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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 15:17

La loi, c'est la loi, dura lex sed lex, nul n'est censé l'ignorer, etc. Certes. L'Université de Franche-Comté, qui pourtant avait l'air d'un peu la connaître, l'apprend peut-être à ses dépens.

 

Maintenant, il y a la réalité du terrain. 

 

Voici la mienne. J'ignore sa représentativité, mais je vais essayer de la raconter telle qu'elle est.

 

Nous nous occupons d'un Master 2 professionnel. Par nous, j'entends l'équipe pédagogique, constituée de 6 enseignants-chercheurs et un secrétaire pédagogique. C'est un master qui, sans être fantastique, marche plutôt bien, en ce sens qu'il a plutôt bonne presse auprès des étudiants, et, visiblement, des employeurs.

J'en ai déjà parlé il y a quelques temps. A l'époque, la gestion était assurée par deux maîtres de conférences, désormais partis à la retraite, et dont les dernières années ont été difficiles parce que subitement, leur statut de non-publiant a commencé à déplaire. 

Nous avons décidé de nous répartir les tâches qu'ils effectuaient à deux du mieux que l'on peut, puisque parmi les 5 "jeunes", personne n'a envie de totalement se griller d'un point de vue recherche.

Il faut savoir que la responsabilité d'un master donne droit, chez nous, à une royale décharge de service de 10HED, soit à peine plus que le suivi d'un étudiant en apprentissage. Je rappelle qu'un enseignant-chercheur doit assurer a priori 192HED de cours annuels, ce qui est censé correspondre, d'après les textes détaillant l'activité d'un enseignant-chercheur, à 803.5h de travail (préparation, correction de copies, gestion des UE, etc) - le reste devant être consacré à la recherche. Bref, 10HED, ça veut dire qu'on estime que gérer un master à l'année, ça vous occupe 40h de travail effectif. Je pense que, pour le faire bien, sans soutien de secrétariat, c'est au moins 200. Du coup, chez nous, je ne sais même pas si quelqu'un les demande, les 10HED; en tout cas, elles ne sont pas partagées en 6.

Sur les 6 personnes, 2 jeunes s'investissent assez peu, par choix personnel, dans la gestion proprement dite. Le chef d'équipe est quant à lui détaché à mi-temps et très sollicité. Il s'occupe des maquettes et suit les histoires de restructuration (notre master est cohabilité avec une autre université actuellement en grand chambardement), mais ne gère pas le quotidien, sauf, et encore, grosse urgence. Personne n'a jamais réussi, quelle que soit la méthode employée, à faire faire un travail suivi à notre secrétaire pédagogique*.

Donc, au quotidien, nous sommes 3. Il se trouve que sur ces 3, 2/3 voire 3/4 du travail était assuré par une seule personne, qui aura tenu 1 an et demi avant de demander son départ en disponibilité (pour différentes raisons, mais qui ont été exacerbées par la stérilisation en recherche et l'absence d'épanouissements par rapport à ce travail globalement assez peu stimulant intellectuellement). Il vient de partir, un jeune collègue a accepté de reprendre une partie de ses fonctions, nous verrons combien de temps il tiendra...

 

Le travail peut se décomposer en plusieurs parties, principalement:

- le suivi quotidien des étudiants, mais aussi des intervenants, qui sont souvent des grands enfants, notamment les extérieurs ou les industriels ("vous vous souvenez que vous avez cours demain?" "voila le plan du campus pour la 8ème fois" "j'attends votre sujet d'examen" etc). C'est le plus gros du travail, c'est extrêmement fastidieux. Dans 90% des cas, ça devrait être géré par un secrétariat pédagogique, qui ne devrait solliciter l'équipe pédagogique que pour des questions spécifiques d'étudiants liées au contenu des cours etc.

Vous n'êtes pas obligés de me croire, mais rien que le fait que notre master soit cohabilité, par exemple, a nécessité de la part de notre collègue un énorme boulot pour simplement parvenir à inscrire les étudiants (l'essentiel du boulot consistant à trouver le bon interlocteur, celui prêt à prendre la responsabilité d'inscrire les étudiants). Qui n'ont donc finalement eu leurs cartes d'accès, login internet vers la plateforme de contenu etc, qu'à la fin du premier semestre. Le master a plus de 10 ans, et chaque année c'est le même cirque administratif.

Vous n'êtes pas obligés de me croire non plus, mais les étudiants qui chialent pour n'importe quelle raison, qui passent à n'importe quelle heure et pensent que vous êtes toujours disponible pour eux (et qui font de la mauvaise pub si vous ne l'êtes pas), ce n'est pas tous les jours facile à gérer.

- le suivi des stages. S'assurer que tout le monde trouve un stage, vérifier que le contenu est à peu près cohérent, veiller à l'établissement des conventions. Attribuer les tuteurs, organiser les soutenances, vérifier que les rapports de visite sont bien transmis dans le cas de l'apprentissage, faire le lien avec le CRA etc.

