Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 10:15

Dans un labo que je connais, il était extrêmement courant, jusqu'à il y a peu, de prolonger en 4ème voire 5ème année les thèses par un ATER, ou d'inciter les jeunes docteurs à rester au labo faire un post-doc, un petit contrat industriel, etc.

 

Je trouve que ça symbolise bien cette fausse empathie, ou empathie intéressée, qui semble bénéfique et bienveillante à court terme mais s'avère néfaste à moyen terme, qu'on rencontre dans notre milieu.

 

Ok, à court terme, on a l'air sympa: on offre un job, fût-il temporaire, à un jeune. Dans le contexte actuel, c'est déjà pas mal. Pour le doctorant en fin de thèse, qui est souvent un peu dans le doute métaphysique, c'est la solution de facilité. Sauf qu'à moyen terme, il n'y a généralement aucune intention de l'embaucher pour de bon (même si parfois ce genre de choses est évoqué comme argument), et ça le grille au minimum un peu, parfois complètement, le CV pour une carrière académique. Dans les commissions de recrutement, "tiens, mais pourquoi il a fait 5 ans dans son labo de thèse?". Il n'est pas non plus facile de justifier face à un industriel ces contrats "alimentaires".

Ainsi, je me souviens de cette personne, qui a du passer 5 ou 6 ans d'affilée dans le labo entre sa thèse et ses différents contrats. Elle était devenue en quelque sorte le "super technicien", qui connaissait toutes les manipes du labo, formait tout le monde, et n'en retirait personnellement pas grand chose. Finalement, tout ce petit monde sympa qui la prolongeait de six mois en six mois a vu arriver la loi Sauvadet et a conclu en réunion "bon ben faut qu'elle dégage". Mais ils la regrettent beaucoup aujourd'hui: normal, certes elle n'apprenait pas beaucoup scientifiquement et se flinguait un peu la carrière, mais c'était bien pratique pour les permanents qui lui refilaient leurs étudiants en formation...

 

Or, quand on essaye de s'affranchir de la sympathie qu'on peut éprouver pour une personne et qu'on tente de réfléchir à la situation dans sa globalité ou sur du long terme, on passe pour un connard sans coeur (tant du point de vue des collègues, qui soit ne sont pas conscients de leur cynisme, soit font semblant, que parfois du point de vue des jeunes chercheurs, ce qui est plus triste). Mais est-ce que le mec sympa, c'est vraiment celui qui, au final, t'aura pourri ton CV et te jettera au bout de 3 ou 4 ans parce qu'il n'a "pas les moyens de te titulariser", tout en ayant bien profité de tes compétences?

 

Ces pratiques ont un peu stoppé, pas parce qu'il y a une épiphanie dans le labo au sein des permanents, mais simplement parce que le nombre de postes d'ATER ont fortement baissé, et que les durées moyennes des thèses ont été épinglées par l'AERES (je vous ai dit que j'aimais bien l'AERES...).

 

 

On a le même genre de situations avec les personnels de catégorie C ou certains contractuels gestionnaires payés sur contrats de type 10 mois sur 12. Il y a plein de gens sympas pour prendre la défense individuelle de ces personnes, et pour leur donner plein de boulot à un salaire horaire bien en-dessous du SMIC. Si on s'élève contre l'existence même de ces contrats ou de ces conditions de travail, on est implicitement accusé de vouloir mettre des gens au chômage, de ne pas prendre en compte la bonne marche du système, etc.

 

 

(Désolé, texte écrit un peu sur le vif, sans avoir pris beaucoup de temps pour le peaufiner, il y a sans doute des passages légers tant sur le fond que sur la forme - encore plus que d'habitude, je veux dire)

(Cela rejoint aussi un peu mon article sur la sélection à l'université)

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

Jérôme 27/09/2014 12:40

En gros, le monde académique génère de la précarité en cascade, et il aime ça, ce cochon.

Reprocher à un acteur précaire qui se fait éjecter en disant "Et bien mon p'tit gars fallait voir The Big Picture, personne ne t'a obligé à venir et rester ici" tout en lui ayant fait par le passé des promesses grises, dans l'entre-deux, masquant cyniquement ou par veulerie de façon répétée les véritables motifs (cf. http://laviedemix.over-blog.com/article-the-truth-hurts-124054863.html), perso, cela donne un côté déloyal à l’institution en place.

Un doctorant (ou plus généralement un « employé ») n'est pas uniquement un être de raison qui fait des équations dans sa tête et choisi froidement le plan de carrière qui lui serait la plus profitable à long-terme (me risquerai-je à dire que personne n'agit vraiment ainsi dans la vie ?). Alors oui, il faudrait certainement adopter cette attitude pragmatique dans le monde impitoyable de la recherche académique universitaire, mais – et c’est vraiment ballot - les gens ne sont pas libres dans la vie.

