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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:05

Cet été, avec un peu de retard, j'ai eu la chance d'avoir une ANR financée. Oh, un relativement petit projet (265k€ pour 4 ans, 3 partenaires) dans lequel notre équipe n'est que partenaire à hauteur d'un post-doc de 18 mois et 30k€ d'accompagnement.

Bien sûr c'est une bonne nouvelle, et je préfère cela à une absence totale de financement, risque qui commençait à me pendre au nez.

 

Néanmoins, soit parce que je suis trop cynique soit parce que je ne le suis pas assez, cela laisse un petit goût amer, notamment quand je pense à d'autres projets (les miens ou ceux de collègues) non financés. Je vais vous expliquer pourquoi.

 

Cela fait 3 fois que l'on soumet ce projet. Les deux premières fois nous n'avions pas passé le premier tour. Les critiques étaient assez concordantes et pour une fois, me semble-t-il, pas trop subjectives (e.g. pas liées à l'âge du capitaine ou au sens du vent): le projet, quoique très appliqué, ne suscitait pas vraiment l'intérêt des industriels contactés car, certainement, trop "long shot" pour eux... gains de propriétés espérés a priori trop faibles par rapport à la hausse de coût induite, leur frilosité était assez compréhensible.

Bref, on reprochait au projet d'être un peu le cul entre deux chaises: pas vraiment hyper excitant du point du vue académique ni du point de vue industriel. Dans un contexte budgétaire contraint, il n'était pas scandaleux de passer à la trappe... Honnêtement, je pense qu'on était tous un peu d'accord avec ça même si ce n'est jamais facile à entendre. Je précise, cela va sans dire, que cela ne remet pas en cause la qualité scientifique et humaine du consortium, ni sa capacité à bosser ensemble sur des projets mieux ficelés.

 

Il se trouve que le porteur, n'ayant rien de mieux à proposer cette année là, a décidé de resoumettre une troisième fois.

Miracle, le projet passe au second tour, sans que l'on ait pu vraiment gommer les défauts soulignés les années précédentes (pour cela il aurait principalement fallu convaincre un industriel ce qui ne fut pas le cas).

Le projet est passé au ras des pâquerettes, avec quelque chose comme 0.2 ou 0.3 point au-dessus de la barre (note sur 45). Sachant que l'un des rapporteurs du premier tour, à la case "points forts" a écrit textuellement et in extenso "difficult to find any" (mais a quand même attribué une note de 28/45 au projet, ce qui a défaut d'être bon, n'est pas éliminatoire comme peut l'être une note de 12 ou 15, quand la barre est vers 35 et que la note est une moyenne de 4 à 7 évaluations...). Et que deux autres rapporteurs ont encore reproché au projet de ne pas avoir de partenaire industriel.

 

Au deuxième tour, le projet détaillé a été écrit, comme souvent lorsque l'on n'a pas de premier jet sous la main, dans l'urgence. Tout le monde s'est impliqué, mais au moment de la soumission, c'était encore très perfectible (même dans la limite de l'intérêt du projet lui-même).

J'ai su de source sûre que le projet avait été envoyé par l'ANR pour évaluation à deux proches collaborateurs de partenaires du projet: l'un a publié 3 papiers en commun avec le porteur du projet en 2015. L'autre était professeur associé dans l'équipe pédagogique de partenaires du projet. L'un des deux a refusé de rapporter le projet, mais pas l'autre. A la lecture des rapports, sans que cela soit certain, il semble qu'un autre rapporteur soit également un collaborateur d'un des partenaires. Vous me direz, tant mieux pour nous, mais niveau professionnalisme de l'ensemble c'est léger.

Je dirais même plus: l'un des rapports nous complimente chaudement et longuement pour une réussite collaborative passée sur un système que nous n'avons pourtant jamais étudié (et donc sur lequel a fortiori nous n'avons jamais rien publié, ensemble ou individuellement)...

