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Lundi 16 juin 2008

Pour ceux qui vraiment débarqueraient de Mars, les smileys, ce sont ces petits dessins stylisés qui, pour les plus simples, représentent une figure souriante :-) ou clignant des yeux ;-) ou pas contente :-(.

La plupart du temps, ils sont employés pour ponctuer une boutade, ou pour bien signifier "attention je déconne la, c'est du second degré".
Il y en a de plus complexes, sur MSN notamment, mais le principe est le meme (encore que le mouton d'hotmail je n'ai jamais compris a quoi il servait...)

Ils foisonnent sur les blogs.

A mon sens, c'est un peu l'équivalent du roulement de tambour que les mauvais comiques de music-hall utilisent pour bien montrer a leur public desespéré que oui, la, faut rire. Ou au moins sourire.
L'autre utilisation potentielle n'est pas meilleure: se sentir obligé de montrer qu'on fait du second degré, c'est soit mépriser son lecteur en le considérant incapable de bitter toute tentative d'humour, soit prouver qu'on est soit-meme usuellement tellement premier degré qu'on vient de s'impressionner au point de devoir le souligner.

Les smileys sont surabondamment utilisés par ces blogueurs qui tiennent a préciser sur leurs profils qu'ils n'aiment ni la guerre, ni la méchanceté ni l'hypocrisie.

Bref, ça et les lol (ou autres xplsdr, ptdr), sans parler de l'écriture SMS, sont les fossoyeurs de l'immense majorité de la littérature bloguesque. En attendant peut-etre l'extension a toute la littérature. Remarque, ça sera peut-etre pas pire que du Christine Angot. ;-)

par mixlamalice publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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Lundi 9 juin 2008
Comme je l'ai mentionné subrepticement ici, je m'essaye pour la premiere fois a la lecture en anglais dans le texte. En effet, il se trouve que j'ai fini les 7-8 bouquins en français que j'avais ramenés, et que la seule librairie bostonienne vendant des livres dans la langue de Moliere ne propose que des auteurs francophones (vous me direz que c'est logique. Certes, mais, ça aussi je l'ai dit ailleurs, je n'aime pas trop les écrivains contemporains français, et je ne suis actuellement pas d'humeur a lire des classiques). Alors, tant qu'a faire, pourquoi ne pas?

A vrai dire, je n'étais pas sur d'en etre capable, et finalement ça s'est pas trop mal passé.

Toutefois, l'un dans l'autre, ça m'a conforté dans mon jugement a priori, que je vais vous exposer illico.
Cet avis, j'avais pu le murir au cours d'une discussion quelque peu enflammée avec l'une des personnes les plus stimulantes intellectuellement que j'ai pu rencontrer. Sans rentrer dans des détails intimes, nous nous sommes légitimement mais malheureusement un peu perdus de vue, et je dois avouer que parfois je le déplore. Bon, treve de guimauve, je ne pense pas qu'elle lise ces lignes, mais si c'est le cas, je pense qu'elle se reconnaitra et donc salut a toi. Ah, pour finir, comme j'avais (ai) plus tendance qu'elle a désirer avoir le dernier mot, j'avais (ai) tendance a devenir, au fur et a mesure de l'argumentation, de mauvaise foi (plutot consciemment, pour ma défense). Bref, je vais essayer d'etre plus pondéré (vu qu'ici je n'aurais pas a potentiellement avoir a admettre que quelqu'un d'autre puisse etre dans le vrai).

Je crois que nous parlions de Lolita de Nabokov.
Pour ceux qui l'ignorent, Nabokov, émigré russe, d'abord en France puis aux Etats-Unis, a, vers l'age de 40 ans alors qu'il était un écrivain en langue russe reconnu, choisi de composer la suite de son oeuvre littéraire en anglais. Lolita est son troisieme ou quatrieme roman dans cette langue, et, selon beaucoup, l'un de ses chef-d'oeuvre d'un point de vue stylistique (en plus du reste).

La personne en question avait lu l'opus dans la langue de Shakespeare (ou de Nabokov en l'occurence). Connaissant mes opinions sur le bouquin (que j'avais lu, en traduction, quelques années auparavant), elle a tenu a m'informer qu'il l'avait également profondément marquée, et, notamment, par sa forme (autant sinon plus que par son fond). Elle m'a ensuite tenu a peu pres ce langage: "pour moi ce livre est intraduisible". 