Mise en situation : "Allez Fabrice fais un effort : encore une année payée au chômage pour faire 2-3 manips complémentaires pour ta thèse sur laquelle tu as déjà bossé pendant plus de 1095 jours (week-ends ensoleillés inclus) et enfin publier cet article ; article sans lequel ta thèse vaut que dalle, d’façon tu n’as aucune perspective ailleurs pour l’instant, nous on va te proposer un petit quelque chose ". Le monde de la recherche est vraiment taillé sur mesure pour générer des pièges abscons (cf. théorie de l’engagement), une étude de psychologie sociale devrait y être consacrée... Ou bien parlons de Joséphine, la jeune docteure (en couple avec Fabrice) qui voudrait un enfant entre la thèse et le post-doc (conjuguer un désir de maternité avec la carrière académique ? MER IL ET FOU).

Il y a parfois de ces mauvais bougres qui s’escriment à faire des choix compliqués dans la vie ! Alors qu’il suffit de faire les bons choix aux bons moments, la réussite personnelle à long terme n’étant que le produit de ce comportement. Surtout dans le monde de la recherche où les interactions au sein d’une équipe, le choix du sujet de thèse (porteur/casse-gueule/kamikaze), sans compter la renommée et l’influence d’un labo n’influencent que très peu sur le champ des possibles dans la carrière de ses jeunes membres, c’est bien connu. « Quand on veut, on peut, même avec sa b*** et son couteau, nondidju ! ».

OK, je concèderai le fait que certains « permanents » rationalisent leur situation en adoptant a posteriori des arguments qui permettent de la justifier…mais ça serait du mauvais esprit, du dénigrement, du pur fiel ! Certains félons s’aventurent à penser que si des actuels permanents devaient se re-taper le processus de sélection (M2, bourse, thèse, postdoc) dans les conditions actuelles (càd avec autant de bourses que d’escargots dans les broussailles en plein cagnard), certains d’entre eux n’obtiendraient probablement pas de postes, c’est clarinette (comme dirait Christian Morin).

Bref, blague à part, tout ceci devrait pousser les permanents du labo à adopter un discours de vérité au quotidien : un discours honnête et franc du collier sur le fait qu’un labo est une petite boutique qu’il faut faire tourner, et non pas adopter un discours de l’entre-deux qui finalement est destructeur. Situation que tu décris très bien, Mix (si j’ai capté ton message)

mixlamalice 29/09/2014 09:25

Oui, je pense que tu as "capté" mon message. Après, je ne suis pas le chevalier blanc, et il faut admettre que, parfois, de l'autre côté de la barrière, justement parce qu'il faut "faire tourner la boutique", on est soumis à des cas de conscience (je parle pour moi en tout cas). Je me demande si on finit par "oublier", avec le temps, qu'on en a... (de même que, par exemple, je me sentais le devoir de répondre à toute offre de stage/thèse/post-doc spontanée il y a encore 2-3 ans. Mais depuis, même largement inconnu, j'en reçois 2 ou 3 par mois (il y a la saison des stages pour les indiens, pour les chinois, et puis beaucoup de gens du Maghreb qui tentent à intervalles réguliers, un peu au hasard visiblement), et donc il m'arrive de "bonne foi" d'oublier d'y répondre, et ça ne m'empêche pas de dormir)

Aisling 25/09/2014 11:47

Mouais, je suis quand même moyennement d'accord avec toi - l'hypothèse de base dans ton scénario est que les impétrants sont des mollusques incapables d'une demi-réflexion ou d'une prise de décision à leur avantage. Dans ce cas, désolée mais c'est tant pis pour eux. On peut attendre d'un doctorant qu'ils se documente un minimum sur les carrières académiques si c'est ce à quoi il aspire. En discutant avec quelques personnes autres que son méchant directeur de thèse qui veut le garder au chaud et l'exploiter un max, et en faisant un tour rapide sur le web, il devrait comprendre que la mobilité est un truc assez prisé et que faire 2 ATERs et 3 post-docs dans son labo de thèse n'est peut-être le plus sûr chemin vers un poste permanent à l'heure actuelle. J'ai discuté récemment avec un doctorant qui est ATER/4ème année dans son labo de thèse, et cherche un post-doc pour la suite. Son labo est pret à l'embaucher, mais il préfère chercher ailleurs parce qu'il se rend compte que c'est mieux pour son CV.

De là à décréter qu'il faut dégager les doctorants au bout de 3 ans et 1 seconde parce que c'est ce que préconise l'AERES, il y a un juste milieu. Je pense que chacun doit prendre la responsabilité de ses décisions. Ce n'est pas parce que tu propose un poste à quelqu'un qu'il est obligé d'accepter. Par contre, c'est toujours confortable d'avoir l'option. Parfois les gens peuvent préférer prendre un poste qui n'est pas optimal pour le CV parce qu'à ce moment précis de leur vie ils ont d'autres priorités: rester proche de leur famille, éviter le stress d'un déménagement ou d'une recherche d'emploi, etc.

