Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 11:26

Bref compte-rendu d'une visite de début d'automne à la Dame de Pic, le restaurant parisien (mono-étoilé) d'Anne-Sophie Pic, tout le monde n'ayant pas les moyens d'aller visiter la maison-mère (triple-étoilée depuis 3 générations) à Valence, surtout lorsque décision de se faire un gueuleton est prise une semaine à l'avance.

 

A l'ouverture, je n'étais pas vraiment tenté, notamment car le concept proposait me semblait hautement pompeux (construction d'un menu autour d'odeurs et de parfums que l'on vous faisait renifler). Le concept à fait long feu et on est revenu à un format plus standard qui m'inspire plus confiance. De façon générale, je reste toujours assez froid à l'idée qu'un restaurant doit proposer un "concept". "Bien manger", ça me semble le concept nécessaire et suffisant pour que ça fonctionne bien. 

 

Le restaurant est situé dans le 1er arrondissement (20 rue du Louvre, site web), entre les Halles et Louvre-Rivoli, à deux pas de Yam'Tcha, autre restaurant étoilé dont le chef est une femme.  

On passe un peu devant la devanture du restaurant sans s'en apercevoir, avec un petit côté showroom de créateur de mode. Un couloir sobrement éclairé longeant les cuisines conduit à la salle. C'est décoré de façon assez moderne, plutôt sobre, beaucoup de blanc, pas vilain mais un peu neutre. 

Côté clientèle, c'est assez varié, quelques beautiful people (pas bling-bling non plus), des touristes, des couples.

 

La carte propose 4 entrées, 3 poissons, 3 viandes, 1 fromage, 4 desserts. On a le choix entre deux menus, l'un avec 2 entrées, 1 poisson ou 1 viande, 1 dessert pour 105€, l'autre avec 2 entrées mais poisson et viande, 1 dessert pour 135€. Le fromage est en supplément (15€).

A deux, on peut donc goûter presque toute la carte avec le grand menu. Nous choisissons finalement celui à 105€ qui s'avérera suffisant pour notre appétit du soir.

 

Il semble que les produits de base des plats proposés changent assez peu souvent, mais les recettes autour de ces produits principaux évoluent plus régulièrement (le menu affiché ce jour est très proche de celui affiché il y a un mois).

Je n'ai pas consulté la carte des vins mais simplement la liste des vins aux verres qui est assez intéressante (en gros 5 blancs et autant de rouges avec des choses sympathiques comme du Condrieu ou du Côte-Rôtie si je me rappelle bien, autour de 20€ le verre).

Niveau amuse-bouche, mignardises et entremets c'est assez calme et sans intérêt, il faut l'admettre (une petite eau de tomates, le truc plus vu depuis 2008 dans un restaurant moléculaire bostonien... et quelques mignardises sans grand intérêt en bout de repas).

 

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles
Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

Rouget, Huîtres, Ravioles au pélardon, Oeuf parfait et champignons, Boeuf, Saint-Pierre, Poires, Mirabelles

 

Heureusement, les plats principaux sont de bon à très bon niveau, avec quelques plats extrêmement bien pensés: le rouget avec des petits morceaux de foie gras et une géle de bouillabaisse est pour moi le must de la soirée; les huîtres, l'oeuf de poule, le boeuf et le saint-pierre ainsi que le dessert à la poire s'en tirent avec beaucoup d'honneurs. Légères déception sur les ravioles de pélardon (goût du fromage un peu trop puissant pour l'équilibre du plat) et sur mon dessert à la mirabelle (le gâteau sablé faisait un peu trop sablé des Flandres de Lu). 

Globalement de très bonnes séquences et un rapport qualité-prix très bon pour Paris intra-muros, surtout pondéré par la localisation et la renommé du chef. Sur le strict plan culinaire c'est plutôt mieux que beaucoup de mono-étoilés parisiens que j'ai pu faire.

 

Le service est bon sans être top niveau, il me semble que l'on gagnerait à un peu plus de décontraction et que cela pourrait être mieux organisé.

 

Une valeur sûre donc, si tant est que l'on puisse définir une valeur sûre avec une seule visite.

 

 

Je lance à @SKLafon1 le défi de faire le compte-rendu de sa visite quelques semaines avant la mienne pour compléter cet avis.

Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:09

Dans le milieu académique, on aime bien les indicateurs, surtout simples. Il y a le h-index (du nom du physicien Hirsch qui l'a "développé") bien sûr, censé déterminer ton "niveau scientifique" (il peut avoir du sens si on compare ce qui est comparable: au sein d'une communauté, pour un âge similaire, et si on accepte le fait que c'est quelque chose de plutôt logarithmique. On peut dire quelque chose si on compare 48 et 9, pas vraiment si on compare 9 et 11...).

Plus récemment, à moitié pour rigoler, un Kardashian index (K-index) a été proposé: il est censé évaluer le degré de célébrité publique par rapport à la reconnaissance scientifique, en comparant le nombre de followers sur twitter au nombre de citations de vos articles. Supérieur à 5, cet indice fait de vous un "scientifique Kardashian", quelqu'un de "famous for being famous".

 

J'ai eu ce matin une illumination et je vais à mon tour proposer un index, le m-index (pour Mix). Il aurait pour but d'évaluer le degré d'"importance" des gens dans une organisation en comparant le temps qu'ils mettent à répondre à une demande par rapport au temps de réponse qu'ils attendent des autres.

Par exemple, un RH qui met 3 mois à répondre à ton mail mais t'envoie un dossier le vendredi 12h en t'expliquant qu'il est à rendre pour la "fin de la semaine" aurait un m-index de 3*30*24/4 = 540, bref quelqu'un d'hyper important.

Au contraire, toi le blaireau qui répond dans l'heure au dit RH avant d'attendre patiemment ta réponse 3 mois, tu aurais un index de 0.002, une sous-merde quoi.

 

Comme le h-index avec les auto-citations et le saucissonnage de papiers, ça présente l'avantage d'être aisément manipulable.

Il suffit d'arrêter de répondre lorsqu'on vous sollicite d'une part et d'autre part de fixer dans vos messages des délais intenables.

Ceci fera augmenter votre index et en conséquence vous rendra plus "important", cercle vertueux qui vous permettra d'encore moins répondre et d'être encore plus pressant.

Ce n'est pas la réalité qui compte, mais la perception qu'on en a, et un indicateur unique est idéal pour définir cette perception.

