Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 09:17

Avant-hier, le tribunal statuant sur le refus d'admission en M2 d'une étudiante par l'Université de Franche-Comté a rendu son verdict. Il a jugé illégale la décision de l'Université, pour cause de refus insuffisamment motivé.

La mention du refus par l'Université était la suivante: "Votre cursus et le dossier présenté ne satisfont pas aux exigences académiques du master. Notes trop faibles dans les matières fondamentales".

Le tribunal ne se prononce pas sur la "sélection" stricto sensu.

Pour avoir une idée plus précise de l'affaire: voir sur EducPros (1ère partie, 2ème partie, avec un commentaire très pertinent d'un dénommé F. Vatin) et France3.

 

Petit rappel historique: la réforme licence-master-doctorat a été menée en France à partir de 2002, dans une optique d'harmonisation des cursus au sein de l'UE. Dans ce cadre, il n'y a plus que 3 niveaux de "diplômes" à l'Université. Les années intermédiaires, ce qu'on appelait autrefois le DEUG (L2), ou la Maîtrise (M1), disparaissent. Les diplômes sanctionnent l'obtention de crédits (ECTS), 180 crédits pour la licence, a priori sur 3 ans (1 crédit ~ 10h de cours), et 300 pour le master. On est aussi passé dans un régime semestrialisé. 

Il se trouve que, probablement par une certaine forme d'inertie, la plupart des Universités continuent à raisonner en "années" en plus des semestres, et donc à valider les années les unes après les autres. Mais concrètement, "valider un M1" ne devrait plus vouloir dire grand chose, et dans le cadre du LMD on pourrait très bien imaginer commencer un semestre sans avoir fini de valider le précédent, voire faire les semestres (ou valider les crédits qui le composent) dans n'importe quel ordre.

Dans le principe, le LMD définit donc deux étapes importantes: le passage de L à M, puis le passage de M à D. Or, lors de sa mise en place, l'UNEF a obtenu, pour des raisons qui continuent de m'échapper, que l'obtention du L donne, de droit, la possibilité à l'inscription en M1. C'est donc à la fin du M1 que la plupart des équipes pédagogiques gérant des M2 "sélectionnent" de façon plus ou moins drastique, principalement selon la réputation du M2 (certains sont obligés d'aller recruter la moitié de la promo à l'étranger, d'autres ne prennnent que 10% des candidats...). 

 

Petit rappel légal: comme toujours, il y a un arrêté imbittable dont l'interprétation peut varier qui définit ce qui peut être fait légalement. 

L'article 11 commence par répéter ce que j'ai écrit plus haut (l'accès de l'étudiant titulaire d'une licence dans le même domaine est de droit pour le M1). La suite distingue l'accès en M2 Recherche (eg où les étudiants ont plutôt vocation à s'orienter ensuite vers le D) et l'accès en M2 Pro (où le diplôme se veut un diplôme de fin d'études équivalent à celui des écoles d'ingénieur ou de commerce). 

Dans le cas du M2 Pro, il est écrit "'l'admission ultérieure dans un master 2 professionnel est prononcée par le chef d'établissement sur proposition du responsable de la formation."

Dans le cas du M2 Recherche, cela renvoie à un autre arrêté, abrogé en 2006, donc je suis un peu perdu. Celui-ci stipulait que grosso modo, c'était ici le responsable de l'école doctorale qui proposait d'accepter le candidat en M2R, validé par le chef d'établissement. Je ne sais pas quelles sont les dispositions actuelles, du coup.  

 

Voyant ceci, j'ai encore plus de mal à comprendre l'affaire. 2 choses m'échappent en fait: que le refus ait été jugé insuffisamment motivé. Les notes sont trop faibles, le dossier n'est pas au niveau. Que dire de plus? 

 

Voici ce qu'en dit Eolas sur Twitter:

 

 

 

Donc, je suppose que c'est ce que l'Université va faire, désormais, dans le mois qui lui a été alloué pour rééxaminer et répondre à l'étudiante. Au lieu de dire, "notes insuffisantes dans les matières fondamentales du master", elle va écrire "vous avez 9.5 en management de gestion de projet et 8 en diagrammes de Gantt et Swot alors que nous ne recrutons personne avec moins de 12 dans ces matières". Ce qui, fondamentalement, est quand même exactement la même chose.