Je passerai outre la legere humiliation que j'ai ressentie (oui, elle savait que je l'avais lu en français. Oui, je pense que sa remarque était sincere et sans réelle volonté de me faire passer pour un noeud. N'empeche, ça peut expliquer une partie de la mauvaise foi qui a suivi). 

Ce n'est pas non plus le coté "intello" ("bobo", "parisien", "inrock", "snobinard", "teleramesque", choisissez votre insulte favorite d'aculturé qui s'assume) qui me rebute dans la tirade entre guillemets avec des pincettes, encore que: je me doute bien que dans le tas de crétins qui s'extasient devant l'art contemporain, le dogme et Lars Von Trier ou encore le rock lo-fi, il y en a des honnetes qui aiment vraiment ça. Apres tout, tous les gouts sont dans la nature, pour faire dans le plus abject des lieux communs. 
Mais, parfois j'ai beau essayer tres fort, ben j'y crois pas: quand je vois, par exemple, cette sombre merde qu'est "Rois et Reines", mal joué, nombriliste, totalement vain et sans intéret encensé, analysé, décortiqué par tous les critiques la bouche en cul de poule, je me doute. Je persiste a croire qu'il y en a un bon paquet qui se sont autant fait chier que moi, qui n'ont rien compris non plus parce qu'il n'y a rien a comprendre, mais qui creveraient plutot que d'admettre qu'ils auraient préféré aller voir Scary Movie 3 (c'est dire), plutot que d'admettre qu'ils se sentent obligés de dénigrer tout ce qui est "populaire" et d'encenser tout ce qui plait a moins de 6 blaireaux, simplement pour cette raison.
Ainsi, ce qui n'est probablement qu'une fiente (le peuple a mauvais gout, certes, et il peut se tromper, recertes, mais pas toujours) est élevé au rang de chef d'oeuvre conceptuel pour initiés du bulbe*.
Je prends ici l'exemple du cinéma, car par association d'idées, je me rappelle nos débats houleux également sur le principe voisin de la V.O.S.T. pour les films. La, pour le coup, je dois reconnaitre que j'abusais en défendant le point de vue opposé au sien -i.e. la V.O.S.T. c'est quand meme mieux-, car effectivement c'est quand meme mieux, a de rares exceptions pres (les animés par exemple, avouez qu'on s'en fout meme si le progres fait qu'ils en sont presque a restituer le mouvement des levres... autre exemple, certaines "voix" françaises collent si bien au personnage et ont tellement marqué qu'elles sont presque mieux que la vraie, comme pour Bruce Willis ou Eddie Murphy).
J'admets meme que je me fourvoyais en prenant comme exemple les comédies: je disais que de toute façon les blagues intraduisibles on ne les comprenait pas en V.O., donc on ne perdait pas grand chose a voir la V.F.. Bof, peut-etre, mais de toute façon, pour ces films, généralement, le budget doublage doit etre de 23 euros et on se retrouve avec des voix nazes, mal calés et des dialogues traduits en version pas drole.

Oups. Je m'égare quelque peu, comme a l'accoutumée.

"Pour moi, ce livre est intraduisible". Tout simplement, je considere que cette affirmation péremptoire est globalement non fondée. 
En effet, a part quelques personnes totalement bilingues, meme les gens maitrisant bien la langue (i.e. ceux qui, comme moi, peuvent soutenir correctement une conversation quel que soit son sujet, comprendre dans sa globalité un film sans les sous-titres - on y revient- etc) sont, forcément, moins a l'aise que dans leur langue natale et ont donc des lacunes, de vocabulaire notamment. En gros, il y a souvent des subtilités qui leur échappent, que ce soit a l'ecrit ou a l'oral. 
En ce qui concerne l'écrit, il existe toujours la possibilité de lire avec un dictionnaire sous la main, mais a mon sens, s'il y a bien quelque chose qui annihile le processus d'implication dans l'oeuvre lue, c'est bien de passer deux minutes toutes les deux pages a chercher trois mots dans le dico: je le réserve aux cas de nécessité majeure, par exemple si c'est un passage clé du bouquin que je ne saisis pas. Si c'est moins important, je laisse pisser et tente de deviner le sens de ce qui m'a échappé.