20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:05

Cet été, avec un peu de retard, j'ai eu la chance d'avoir une ANR financée. Oh, un relativement petit projet (265k€ pour 4 ans, 3 partenaires) dans lequel notre équipe n'est que partenaire à hauteur d'un post-doc de 18 mois et 30k€ d'accompagnement.

Bien sûr c'est une bonne nouvelle, et je préfère cela à une absence totale de financement, risque qui commençait à me pendre au nez.

 

Néanmoins, soit parce que je suis trop cynique soit parce que je ne le suis pas assez, cela laisse un petit goût amer, notamment quand je pense à d'autres projets (les miens ou ceux de collègues) non financés. Je vais vous expliquer pourquoi.

 

Cela fait 3 fois que l'on soumet ce projet. Les deux premières fois nous n'avions pas passé le premier tour. Les critiques étaient assez concordantes et pour une fois, me semble-t-il, pas trop subjectives (e.g. pas liées à l'âge du capitaine ou au sens du vent): le projet, quoique très appliqué, ne suscitait pas vraiment l'intérêt des industriels contactés car, certainement, trop "long shot" pour eux... gains de propriétés espérés a priori trop faibles par rapport à la hausse de coût induite, leur frilosité était assez compréhensible.

Bref, on reprochait au projet d'être un peu le cul entre deux chaises: pas vraiment hyper excitant du point du vue académique ni du point de vue industriel. Dans un contexte budgétaire contraint, il n'était pas scandaleux de passer à la trappe... Honnêtement, je pense qu'on était tous un peu d'accord avec ça même si ce n'est jamais facile à entendre. Je précise, cela va sans dire, que cela ne remet pas en cause la qualité scientifique et humaine du consortium, ni sa capacité à bosser ensemble sur des projets mieux ficelés.

 

Il se trouve que le porteur, n'ayant rien de mieux à proposer cette année là, a décidé de resoumettre une troisième fois.

Miracle, le projet passe au second tour, sans que l'on ait pu vraiment gommer les défauts soulignés les années précédentes (pour cela il aurait principalement fallu convaincre un industriel ce qui ne fut pas le cas).

Le projet est passé au ras des pâquerettes, avec quelque chose comme 0.2 ou 0.3 point au-dessus de la barre (note sur 45). Sachant que l'un des rapporteurs du premier tour, à la case "points forts" a écrit textuellement et in extenso "difficult to find any" (mais a quand même attribué une note de 28/45 au projet, ce qui a défaut d'être bon, n'est pas éliminatoire comme peut l'être une note de 12 ou 15, quand la barre est vers 35 et que la note est une moyenne de 4 à 7 évaluations...). Et que deux autres rapporteurs ont encore reproché au projet de ne pas avoir de partenaire industriel.

 

Au deuxième tour, le projet détaillé a été écrit, comme souvent lorsque l'on n'a pas de premier jet sous la main, dans l'urgence. Tout le monde s'est impliqué, mais au moment de la soumission, c'était encore très perfectible (même dans la limite de l'intérêt du projet lui-même).

J'ai su de source sûre que le projet avait été envoyé par l'ANR pour évaluation à deux proches collaborateurs de partenaires du projet: l'un a publié 3 papiers en commun avec le porteur du projet en 2015. L'autre était professeur associé dans l'équipe pédagogique de partenaires du projet. L'un des deux a refusé de rapporter le projet, mais pas l'autre. A la lecture des rapports, sans que cela soit certain, il semble qu'un autre rapporteur soit également un collaborateur d'un des partenaires. Vous me direz, tant mieux pour nous, mais niveau professionnalisme de l'ensemble c'est léger.

Je dirais même plus: l'un des rapports nous complimente chaudement et longuement pour une réussite collaborative passée sur un système que nous n'avons pourtant jamais étudié (et donc sur lequel a fortiori nous n'avons jamais rien publié, ensemble ou individuellement)...

Bref, voila, les rapports sont bons, et le projet financé. Aucun des défauts soulignés précédemment n'a été gommé mais cette fois-ci c'est passé. Le projet a été expertisé par des copains qui nous ont donné un coup de pouce ou par des gens qui ont regardé ça de tellement loin qu'ils nous ont attribué des travaux qu'on n'a pas menés, ça compense les fois où on tombe sur un mec obtus qui vous défonce par plaisir ou par intérêt, mais je trouve que ce n'est pas pour autant très satisfaisant. On va quand même essayer de sortir des choses intéressantes, allez...

Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 09:27

J'ai eu une petite discussion téléphonique avec R. Pierronnet, doctorant en sciences de gestion, actif sur twitter (@rpierronnet) sur tous les débats ayant trait au fonctionnement de l'ESR français, qui m'a sollicité pour parler un peu du CIR (crédit impôt recherche).

Ce dispositif de crédit d'impôt alloué en fonction des sommes dédiées aux activités de recherche des industriels, est discuté, souvent critiqué, tant par les universitaires que parfois par les politiques eux-mêmes (d'autres évaluations sont plus mesurées).

 

Mes sentiments personnels sur le dispositif sont mesurés, notamment parce que je maîtrise mal la politique fiscale, sujet qui je l'avoue ne me passionne guère. Je vois cependant passer beaucoup d'avis tranchés qui me semblent, volontairement ou non, basés sur des arguments erronés, ou au moins des raccourcis violents (par exemple quand je lis que ce sont 5 milliards d'€ "détournés" des laboratoires: ce sont des recettes fiscales non perçues, absolument rien ne dit que ces sommes seraient dans leur totalité allouées au budget de l'enseignement supérieur et de la recherche...). Je pense, naïvement, qu'il y a de "bonnes choses" dans le dispositif en soutien aux "start-up innovantes", avec également le J.E.I. (en tout cas c'est un choix politique de soutien à "l''innovatin" que je peux comprendre, surtout vu l'état de l'industrie française). Le fait qu'une large part du CIR bénéficie aux grandes entreprises pour une vision de la recherche ne paraissant pas toujours, de l'extérieur, très enthousiaste, me laisse plus sceptique. Mon avis, pas forcément hyper documenté, ne va pas plus loin que ça. 

 

Il se trouve que de façon complètement fortuite, j'ai eu l'occasion de devenir "expert" pour le CIR. Car, malgré tout, la "recherche" déclarée par les entreprises est, de temps à autre, "évaluée" par des scientifiques (et les sommes déclarées par des fiscalistes), avec un risque non nul de redressement fiscal en cas d'entourloupes.

