESR

Bon, je ne suis pas politicien ni activiste, et peut-être que c'est la façon de fonctionner, mais j'ai un peu de mal quand 50% des propositions consistent à dire "donnez-nous plus d'argent" sans justifications ni contreparties, même si je salue l'effort collaboratif. Mais, finalement, je trouve qu'on réfléchit souvent mieux tout seul (ou en petit nombre): au moins on a des chances d'être d'accord avec soi-même. Cf "mon programme"

 

 

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 15:18

Difficile de faire un "programme" cohérent... Mais je vais jeter quelques idées personnelles sur l'enseignement supérieur et la recherche. Personne ne me l'a demandé, mais cela fait du bien de se confronter à la réalité de ce qu'on penserait vraiment pertinent. 

 

 

Mon affiche de campagne

Mon affiche de campagne

 

On va faire du plus utopique au plus concret.

1 - Bon, déjà je pense qu'il faudrait investir massivement dans l'ESR. Après tout, 3% du PIB, la stratégie de Lisbonne, ça a presque 20 ans maintenant, et on est toujours à 2.25% ou quelque chose comme ça. Mais la, il est à craindre que ça ne soit pas pour demain même si c'est la priorité de tout le monde en théorie, dans la pratique ça ne l'est jamais (l'Allemagne est à 2.9). 

2 - Je pense que pas mal d'emmerdes actuelles viennent de la dualité Universités - Grandes Ecoles. A l'Université l'enseignement de masse sans sélection et la recherche, aux grandes écoles l'enseignement hyper sélectif (et, hormis quelques exceptions notables, peu ou pas de recherche). Je n'ai pas d'idée claire sur la façon dont tout pourrait être remis à plat et que cela soit satisfaisant, mais je suis désormais à peu près convaincu que cette dichotomie de 2 siècles n'a plus vraiment de raison d'être. Cela dit, je pense que j'aurai le temps de mourir avant que quoi que ce soit change (le lobby des classes préparatoires et des grandes écoles est un peu plus puissant que celui des universitaires). 

Il y a aujourd'hui probablement trop d'universités en France. 2 centres régionaux (un peu plus pour Paris) semblent un bon compromis (on passerait donc de plus de 80 à une trentaine). Pour cela il faudrait un programme de logements sociaux et de bourses ambitieux.

Il faut aussi une vraie rationalisation de l'offre de formation: éviter les masters très similaires dans un même centre, éviter les masters avec 5 étudiants et/ou tournant grâce au recrutement d'étudiants dont la formation initiale est faible ou mal connue (voir point 3).

2 bis - on pourrait avoir la même réflexion avec le CNRS. Création d'un statut unique avec 128 HED ou 96 HED pour tous? (Il y a en gros 60000 EC pour un peu plus de 10000 chercheurs dont une bonne partie enseigne déjà: autant dire qu'avec l'augmentation des effectifs étudiants annoncés, il va falloir trouver des heures, d'autant qu'il manque déjà au moins 10000 ETP...).

2 ter - je suis un peu partagé sur les PRAG à l'Université, mais vu qu'il y a des manques importants en force enseignante, avec un grand nombre d'heures assurées actuellement par des vacataires dont le recrutement n'est pas toujours optimisé, et qu'un recrutement massif de 10000 EC ou plus ne se fera pas en 2 ans; vu également qu'il y a de la demande du côté des PRAG, je me dis que les intégrer dans les cours de licence générale n'est pas une mauvaise idée, surtout les jeunes (si l'alternative est de les envoyer contre leur gré en collège ou lycée...).

3 - Je suis pour une forme de sélection, sur dossier (comment la gérer?) par filière à l'Université (à l'entrée en L1 puis à l'entrée en M1, puis pour le doctorat, comme le prévoit le LMD). 

4 - Je suis pour un maintien de la gratuité ou quasi-gratuité des frais de scolarité (cf point 1). Par contre, il ne me semblerait pas déraisonnable de demander aux étrangers de payer des frais de scolarité correspondant au coût réel (donc autour de 10000€: cela rapporterait 3 milliards d'€ en supposant que le nombre d'étrangers actuel reste constant, environ 300000. Même à supposer qu'il baisse, on pourrait tabler sur 1 milliard de recettes). On pourrait imaginer des systèmes de bourse et/ou de crédits d'impôts pour ceux qui ensuite resteraient travailler en France. J'avoue que j'ai du mal à comprendre aujourd'hui la plus-value pour le pays d'étudiants se formant gratuitement et à qui on ne propose ensuite pas d'emplois...