Du coup, il y a deux sortes de bouquin. Ceux ou l'anglophone basique comprend 99% ou plus de ce qui est écrit. Pour ces livres la, on peut se dire que, probablement, un bon traducteur saurait rendre l'essence meme du livre (a part peut-etre trois jeux de mots, deux alitérations ou oxymores et une référence culturelle que de toute façon 99% des lecteurs ne remarquent pas meme dans la version originale). Donc, pour ces livres la, on ne perdra sans doute pas beaucoup a la traduction. Un exemple dans mes lectures récentes: Haroun and the sea of stories de Salman Rushdie (je suppute, car je ne me suis pas encore amusé a le relire en français pour vérifier). Comme c'est un conte pour enfants, la forme est assez simple. Il y a quelques seconds sens, j'en ai compris quelques uns et ai du en rater beaucoup d'autres, mais, l'un dans l'autre, j'ai tout saisi.  

Et puis il y a les bouquins plus complexes, ou l'anglophone lambda pige l'histoire dans sa globalité et la majeure partie de ce qui se passe, mais ou certains dialogues ou disgressions - pour le fond-, certaines constructions de phrases - pour la forme- lui échappent. Dans ces cas la, une traduction - bonne (j'insiste et j'y reviendrai) - meme, nécessairement, imparfaite, sera donc plutot bénéfique. Je termine en ce moment le dernier Martin Amis (The House of Meetings): aucune incompréhension majeure, mais certains apartés historiques (le livre traite des camps d'internement en URSS) ou métaphysiques ont pu m'échapper, ainsi que certains procédés stylistiques. Cela dit, je pense que l'originalité du style d'Amis vient plus de la construction de ses bouquins que de la langue qu'il emploie, qui n'a me semble-t-il, rien de spécialement intraduisible. Je suis heureux d'avoir tenté l'expérience et apres un démarrage délicat, je suis parvenu a rentrer dans l'histoire. Toutefois, je n'aurais pas été contre le lire en français pour mieux apprécier, et il me semble que j'ai atteint ma limite linguistique, ou pas loin.

Je ne parle pas de la troisieme sorte de bouquins, celle ou le langage, le style, la forme sont si soutenus que seul le pur bilingue bittera quoi que ce soit (je n'ai pas essayé mais Ulysse de Joyce doit etre un bon exemple). 
 
Ainsi, il me semble qu'il y a généralement plus a gagner qu'a perdre en lisant la version française. Et normalement, apres cette démonstration sans faille, vous devez adhérer, tout ébaudis, a mon point de vue.

Pour conclure, je reviens au concept de "bonne" traduction. Difficile de juger de la qualité d'une traduction sans avoir lu la version originale. Cependant, quelques indices qui me semblent prouver la bonne tenue d'une version francaise:
généralement, les auteurs reconnus ont un traducteur attitré. Cela permet une certaine symbiose entre un auteur et un traducteur, une connaissance de la personnalité de l'auteur et de son style littéraire. Dans les contemporains, je peux citer Lodge (qui évoque d'ailleurs le probleme dans l'un de ses ouvrages de théorie littéraire). Certains auteurs multilingues surpervisent meme leurs traductions (Nabokov, encore et toujours). Certains traducteurs sont aussi des écrivains marqués par une oeuvre au point qu'ils veulent ne laisser a personne d'autre le soin de la retranscrire (Chateaubriand a passé plusieurs années sur le Paradis Perdu de Milton, au point que la version française est sans doute un peu son oeuvre aussi, Baudelaire a traduit Edgar Allan Poe).
D'autre part, quand on lit une version française superbement écrite, on peut penser que le traducteur a bien fait son boulot et a su retranscrire une oeuvre de qualité (et s'il a vraiment fait de l'excellent boulot en transformant de la merde en bronze - attention jeu de mot intraduisible- eh bien, on ne va pas se plaindre). Je citerais par exemple les Enfants de Minuit du meme Salman Rushdie. Ce livre était étourdissant, non seulement par son histoire, mais également par son style. Sachant que Rushdie est réputé pour son talent d'écrivain, je dis chapeau au traducteur. Je ressens la meme chose lorsque je lis la plupart des textes de Haruki Murakami: le coté onirique ressort magnifiquement, je suis persuadé que le traducteur n'y est pas pour rien.
Attention, ce n'est pas réciproque: un livre traduit pourri est peut-etre bien en V.O.. Je pense a ce livre de Donald Westlake recommandé par cette - encore- meme personne: la traduction était visiblement minable - fautes d'orthographe, de syntaxe... comme je l'ai souvent remarqué pour les polars et la SF (l'équivalent des comédies au cinéma...). Puis-je vraiment conclure que Westlake est un écrivain merdique? Ce n'est vraisemblablement pas le cas).

