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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 16:21

Il m'arrive en ce moment quelque chose d'étrange et d'inédit (pour moi) avec un papier.

 

Il a été refusé de peu par l'éditeur d'un bon* journal de ma branche après 3 reviews, l'une concluant 'accept with minor revisions', l'autre 'accept with major revisions', et le damné reviewer 3 'reject'.

Il faut noter que même le reviewer 3, qui a soulevé quelques questions intéressantes, ne remettait pas en cause la "validité" du papier, mais plutôt son caractère novateur et son aptitude à être dans le "top 30% des papiers soumis" (sans qu'on sache trop ce que ça veut dire, c'est désormais une question essentielle lorsque l'on réfère un papier). Je craignais un peu ce genre de reproches, du reste.

J'ai quand même hésité à tenter la négociation avec l'éditeur (puisqu'après tout 2 reviewers sur 3 étaient prêts à accepter le papier et que le 3ème ne nous faisait pas de graves reproches de fond), et puis je me suis dit naïvement qu'en prenant en compte les commentaires "faciles" des 3 reviewers et en resoumettant dans le journal d'à côté, aux thématiques assez proches mais un peu moins côté, ça passerait.

Surprise, on me renvoie cette fois le papier au bout d'une semaine, directement rejeté par les éditeurs scientifiques.

Je viens de resoumettre une troisième fois à un journal encore un peu en-dessous, et il se peut que l'éditeur se pose aussi des questions puisqu'il n'est toujours pas indiqué "under review".

 

Honnêtement, j'ai un peu de mal à comprendre.

Est-ce que le papier est révolutionnaire? Certainement pas.

Est-ce qu'il est "purement incrémental"? Je ne pense pas (voir ci-dessous). 

Est-ce qu'il est honnête, est-ce que le post-doc qui a mené l'étude a bossé sérieusement, est-ce qu'on a fait un effort d'écriture, et est-ce que le papier peut avoir un intérêt pour une petite branche de la communauté? Je le crois.

Récemment, j'ai eu un papier, qui m'avait demandé pas mal de boulot personnel mais qui d'un point de vue scientifique était autant que je puisse juger grosso modo du même niveau (qui est le mien, il ne faut pas se leurrer) accepté en 4 semaines, relu par un seul reviewer qui n'avait rien à redire, dans un journal équivalent. On me dira que le côté aléatoire fait partie des joies de ce métier...

 

J'identifie en fait un problème potentiel: il s'agit d'un papier très "engineering". Grosso modo, on a adapté, en la simplifiant, une "recette" de chimie développée par des chimistes dans le cadre d'applications de type biophysique. Les matériaux ainsi préparés doivent nous servir pour des problématiques de physique des matériaux. Le papier est donc centré sur la "fabrication" et les "caractérisations" appropriées vis-à-vis des problématiques physiques qui vont nous occuper dans la suite.

Du coup, on est un peu le cul entre 3 chaises sur ce papier: les reviewers avec un background "chemical engineering" nous disent qu'on a fait de la chimie un peu dégueulasse (mais le but c'était de faire simple). Les biophysiciens (puisque c'est la communauté classique qui utilise cette "recette") nous demandent pourquoi on ne fait pas de la biophysique avec ces matériaux. Les physiciens ne lisent pas la partie chimie et trouvent nos résultats "préliminaires" un peu légers du point de vue de la physique. Idem pour les références: on cite beaucoup d'articles dans des journaux de biochimie/biophysique, mais ce n'est pas là qu'on a envie de soumettre... Et du coup, là où on a envie de soumettre, après une lecture rapide, ils pensent qu'on est hors-sujet.

 

Bref, je pense qu'on va finir par y arriver, mais je sens qu'on va encore transpirer.

 

Ca semble aussi conforter une deuxième impression (difficilement quantifiable) qu'on a avec un collègue, à savoir que les "petits" journaux très spécialisés (avec des reviewers issus d'une micro-communauté et donc hyper pointus sur la thématique) sont presque plus pénibles pour y faire accepter son article que les "gros" plus généraux, qui communiquent beaucoup sur des délais raccourcis d'acceptation, des thématiques très vastes etc (je ne parle pas ici des très gros comme Nature ou Science; et encore, eux aussi ne sont pas chiants: dans 90% des cas, le papier est vidé en moins de 48h).

 

 

* si on estime que l'impact factor du journal est une bonne mesure, dans ma branche les meilleurs journaux spécialisés sont à 4-6, les bons à 3-4, les corrects à 1.5-3. Ensuite, on a des journaux plus généraux, soit physique, soit chimie, soit matériaux, entre 7 et 12, et puis après, rarement (jamais en ce qui me concerne), les Nature, Science, et leur déclinaisons autour de 20 et plus.

 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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Pof 16/10/2014 10:54

Dans un autre genre, j'essaye de faire passer en ce moment un papier dans une revue "Mathématiques & Musiques". Le papier a été soumis en mars 2013, est revenu (un an après) une première fois avec "accept with revisions" des 2 rapporteurs, plus un commentaire de l'éditeur: "je réserve mes remarques pour le prochain tour". Six mois plus tard, la révision me revient avec "accept" des deux rapporteurs, et l'éditeur qui mentionne: "les rapporteurs ont fait leur travail de façon incomplète. Le papier n'est pas clair et nécessite selon moi les révisions majeures suivantes: // s'ensuit 5 pages de commentaires". Actuellement en révision pour un troisième tour, on verra ce que ça donne. Je vais peut-être exploser le record du reviewing le plus long (en moyenne, ça a l'air d'être 4-5 mois en physique/chimie, 12 mois en SHS)

mixlamalice 16/10/2014 12:16

Ah, quand l'éditeur scientifique connaît bien le sujet, c'est presque toujours galère, c'est arrivé à un collègue aussi, le mec ne l'a pas laché pendant 3 ou 4 aller-retours...