Il me semblait intéressant de voir un peu ce qui peut se faire en entreprise en France sur des thématiques proches des miennes; de façon générale, expertiser est une activité "annexe" mais inhérente à mon boulot, que j'apprécie. Cela met un peu de beurre dans les épinards aussi, même si les sommes en jeu sont relativement faibles (je ne cherche pas à en faire beaucoup, cela représente donc un complément de revenu de moins de 1000€ sur l'année). Tout en, me dis-je, agrémentant mon CV d'une petite ligne qui ne fait pas de mal.

Et puis je trouvais marrant de voir un peu de l'intérieur, loin des rapports et bilans d'activité et même plutôt dans la soute, comment ça fonctionne.

 

Romain m'a posé des questions à ce propos, sur un mode "interview" et en a donc tiré un article de blog que je vous invite à lire ici: http://blog.educpros.fr/romain-pierronnet/

 

En complément, une petite anecdote: j'ai participé à une rencontre organisée par le responsable du service au Ministère, suite à une demande d'une entreprise qui contestait une expertise précédente (ayant résulté en un redressement fiscal un peu violent). J'étais donc dans le rôle de "contre-expert". Ce que je n'ai compris qu'a posteriori c'est que la réunion, même si cela n'a pas été le cas, aurait pu déboucher sur un "deal" verbal (du genre "ok, on vous accorde ça mais pas ça", "banco"). Ceci s'ajoute à une autre chose qui me frappe et dont Romain parle dans son article: l'absence de définition claire, non ambiguë, de ce qu'est ou de ce que n'est pas la recherche, avec plusieurs "définitions" possible selon les documents consultés, définitions qui sont généralement elle-mêmes verbeuses et par conséquent floues.

Donc on se rend compte que, derrière quelque chose qui paraît de prime abord très codifié, il y a finalement beaucoup de "feeling" mis en jeu. Voila, je crois que c'est ça qui m'a le plus surpris, même si ça ne devrait pas: finalement c'est quasiment toujours le cas; quelle que soit la "rigidité" de façade d'une organisation, il y a toujours des humains derrière.

 

Une autre petite anecdote plus classique: pour faire des expertises pour le Ministère, le Ministère demande que mon employeur (qui est le Ministère) m'autorise à exercer une activité secondaire. D'où un dossier d'autorisation de cumul très fastidieux à remplir, tous les ans, comprenant des informations essentielles comme la date de mon PACS, à faire signer d'un côté comme de l'autre par 4 ou 5 niveaux hiérarchiques. En général, la remise du dossier complet à l'agence comptable prend 6 bons mois (le paiement prenant environ la même durée). 

Published by mixlamalice - dans La recherche La vie de Mix
commenter cet article
18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 15:46

Récit d'un déjeuner mi-mai au Cinq, le restaurant du Georges V, repris par C. Le Squer (anciennement triple étoilé au Pavillon Ledoyen) en octobre 2014, et qui après avoir eu 2 étoiles au Michelin en 2015, a regagné la 3ème début 2016.

 

Pour ceux qui ne voudraient pas aller plus loin et juste regarder les photos, disons-le illico: ce déjeuner fut extraordinaire à tous points de vue: bon, beau, cher, très palace en somme. Je lui réserve illico une place dans le top 5 voire 3 de mes expériences gastronomiques.

Ce côté "palace" et ses codes rendent difficile les comparaisons avec certaines de mes expériences passées (telles que Savoy ou Passard), mais j'ai trouvé que le Cinq était par exemple très nettement au-dessus du Bristol.

 

Arrivés à 12h15, le restaurant n'ouvre ses portes qu'à 12h30 pétantes. La salle a un côté forcément un peu bling-bling comme dans tous les palaces que j'ai pu fréquenter au déjeuner. La salle se remplira disons aux 2/3 avec un public varié, du couple à la famille très 7ème, en passant par le vieux monsieur solitaire lisant le Figaro jusqu'aux touristes chinois. Le service m'est apparu impeccable, s'adaptant à chaque public et sachant allier ultra-professionnalisme chic et une petite touche de décontraction et de bonne humeur apparente mettant à l'aise les convives.

 

On opte pour le menu déjeuner 4 plats à 145€ (210 pour 6 plats). En boissons, nous avons évité pour une fois le coup de bambou de la coupe de champagne, mais pas celui des verres de vin: il y a 5 ou 6 références pour les blancs, idem pour les rouges et les vins de dessert. Compter 25€ le verre pour blanc et rouge, 35€ pour le vin de dessert (gloups!). Néanmoins, les coefficients semblent plus "raisonnables" que ce que j'ai pu voir dans d'autres établissements de ce standing (les bouteilles proposées, relativement "rares", sont facilement autour de 40€ prix producteur, on est donc typiquement sur du coefficient 4, là ou pas mal de triples étoilés tapent plutôt dans le 6, voire 8 ou 10!).

 

Après des amuse-bouches sympathiques (dont une excellente au foie gras), la pré-entrée donne le ton (cerises et asperges) dans une composition détonnante et visuellement très agréable à mon humble avis (ce sera une constante tout le repas).

 

 

Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)
Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)

Vient ensuite l'entrée proprement dite, toujours à base d'asperge: "asperges vertes truffées, mousseline de Château-Chalon". Le Château-Chalon, du vin jaune, donne une sauce extrêmement riche, que le jus truffé très réduit vient combattre. Les goûts individuellement sont presque trop puissants, mais le plat prend toute sa dimension lorsque tout est dégusté ensemble. 

On est sur de la cuisine française de très haut niveau, mais avec en même temps une originalité, une touche personnelle, et une liberté d'expression qui ne semblent pas feintes, et que la encore on retrouvera tout au long du repas. 

Nous accompagnons tous deux d'un verre de Chablis Grand Cru 2013 Grenouille (domaine Droin), au beau potentiel mais peut-être encore un peu vif. 

En 2ème entrée, la "gratinée d'oignons à la parisienne contemporaine" ou dit autrement, une soupe à l'oignon revisitée. Des perles d'oignons explosent en bouche pour relâcher la-dite soupe. Ce qui pourrait paraître comme un gimmick à la Top Chef ("classique populo retouché grande cuisine avec une touche de moléculaire") est indéniablement un grand plat, d'ailleurs "signature" du chef Le Squer. Vraiment une tuerie, croyez-moi. On aimerait en avoir deux fois plus dans l'assiette. 

Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)
Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)

En plat, Priscila enchaîne avec "Merlan de nos côtes en filet, rôti à la moutarde, condiment myrtille" accompagné du même vin (servi généreusement, d'ailleurs j'ai eu droit à un "refill" offert avant moi, de changer). Elle a trouvé ce plat exceptionnel (je ne peux vraiment vous en dire plus, car même si je l'ai goûté, sa construction toute en subtilité était difficile à saisir entre deux bouchées du plat puissant que je vais décrire ci-dessous).

Pour ma part, un "pigeon grillé laqué, truffe, olive et vapeur de navets" parfaitement équilibré (belle maîtrise sur la tapenade d'olives qui aurait pu vite devenir trop prégnante) accompagné d'un Châteauneuf-du-Pape, Domaine du Vieux Donjon 2012 qui se mariait idéalement. 

Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)
Le Cinq Restaurant (Hôtel Georges V, C. Le Squer, Paris 8)

Suit un pré-dessert (une petite mousse pralinée, si mes souvenirs sont bons), avant l'apothéose, deux desserts de très haute volée: "fraises au naturel, chantilly, granité pétillant, chocolat blanc", parmi les 3 meilleurs desserts que Priscilla ait mangés de sa vie si je dois l'en croire (je confirme qu'il était excellent, beaucoup plus léger et fin que ce que l'énoncé peut laisser imaginer), accompagné d'un vin de dessert italien pétillant très parfumé tout en étant peu élevé au niveau sucrosité (Alto Adige Moscato d'Asti, F. Haas).

Et pour moi, les premières "cerises cusinées dans leur jus, parfumées de kirsch, glace pistache", la aussi un très beau dessert tant gustativement qu'esthétiquement (quel travail de présentation, comme sur tous les plats!). Avec un autre muscat italien excellent (j'adore leurs vins doux, que je trouve souvent plus fins que les français), un Alto Adige Moscato Rosa 2013 (F. Haas également).

 

Et puis, bien sûr, des mignardises, ainsi qu'un kouign-amann avec le café pour finir avec légèreté (une eau spéciale nous sera servie avant le café pour nous rincer idéalement la bouche, la petite touche snob qui va bien), et un chariot de gourmandises car quand il n'y en a plus il y en a encore. 

On nous offrira un ensemble de caramels, chocolats et autres nougats à ramener à la maison dans une petite boîte.

 

 

Un moment de grande classe, 3 heures ou presque sans rien à redire: cuisine (même le pain est excellent) et service au top, timing idéal, quantités parfaites (tout en ayant très bien mangé, on ne sort pas complètement gavé comme parfois)... tout cela a un coût, plutôt plus élevé que ce que nous nous étions permis jusque là (quasiment 250€ par tête quand nous n'avions jamais dépassé 210 ou 220). Mais clairement, aucun regret.

Si ce n'est de m'être fait chier dessus par un pigeon juste avant d'arriver, ce qui a impliqué une séance de nettoyage un peu rock'n'roll et pas très ragoûtante avant le repas (on appelle ça le syndrome Pierre Richard).

Si j'étais très riche, j'y retournerais dîner rapidement (310€ hors boisson pour le menu 9 plats du soir).

 

Published by mixlamalice - dans Restos
commenter cet article
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:02

Je rebondis brièvement sur le "mythe" des doctorats "de complaisance", dont on a beaucoup parlé ces derniers temps avec les doctorats par VAE.

D. Monniaux a notamment expliqué que la VAE ne simplifiait pas franchement les possibilités qui existent déjà par les "voies traditionnelles" de délivrer de tels diplômes. 

 

Avouons-le, on a tous assisté à des soutenances qui n'auraient probablement pas du avoir lieu (ou alors qui n'auraient pas du aboutir à la délivrance du diplôme) ou au moins entendu des histoires de doctorat délivrés à des anonymes ne le méritant pas forcément, sans même avoir besoin d'évoquer des affaires médiatiques (astrologues, présentateurs télés etc). 

 

Mais il n'y a pas d'un côté les thèses exceptionnelles (ou même simplement bonnes) et de l'autre les thèses dysfonctionnelles où il est clair que l'on aurait du agir et qu'on ne l'a pas fait (les raisons possibles pour ne pas avoir agi avant la soutenance sont multiples et un peu hors du cadre de ce que je voudrais dire ici, même s'il serait intéressant d'en faire un article à part entière).

 

Il y a aussi tout un tas de situations embarrassantes où il n'y a, semble-t-il, que des mauvais choix à faire.

 

Je vais raconter une histoire vraie (bien qu'anonymisée au mieux) qui rentre, selon moi, dans ce registre.

 

 

En 2010 un jeune syrien est venu voir un collègue. Il était titulaire d'un bac + 5 (syrien), avait quelques années d'expérience profesionnelle en tant qu'ingénieur en Syrie. Il souhaitait venir faire une thèse en France sur des thématiques scientifiques en devenir et pertinentes dans un cadre industriel (le tout dans le domaine de compétences de mon collègue), pour ensuite retourner en Syrie créer son entreprise en lien avec cette thématique. Il disposait d'une bourse du gouvernement syrien pour ce faire. Le montant de celle-ci était faible (entre 800 et 1000€ mensuels nets), mais la personne disposait de ressources personnelles familiales.

A ce stade, 2 premières erreurs: le directeur du laboratoire a plutôt poussé à accepter la proposition, en regard de la maturité du candidat vis-à-vis de son projet professionnel et de son parcours personnel tout à fait raisonnable, le collègue initialement pas convaincu a fini par se ranger à ces arguments.

2ème erreur: l'école doctorale a accepté d'inscrire le doctorant malgré la faiblesse de la bourse, sachant que le laboratoire ne pouvait lui garantir de compléments de revenus. D'autres écoles doctorales auraient probablement imposé un complément de l'ordre de 500€ mensuel pour accepter le dossier, et tout aurait été terminé à ce stade.

 

Et puis, quelques mois plus tard, la guerre civile éclate en Syrie. Rapidement, la bourse n'est plus versée au doctorant. Une partie de sa famille proche est directement touchée (des membres de sa famille sont portés disparus). 

Le doctorant d'une part n'a plus vraiment la tête à sa thèse, d'autre part doit trouver un petit boulot (au noir) pour subsister. 

Bien sûr, la thèse n'avance plus vraiment, le doctorant ne vient plus beaucoup au labo. 