Mais baste, treve de bavardages: l'important reste de lire, en anglais, en français ou meme en mandarin si ça vous botte. D'ailleurs, moi, j'y vais.

* Desproges analyse bien mieux que moi ce phénomene dans sa chronique de la Haine ordinaire intitulée la démocratie, extrait: "... les intellectuels démocrates les plus sincères n'ont souvent plus d'autre but, quand ils font partie de la majorité élue, que d'essayer d'appartenir à une minorité. Dans les milieux dits artistiques, où le souci que j'ai de refaire mes toitures me pousse encore trop souvent à sucer des joues dans des cocktails suintants de faux amour, on rencontre des brassées de démocrates militants qui préféreraient crever plutôt que d'être plus de douze à avoir compris le dernier Godard. Et qui méprisent suprêmement le troupeau de leurs électeurs qui se pressent aux belmonderies boulevardières."
Ah tiens, pour le "crever plutot que", c'est un hasard. Sisi, je vous assure.

** L'accouchement a été laborieux...
par mixlamalice publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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Mardi 3 juin 2008
Je parlais dans un vieil article du retour du rock comme musique a la mode chez les djeun's, et conséquemment de sa récupération par des charognards aussi authentiques que les restos japonais de la rue Monsieur le Prince.

Le phénomene a perduré (Tokyo Hotel étant le dernier avatar du boys band version "groupe de rock" pour pucelles bubonneuses dont la rebellion adolescente n'impressionne meme pas leurs parents).

A l'époque, je ne savais pas afficher une vidéo. Donc voici l'erreur réparée, deux ans plus tard, afin d'illustrer au mieux mon propos.



Ou, comme je l'avais lu quelque part, "la chanteuse la moins rock'n'roll du monde reprenant le plus grand groupe de rock du monde".

 

P.S.: elle est quand meme drole, la Céline, et pas besoin d'un imitateur beauf pour ça. Son interview a propos de Katrina, ça envoie de la rillette, par exemple (restez au moins jusqu'au kayak).

par mixlamalice publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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Lundi 19 mai 2008

Lisant régulierement depuis quelques mois divers blogs gastronomiques, pros ou amateurs, avec un certain plaisir (le niveau d'écriture est souvent nettement au-dessus de la moyenne), je me décide a tenter le coup moi-meme, juste pour le sport.

Cobaye:
L'Espalier, restaurant chic de Boston. D'apres le Zagat, guide un peu fourre-tout mais on fait avec ce qu'on a (Michelin s'est arreté a New-York), c'est tout simplement le meilleur restaurant de Boston (28 sur 30 pour la nourriture, 28 sur 30 pour le service). Sur citysearch, l'équivalent mal foutu de cityvox, les commentaires sont globalement élogieux (il y a toujours les pisse-froids qui ont trouvé le service trop ceci ou pas assez cela, mais je vois 5 ou 10 commentaires de ce type a chaque fois que je me renseigne sur un resto par le biais de ce site...).

Le chef, Frank McClelland, a recu le prix James Beard du meilleur chef du Nord Est 2007 (je crois que c'est Napoléon qui parlait de la légion d'honneur comme d'un "hochet" destiné a calmer et faire plaisir: les américains sont tres sensibles a ce genre de choses, ils passent leur temps a se remettre des prix. Par exemple, je dois etre le seul étudiant du département a ne jamais avoir recu d'award quelconque. C'est un peu déprimant).
Le chef définit sa cuisine comme "moderne, sophistiquée, et mélange d'influences francaise et nouvelle-angleterre). Je pense que l'adjectif francais est un passage obligé pour ce genre de restos (eh oui, on a la cote chez les snobs de ce cote ci de l'Atlantique), meme si l'influence m'a semblée mince (rien a voir avec ce genre de restos "francais" qui profitent de la chose et vous servent des steacks-frites et de la salade nicoise a 40 dollars).
Pour moi, si le chef est bon, ca devient tout simplement de la "cuisine de chef": il est censé faire une cuisine personnelle allant au-dela des influences qu'il a néceserraiment absorbées.