Bref, voila, les rapports sont bons, et le projet financé. Aucun des défauts soulignés précédemment n'a été gommé mais cette fois-ci c'est passé. Le projet a été expertisé par des copains qui nous ont donné un coup de pouce ou par des gens qui ont regardé ça de tellement loin qu'ils nous ont attribué des travaux qu'on n'a pas menés, ça compense les fois où on tombe sur un mec obtus qui vous défonce par plaisir ou par intérêt, mais je trouve que ce n'est pas pour autant très satisfaisant. On va quand même essayer de sortir des choses intéressantes, allez...

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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Cub 31/10/2016 15:51

En effet ironique d'obtenir un financement pour quelque chose contre quoi l'ANR a été spécifiquement créée: un projet avec peu de débouchés qui ne peut passer que par piston. On est loin de la culture de l'excellence et de l'évaluation dont parlait Sarko... Au final ton cas montre bien que l'ANR te permet tout juste de recruter un petit post-doc et rien d'autre. Elle précarise l'emploi et ne remplit pas son rôle d'amélioration de la recherche. Rappelons aussi que le taux de réussite à une ERC est devenu plus élevé que pour une ANR... C'est hallucinant, alors que l'ERC n'a un budget "que" deux fois plus élevé que l'ANR sachant que toute l'Europe (même les suisses) peuvent postuler.

JF 29/09/2016 17:57

Tiens, dans la série "c'est pas très pro tout ça". Dans mon flux RSS, en date du 26 Septembre apparaît une news de l'ANR dont le titre est "Appel à projets PIRE "Partnerships for International Research and Education"". La deadline est le 14 Septembre....

mixlamalice 01/10/2016 17:53

L'acronyme est bien choisi du coup...

Jerome 25/09/2016 16:08

En tout cas tu as encore des scrupules ; ça veut dire que l'hydre schizophrénique de la Recherche ne t'as pas encore rendu insensible.

mixlamalice 01/10/2016 17:55

Faut essayer, en tout cas, de garder quelques scrupules ou un peu d'objectivité...

JF 21/09/2016 07:56

"niveau professionnalisme de l'ensemble c'est léger." : ça, c'est à mon avis le plus gros reproche qu'on puisse faire à l'ANR (à part le taux de succès risible, je veux dire, mais ça c'est à peine de leur faute c'est pas eux qui définissent leur budget...). J'avais déjà écrit là-dessus il y a quelques années, avec les "templates" pleins de fautes d'orthographe et autres coquilles, à l'anglais approximatif, etc. Plus récemment on a demandé à un de mes collaborateurs étrangers, mais qui figurait noir sur blanc dans le consortium, de reviewer un de mes projets ! Là aussi ça fait pas très sérieux...

Sinon pour quelques chiffres amusants :
http://blog.educpros.fr/guillaume-miquelard-et-paul-francois/2016/08/16/lagence-nationale-de-la-recherche-anr/

JF 21/09/2016 10:03

Ceci dit c'est pas propre à l'ANR, non plus. En ce moment on est en train de répondre aux appels d'offres de mon département scientifique (DS) au CNRS -- c'est l'appel principal, celui qui arrive une fois par an, et sur lequel tout le monde répond. La deadline est dans quelques jours. Sur le site de soumission il y a des liens de contact vers des personnes sensées pouvoir répondre à nos questions techniques et administratives. Au moins l'une d'entre elles (celle qui est responsable de l'AO auquel je réponds) est en vacances jusqu'à la fin de a semaine. Un bon moment pour prendre ses congés, non ? Le plus drôle c'est que quelques mois avant j'avais eu la même chose avec les collaborations internationales (la personne chargé de répondre aux questions sur les PICS était en vacances les deux semaines avant la deadline). Là, on est à la limite entre le non-professionalisme et le f...age de g...

mixlamalice 21/09/2016 09:51

Merci pour le lien :)
Oui, le problème principal selon moi, à l'ANR, est de ne pas avoir été foutu, en 10 ans, de mettre en place une procédure un tant soit peu carrée... pire, de la faire changer tous les 2 ans substantiellement, plutôt que d'essayer d'en fixer une et d'améliorer par itérations...