Et dans un deuxième temps, je me demande alors quel est alors le bien fondé, ou l'intérêt, d'une telle procédure? Sachant qu'il s'agit d'un Master 2 Pro (Management administratif et financier des entreprises), que le responsable de formation n'accepte pas l'étudiante dans le respect de ce qui est defini dans l'arrêté de 2002, que peut-on vouloir de plus? Si je comprends bien (mais je ne suis pas juriste), le tribunal ne pourra que dire "pas de problèmes, tout est parfaitement normal", non? *

 

Update du 21 mars: en relisant l'article d'Educpros, et grâce aux tweets d'@apokrif, je finis par mieux comprendre ce qui est reproché. Le refus est suffisamment motivé de "fait" donc la justification "académique", contrairement à ce que dit Eolas, semble suffisante. Ce qui est reproché, c'est de ne pas avoir fait mention des textes juridiques suivis (eg, probablement, l'arrêté). Pour reprendre mon article suivant, il faudra donc rajouter une petite phrase dans nos lettres de refus ("conformément à l'arrêté machin, et vu que vous n'avez pas le niveau, nous ne vous prenons pas dans le master"). 

 

Dans un second article, que j'espère avoir le temps d'écrire prochainement, j'essaierai de détailler un peu plus comment, de mon point de vue (celui d'un enseignant-chercheur "de base" qui co-gère un master 2 professionnel) les choses se passent sur le terrain. Parce que je crains que le caractère de plus en plus procédurier des étudiants, conjointement aux attaques de plus en plus nombreuses contre tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un semblant de sélection à l'Université, ne nous entraînent vers le fond assez rapidement...

Pour donner un exemple rapide, dans le cadre du master (accessible en apprentissage) dont je m'occupe: dans le cas franc-comtois, l'étudiante a "validé le M1" (eg, sa moyenne sur les 2 semestres est supérieure ou égale à 10, avec les jeux de compensations entre matières et/ou entre semestres propres à l'Université ou au cursus suivi). Dans notre cas, nous avons été "obligés" d'accepter en M2 un étudiant qui avait environ 7 de moyenne en M1, car il disposait d'un contrat d'apprentissage sur 2 ans.

 

 

Merci à @Maitre_Eolas pour sa contribution, et à @Fabrice_BM pour m'avoir transmis le texte de loi. Et aux autres pour les discussions à ce sujet sur Twitter, hier, assez enflammées.

 

 

* La réponse est peut-être bien non, dans la mesure où un article du Code de L'Education contredit "l'arrêté master", d'où les cas précédents à Bordeaux notamment. 

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article

commentaires

Cub 30/03/2015 18:19

Le M1 que j'avais fait perso était d'un niveau assez relevé. Beaucoup d'heures de cours et TD, et avec trop d'élèves. Au final un encadrement inférieur à celui obtenu en L3 et pourtant une pression supérieure. Et ensuite le M2 était une blague sans nom. Les cours n'étaient pas des cours mais des confs, et il n'y avait plus de TD. Bref ça fait mal au cul de se retrouver à ne plus rien faire en M2 (le mien avait environ 16h de cours par semaine, n'importe quoi) après en avoir autant bavé en M1. Il y a là un équilibre à trouver : alléger la charge de travail en M1 et la répartir en M2. Le problème est cette dichotomie M2 pro/M2 recherche. Il n'y avait pas de M1 pro ou recherche, on ne pensait donc pas le Master comme un tout, c'était encore par année. Personne n'a essayé de faire un Master pro et un Master recherche (2 ans chacun) au lieu de la division uniquement en 2è année ? Ça résoudrait bcp de problèmes, en tout cas du point de vue des élèves... Et plutôt que d'avoir 35h de cours/TDs en M1 et moins de la moitié en M2 on pourrait alors mieux répartir les enseignements...

mixlamalice 02/04/2015 14:41

à terme oui, mais impossible tant qu'obtenir une licence donne de droit l'inscription à un M1 dans la même thématique.

Cub 01/04/2015 10:32

Ben à terme il faudra faire des M1 pro et des M1 recherche officiellement. Pour l'instant ce sont plutôt les thématiques qui orientent la nature du master. Dans le mien je dirais que la moitié a fait recherche (dans 3 M2 différents), le quart a fait pro (2 M2 différents) et le reste s'est réorienté ou a recommencé son année. Du coup, et je viens de m'en souvenir, il y avait même un second semestre de M1 avec des options pro, et un autre avec des options recherche. Donc à la fin du premier semestre de M1, il y avait des gens du master pro qui venaient "démarcher" de futurs candidats (car ils n'en avaient pas assez) avec l'argument choc : "recherche = chômage , pro = emploi". Beaucoup ont été convaincus d'ailleurs, essentiellement ceux dont les notes étaient limitées, et qui vont finir à démarcher du matos dans les labos ("il est pas cher mon laser, il est pas cher").

mixlamalice 31/03/2015 16:14

J'ai l'impression que certains s'arrangent (je ne sais pas trop comment) pour faire une pseudo-sélection cachée pour le M1 (en tout cas, sur des thématiques semblables, je crois discerner un M1 bon et un M1 moins bon dans l'Université pour laquelle je donne quelques cours)... du coup, le bon M1 est plutôt orienté recherche, le moins bon plutôt pro.

