Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 14:59

J'ai participé à mon premier jury de thèse, en tant que co-encadrant (le sous-fifre qui, en France, a le droit d'encadrer mais pas vraiment le droit de signer quoi que ce soit d'officiel, n'ayant pas reçu l'habilitation, ce sésame divin qui vous fait passer légalement de padawan à senseï).

 

Il se trouve que cette thèse était une cotutelle (j'y reviendrai par ailleurs) entre notre établissement et une université américaine. L'étudiant, chinois, ayant passé 2/3 voire 3/4 de son temps aux USA, et 1 an en France, la soutenance a eu lieu là-bas.

 

Il y a deux choses à dire avant de commencer: la soutenance (ou "Defense", comme on dit chez eux) est beaucoup moins "codifiée" que chez nous. Outre les variations entre disciplines, il y a au sein d'une discipline des façons de procéder relativement différentes d'un département à l'autre, même pour une discipline donnée. Chez nous, c'est beaucoup plus homogène.

D'autre part, le formalisme et la solennité me semblent moins présentes. Ce n'est pas la grande procession de la famille et des amis, il n'y a généralement pas de pot de thèse après (ou alors, il est bref, et ne dure pas toute l'après-midi ou toute la nuit). Il y a probablement un effet de distance (les familles américaines sont souvent éclatées sur un territoire largement plus grand que le notre), mais aussi le fait que la soutenance n'est finalement qu'une étape parmi d'autres pour décrocher le titre de docteur (il existe la aussi, de façon variable selon les départements, entre disons 2 et 4 "examens de passage" au cours du doctorat). Enfin, devoir rester quelques mois de plus pour amender le manuscrit ou pour publier un papier demandé dans le cadre de la validation est très fréquent, quand c'est chez nous uniquement pratiqué pour "sanctionner". 

 

Mais la chose qui m'a le plus frappé, et la je demande à mes lecteurs s'ils ont constaté ça aussi ou si c'était plus le fruit de la composition du comité (le directeur de thèse américain a la réputation, même en conf', d'être assez "frontal" dans ses questions), c'est le fait que le terme "defense" n'est pas ici un vain mot.

L'étudiant, qui de l'avis de tout le comité, a fait une bonne voire très bonne thèse, a du vraiment défendre ses positions, la partie américaine du comité le poussant dans ses retranchements sans montrer trop de bonhomie. L'appréciation positive du travail de l'étudiant n'a eu lieu que pendant les délibérations en l'absence de celui-ci, pas pendant les questions (alors qu'en France, il serait d'usage, quand on pose une question un peu méchante, de commencer par quelques compliments, un sourire, des précautions stylistiques etc).

Bref, pendant 2h de questions, l'étudiant n'a pas été à la fête et a vraiment transpiré. 

 

Etrangement, il y a la un petit paradoxe. Dans un cadre informel, les américains sont souvent dans le superlatif, là où le français sera dans l'understatement. Ce qui est "pas mal" pour nous est au minimum "great" pour un américain moyen.

Mais dans le boulot quand ça compte vraiment, business is business, et la les américains me semblent souvent plus "cash" que nous. "No hard feelings", cela dit. Après, on va s'en jeter un: "let's have a stiff one".

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

Anonyme 12/05/2015 14:12

Salut, tu dis (alors qu'en France, il serait d'usage, quand on pose une question un peu méchante, de commencer par quelques compliments, un sourire, des précautions stylistiques etc). C'est Krazy Kitty qui donne la solution : les rapports, en particulier le rapport de soutenance qui est assez vital pour la suite et que n'ont pas les américains (c'est assez normal aussi que cela soit plus homogène en France, vu l'organisation des universités américaines).

Krazy Kitty 15/02/2015 14:17

Les soutenances dans mon département aux US étaient beaucoup plus relax que ça. Aucune volonté de pousser le candidat dans ses retranchements ; on vérifie qu'il sait de quoi il parle, mais les questions (surtout celles publiques) sont souvent de celles que tu aurais lors de n'importe quel exposé de recherche. La partie privée était plus technique, mais vraiment sur la thèse elle-même, les questions générales sur le domaine ayant été posées lors de l'advancement to candidacy. Par ailleurs le jury connait généralement bien le doctorant et a depuis longtemps une bonne idée de ses compétences.