Autant déflorer illico mon avis final, je n'ai pas trouvé ca transcendant outre mesure.
Comme l'a dit sur cet autre blog que j'aime bien un éminent spécialiste de la critique culinaire (il faut dire qu'il était responsable dans une webagency), je n'ai probablement pas les référents nécessaires pour juger d'un restaurant. En effet, je ne connais rien au clacissime codifié et pas grand chose a la techno émotionnelle (non, ce n'est pas le style musical de Cindy Sander, il parait que c'est un courant de cuisine).
Et meme, en tant que chimiste, j'ai tendance a penser -a priori, je l'admets- que les tenants de la cuisine moléculaire sont un poil des imposteurs jouant plus sur la branchitude de la chose pour appater le bobo béat que sur un réel talent de chef. Hervé This a sans doute de grandes qualités de vulgarisateur et de commercial, mais d'un point de vue purement scientifique, c'est loin d'etre un cador. De meme, le chef du Fat Duck, ancien expert comptable me semble-t-il et chef autodidacte, n'a probablement pas les memes aptitudes que, par exemple, Michel Bras, Roellinger ou qui vous voulez (certes, ils ne savent probablement pas vider un oeuf a l'aide d'une micro-seringue pour le reremplir ensuite d'une meringue solidifiée a posteriori dans de l'azote liquide. Super). Bref, en associant deux personnes tres moyennes dans leurs compétences respectives, on arrive a faire le deuxieme meilleur restaurant du monde en vendant bien le concept.  
Mais je m'égare. Bref, je ne connais pas grand chose a l'histoire de la cuisine a travers les ages. Il se trouve cependant que j'ai fréquenté grosso merdo 150 restaurants différents au cours des 5 dernieres années, allant du troquet du coin au double étoilé (mes finances m'ont a ce jour interdit la porte des triples étoilés). Il se trouve également que je suis un cuisinier me semble-t-il potable, aimant suffisamment la bonne chere pour passer chaque soir plus de temps en cuisine qu'il n'en faut pour réchauffer un plat sous vide Joel Robuchon, maitrisant a peu pres quelques grands classiques et les basiques et ne dédaignant pas l'expérimentation. Mes parents cuisinent également tous deux, au quotidien. Enfin voila, je ne sais pas ce que c'est que la techno de mes fesses, mais je pense savoir reconnaitre de la merde (ou pas) quand j'en ai dans la bouche: et la merde, meme techno émotionnelle, moléculaire, déstructurée reconstruite ou bien présentée, ca reste de la merde. Mais je reviendrai dans un autre article sur la critique artistique de facon plus générale, parce que c'est un sujet que je trouve qu'il est intéressant.
Pour conclure ce chapitre avant que tout le monde n'ait arrété de lire sans que la critique proprement dite n'ait commencée, je tiens a préciser que pour mon premier coup d'épée, je chronique ce restaurant ou a priori aucun de mes lecteurs n'est jamais allé afin d'éviter le genre de disgressions foireuses ci-dessus ou de polémiques enflammées (quoiqu'un peu stériles) lues par exemple ici . Je suis chez moi, je vais défoncer gentiment, en paix. 

Allez, ca commence:

Réservation pour 9h30 afin de feter, malgré quelques jours de retard, mes 28 ans avec ma douce, arrivée avec 10 minutes d'avance. Le restaurant est dans une petite rue perpendiculaire a la rue la plus passante de Back Bay (le quartier friqué et commercant de Boston). L'entrée est plutot jolie avec un porche sombre. Quelques marches a descendre, quelques minutes a attendre apres avoir donné notre nom, puis nous remontons quelques marches et nous sommes installés a notre table.

Premiere constatation (et déception): l'espace est rentabilisé au maximum et c'est tres bruyant. J'avais remarqué que chez nos amis ricains, business is business et que la capacité des établissements était exploitée a fond. En soi, c'est aussi le cas a Paris. J'espérais juste que, comme a Paris, dans le niveau grand luxe, on se préoccupait un peu plus du confort du client. Eh bien non, meme pas un metre entre chaque table, et probablement plus de 50 couverts dans moins de 75 metres carres. Dommage, car la salle est vraiment jolie.
La clientele est assez hétéroclite, familiale, business ou couples, plutot au dessus de 40 ans (a l'exception d'une table de jeunes type Beverly Hills).