DM 19/03/2015 11:23

Bien sûr, il existe une pression pour faire passer des étudiants insuffisants, je l'ai déjà constaté: soi on ne leur donne pas leur module ou leur diplôme, celui-ci aura une réputation d'être "difficile", ce qui dégoûtera les étudiants qui ne le choisiront plus et alors il fermera par contrainte budgétaire.

J'ai vu cela plusieurs fois.

J'ai vu aussi le "c'est un étranger [africain], il rentrera dans son pays et il deviendra ministre". On m'a d'ailleurs rapporté la même chose au sujet d'une thèse d'un syrien nul mais d'une famille proche du pouvoir: on la lui a donné en sachant que normalement il rentrerait là bas pour un boulot déjà réservé au Ministère de la Recherche ou équivalent!

mixlamalice 19/03/2015 11:52

même sans cas étrangers, j'ai l'impression que le côté "bon, ça fait un peu chier de lui filer son diplôme mais on va éviter les emmerdes, et qu'il "aille se faire pendre ailleurs"" prend hélas de plus en plus d'importance...

nic 19/03/2015 11:06

bon voyage dans l'absurdie de petits cadres administratifs, ou regne eolas et ses clones.
depuis cambridge ou stanford, c'est une source d'amusement sans fin que vous nous procurez !

mixlamalice 19/03/2015 11:51

ça a plutôt tendance à m'affliger qu'à me faire rigoler à la longue, mais probablement que je vis ça de trop près. La distance, ça aide :)

DM 19/03/2015 10:29

Cela me rappelle un épisode quand j'enseignais en M2. Nous avions vu des étudiants particulièrement nuls et pour lesquels la note "brute" aurait été fort basse. Nous avons remonté les notes parce que cela nous paraissait vraiment méchant.

Plus tard le jury a trouvé bon de remonter encore les notes de ces étudiants, pourtant insuffisants. Cela a posé un problème, je ne sais plus lequel, mais en tout cas nous nous en sommes mordus les doigts.

Conclusion: si vous devez mettre 3 ou 5, mettez 3 ou 5 et n'essayez pas de remonter à 8 par bonté d'âme, car vous en pâtirez.

mixlamalice 20/03/2015 09:22

En fait c'est une bonne question... comme les Inconnus, je dirais qu'"y a le bon M2 et le mauvais M2"... :)
Pour une fois, j'étais plutôt d'accord avec la ministre quand elle expliquait que l'offre de formation était un peu trop pléthorique et qu'on pouvait réduire le nombre de masters.
J'ai pu voir certains collègues lutter pour leur "pré carré": blabla mon master, il est si bien, on peut pas me faire ça. Je pense qu'il doit y avoir un certain goût du "pouvoir" ou des responsabilités, et puis la volonté de garder des heures probablement plus sympas qu'un cours de L1 à 300 personnes...
Mais dans le tas, je pense que certains ont une vraie "légitimité" (au sens où, par exemple, les entreprises prennent les stagiaires et les embauchent derrière) et peuvent pourtant assez vite galérer pour recruter, avec quelques mauvais choix ou un manque d'appui...

David B 20/03/2015 08:24

Hum, pour "le M2 peut se retrouver à fermer faute de combattants" c'est un peu binaire en fait. Je dirais que certains M2 se retrouveront à fermer faute de combattants... Pendant que d'autres attireront les meilleurs étudiants parce qu'ils auront justement une réputation de sélectivité et de haut niveau (j'ai un exemple de ça en physique dans mon UFR). Mais finalement, pour poser une question un peu tendancieuse, quel est le problème à ce que des M2 recrutant des étudiants médiocres à notes surévaluées ferment ?

mixlamalice 19/03/2015 10:45

Il y a même une sorte de double pression, d'en bas, et d'en haut. Quand on met 3, on se dit que c'est pas possible, et on se demande ce qu'ont fait les collègues avant. Et on finit par penser qu'on a été trop dur, ou qu'on a abordé des choses dont les notions de base ne sont plus vues les années précédentes etc. On peut facilement être tenté d'avoir au moins une moyenne autour de 10...
Mais si on reste ferme (le collègue avec qui je faisais une UE commune, partie récemment à la retraite, n'avait aucun scrupule à envoyer 40 gus sur 60 en rattrapage obligatoire), on a la pression d'en haut. Notre collègue venait souvent nous engueuler parce qu'en M2, personne ne suivait son option, vu que dans notre cours obligatoire de M1 "relié", ils prenaient des caisses énormes. Et à plus grande échelle, un M2 "trop dur" avec ses étudiants est doublement perdant: les étudiants qui ne valident pas, c'est pas bon pour les stats, et c'est pas bon sur le long terme pour les recrutements non plus... après, le M2 peut se retrouver à fermer faute de combattants.