4 bis - Bien sûr, ceci devrait être réinvesti dans la rénovation des locaux. Avouons que pas mal d'Universités françaises ne donnent pas vraiment envie de venir... (ou plutôt: gratuitement, ça passe, mais à 10k€ l'année, on attend autre chose). Même si cela s'est pas mal amélioré par endroits (je pense à ceux qui ont connu Jussieu dans les années 1990-2000).

5 - Je pense que la fin de la semestrialisation avec une forme de souplesse dans le suivi des UE, dans le choix des parcours, et l'accumulation de crédits, sur un compte personnel, au rythme choisi par l'étudiant serait une bonne chose. Cela favoriserait aussi la formation continue (on pourrait proposer une formule "à distance"). Par exemple, la licence correspond à 180 crédits ECTS, une UE est en général 3, 4 ou 6 ECTS, et dans le cadre classique, on fait 45 ECTS en un semestre. Rien n'empêcherait d'imaginer qu'un étudiant puisse faire 15 ou 60 ECTS en un semestre (il faudrait probablement définir un minimum et un maximum), et qu'un salarié puisse profiter de ce type de parcours.

5 bis - développement en parallèle de l'apprentissage (dans le secondaire mais aussi le supérieur) et des procédures de validation d'acquis.

6 - Je crois que la fonctionnarisation des chercheurs et enseignants-chercheurs reste une bonne chose. Une revalorisation des grilles serait appréciable. Néanmoins, je pense que l'autonomie des universités est une bonne chose. Maîtrise du calendrier, développement raisonné de certaines disciplines etc. On pourrait imaginer dans cette optique un statut de fonctionnaire territorial. Cela ne faciliterait néanmoins pas les mutations, aujourd'hui extrêmement complexes, alors qu'il faudrait un peu "libérer les énergies". Alors, comment faire? 

6 bis - Suppression du recrutement local (définition du localisme: 3 ans dans le même labo, reset après 2 ans dans un autre labo). Augmentation significative du temps de l'audition (mise en place qui existe déjà parfois d'une partie enseignement), visite du laboratoire obligatoire avant l'audition (financée par les labos). Il faudrait probablement diminuer le nombre d'auditionnés, et pour cela définir des profils plus précis pour le recrutement.  

7 - Il faut redonner des moyens à l'ANR. Probablement revenir aux financements de 2009 voir à 800 millions d'€ ou plus (aujourd'hui, environ 450 millions). L'idée serait que 25% des projets (environ) seraient financés. 

7 bis - mettre en place une procédure robuste et pérenne pour l'évaluation des projets ANR, procédure qui actuellement change chaque année. La procédure de cette année semble plutôt moins mauvaise que les années précédentes (phase 1 évaluée par un comité, possibilité de réponse aux évaluateurs en phase 2). Mettre en place un meilleur suivi des projets par l'ANR en améliorant les recrutements, conditions salariales et perspectives d'évolution des chargés de projets ANR (aujourd'hui, il n'est pas rare d'avoir 3 interlocuteurs différents sur la durée d'un projet de 4 ans...).

7 ter - passer de 3 à 5k€/C-EC pour les crédits récurrents (budget: environ 200 millions).

8 - Incitation au développement des ressources propres dans les universités et les laboratoires.  

9 - Je suis pour le maintien de l'HCERES et la mise en place d'une évaluation des EC sur le modèle de ce qui existe au CNRS. Je suis pour la prise en compte de l'avis des étudiants sur les enseignements prodigués.

Je ne suis pas défavorable à la modulation des services. S'il me semble important qu'un EC ou C conserve une activité de recherche au moins a minima (en ce sens, les premiers critères définis par l'HCERES: 2 articles - ou proceedings selon les communautés - sur une période de 4 ans pour les EC, et 4 pour les C, m'apparaissaient plutôt conservatifs), il ne me déplairait pas qu'un certain nombre d'activités "administratives" (même si je plaiderai pour moins d'administratif pour les C et EC) soient mieux reconnues et valorisées (gestion de filière notamment). Rien ne devrait s'opposer à des carrières d'EC "enseignants administratifs" (en faisant la distinction entre les postes de gestion lourde et les postes honorifiques).