Je vous passe les détails, les problèmes innombrables, tant avec la préfecture et menaces d'expulsion avant d'obtenir le statut de réfugié, que les tentatives pour, via des crédits du labo, le financer à hauteur de 1000€ au moins pendant une partie de sa thèse, en passant par l'école doctorale en cours de dissolution à cette même époque, etc.

A cause de tout ça, le doctorant n'est jamais vraiment rentré dans son sujet, et probablement que ses bases et son niveau n'étaient pas aussi solides qu'escomptés non plus. Mon collègue et un autre ont mis les mains profondément dans le cambouis, l'ont aidé sur les manipes, en ont fait certaines eux-mêmes. Après une prolongation d'un an, il y a eu suffisamment de résultats pour faire un manuscrit, très moyen certes, mais "crédible" (il pourrait éventuellement sortir 2 articles de la thèse, même si à l'heure actuelle rien n'a été encore publié: la encore, l'école doctorale a laissé couler là où d'autres auraient peut-être posé un veto).

Les collègues ont largement aidé à la rédaction du manuscrit (voir, pour certaines parties, l'ont écrit eux-mêmes). 

 

Un jury a été réuni. Quelques mots sur le "jury de complaisance": tout dépend ce que l'on entend par là. Il est difficile d'avoir assez de bons copains, qui en plus sont suffisamment crédibles sur la thématique pour constituer un jury entier (sauf peut-être si l'on est senior ou avec un réseau monstrueux). Et puis, on a pas forcément envie de griller toutes ses cartouches "bons potes qui me rendront service" d'un coup. Bien sûr, on n'a pas envie d'inviter des pontes ou des gens avec qui on aimerait bosser un jour. Alors, on prend un ou deux bons copains, et pour le reste on va chercher des personnes un peu à la marge de ses activités, des personnes en fin de carrière, des personnes dont on estime que la recherche est "pépère" ou les standards pas trop élevés, etc.

Bref, la soutenance s'est plutôt bien passée, le doctorant avait bien préparé, il s'est sorti sans trop de problèmes des questions face à un jury plutôt bienveillant.

 

 

Voila, il y a un docteur de plus.

Sur le niveau et les résultats, il n'aurait probablement pas fallu le diplômer. Sur le plan humain, sur l'histoire personnelle, comment faire autrement? Y avait-il un bon choix, une bonne façon de procéder? Une fois le train en marche, cela semblait innarêtable. Je pense que ce qui pouvait et devait être fait a été fait, mais rien de tout ça n'a été facile et satisfaisant, et je pense qu'on pourrait argumenter raisonnablement sur des positions opposées.

Qu'auriez-vous fait? 

Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 15:32

Le sujet avait déjà fait couler beaucoup d'encre lorsque le projet de nouvel arrêté doctoral avait fuité il y a quelques mois. La propension qu'ont les gens (même les universitaires) qui ne savent pas de quoi ils parlent d'avoir un avis tranché étant parfois assez pénible, j'avais déjà fait un article à l'époque.

 

Las, le mot VAE (validation des acquis de l'expérience) apparaît de nouveau dans le nouvel arrêté (nouvel arrêté qui par ailleurs ne propose, en vrai, rien de bien nouveau comme l'a expliqué M. Clavey).

Peu importe qu'il ne concerne pas le doctorat, comme l'explique bien E. Ruiz (franchement, allez lire son billet), mais bien l'obtention d'un master permettant l'inscription en doctorat. 

Peu importe également que le dispositif d'obtention du doctorat par VAE existe en théorie depuis 2002, et en pratique depuis 2009. Peu importe qu'il ne concerne qu'une dizaine de cas par an (voir mon précédent article ou ces documents).  

Peu importe que des universités réputées le pratiquent depuis cette date (UPMC entre autres). Et qu'elles sont parfaitement conscientes qu'elles seront scrutées sur ce point et n'ont donc pas vraiment intérêt à faire n'importe quoi (cf ci-dessous, le profil des "bénéficiaires").

Peu importe que la démarche à accomplir soit tout sauf une sinécure, comprenant la rédaction d'un manuscrit, une soutenance devant un jury d'enseignants-chercheurs, d'avoir à justifier au cours de sa carrière en entreprise d'un travail de recherche ayant donné lieu à publications, brevets etc. 

Peu importe que les quelques cas dont on peut voir des témoignages aient tous un pedigree très solide et pouvant démontrer des résultats scientifiques "académiques" que beaucoup de doctorants aimeraient avoir à la fin de leur thèse: voir par exemple ici, la ou la. 

Peu importe que, selon toute vraisemblance, le nombre tendra plutôt à diminuer qu'à augmenter (le profil, en sciences dures, des candidats à cette voie d'obtention du doctorat, est plutôt celui de personnes qui ont intégré des centres de R&D de groupes industriels il y a une vingtaine d'années, à une époque où le doctorat n'était pas "obligatoire" pour cela. Aujourd'hui, de ce point de vue, la France s'est uniformisée avec les pratiques internationales, en tout cas dans les grands groupes et dans les start-ups: par exemple, dans le centre R&D de Saint-Gobain, 90% des "ingénieurs de recherche" sont docteurs)

 

Non, malgré tout ça, on voit fleurir tout un tas de tribunes aussi mal informées, alarmistes, et disons le franchement, je n'ai pas d'autre mot, plus nullissimes les unes que les autres, sur ce qui serait la porte ouverte à toutes les fenêtres. 

Hélas, elles se sont répandues comme une traînée de poudre: moi qui pensais que ce qui était excessif est insignifiant, je suis bien naïf.

 

On y trouve de la théorie du complot à la petite semaine, comme quoi le but caché est que les ingénieurs et hauts fonctionnaires fainéants mais désireux de briller à l'international  - où seul le beau doctorat est reconnu - pourront en obtenir un sans transpirer un bon coup.

Le fait que le procédé existe depuis près de 10 ans, qu'il ne concerne que 10 personnes par an depuis tout ce temps, ne semble hélas calmer personne.

Le fait qu'aujourd'hui, quelque chose comme 1/3 des nouveaux doctorants soient des diplomés de grande école non plus.