Deuxieme constatation: il y a une batterie de serveurs, qui courent et s'agitent (on se croirait presque dans une brasserie), et pourtant le service n'est pas particulierement efficace. Ils doit bien y avoir autant de personnel que de table (une douzaine), et pourtant, nous attendrons quinze bonnes minutes avant d'avoir le menu (alors qu'on m'a donné illico une carte des vins impressionnante: ben oui, mais j'aime bien savoir ce que je vais manger avant de choisir ce que je vais picoler... a noter, juste pour rire, la présence d'une bouteille de Romanée Conti 1993 a 15000 dollars). Pareil, nous attendrons un bon moment le fromage, puis le verre de vin allant avec le dessert, personne ne nous reproposera du pain (alors qu'on a voulu trois fois nous revendre une bouteille d'eau)...

Nous optons finalement pour le menu "Spring Degustation", entrée, poisson, viande, fromage, dessert pour 100 dollars, avec l'accord mets-vins pour 60 dollars de plus. A noter, je ne sais pas pourquoi, que, par rapport au menu présenté sur le site  (www.lespalier.com/menu/CurrentMenus/springdegustation.pdf), nous n'aurons pas le foie gras (donc un plat de moins pour le meme prix), que nous aurons du halibut en poisson et que les vins seront également différents (5 verres a 60 dollars au lieu de 6 a 75). Il me semble que la table en face de nous aura, elle, du foie gras avec le verre de muscat presenté dans le menu (pendant que nous lirons la carte), mais je n'ai pas cherché a en savoir plus (le plat existe-t-il a la carte, le menu a-t-il changé entre les deux services pour une raison X ou Y, sont-ce des copains du patron, je ne sais).

En amuse-bouche, une soupe de légumes (asperge + ?) servie dans une tasse a café, avec de la creme fraiche épaisse par-dessus, et quelques gouttes de jus de homard (trois micro-goutelettes), si j'ai bien compris. Pas mal, mais hormis le tres diffus parfum de  crustacé, ca ressemble a la soupe que fait mon pere le dimanche soir quand il a la flemme de faire a bouffer ou quand il est dans sa journée mensuelle de régime.

Le premier plat, du homard, s'avérera le meilleur de la soirée. Le homard est présenté et cuisiné sans artifices. Je crois que c'est la premiere fois que j'en mange plus qu'un mauvais bout perdu dans une assiette de pates noyée de creme. Il faut dire que le Maine tout proche est l'un des principaux producteurs et que, la bas, on peut acheter du homard a 10 dollars le kilo. Eh ben, c'est bon. Tout simplement. La charcuterie grillée et la purée d'artichauts servis avec sont plus anecdotiques. La sauce, simple jus de cuisson me semble-t-il, est elle délicieuse.
Le vin servi avec (Kenner?) est un blanc sec d'Italie, mélange de cépages (gewurtztraminer plus un autre). C'est pas mal, assez étonnant au gout (un peu comme du champagne sans bulle, ou tres peu petillant), mais tres court en bouche, dommage. L'accord ne me semble pas tres intéressant.

Le deuxieme plat est du halibut. C'est une espece de grosse sole dont ils raffolent ici (j'en avais peché en Alaska, quand j'avais 12 ans). On en apprend tous les jours, c'est ce qu'on appelle chez nous le flétan. La chair n'a rien a voir avec de la sole, ca ressemble plus a de la lotte, je dirais. En tout cas, c'est bon, assez ferme et gouteux. Il y a une légere croute safranée sur le dessus, qui rajoute du gout. Le boulghour servi avec est bon également. L'émulsion est non identifiable, l'espece de sauce hollandaise en-dessous et les deux asperges malheureusement beaucoup plus quelconques (la sauce a meme cette légere croute que prennent les sauces épaisses lorsqu'elles sont réchauffées).



Le vin est grec, s'appelle 14-18h (le temps pendant lequel les peaux sont laissées mélangées au jus, si j'ai compris ce que m'a raconté le serveur). Une couleur surprenante, rose quasi fluo, mais encore plus que le précédent, fade (au nez et a la bouche). Rien ne ressort, rien ne reste. Un vin franchement tres bof.

On passe ensuite a l'agneau, qui s'avérera le plat le plus décevant du lot. La cotelette est bonne, épaisse, mais désespérement seule (je sais bien qu'avec un menu dégustation, chaque plat est léger, mais une cotelette d'agneau c'est quand meme pas bezef). Le gratin d'aubergines retient mon attention (meme si je n'ai pas reconnu ce qui constituait la farce), la carotte bouillie puis vaguement revenue dans le jus de viande, ainsi que la demi-tomate confite et le lit d'épinards me semblent peu dignes d'un resto de ce standing. Le truc qui a l'air d'un nougat sur la photo ressemble a un fromage pané, mais je n'ai pas déterminé ce que c'était. Pas tres gouteux en tout cas.