10 - Suppression de la qualification (et donc probablement du CNU) et de l'HDR. Un jeune recruté doit pouvoir obtenir une certaine forme d'indépendance en répondant à des AAP dédiés (dans lesquels on ne lui reprocherait plus d'être "trop jeune" ou pas assez "mentoré"). 

11 - Réserver l'accès au CIR aux TPE et PME. Développer les mécanismes CIR d'incitation à l'embauche des docteurs dans le privé. Rebasculement d'une large partie du CIR (celle non affectée au recrutement de docteurs) des grandes entreprises vers le budget de la recherche publique.

12 - Financement des thèses obligatoire. Pour les salariés ou enseignants: possibilité de thèse en 6 ans si décharge à mi-temps. Faciliter les mécanismes de détachement/congés pour effectuer la thèse. Thèse en 3 ans avec 2 réinscriptions max possibles si contraintes spécifiques disciplinaires justifiées. Généralisation des comités de suivi de thèse. Prise en compte des temps caractéristiques de soutenance et du devenir des docteurs dans la promotion des directeurs de thèse.

12 bis - mise en place de collaborations industrie/université (ou d'un meilleur dialogue) par mise en place d'un guichet unique chargé de valoriser les diplômes (le doctorat mais pas que) sur le marché de l'emploi. Cela permettrait aussi de développer le concept de doctorant/conseil. 

13 - Maintien de la loi Sauvadet. 

14 - Rebasculement du personnel administratif des services centraux vers les laboratoires.

15 - Généralisation de la CB professionnelle pour les C et EC.

16 - pas de fermeture budgétaire annuelle.

17 - Simplification des achats: fin des marchés publics et marchés agences de voyage. Mise en place d'un système de déclaration en ligne (fin des ordres papier) pour la déclaration des missions, congés etc.

17 bis - En ce sens, revalorisation de certaines fonctions support dont les grilles actuelles ne permettent que trop rarement sur le long terme des recrutements de haut niveau (par exemple: secrétariat pédagogique, gestion, DSI). On ne peut pas toujours miser sur la bonne volonté ou le sacerdoce.

18 - Généralisation des délégations de signature au directeur de labo ou d'équipe pédagogique.

 

Bon, je suis sûr que j'ai plein d'autres idées et en même temps ce dont j'ai toujours peur c'est que certains points se contredisent, mais ça fera une base pour retravailler.... J'amenderai au fur et à mesure. 

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 09:45

Je continue ma série sur les étudiants (encore un prof qui les déteste, se diront certains).

 

Je vais revenir sur quelques accrochages survenus (avec, en particulier, des sociologues et des psychologues) sur Twitter alors que je décrivais, me semble-t-il objectivement, des situations réelles. Situations réelles qui étaient donc contestées ou dont on rejetait la faute sur moi (membre de la caste des oppresseurs en tant qu'enseignant, mâle, et blanc).

Je mentionnais quelques cas d'étudiants étrangers qui postulent à une formation sans aucune intention de la terminer, mais dans l'unique but d'être inscrit à l'Université pour faciliter l'obtention d'un titre de séjour, cas qui finissent par se révéler problématiques d'un point de vue de "gestionnaire de filière".

Je ne dis pas que c'est bien ou mal, je dis juste que 1. c'est un fait (de tels étudiants existent, et je peux les comprendre, connaissant un peu le fonctionnement des préfectures à ce niveau), mais que 2. si j'acquiers la certitude (hors de tout doute raisonnable) que la raison de la demande d'inscription est celle-ci en priorité, et que l'étudiant va déserter au bout d'un ou deux mois une fois son sésame en poche, je ne souhaite pas avoir ces étudiants en charge*. Bien sûr, lors des entretiens, personne ne dit clairement qu'il n'a pas l'intention de suivre la formation et que ce qu'il veut, c'est juste être inscrit quelque part. Il y a néanmoins des signaux que l'on apprend à discerner. 

