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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 17:45

Dans les hautes sphères, on nous explique ce que le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche en France doit être. Quels sont les sujets de recherche d'aujourd'hui et de demain, quelles réorganisations referont de nous le phare intellectuel incontesté de l'univers.

 

Bref, on raconte (c'est mon avis mais je le partage) beaucoup de conneries. Parfois, on dirait même que c'est généré par ordinateurs à partir des mots à la mode qu'on entend au 20h, le tout saupoudré de langage technocratique, indémodable, lui.

 

Quelques exemples.

 

Tiré du projet d'intégration d'un établissement à une COMUE qui m'est tombé sous les yeux:

 

"(Nous avons) des atouts majeurs qui (nous) permettent d’être un établissement incontournable en mesure de répondre aux défis de la société française."

"Pour porter cette mission névralgique à l’heure où notre pays connait une situation économique et sociale difficile, (nous disposons) d’atouts uniques forgés au cours d’une histoire riche."

 

Jusque là, c'est presque du niveau débutant (quelques répétitions mais bon, faut meubler 20 pages hein), mais ça ne mange pas de pain.

On accélère un peu:

 

"Cela suppose de renforcer la visibilité de l’établissement grâce à une politique efficace de communication, reposant tant sur les outils numériques que sur la présence au lancement d’initiatives ciblées comme la création de prix, la participation à des salons ou des manifestations-repère"

"Une opportunité pour l’établissement : l’opportunité de s’adapter aux nouveaux défis. Il faut établir un glissement de la logique du maintien de l’existant voire de la reproduction à l’identique vers une utilisation ciblée et efficace des moyens, appuyée sur une stratégie."

"Le projet repose sur le portage d’une politique de formation et de qualification fructueuse et ambitieuse. Elle est aussi une politique de transmission, inscrite dans la culture de social learning portée au sein de l’établissement : transmission des savoirs, transmission des compétences, transmission de valeurs."

 

On atteint la vitesse de croisière:

"Le socle doit être disciplinaire mais renvoyer aussi à une bonne maîtrise des outils. Cela suppose une attention ciblée aux usages du numérique, en favorisant par exemple l’accès à la littératie numérique, dans la mesure où l’acquisition des fondamentaux d’une culture numérique est gage d’inclusion sociale."

"Dans ce contexte, le numérique est un enjeu majeur car il suppose une révolution des modes de transmission des connaissances. En misant de manière volontariste sur le numérique, (l'établissement) s’engage dans une transformation des modes d’enseigner, de l’utilisation des outils, de la place de l’innovation à tous les stades du processus.

...

Le numérique redéfinit les modes de collaboration et d’action entre tous les acteurs. Il porte la dynamique du secteur de la formation pour répondre aux attentes de tous."

 

Et puis brusque accélération:

" D’un côté, l’établissement est porteur de nouveaux métiers comme ceux liés à l’informatique et en particulier des métiers-frontière tels que celui de data scientist ou de bio-informaticien. D’un autre côté, (...) il s’agit de relayer certaines grandes perspectives économiques nationales, à l’image de la filière big data reconnue comme la septième ambition du rapport Lauvergeon sur la nouvelle France industrielle ou de la smart city, avec toutes ses composantes liées au développement durable."

"L’émergence de nouveaux projets pionniers et/ou interdisciplinaires sera favorisée par des actions d’incubation ciblées et proactives, par la formation à la recherche en direction tant des mastérants que des doctorants dans le sillage d’un certain nombre de synergies qui se sont dégagées dans les années récentes."

 

Fonctionnement interne: Parolé, parolé parolé encore des parolé

"Pour bien porter ses missions, l’établissement doit être aussi innovant en termes de gestion et de fonctionnement alors qu’il fait souvent l’objet de critiques sur un certain nombre de complexités voire de lourdeurs de ses procédures internes. A des logiques trop contraignantes ou trop démobilisatrices, il faut substituer une meilleure réactivité et une responsabilisation des acteurs.

La culture du changement et de la transparence doit donc être généralisée au sein de l’établissement mais elle suppose d’être expliquée, accompagnée, appliquée."

 

"Il faut trouver le bon équilibre entre respect scrupuleux des règles publiques et souplesse dans l’action."

Indeed...