Cette fois-ci, ce sera le vin qui rachetera le tout. Un vin italien, encore, dont j'ai oublié le nom. Un vin qui commence mal avec un nez surpuissant digne d'un vin californien bas de gamme. Je m'attends au gout classique de vanille chimique qui annihilera toute autre saveur, mais non. La bouche explose, aromes de chocolat, mais s'arrete assez vite et reste sur ces notes. Un vin agréable.

L'assiette de fromages est intéressante, quoique chichounette. Sur la photo, c'est ce que nous avons eu pour deux, a partager. C'est dommage qu'ils ne nous aient pas présenté le plateau de fromages apercu en entrant, qui était autrement plus fourni. A noter, pas un fromage francais (pas un vin francais non plus, donc pour la cuisine "francaise", on repassera). Dommage que les portions soit si congrues, l'ordre (du plus faible au plus fort) est plutot bien fait, et les deux derniers fromages (gouddha affiné et bleu) sont excellents. De plus, leurs forces se marient bien avec le coté doucereux du porto servi avec .



Le pré-dessert est insignifiant (une boule de glace posée sur 3 myrtilles ou quelque chose comme ca).

Le dessert me laisse encore une fois assez froid. Le gateau au chocolat manque de subtilité (et la fraise est fadasse), le blanc manger est trop citronné et détruit donc le gout du coulis. La petite boule de glace a gauche (chocolat blanc) est elle tres bonne.


Finalement, alors que généralement les restos américains offrent toujours des portions robustes, je me sens plutot moins repu qu'apres mes expériences "dégustation" en France. 

Nous prendrons un déca (bon), et nous n'aurons pas l'honneur d'avoir les mignardises pourtant offertes a la table a notre gauche. Peut-etre faisons nous trop ploucs, trop touristes?
J'ai trouvé le service un poil condescendant (les explications sur les vins et les fromages étaient cependant bien venues), comme il peut l'etre dans certains restaurants parisiens qui voudraient avoir l'air mais qui ont pas l'air du tout.

Nous partirons presque trois heures apres etre arrives. Globalement, hormis la petite attente au debut, avant le fromage et pour payer, le timing a été bon (2h30 aurait été parfait).
Bilan des courses: 200 dollars chacun (payés en grande partie par mon ancien labo comme cadeau d'adieux, merci a eux meme s'ils ne lisent pas ce blog). Bon, mon article est sans doute plus cruel que mon sentiment réel.
Nous avons passé une soirée correcte, nous avons plutot bien mangé. Cependant, a ce prix, il manque clairement a mon gout le supplément de créativité, de talent, qui fait que le pékin moyen comme moi s'extasie et ressort sourire béat aux levres, conscient d'avoir vécu un moment rare. Peut-etre que j'en attendais trop aussi ("meilleur restaurant de Boston" , soirée d'anniversaire tout ca...)
Si ce resto est dans mon top 5 niveau prix (je dirais que l'équivalent en prix parisiens serait autour de 150 euros vins compris), il est probablement assez loin de ne serait-ce que mon top 10 niveau "émotions gustatives", comme dirait une autre blogueuse.

Voila, j'attends maintenant les commentaires sur la forme (sur le fond, difficile sans y etre allé) de mes lecteurs experts en la matiere. Quant a moi, je réserve désormais mes espoirs culinaires outre-Atlantique a la Grande Pomme (non, j'exagere, quelques restaurants de Boston me semblent encore mériter une visite).

PS: Pour ceux qui connaissent, ca m'a fait un peu penser au Parcours, restaurant un peu prout (qui a depuis changé de chef) des hauteurs de Nice.
PPS: Cet article m'a pris deux heures. Suis-je tres exigeant avec moi-meme, pas habitué a l'exercice, ou cela demande-t-il effectivement tant de temps? Si oui, ce sera bel et bien un one shot (ou un few, en tout cas), et bravo a ceux qui ont le courage de faire ca régulierement.
par mixlamalice publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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Mardi 13 mai 2008

Apres les livres, je m'essaye aux films. Attention, j'ai des gouts de merde (par exemple, il y a de fortes chances que je ne sois pas tourneboulé par un plan séquence de 23 minutes, meme en admettant que je le remarque). Mais je les assume, ainsi que leur éclectisme, voire leurs inégalités (je ne prétends pas comparer Dumb and Dumber et Elephant).
Cités en vrac, et pas d'explications (en gros ce sont des films qui quand je les ai vus, quel que soit mon age, m'ont marqué d'une facon ou d'une autre), comme la derniere fois (je changerai peut-etre d'avis comme la derniere fois). Je completerai au fur et a mesure aussi.