Certains semblaient contester l'existence même de telles motivations (un étudiant est, par essence, toujours motivé, et s'il ne réussit pas, c'est la faute au système universitaire), je peux donc donner quelques exemples personnels:

- j'interviens dans un cadre de formation continue, qui en ce sens ne donne pas accès à un statut d'étudiant (et donc pas au visa correspondant). Dès que l'on précise cet état de fait lors du forum d'informations, la moitié des candidats potentiels disparaît sans demander son reste (et sans poser aucune autre question sur la formation elle-même).

- un copain d'école l'a fait. Ne trouvant pas de thèse et non désireux de devoir repartir chez lui, il s'est inscrit dans un 2ème master (DEA à l'époque), n'est jamais venu en cours et cherchait à la place du boulot/une thèse (qu'il a fini par trouver). C'est sûrement un cas isolé complètement cynique.

- un étudiant l'an dernier, que l'on avait accepté alors qu'il était déjà titulaire d'un master (chose que l'on ne fait pas souvent - voir lien plus haut) a aussi disparu très rapidement (moins de 2 mois). Très subtil, il a candidaté au poste d'ingénieur d'études que notre labo proposait au même moment. Autant dire que sa candidature n'a pas été examinée très avant (sans doute que ce n'est pas gentil de notre part). 

- un autre a fait la même chose, en disparaissant un peu plus tard (environ 1 mois avant la session d'examen du 1er semestre, sans faire le stage donc, et en étant ajourné lors du jury final). Celui là n'a pas candidaté à un poste d'ingénieur chez nous, mais par contre il a submergé l'équipe pédagogique de mails en fin d'année civile, donc 2 ou 3 mois après le jury final. Après avoir disparu de nos radars depuis quasiment 1 an sans aucune justification (autre que "je n'ai pas trouvé de stage alors que pourtant j'ai envoyé plein de candidatures"), il nous demandait urgemment et instamment de l'aider à renouveler son titre de séjour en lui fournissant notamment une "attestation d'assiduité". Il me semble naturel que l'on n'ait pas eu spécialement envie d'accéder à cette requête, dans la mesure où, déjà et principalement, il n'avait pas été assidu. D'autre part, je suis d'avis que quand on joue avec les règles du système, il faut un minimum d'honneur personnel et essayer d'assumer un peu en ne sollicitant pas l'aide de ceux qu'on a, quand même, un peu roulé dans la farine.

Bref, il a insisté, nous a soutenu qu'il avait été présent tout le premier semestre et jusqu'aux examens (les enseignants ont probablement tous perdu sa copie), puis qu'il avait du partir dans son pays d'origine pour raisons familiales, puis qu'il avait été très malade (toutes ces justifications venant, dans la même discussion, et ce 9 mois après les faits, bien sûr: j'ai tenté de lui expliquer que si je m'absentais 9 mois de mon boulot, je devais fournir des justificatifs au début, pas à mon retour). On a fini par lui fournir un bulletin de notes contenant les quelques notes qu'il avait obtenues et signifiant l'absence de notes à partir de janvier et la non-réalisation du stage. Nous n'allions quand même pas lui faire une fausse attestation de présence.

En conclusion, je pense que l'on a été plutôt sympa, mais on m'a expliqué sans rire que cet étudiant était probablement très gêné et affligé de la situation et que notre léger énervement, outre son côté irrationnel, avait quelque chose d'inhumain face à la détresse du jeune homme (qui a quand même pris le temps de nous expliquer qu'il refaisait un master et que ça se passait très bien). Je laisse chacun se faire sa propre idée, mais surtout les collègues qui ont déjà eu à faire à ce genre de situations. 

 

 

*Note: je suis tout à fait prêt à aider des étudiants que j'encadre dans leurs démarches, je l'ai déjà fait pour 1 de mes doctorants et 1 de mes post-doctorants (visite à 7h du matin à la préfecture, intrusion dans les bureaux de la DRH etc). Je le referai sans hésiter. Mais dans le cadre de mes activités d'enseignant, j'essaye de sélectionner les étudiants selon des critères académiques, je ne fais pas de politique ou de militantisme.  