On y évoque un aspect financier que les universités cupides chercheraient à développer quitte à brader le diplôme. Je n'ai pas les chiffres exacts, mais j'ai en tête un coût pour une demande VAE qui dépend du nombre de "crédits" demandés (fixés par le LMD) et qui est de l'ordre de grandeur du k€. On m'a parlé dans certaines disciplines d'un chiffre plus élevé (plus proche de 10k€) sans que je puisse le vérifier. Quoi qu'il en soit, le budget typique d'une université chiffrant dans les environs de 100M€, et en vertu des volumes discutés plus haut, on voit qu'il y a quand même plus à miser sur les contrats de recherche, européens ou même CIFRE, ANR etc. Et qu'au niveau de l'enseignement, les formations directes pour industriels sont par exemple une voie largement plus rentable (4 jours de formations dans le cadre du DIF peuvent se chiffrer facilement à 10k€, avec beaucoup plus de demande potentielle...).

 

Et puis, on y trouve (non seulement dans ces tribunes mais également dans les commentaires de ceux qui les ont diffusées, bien souvent des doctorants) une certaine idée "romantique" du doctorat qui me paraît bien éloignée des réalités du terrain. 

Non, un doctorat n'est pas toujours un travail fondamental, ni un projet unique de 3 ans (ou plus) "indépendant" mené de A jusqu'à Z, ni un travail qui fera date dans le domaine. 

Il peut s'agir de quelque chose de très appliqué, il peut s'agir de multiples projets autour d'une thématique donnée (regardez certaines thèses de physiques, par exemple: "quelques processus dynamiques aux interfaces" dont la 1ère phrase est "this work presents three topics of research"). Il peut s'agir d'un petit bout d'un énorme projet (cf les thèses sur projets européens). Il peut s'agir, soit parce que l'étudiant est moyen soit même parce que le sujet n'est finalement pas si bon que ça, d'une thèse médiocre, moyenne, ou même bonne, mais sans impact majeur. Il peut même dans certains cas s'agir d'un travail qui ne serait pas si éloigné que ça d'un travail "d'ingénierie" pour un ou plusieurs industriels dont la valeur ajoutée du point de vue recherche est difficile à cerner (je pense à certaines thèses CIFRE ou financées par des FUI ou autres). 

Pour moi, ce que le diplôme de doctorat valide, ce n'est ni une hyperspécialisation sur un sujet bien précis (dans la majorité des cas, on n'a, il faut l'admettre, plus jamais l'occasion de retoucher à ce sujet), ni une capacité à "survivre" (certains doctorants se vivent visiblement comme un Soljenitsyne masochiste au goulag, et on retrouve parfois cette conception chez certains encadrants pour décerner le diplôme: "untel n'est absolument pas qualifié pour être docteur, mais ça fait 3 ans qu'il s'acharne"), ni l'accomplissement d'un chemin personnel vers la sagesse (ce n'est pas Shaolin non plus).

Ce que ça valide, c'est une certaine capacité à s'imprégner d'un sujet (qu'on a souvent pas vraiment choisi), développer une méthodologie, pour aller (plus ou moins) au-delà de l'existant. Et à être capable de restituer ceci via un manuscrit, des articles ou des brevets, et une soutenance. Je ne vois rien qui ne puisse se faire, en théorie, dans un cadre industriel.  

 

Je trouve d'autre part étonnant que cette mythologie de la thèse comme le grand oeuvre d'une vie, cette quête personnelle dont la pureté est mise sur un piédestal, soit véhiculée majoritairement par des gens provenant de disciplines où l'on tolère que 2/3 des thèses soient effectuées comme un (pardonnez-moi, je vais être provocant) "hobby", e.g. en dehors d'une activité principale, le soir et le week-end, sans être financé spécifiquement pour ce travail. Qu'il s'agisse, au mieux, de personnes avec un emploi stable (par exemple, professeurs du secondaire), au pire de personnes sans sources de revenus connues et qu'on voit, en parallèle, se plaindre de leur précarité. Tout en défendant, bien sûr, son caractère de "première expérience professionnelle".

Je vois plus de dangerosité à ce que des directions d'écoles doctorales tolèrent encore, allant à l'encontre des missions qui leur sont confiées ("le directeur de l'école doctorale s'assure que les conditions scientifiques, matérielles et financières sont réunies pour garantir le bon déroulement des travaux de recherche du candidat et de préparation de la thèse" dit l'arrêté), l'inscription en thèse de personnes en grande précarité, que dans la possibilité pour un actif ayant, dans le cadre de son activité professionnelle, effectué une activité de recherche quantifiable, d'obtenir un diplôme que pour une raison X ou Y il n'a pu obtenir en "formation initiale". Je vois aussi, finalement, plus de facilité à évaluer un tel travail qu'un travail qui aurait été mené en "hors temps de travail".

Je pense aussi qu'il y a eu et qu'il y a encore suffisamment de doctorats de "complaisance" décernés, à des célébrités (les frères B., Elizabeth T., Jean-Christophe C.) mais aussi à des anonymes (qui n'a jamais assisté à une soutenance dont on se dit à demi-mot qu'elle n'aurait jamais du avoir lieu mais qu'on a fini par accepter pour sauvegarder les apparences ou quelle que soit la raison?) pour que l'on s'inquiète plus de ce contrôle de qualité là, dans un cadre de "revalorisation" du diplôme, que d'un phénomène qui ne sera de toute façon jamais plus qu'epsilonesque. En ce sens d'ailleurs, je suis un fervent partisan des comités de thèse mis en place dans un certain nombre d'écoles doctorales depuis quelques années, et qui sont généralisés dans le nouvel arrêté. 

 

Pour conclure, je reviens vers une considération plus générale: il y a en France une obsession du diplôme obtenu en formation initiale. Je peux comprendre qu'au moment de la première embauche, avoir tel diplôme ou tel niveau d'études ouvre la porte à certains métiers et à certaines rémunérations. Je suis par contre toujours surpris quand 25 ans plus tard, des gens de toute évidence extrêmement compétents, à qui on a confié des responsabilités, ne peuvent, par exemple, passer "ingénieur" ou obtenir un "statut cadre" dans leur entreprise parce que leur diplôme "initial" n'est pas suffisant. Je me leurre peut-être mais j'ai l'impression que les anglo-saxons sont plus pragmatiques de ce point de vue là (eg qu'au bout d'un certain temps, celui que tu es devient plus important que celui que tu as été pendant tes études). Et je suis donc favorable à toute démarche qui tendrait à diminuer un peu ce qui m'apparaît comme une ineptie. Si le développement de la formation continue et de la VAE en est une, je prends. 