En SHS, ça peut monter aussi à 2 ans, parfois, selon les journaux et les disciplines, me suis-je laissé dire.

Good luck

postdoc 16/10/2014 00:18

J'ai pas mal d'expériences pas super positives avec les rapporteurs ces derniers temps :
* Un article premier auteur où le rapporteur démontre régulièrement son incompétence mais ne se prive pas de donner des leçons avec un petit ton condescendant assez pénible, le tout assorti de « lisez les papiers séminaux de X avant d'écrire Y parce que clairement vous n'avez pas compris le concept ». Il se trouve que X est mon chef et qu'il est bien entendu un des plus grands spécialistes de Y. Je lui montre le rapport, et là sa réponse fuse « c'est scandaleux, ça fait 20 ans que je m'éreinte à leur expliquer ça et ils racontent toujours n'importe quoi. Ce que tu as écrit est parfaitement exact ». Affaire toujours en cours mais comme je mets 3 mois à chaque fois avant de répondre au rapport tellement ça me met en rogne de lire ces inepties, ça risque de durer encore un certain temps.
* Un autre papier premier auteur où le rapport initial était absolument hallucinant. Un mélange d'attaques personnelles et de digressions absolument hallucinantes n'ayant rien à voir avec le papier. Une de mes co-auteur pense que c'est quelqu'un avec une forte haine personnelle contre moi. Je ne pense pas. D'une part, je ne suis pas assez important pour que cela vaille la peine de me haïr. D'autre part même si c'était effectivement le cas, le rapport est tellement ridiculement grossier que ça ne pouvait pas laisser l'éditrice indifférente. Si on avait vraiment voulu casser mon papier, il aurait fallu faire ça de façon bien plus subtile. D'ailleurs l'éditrice m'a demandé ce que je pensais du rapport, ce qui est assez inusuel. J'ai pondu une réponse en 30 minutes chrono et elle m'a immédiatement donné un autre rapporteur parfaitement raisonnable cette fois-ci.
* Les papiers où je suis n-è auteur mais qui se ramassent un rapport comme dans le premier point, de façon que je trouve injustifiée.
* Les papiers où je suis n-è auteur et que je trouve faibles, l'auteur ne daignant pas prendre mes remarques en compte. Et là de façon quasi systématique ces papiers sont acceptés comme des lettres à la poste, à mon plus grand regret.

Bref, si j'ai toujours été un fervent défenseur du système d'articles à rapporteur, je deviens de plus en plus mitigé à cause de l'aspect loto qui ne rime à rien. Des mauvais articles passent facilement et des bons articles ont du mal. D'ailleurs un des articles les plus cités dans mon domaine s'est fait jeter assez sèchement de deux journaux avant de passer dans un troisième (et à mon avis il avait très largement le potentiel de passer dans Nature).

mixlamalice 16/10/2014 12:15

Je n'ai pas eu de gros problèmes d'"incompétence manifeste" ou de "fainéantise" de reviewers, ou alors ils ont été "équilibrés" entre les fois où ça m'a été préjudiciable et ceux où ça m'a servi (j'ai aussi quelques fois la chance d'avoir des reviewers qui visiblement n'avaient pas lu ou pas compris disant, après une revue d'une ligne et demi dont la moitié pour résumer l'abstract et l'autre pour souligner une coquille p.18, "accept").

Il y a parfois une décorrélation entre ce qu'on pense de son papier et ce qu'en disent les reviewers; jusqu'à présent, tous mes papiers dont je suis pas spécialement satisfait (pas truandés ni rien, mais juste pas hyper excitants ou pas forcément hyper bien maîtrisés) sont passés facilement... alors que j'ai galéré pour d'autres que j'aimais beaucoup. J'avais fini par conclure qu'on était pas toujours le meilleur juge de ses propres papiers (même si en ce qui me concerne, les papiers pas terribles passés facilement sont ensuite peu cités, donc finalement, la communauté me donne peut-être raison).

Outre le problème de "sur qui on tombe", il y aussi parfois le problème (plutôt ça dont je parle dans l'article) de "pour quelle communauté dans quel journal". Comme les profils transverses, les papiers transverses, s'ils ne sont pas "géniaux", ont du mal à trouver leur place dans l'univers un peu cloisonné des journaux...

On en discutait sur Twitter avec Tom Roud: récemment j'ai "jeté" un papier parce qu'il reprenait (de façon tout à fait correcte du point de vue de la science) en une étude principale 3 résultats déjà décrits par d'autres de façon "annexe", en disant que bon, c'était pas tout à fait assez nouveau pour la revue. Malgré tout, le papier avait un intérêt, ne serait-ce que de synthèse... J'aurais peut-être dû accepter, comme disait Tom, qui suis-je pour juger l'impact potentiel d'un papier? Mais en même temps, il semble qu'il n'y ait que la réponse à cette question qui intéresse les éditeurs...

Hélas ma communauté est pas encore vraiment mûre pour Arxiv only.