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 16:37

J'enseigne quelques portions de modules à des étudiants de M1 et de M2 (Pro) dont la thématique principale est la science des matériaux, et qui sont de niveau assez moyen.

J'ai constaté des fortes lacunes

- mathématiques: l'incapacité, par exemple, à faire des opérations simples (addition, division, pourcentage...) s'ils n'ont pas de calculette ou à questionner le résultat donné par celle-ci dans le cas où il paraît complètement aberrant. Ne parlons pas de poser ou encore moins résoudre une équation, une partie non négligeable n'est pas capable d'écrire le théorème de Pythagore (je ne plaisante pas).

- physiques: cela revient à ce que je dis précédemment, mais très peu ont un quelconque recul sur la notion de grandeur physique. Récemment, un étudiant dans une copie d'examen a calculé que la taille caractéristique d'une chaîne de polymère était 10^27 angströms. C'est 1000 fois la distance Soleil-Pluton, ce qui paraît un peu grand pour une taille de molécule. Cet exemple est extrême, mais vraiment, la notion d'ordre de grandeur, ou d'homogénéité sont complètement absente de leurs réflexions.

 

Quand on a un bac + 5 science des matériaux, censé concurrencer un diplôme d'ingénieurs, je trouve ça problématique d'avoir un niveau de mathématiques et de physique de lycéen médiocre. Mais j'ai déjà parlé de ça. Depuis quelques années, je vois une autre lacune qui me semble encore plus problématique: en fait, on a l'impression que les étudiants (pourtant francophones dans leur majorité) ne comprennent plus le français. 

C'est une chose de ne pas savoir résoudre un problème de mathématiques ou de physique parce qu'on ne maîtrise pas l'outil ou qu'on ne parvient pas à faire la mise en équation ou sa résolution. C'en est une autre de ne pas comprendre la question posée.

 

Je vais donner un exemple récent. 

Dans un TD, je demandais si un mélange de composition donnée vérifiait la propriété lambda.

La résolution de la question consistait donc à écrire l'équation permettant de déterminer si la propriété lambda était vérifiée, et à rentrer dans l'équation la valeur de la composition du mélange. On obtenait comme réponse que ça ne marchait pas.

La deuxième question était donc: quelle est la composition limite pour que la propriété lambda soit vérifiée. Dans ce cas, il fallait donc écrire l'équation telle que la propriété soit vérifiée, et déterminer la composition.

Sauf que, tous mes étudiants (7 ou 8, de M2) ont repris pour valeur de composition celle de la première question. Bref, ils n'ont pas compris qu'ici, c'était l'inconnu. 

Je vous avoue que j'en suis resté comme deux ronds de flan et que j'ai eu peine à leur expliquer le problème de leur raisonnement.

 

Je suis encore assez jeune dans le métier, mais j'ai l'impression que cette mauvaise maîtrise du langage est assez récente, et se développe rapidement. Avez-vous constaté la même chose ou est-ce que je m'emballe?

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 21:43

La nature produit du plastique! Tout au moins les briques moléculaires élémentaires permettant de synthétiser certains plastiques, plus précisément des bioplastiques. 

Les plastiques, ce sont ces matériaux extraordinaires, qui pour certains, ont une meilleure résistance mécanique que l'acier à masse équivalente! Ces matériaux dont le Prix Nobel français Pierre-Gilbert De Gênes disait déjà, lors de la remise de son prix à Stockholm en 1992 "le plastique c'est fantastique".

Prenez le PLA (poly(acide lactique)) par exemple: il est fabriqué à partir d'acide lactique. Oui, cette même molécule que vos muscles produisent après un effort. Mais aussi par des bactéries se nourrissant de déchets alimentaires. Ce plastique possède, outre des propriétés extraordinaires (son module d'Young est de 3 GPa...), la capacité d'être biodégradable. On peut donc récupérer in fine les briques élémentaires du matériau et recommencer indéfiniment son cycle de production. Plus de sacs plastiques tels que je peux les voir abandonnés le long de la plage ou enfoncés dans la gorge d'une majestueuse tortue marine lors de mes séjours à San Francisco ou Pékin.   