Donc au final, sans forcer les gens à rester je pense que c'est bien de leur donner des options quand c'est possible... et intéressant pour le labo. Ensuite, à eux de décider jusqu'à quand il faut rester ou partir.

mixlamalice 25/09/2014 13:34

Je peux aussi renvoyer à mon exemple détaillé ici: http://laviedemix.over-blog.com/article-the-truth-hurts-124054863.html

Dans le M2 dont je m'occupe en partie, on reçoit chaque année une dizaine de candidatures d'étudiants qui ont déjà un M2, parfois même qui en ont déjà 2, sur des thématiques assez proches du notre.
Si j'enlève encore une fois ceux qui font ça pour des raisons "personnelles" (au hasard, avoir une carte étudiant pour les papiers...), il en reste un nombre non négligeable persuadé que, s'ils ne trouvent pas de job avec un M2, ils en trouveront un plus facilement avec 2, 3, 4 M2.

Or, ce n'est pas vrai, l'accumulation de diplômes, qu'elle soit sans queue ni tête ou au contraire quasiment tout le temps le même obtenu 3x, est en fait généralement néfaste à l'employabilité du candidat (l'exception probable, c'est ce qui après un M2 technique, font un diplôme type M2 école de commerce pour une réorientation, mais on n'est pas dans ce cas ici).

Quand on le leur dit cependant, certains (un ou deux par an) sont persuadés qu'on est des salopards inhumains qui détruisons leur carrière.

Alors, on fait quoi? Après tout, "tant pis pour eux", et moi j'ai besoin d'inscrits dans mon M2 pour qu'il continue à exister.
J'ai des collègues qui sont clairement dans cette optique. Personnellement, pour l'instant en tout cas, je m'y refuse.

mixlamalice 25/09/2014 12:26

Ok, globalement avec ce que tu écris.
Malgré tout, quelques éléments de réponse sur des points "litigieux":

1. il n'y a selon moi, pas de bonnes raisons, d'un point de vue professionnel (il peut y avoir des raisons plus persos comme tu le dis, où en gros on agit "en conscience" de ne pas faire le meilleur choix), de rester dans son labo de thèse après sa thèse. La seule raison "acceptable" est si la thèse n'est pas finie et que c'est le seul moyen de financement possible pour la finir. Par contre, il y avait dans certains labos l'espèce de non-dit que "si tu le veux bien, la thèse c'est 4 ans, voire 5, parce que de toute façon tu pourras faire un ATER derrière". Qu'il y ait des portes de sortie si par malheur ça dépasse, ok, que ça soit quasiment institutionnalisé, bof (en l'occurrence la moyenne sur le labo avec une dizaine de thèses soutenues par an, c'était quelque chose comme 3 ans 8 mois, donc plutôt la règle que l'exception).
Donc sauf si la personne te dit clairement qu'elle est en galère et qu'elle a besoin d'un job tampon ou autre pour gagner un peu de temps, je ne pense pas qu'il faille proposer aux gens de rester, même si c'est intéressant pour le labo. Au contraire, il faut vraiment leur dire de partir, pas forcément loin d'ailleurs (la reconversion thématique dans un labo de la même région, c'est je pense largement suffisant).

2. A 27 ou 28 ans et même avant, comme tu le dis, les gens devraient être des adultes responsables. Il se trouve que, après avoir pas mal écumé de labos, il y en a quand même beaucoup en proportion, qui ne le sont pas vraiment (en tout cas de ce point de vue là). La aussi, il peut y avoir plusieurs raisons, la principale est quand même souvent le fait que ce sont des personnes qui sont arrivées dans le système français pour la thèse ou pour le M2, et qui ne comprennent pas vraiment comment marche le système (il y a aussi le syndrome de l'étudiant qui se laisse vivre et on verra bien, mais ça je le voyais aussi dans mon labo US). Quoi qu'il en soit, ok, ils n'ont probablement pas fait suffisamment leurs "homeworks", mais il faut avouer qu'il y a tout un pan de connaissance qui se pratique surtout par le bouche-à-oreille, et beaucoup ne le pigent pas, voire ne le soupçonnent pas.
Bref, "tant pis pour eux" sans doute, mais est-ce une raison pour "profiter" de ces "soutiers de l'université" en toute connaissance de cause et en assumant totalement son cynisme?*
Je suis quand même quelque part peiné de voir que le système ne tient finalement que parce qu'il y a toujours des gens pour accepter des trucs merdiques mais essentiels... postes d'ATER ou de 1/2 ATER miteux, postes de "super technicien" qui fait tourner le labo pendant que les permanents sont en conf', poste de responsable d'équipe pédagogique ou de formation avec un statut de secrétaire lambda.

3. La liberté de choix n'est pas la même pour tous. Quand, par exemple, tu as 3 semaines pour trouver un taf où alors tu passes en situation irrégulière, les options sont parfois limitées...


* on pourrait alors dire le même genre de choses, par exemple, de gens plutôt brillants mais qui, venant de milieux où les études longues ne sont pas vraiment reconnues, arrêtent après un BTS/DUT et se font chier dans leur boulot sans perspective facile d'évolution alors qu'ils auraient largement pu devenir ingénieurs