 

"Les contraintes financières publiques sont telles que la politique de ressources humaines, devenue névralgique pour un établissement autonome, doit être construite autour de trois notions majeures : le remplacement ; le redéploiement. "

Ca fait deux, mais bon, on n'en est plus là, qui lit encore à ce stade?

 

Et on conclut en beauté

"Grâce à l’investissement de tous ses personnels et à une culture du projet, devenue réalité quotidienne, (l'établissement) répondra de mieux en mieux à sa principale mission de dispenser une formation de qualité, actualisée, crédible économiquement.

(...)

C’est à ce nouveau défi qu’il s’agit de répondre grâce à une vie d’établissement riche, au bon fonctionnement des instances, au dialogue social et à la reconnaissance juste de l’investissement personnel et collectif. Grâce surtout à une feuille de route claire, partagée et mobilisatrice pour les cinq années à venir."

Il ne manque que la Marseillaise.

 

Si vous êtes sage la prochaine fois je vous décortique le plan d'action 2015 de l'ANR.

 

(Titre récupéré d'un essai d'un philosophe américain)

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

DM 20/12/2014 08:05

Un directeur de recherche INRIA m'a un jour dit que quand on est responsable, on finit par devoir servir de la langue de bois, mais ce qui est grave c'est quand on commence à la croire vraie. Je soupçonne que c'est une façon de résoudre la dissonance cognitive.

mixlamalice 26/12/2014 13:18

Je ne connaissais pas, merci, c'est très bon.

CL 26/12/2014 02:39

Je pense qu'une bonne partie ont parfaitement conscience de la vacuité absurde de ce qu'ils écrivent. D'ailleurs un ancien de ce monde là (Frank Lepage) en a fait une démonstration dans un de ses spectacles: https://www.youtube.com/watch?v=jKwW12IXaZ4

mixlamalice 21/12/2014 12:46

Peut-être que du coup il y a une différence entre les carrières "linéaires" (CR/MCF, DR/PU puis vers 50 ans des "responsabilités" plus ou moins hautes, de directeur de labo à responsable d'UFR, d'ED ou que sais-je), et ceux qui, après 3-4 ans de recherche et d'enseignement, voire moins, se réorientent directement dans le management et dont le but est d'aller le plus haut possible...
Eux, je pense qu'ils sont prêts à croire ou faire semblant tout ce qu'on leur dit et tout ce qu'ils sont censés servir aux sous-fifres, vu que de toute façon, le "terrain" ils ont jamais vraiment connu.

Paul B. 14/12/2014 10:11

Il en tient une couche ce rapport. Le problème, c'est qu'à la lecture, on hésite entre hilarité et désolation. Je n'arrive pas à savoir si les personnes écrivant cela y croient réellement ou sont conscientes du haut degré de bullshit.
On devrait mettre en place un prix du maire de Champignac, section recherche. L'heureux élu aura l'honneur de se faire Zorglubiser !

Dans le même genre, j'ai vu également passé cette video récemment. http://vimeo.com/111210300

mixlamalice 14/12/2014 12:45

Oui, je me pose un peu la même question, comme je le disais dans un article précédent. Est-ce que les gars y croient (et donc sont quand même sérieusement à l'ouest) ou hyper cyniques. Dans les deux cas, c'est pas très enthousiasmant...

On pourrait proposer le prix du maire de Champignac section recherche à ceux qui l'organisent déjà (en Suisse: http://www.distinction.ch/LD.Champignac/LD.Champignac.html)

Jean Fonsse 13/12/2014 15:18

Ha ha! C'est corsé, en effet. Si je devais aller dans le dit établissement, j'aurais beaucoup de plaisir à demander au directeur: "Et au fait, où sont les chiottes?"

mixlamalice 13/12/2014 11:09

Il faut quand même signaler que tous ces discours à la "maire de Champignac" ne sont hélas pas sans conséquences "locales": restructurations profondes, suppressions à la hache de formations et d'axes de recherche pas assez "porteurs" (eg ne pouvant pas être reliés aux mots-clés de H2020, horizon 2030 ou que sais-je). Tout est là.

On a 10 ans de retard pour arriver à ça: http://www.dcscience.net/2014/12/01/publish-and-perish-at-imperial-college-london-the-death-of-stefan-grimm/