Aujourd'hui, les sacs plastiques, les gobelets ou les assiettes de pique-nique recyclables à l'infini, mais demain, les ailes d'avion, les hyperbarrières du futur ou les nouveaux "drug delivery controlled released systems" pour les antibiotiques "quorum sensing disruptors"?

Imaginez: la nature, et l'Homme lui-même, fabriquent sans le savoir ces constituants indispensables du matériau du futur? Pourtant, aujourd'hui, que fait-on quand on a une crampe, à part se reposer et boire beaucoup d'eau? Rien! Que font les chercheurs quand ils ont une crampe au cerveau: ils vont boire un café! 

Alors que la valorisation de cet acide lactique, qui a conduit à la publication de 8762 brevets depuis une demi-douzaine d'années, pourrait se chiffrer à plusieurs de centaines de milliards de dollars! Et pourquoi ne pas imaginer du "genetic engineering" sur les bactéries pour produire à façon, non l'acide lactique, mais directement le PLA?

 

 

Ce petit texte parodique (encore que) des chroniques de l'hyper-docteur du Point, chercheur affilié au CNRS, à Stanford, Centrale et Polytechnique, reprend les mêmes "codes": quelques points globalement corrects, souvent des banalités présentées sous un jour extraordinaire, erreurs factuelles, approximations grossières, chiffres sortis du chapeau (surtout, jamais de sources, on a la science infuse), name-dropping et anglicismes à foison, imagination débordante pour ne pas dire délirante, et remise en cause plus ou moins directe du travail des chercheurs.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 16:27

Je chante presque tous les soirs à ma fille, depuis 2 ans, quelques chansons pour l'endormir. Mais soyons franc, je me refuse à lui chanter "Au Clair de la Lune" ou "Meunier tu dors". Alors, j'ai opté pour quelques chansons "douces" issues de la pop, du rock ou même, du métal.

Petit florilège du top 7, si ça peut donner quelques idées aux nécessiteux:

 

Ma fille a récemment dit alors que je l'écoutais "le monsieur chante la chanson de papa pour dormir!". Un petit bonheur, même s'il m'a fallu rétablir la vérité...

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 11:26

Bref compte-rendu d'une visite de début d'automne à la Dame de Pic, le restaurant parisien (mono-étoilé) d'Anne-Sophie Pic, tout le monde n'ayant pas les moyens d'aller visiter la maison-mère (triple-étoilée depuis 3 générations) à Valence, surtout lorsque décision de se faire un gueuleton est prise une semaine à l'avance.

 

A l'ouverture, je n'étais pas vraiment tenté, notamment car le concept proposait me semblait hautement pompeux (construction d'un menu autour d'odeurs et de parfums que l'on vous faisait renifler). Le concept à fait long feu et on est revenu à un format plus standard qui m'inspire plus confiance. De façon générale, je reste toujours assez froid à l'idée qu'un restaurant doit proposer un "concept". "Bien manger", ça me semble le concept nécessaire et suffisant pour que ça fonctionne bien. 

 

Le restaurant est situé dans le 1er arrondissement (20 rue du Louvre, site web), entre les Halles et Louvre-Rivoli, à deux pas de Yam'Tcha, autre restaurant étoilé dont le chef est une femme.  

On passe un peu devant la devanture du restaurant sans s'en apercevoir, avec un petit côté showroom de créateur de mode. Un couloir sobrement éclairé longeant les cuisines conduit à la salle. C'est décoré de façon assez moderne, plutôt sobre, beaucoup de blanc, pas vilain mais un peu neutre. 

Côté clientèle, c'est assez varié, quelques beautiful people (pas bling-bling non plus), des touristes, des couples.

 

La carte propose 4 entrées, 3 poissons, 3 viandes, 1 fromage, 4 desserts. On a le choix entre deux menus, l'un avec 2 entrées, 1 poisson ou 1 viande, 1 dessert pour 105€, l'autre avec 2 entrées mais poisson et viande, 1 dessert pour 135€. Le fromage est en supplément (15€).

A deux, on peut donc goûter presque toute la carte avec le grand menu. Nous choisissons finalement celui à 105€ qui s'avérera suffisant pour notre appétit du soir.

 

Il semble que les produits de base des plats proposés changent assez peu souvent, mais les recettes autour de ces produits principaux évoluent plus régulièrement (le menu affiché ce jour est très proche de celui affiché il y a un mois).