 

 

PS: je ne blâme pas ceux qui ne connaissent rien à la VAE. Moi-même, pur produit "formation initiale", je n'en avais jamais entendu parler jusqu'à il y a 5 ans. Mais il se trouve que depuis, j'ai été amené à participer en tant que jury/examinateur de dossier, à 2 à 3 VAE par an, du niveau bac+2 au niveau bac+5 (jamais doctorat pour l'instant, notamment pour les raisons de rareté expliquées ci-dessus...). Je blâme plutôt leurs opinions tranchées sur des sujets sur lesquelles ils n'ont fait aucun effort pour se renseigner. Pas vraiment très "pro" pour des universitaires.

3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 11:09

Nos doctorants dépendent d'une école doctorale sur laquelle j'ai, en tant que chercheur, beaucoup à redire notamment au niveau de la modernité des conceptions de ce qu'est la recherche.

 

J'avais déjà eu quelques problèmes à l'époque où nous avions accueilli pendant 1 an un étudiant américain dans le cadre d'une cotutelle, que je peux rappeler ici:

- on m'avait envoyé un canevas pour la rédaction de la convention de cotutelle, en m'expliquant que c'était à moi d'établir le document. Quand j'avais osé prétendre que ça ne me semblait pas être mon travail, la gestionnaire m'avait répondu que ce n'était pas le sien non plus. Pendant deux mois, je lui ai donc envoyé des versions du document, qu'elle me renvoyait annotées pour corrections (je pense que le faire elle-même lui aurait coûté in fine, beaucoup moins d'efforts).

- on m'avait expliqué qu'être co-encadrant de la thèse avec un Full Prof américain (juste pour expliquer que ce n'est pas un perdreau de la veille, je signale que son h-index > 50) ne suffisant pas, mais qu'il fallait quelqu'un avec la HDR. Si si. On a donc rajouté un troisième larron qui, si je veux être objectif, n'a pas énormément apporté au projet (je reste sobre). J'aurais pu m’accommoder de ça si on ne m'avait pas en sus expliqué avec condescendance que rien de tel qu'être chaperonné pour progresser.

Je vous passe les détails des discussions concernant la durée de la thèse ("ah bon la thèse ne fait pas partout 3 ans 0 mois 0 jours 0 heures? ah ben ça va pas être possible alors. Allez, si, mettez des fausses dates et puis c'est tout").

 

J'avais également été quelque peu irrité de m'entendre dire qu'on m'avait "oublié" dans l'encadrement d'une autre thèse dont j'étais le véritable porteur (voir ailleurs).

 

Et puis récemment, j'ai parcouru les documents transmis aux étudiants et encadrants concernant les modalités de rédaction du mémoire et de soutenance pour la thèse, et j'y ai lu des perles hallucinantes (à mon sens).

Par exemple:

" Le mémoire est en français (sauf accord si convention de cotutelle*).

Si pour des raisons autres que « pour donner plus de visibilité à ma thèse » (car pour cela il y a les publications), le doctorant souhaite écrire son mémoire en anglais, celui-ci doit en faire la demande"

Mais aussi, dans le cas d'une thèse par articles

"Le doctorant doit être l’auteur principal des articles" et encore "Hors les articles le cas échéant, la thèse doit être rédigée en français sauf si une dérogation de rédiger en langue anglaise a été accordée"

Actuellement, j'ai un doctorant qui est sur un projet assez ambitieux et légitimement "trop gros" pour lui. Dans le cadre de son projet de thèse, il y aura probablement 2 papiers qui sont le fruit de stages de master effectués en parallèle de son travail principal et en partie sous sa supervision. L'un de ses articles est déjà paru, et comme le stagiaire de master a été très bon et a finalement quasiment produit toutes les manipes que nous analysons, il m'a semblé légitime de le mettre en premier nom, le doctorant étant 2ème nom. Selon ce "règlement", ce papier ne devrait pas être introduit dans la thèse, ce qui serait une hérésie, à mon sens.

 

Bref, je suis assez remonté contre notre école doctorale. Le fonctionnement me semble relever très clairement du fonctionnement français "d'avant", qui perdure encore par endroits mais n'est plus du tout en phase avec les évolutions actuelles (de financement, d'encadrement, de recrutement etc). Je m'abstiendrai de faire le lien avec le CV du directeur de l'ED, et avec la qualité globale scientifique de notre établissement. Je dirais simplement qu'on se croit bien meilleurs qu'on ne l'est.

 

 

 

* Nota: dans le cadre de la cotutelle dont je parle plus haut il avait été exigé que 50 pages au moins soient en français. Ce que nous avions réussi à réduire, après moult tractations, à 20.

Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 21:12

Une étudiante m'a envoyé 13 ou 14 mails de questions (plus un coup de fil) en moins de deux mois depuis que l'UE a commencé.

Des questions assez compliquées à traiter par mail tant elles montrent une incompréhension assez forte de tout ce que j'ai pu raconter.

J'ai donc répondu 12 fois courtoisement, consciencieusement, longuement et de mon mieux, bien qu'intérieurement un peu tendu au fil du temps.

 

Aujourd'hui, à peine envoyée la 12ème réponse (un mail de 20 lignes tout de même), que je recevais le 13ème mail de question.

La question cette fois (exceptionnellement il n'y en avait qu'une) était "pouvez-vous me donner la définition de telle grandeur physique?".

Après un juron sonore (entendu par mon collègue du bureau d'à côté) j'ai renvoyé le lien vers la page wikipédia correspondante, ainsi qu'un laconique "je ne vais plus pouvoir répondre à vos questions".

J'ai reçu quelques heures plus tard une réponse outrée mettant en doute mon professionnalisme.

 

J'ai donc pris ma plus belle plume pour écrire ceci.

 

"

Bonsoir,

 

Nous avons échangé 27 mails si je compte bien depuis le début de l'UE il y a moins de deux mois.

Parfois, je vous réponds tard (comme ici) ou bien pendant le week-end, ou bien même pendant mes vacances. Je passe du temps à vous répondre et j'essaye d'être le plus clair possible et de ne pas me contenter de 2 lignes. Répondre à quelques uns de vos mails a occupé plus de 5% du volume horaire d'un certain nombre de mes journées. J'aimerais que cela soit apprécié ou au moins reconnu.

 

Maintenant, je souhaite vous faire partager quelques chiffres:

1. Je reçois environ 100 mails par semaine.

2. J'ai ce semestre dans les UE où j'interviens plus d'une centaine d'étudiants. Si chacun m'envoyait 10 mails/mois, cela ferait 1000 mails à traiter par mois (en sus des 500 que je reçois déjà), 6000 sur le semestre.