- Forrest Gump (Zemeckis)
- Dumb and Dumber (Farelly Brothers)
- Seven (Fincher)
- The Big Lebowski (Coen Brothers, j'avais aussi adoré Le Grand Saut qui est loin d'etre leur plus connu)
- C'est arrivé pres de chez vous (Poelvoorde et Belvaux)
- Les bronzés font du ski (Leconte et le Splendid), le Pere Noël dans une moindre mesure mais quand meme
- Le cercle des poetes disparus (Weir)
- Predator (who cares?)
- Terminator 2 (Cameron)
- Les affranchis (Scorsese)
- Die Hard 3 (Mc Tiernan)
- Pulp Fiction (Tarantino)
- Stand by me (Rob Reiner, adapté de Stephen King, voir le lien ci-dessus et la Ligne Verte de Darabont est aussi une super adaptation)
- Princess Bride (Rob Reiner aussi)
- The full monty (Cataneo)
- Amélie Poulain (Jeunet)
- Rocky 3, l'oeil du tigre (Survivor pour la musique, et Stallone pour les coups de poing, ca suffira). Mais Rocky 1 par Stallone himself avec la scene des escaliers et celle de l'abattoir, mon coeur balance.
- Elephant (Gus Van Sant)
- Les incorruptibles (De Palma)
- Kickboxer (le meilleur JCVD: oui ca m'a marqué. Quand je l'ai vu la premiere fois, a 11 ans, j'ai passé le reste de la soirée torse nu devant la glace a coté de ma chambre a lancer des middle-kick en tentant de bander mes bourrelets, tout en poussant des cris stupides les yeux exorbités, dialogues et expressions faciales clefs du film. Je dois avouer que ca m'arrive encore aujourd'hui, notamment apres une rediffusion, mais pas que)
- Sleepy Hollow (Burton)
- Batman 2 (Burton aussi) ou Edward aux mains d'argent ou Big Fish ou meme Batman 1 parce qu'il y a Nicholson quand meme (Nicholson inoubliable dans Mr Schmidt et Pour le pire et le meilleur, meme si les deux films s'enlisent malencontreusement dans la mievrerie a l'approche de leurs termes)
- Con air (avec Cage, Malkovich et Buscemi)
- Rain Man (Levinson)
- Scream (Craven)
-American History X (Kaye, mais surtout pour Norton)
-Le Pianiste (Polanski)
- Nacht und Nebel (Alain Resnais, vu au college: je ne me souviens pas de grand chose, mais certaines images sont encore la, en moi, profondément, probablement de façon indélébile, et sont peut-etre l'une des raisons pour lesquelles cette période de l'histoire me, disons-le, "fascine")
...

Ces derniers temps, j'ai énormément apprécié "Be kind rewind" (Gondry), "Le labyrinthe de Pan" (Del Toro), "Lord of War" avec Cage, et "Jesus Camp" (documentaire de je ne sais plus qui et j'ai la flemme de chercher). Un poil plus ancien dans la catégorie documentaire, citons aussi "Mondovino" (Nossiter, certes un peu manichéen mais instructif quand comme moi on n'y connait pas grand chose: son livre, le Gout et le Pouvoir, est un bon complément, plus détaillé et moins parti pris que le film, a ce qu'il m'a semblé, meme si. évidemment, le bonhomme a tout de meme des idées bien tranchées).
J'aime beaucoup les films de zombies mais difficile d'en ressortir un. Quoique le parodique "Shaun of the dead" etait vraiment excellent.
Dans le genre comédies débiles dont je raffole aussi (des Farelly Brothers, Fous d'Irene et Mary a tout prix sont aussi de grands moments), "40 toujours puceau" de Apatow envoie de la rillette.
Trop tot cependant pour dire de ces films si je m'en souviendrai dans 10 ans.

Bon, je suis sur que j'ai oublié des films plus cérébraux et underground qui feraient bien dans la liste des films marquants de l'intello que je prétends etre (meme mes films un poil cinéphiles sont cinéphiles mainstream, comme les Fincher, Burton ou Tarantino). A suivre donc.
 

par mixlamalice publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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