Enfin, la différence principale quand tu passes ensuite les qualifs en France c'est l'absence de rapports de thèse ou de soutenance ;-)

mixlamalice 15/02/2015 16:12

Peut-être qu'il s'agissait d'un reflet de la composition du jury (comme je l'ai dit, mon collègue a la réputation de ne pas être "facile", même en conf' et avec des seniors... mais d'autres dans le jury suivaient la même voie, donc j'ai fini par me demander). Pourtant, ils connaissaient bien l'étudiant aussi, et les compliments ont fusé, pendant la délibération.

Sinon, oui, différence de procédures qui rend compliqué la soutenance en cotutelle (la rigidité côté français étant extrêmement pénible, j'en ferai sans doute un post dédiée...) et du coup l'obtention des papiers qu'il faut etc. Juste un pour rire: l'école doctorale voulait suspendre la soutenance parce que le rapport du rapporteur (américain), qui disait que le manuscrit était bon, le travail important etc, n'écrivait pas textuellement "j'autorise la défense à avoir lieu"...

Pof 23/01/2015 12:58

Je confirme ce qui est dit au dessus pour la soutenance en Suède. J'ai été invité (je précise que je suis ingé dans le privé) par des collaborateurs suédois à participer au jury de soutenance d'un de leurs étudiants en thèse. Au final, nous étions 4, ou plutôt 1+3. Le job du "1" a été de cuisiner le PhD pendant 2-3h, y compris sur les fondamentaux de son domaine (comme si l'on demandait à un mec bossant en MécaFlu d'écrire Navier-Stokes au tableau et d'expliciter le sens des termes). Les 3 autres (dont moi), ont le droit de poser des questions, ce qui par tradition se limite à 1 ou 2. Le jury délibère ensuite, de la même façon qu'en France, avant de rendre le verdict. Il y avait un pot et un repas post-thèse avec les chercheurs du service...

Cub 23/01/2015 10:50

Oui la soutenance diffère vraiment d'un pays à l'autre. En Australie il n'y en a tout simplement pas : on rend son manuscrit, et on attend 6 mois que la thèse soit validée. Ce qui fait qu'on peut commencer un post doc sans être docteur, mais qu'on est moins bien payé qu'une fois qu'on a sa validation. Il y a bien une micro soutenance, mais avec uniquement les mecs de l'équipe, personne d'extérieur, pas de jury, et une conf informelle de 20 min. Bref c'est pas vraiment valorisé.

En France oui c'est très codifié avec le petit tapis vert, le repas du jury pré thèse, le costard, et pour les questions c'est souvent good cop/bad cop je trouve, avec une bonne couche de vernis avant la question qui tue comme tu dis.

On m'a aussi raconté qu'en Suède c'est la folie puisque tu as une sorte d'avocat général, qui est là pour "t'accuser". Tu introduis juste ton sujet en 2 min et ensuite c'était autrefois à ton opposant de résumer ta thèse (wtf), puis de passer 2h à te cuisiner. Seul lui pose les questions avant le "y a-t-il des questions dans la salle ?" qui se solde en général par un silence, comme en France. Mais maintenant ils ont dû se rendre compte que c'était un peu bizarre et c'est le candidat qui présente ( http://science.gu.se/english/education/phd/Doctoral_thesis_defence/thesis_defence ). Mais apparemment il y a toujours cet aspect très poussé de tribunal.

Bref c'est marrant de voir à quel point c'est différent selon les pays. Au final je pense que le système français est bon : plus d'une personne pose des questions, le candidat a l'opportunité de présenter longuement sa thèse, sorte d'accomplissement, et la décision (docteur ou pas docteur) prend 15 min (6 mois en Australie c'est du délire).