- et bien sûr, le recrutement. Diffuser les dossiers, les récupérer, les trier, organiser les jurys, recevoir les étudiants en plusieurs sessions (les "intérieurs", les "extérieurs", les "apprentis") en fonction de leurs emplois du temps respectifs, les recontacter pour leur faire part de notre décision etc. En gros, le master tourne à 20-30 étudiants, et nous recevons environ le double de candidatures. 

- enfin, récupérer les notes des intervenants, les rentrer, organiser les examens et les rattrapages, établir le PV en fin de master etc. 

 

 

Bon, voila.

Franchement, certains y trouvent leur compte, mais en ce qui me concerne je ne trouve pas ça bandant. Je m'investis un peu (dans le suivi des stages) parce que je pense que jouer collectif est quand même important dans une certaine mesure, et parce qu'un fond de conscience professionnelle me fait penser qu'après tout, du point de vue des étudiants, le master remplit bien sa fonction. 

Après, comme je l'ai déjà écrit, je ne suis pas mère Teresa, et comme me le disent certains collègues, il faut aussi savoir dire non, et notamment pour faire comprendre que le système ne tournera pas indéfiniment de par la bonne volonté des personnels.

Alors voila, pour revenir au sujet, je pense que, dans mon master, nous ne serions pas à l'abri d'une décision de justice similaire à celle rendue à Besançon récemment. Parce que je pense que mon collègue qui s'occupe des admissions, même s'il prévient tout le monde individuellement, ne fais pas de message personnalisé de 2 pages pour réconforter l'étudiant. Parce que, franchement, les raisons sont toujours les mêmes...** ***

Certes, ça n'excuse rien mais, si ça arrivait, je pense que ça me casserait suffisamment les c... pour dire "ok, stop, j'arrête". Je fais les cours et c'est tout. Pour le reste, recrutez des fonctions support. Ou, soyons démago, employons un peu mieux celles déjà en place, parfois pléthoriques.

 

 

 

* pour donner une idée du personnage: la depuis près de 10 ans, il fonctionne toujours avec un webmail qui ne lui permet pas d'archiver plus d'une semaine de mails. C'est un peu gênant pour un secrétaire. Il lui est arrivé une paire de fois de venir me demander de lui ressortir des documents... 

 

** les étudiants pris à deux masters qui ne viennent pas le jour de la rentrée nous envoient d'ailleurs rarement de longues missives pour s'excuser de ne pas venir...

 

*** le master 2 est à peu près le seul moment, à l'Université, où on peut enfin travailler avec une promotion relativement homogène, et donc plus avec 1/3 d'étudiants dont il faut s'occuper, mais qui sont autant à leur place que moi à un entraînement du PSG.

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

mixlamalice 20/03/2015 22:03

Comme souvent, nous sommes victimes d'injonctions contradictoires. Les master pro, c'est bien, surtout en alternance, ça rapporte du fric et les étudiants trouvent du taf, investissez-vous. Mais surtout, démerdez-vous sans moyens humains supplémentaires, et en plus on vous piquera le plus de blé possible...
http://laviedemix.over-blog.com/article-injonctions-contradictoires-123634811.html

Anne Lavigne 20/03/2015 20:56

Ok. Donc, à la prochaine réunion de concertation sur les postes d'EC vacants, vous prendrez la parole pour suggérer :
1. de ne pas republier le poste vacant, et en contrepartie de réduire la voilure sur l'offre de formation ;
2. de recruter à la place un ingénieur pédagogique (diplômé d'un master par exemple, donc pour un coût budgétaire représentant entre 50% et 70% selon le corps/grade) afin de gérer le master (ou plutôt deux ou trois masters, je pense qu'un temps plein peut s'occuper de deux masters, ou trois selon le nombre d'étudiants et/ou la décomposition en spécialités). C'est à dire chargé de s'occuper de tout ce qui ne requiert pas d'avoir un doctorat pour être mené à bien. En creusant un peu, vous verrez qu'il y a plein de choses qu'on peut faire parfaitement sans être docteur d'université… ;-)

mixlamalice 20/03/2015 21:25

Je ne sais pas chez vous, mais chez moi le grouillot il n'est pas convoqué à la réunion de concertation sur les postes d'EC. Et franchement, la corrélation entre la publication de postes et le besoin n'est pas toujours évidente pour le profane.
Pour le reste, je suis on ne peut plus d'accord. Je suis persuadé que plein de gens sont largement plus compétents que moi sur plein de choses, qui, en plus, ne m'intéressent absolument pas. Je n'attends que leur arrivée.

Typhon 20/03/2015 19:27

« Le master a plus de 10 ans, et chaque année c'est le même cirque administratif. »

Déjà, les secrétariats d'UFR d'une même fac s'ignorent totalement les uns les autres, chacun vivant sur sa planète bureaucratique dans une autarcie bienheureuse. Alors dans des facs différentes...
Là on change complètement de galaxie.

mixlamalice 20/03/2015 21:26

tu as mis le doigt sur le noeud, si j'ose dire.