Je n'ai pas consulté la carte des vins mais simplement la liste des vins aux verres qui est assez intéressante (en gros 5 blancs et autant de rouges avec des choses sympathiques comme du Condrieu ou du Côte-Rôtie si je me rappelle bien, autour de 20€ le verre).

Niveau amuse-bouche, mignardises et entremets c'est assez calme et sans intérêt, il faut l'admettre (une petite eau de tomates, le truc plus vu depuis 2008 dans un restaurant moléculaire bostonien... et quelques mignardises sans grand intérêt en bout de repas).

 

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
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Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
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Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

 

Heureusement, les plats principaux sont de bon à très bon niveau, avec quelques plats extrêmement bien pensés: le rouget avec des petits morceaux de foie gras et une géle de bouillabaisse est pour moi le must de la soirée; les huîtres, l'oeuf de poule, le boeuf et le saint-pierre ainsi que le dessert à la poire s'en tirent avec beaucoup d'honneurs. Légères déception sur les ravioles de pélardon (goût du fromage un peu trop puissant pour l'équilibre du plat) et sur mon dessert à la mirabelle (le gâteau sablé faisait un peu trop sablé des Flandres de Lu). 

Globalement de très bonnes séquences et un rapport qualité-prix très bon pour Paris intra-muros, surtout pondéré par la localisation et la renommé du chef. Sur le strict plan culinaire c'est plutôt mieux que beaucoup de mono-étoilés parisiens que j'ai pu faire.

 

Le service est bon sans être top niveau, il me semble que l'on gagnerait à un peu plus de décontraction et que cela pourrait être mieux organisé.

 

Une valeur sûre donc, si tant est que l'on puisse définir une valeur sûre avec une seule visite.

 

 

Je lance à @SKLafon1 le défi de faire le compte-rendu de sa visite quelques semaines avant la mienne pour compléter cet avis.

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Published by mixlamalice - dans Restos
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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:09

Dans le milieu académique, on aime bien les indicateurs, surtout simples. Il y a le h-index (du nom du physicien Hirsch qui l'a "développé") bien sûr, censé déterminer ton "niveau scientifique" (il peut avoir du sens si on compare ce qui est comparable: au sein d'une communauté, pour un âge similaire, et si on accepte le fait que c'est quelque chose de plutôt logarithmique. On peut dire quelque chose si on compare 48 et 9, pas vraiment si on compare 9 et 11...).

Plus récemment, à moitié pour rigoler, un Kardashian index (K-index) a été proposé: il est censé évaluer le degré de célébrité publique par rapport à la reconnaissance scientifique, en comparant le nombre de followers sur twitter au nombre de citations de vos articles. Supérieur à 5, cet indice fait de vous un "scientifique Kardashian", quelqu'un de "famous for being famous".

 

J'ai eu ce matin une illumination et je vais à mon tour proposer un index, le m-index (pour Mix). Il aurait pour but d'évaluer le degré d'"importance" des gens dans une organisation en comparant le temps qu'ils mettent à répondre à une demande par rapport au temps de réponse qu'ils attendent des autres.

Par exemple, un RH qui met 3 mois à répondre à ton mail mais t'envoie un dossier le vendredi 12h en t'expliquant qu'il est à rendre pour la "fin de la semaine" aurait un m-index de 3*30*24/4 = 540, bref quelqu'un d'hyper important.

Au contraire, toi le blaireau qui répond dans l'heure au dit RH avant d'attendre patiemment ta réponse 3 mois, tu aurais un index de 0.002, une sous-merde quoi.

 

Comme le h-index avec les auto-citations et le saucissonnage de papiers, ça présente l'avantage d'être aisément manipulable.

Il suffit d'arrêter de répondre lorsqu'on vous sollicite d'une part et d'autre part de fixer dans vos messages des délais intenables.

Ceci fera augmenter votre index et en conséquence vous rendra plus "important", cercle vertueux qui vous permettra d'encore moins répondre et d'être encore plus pressant.

Ce n'est pas la réalité qui compte, mais la perception qu'on en a, et un indicateur unique est idéal pour définir cette perception.

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