3. Je suis enseignant-chercheur, l'enseignement n'est censé représenter que la moitié de mon temps de travail soit 800 heures annuelles environ.

 

En vertu de ces chiffres, ce que je vous dis n'a rien d'offensant, mais est simplement mathématique. Je n'ai vraiment pas le temps de répondre à tous vos messages.

D'autant plus quand il s'agit de vous redonner des définitions de grandeurs qu'à défaut de connaître on peut trouver, excusez-moi, facilement (dans google, premier lien, définition aussi claire que celle que je pourrais vous donner). Je ne peux pas réexpliquer tout ce qui est censé être acquis dans une UE de L3.

 

J'en suis désolé.

Je continuerai à répondre à vos questions si j'estime que mon aide est nécessaire à votre compréhension. Je ne traiterai pas celles dont je pense que vous pouvez obtenir la réponse moyennant un peu de travail personnel.

 

Cordialement,

"

22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 08:18

On débat fortement du suivi de carrière des enseignants-chercheurs en ce moment. Apparemment, ça a été mis en place en 2009, et c'est censé être quinquennal (je signale qu'ayant été recruté en 2010, je n'ai jamais rien eu à remplir à ce sujet... peut-être qu'on ignore mon existence?).

Globalement, pour tout un tas de raisons que je ne vais pas détailler ici, une bonne partie des collègues a l'air plutôt contre (vous pouvez aller lire les commentaires dans le lien ci-dessus).

 

Personnellement, sous cette forme ou sous une autre, je pense qu'il est important d'avoir un minimum de suivi "RH" des enseignants-chercheurs dans leur globalité, aujourd'hui peu ou prou inexistant. Je parle de suivi, pas de flicage (je sais que c'est une conception délicate chez nous, la naïveté qui m'habite s'explique certainement par mon passage chez les américains).

 

Une question je pense importante est celle du "non-publiant". Le "non-publiant", c'est un animal mythique: on connait tous quelqu'un qui connait quelqu'un qui en a vu, parfois on en a même croisé un personnellement, mais on a très peu de données fiables sur le bestiau. L'AERES avait tenté de collecter des données anonymisées, mais cela avait été jugé stigmatisant et a donc été stoppé assez rapidement (comme les notes). Le chiffre global était autour de 25% de non-publiants à l'échelle nationale, si je me souviens bien (j'ignore la validité de la méthodologie employée).

 

Or il serait intéressant d'avoir des données un peu propres sur le sujet, notamment parce que ça regroupe plusieurs populations, je crois. Et s'il y en a pour lesquelles il n'y a pas grand chose d'autre à faire que constater, il y en aurait pour qui des actions simples pourraient corriger le tir. Ce qui serait non seulement bénéfique pour les personnes concernées, mais aussi pour l'institution.

 

Il y a des situations endémiques: je peux rappeler le cas de cet établissement qui comptait 50% de non-publiants il y a quelques années. Dans un tel cas, c'est avant tout à l'établissement de se remettre en cause et de modifier sa gestion des ressources humaines. Dans l'exemple cité, le rapport AERES avait d'ailleurs eu pour conséquence la mise en place d'un certain nombre d'actions. J'ignore si elles ont été fructueuses, mais il y a eu au moins une première prise de conscience.

Il y a des situations qui pourraient, si on les recensait convenablement et les acceptait, être gagnantes-gagnantes: je me souviens de ces collègues en fin de carrière, non-publiants depuis longtemps mais qui géraient fort bien tout un tas de responsabilités chronophages que beaucoup aujourd'hui n'acceptent que pour mettre dans le CV mais sans y passer le temps nécessaire pour que ça tourne de façon raisonnable. La "hiérarchie" les a un peu humiliés sur la fin, ils sont partis amers et n'ont pas été remplacés par des profils équivalents. Force est de constater que ça tourne plutôt moins bien aujourd'hui. Un peu de souplesse dans le statut aurait pu en faire des "enseignants-administrateurs" reconnus et tout le monde (je pense) aurait été content.

Et puis, il y a ce collègue qui a démissionné de la fonction publique au bout de 3 ans, pas pour monter sa boîte ou partir dans le privé, non, sans autre emploi. Simplement (au moins en partie) parce qu'il avait été "stérilisé" hyper brutalement et qu'il ne le supportait plus. Il s'est lui aussi retrouvé très vite en charge de responsabilités chronophages et totalement non-stimulantes intellectuellement. Il n'a pas su dire non, ou freiner, ou trouver la force de malgré tout "se battre pour surnager" dans un environnement où on ne fait pas forcément toujours des cadeaux aux jeunes arrivants (déposer 10 AAP pour en avoir un, aller toquer aux portes des permanents seniors pour collaborer etc). Certains y parviennent, il y a eu dans quelques établissements des initiatives "locales" pour éviter que cela ne se produise, mais c'est souvent difficile. Et dans un cas comme celui-là, on peut penser qu'un peu d'aide aurait pu avoir un intérêt. Je n'ai pas d'idée précise de la forme que ça aurait pu prendre, mais un simple dialogue entre les parties et des initiatives pro-actives de décharge partielle de responsabilité et d'implication dans un projet, aurait, peut-être, permis de le faire rester.

 

Je pense qu'il y a beaucoup de cas, surtout dans le fonctionnement actuel et son côté hyper frustrant d'échecs successifs et continus aux demandes de financement, quand on n'est pas du bon côté de l'"effet Matthieu",, où on peut se décourager sans être, initialement, ni un nullos ni un branleur (j'en avais fait un article qui avait semble-t-il pas mal résonné à l'époque). Et je crois que dans beaucoup de ces cas, un peu de gestion humaine "bienveillante" pourrait permettre de trouver une solution. En tout cas, ça ne peut pas être pire que l'absence totale d'intérêt pour la question: si tout le monde s'en fout, pourquoi le principal interessé ne s'en foutrait-il pas? 

Alors certains labos font ça en local (chez nous, récemment, on a attribué un contrat doctoral à 2 EC en difficulté - je ne sais pas si c'est une bonne idée mais c'est au moins une tentative d'action), mais je reste convaincu que quelque chose à l'échelle institutionnelle (a priori, si on croit à l'autonomie des Universités, cette échelle serait celle de l'établissement) est faisable, et qu'un minimum de suivi des personnels enseignants-chercheurs est en ce sens nécessaire.

 

Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article