Mercredi 2 septembre 2009 3 02 09 2009 15:27
Comme un grand nombre de gens de ma génération, je suis un peu écolo.

J'essaie de ne pas gaspiller l'eau en la laissant couler quand ce n'est pas nécessaire, en ne prenant pas des douches de 20 minutes ou en tirant des demi-chasses d'eau si possible, j'essaie de ne pas prendre ma bagnole pour faire 500 mètres - je serais même ravi de ne plus avoir de bagnole (qu'est-ce que ça coûte cher quand on y pense) quand je retournerai "à la ville"-, je fais en sorte de ne pas prendre l'avion quand il y a un moyen de transport équivalent en concurrence ou quand je pars pour 48 heures, j'évite d'acheter des produits surgelés ou de surconsommer sacs plastiques et autres emballages, j'essaie d'acheter "local" ou organique quand je peux, je trie un peu mes déchets, au moins le plastoque, le papier et le verre, j'essaie de ne pas chauffer ou climatiser mon appartement au-delà du raisonnable, d'éteindre les appareils électriques que je n'utilise pas plutôt que de les laisser en veille, de m'informer sur le bilan carbone de certains produits, ce genre de choses.

Après, je suis loin d'être un "Role Model": de par mon travail, sans être un businessman à 1 million de miles, je prends plus l'avion que le pékin moyen. De par mon travail également, j'utilise un certain nombre de produits chimiques pas très bons pour la planète. J'ai conduit quasiment 10000 bornes cette année. Je congèle pas mal de produits que j'achète frais (consommation d'énergie et de plastique) parce que je déteste aller faire les courses, j'aime bien prendre un bain de temps en temps, je n'aime pas vivre avec deux pulls chez moi en hiver, je possède un nombre certains d'appareils électriques qui sont loin de m'être indispensable, je n'ai pas la foi pour aller faire les courses dans 15 endroits différents pour acheter ce qu'il y a de plus écolofriendly et je prends ce que je trouve au supermarché le plus proche, et je ne participe pas aux opérations à la con genre "1 minute de répit pour la planète". D'autre part mes motifs sont loin d'être toujours purement désintéressés.

Bon, en gros, je cherche à me donner bonne conscience sans trop faire d'efforts et sans trop nuire à mon petit confort de vie d'occidental noyé dans son cholestérol*. Comme à peu près tout le monde en fait: au moins en suis-je conscient, et j'essaie en conséquence de ne pas trop faire la morale. Quoi de plus pénible que d'entendre les leçons enfiévrées de jeunes militants qui après être allés acheter leurs mouchoirs, leur café et leurs bonnets péruviens estampillés "développement durable" et "fibres recyclées", prennent l'avion le coeur léger pour passer le week-end à Marrakech dans un hôtel avec piscine au milieu du désert.  

Après, je suis tout à fait partisan de directives à l'échelle européenne ou mondiale, d'une vraie politique environnementale, pour je ne sais pas, diminuer la production automobile et le trafic aérien (je pense à ces aéroports américains construits à 50 bornes les uns des autres), investir dans la recherche sur les énergies alternatives, et éviter de faire faire 3 fois le tour de la Terre à des pommes ou qu'un Etat soit contraint à importer un consommable qu'il produit mais consacre exclusivement à l'exportation. Ce genre de choses évidentes qui auraient bien plus de conséquences que mon "ah j'ai encore fermé le robinet pendant que je me lavais les dents" (geste qui n'est pas inutile, mais qui ne suffira pas, that's my point).
Cela dit, à l'heure actuelle, les réunions au Danemark, ça a plutôt abouti à X tonnes de papier, Y miles en avion et Z heures de discussions stériles entre politiques qui pensent pour la plupart plus à leur prochain mandat et à leurs bonnes relations avec les géants de l'agroalimentaire qu'à sauver le monde (avec X, Y et Z grands).
Chez nous, la taxe carbone va probablement surtout faire douiller les petites classes moyennes qui n'ont pas d'autre choix que d'habiter à 50 bornes de leur lieu de travail: rien de nouveau sous le soleil, quoi. Taxer les veaux, c'est toujours plus facile que d'essayer de changer les comportements en profondeur.

Enfin, tout ça pour dire que, quand même, les ricains me trouent le fion. Même les bobouilles de la Côte Est ou de la Pioneer Valley, qui recyclent et achètent du ''local".
Quelques exemples:
- je l'ai déjà dit, mais en été, on bosse en pull dans le labo, même s'il fait 35 degrés dehors. Eh ouais, la clim est réglée sur 17. Pareil dans les chambres d'hôtel (où au moins on peut l'arrêter), dans les cinémas et plus généralement dans tous les magasins où il faut bien garder l'obèse tout suant de ses 200 mètres à pied au frais.
- Il y a au labo une coloc de 6 thésards qui bossent dans mon département, tous dans le même bâtiment. Ils ont 6 bagnoles. Il y a un bus qui passe, certes peu fréquemment, devant leur maison (quand je dis devant, c'est vraiment à 100 mètres) et qui s'arrête à 50 mètres de notre building (il y a un autre bus qui lui passe plus souvent mais qui demande bien 1 km de marche). Il y a UN gars dans la coloc qui prend régulièrement le bus, les autres vont bosser en bagnole (sachant qu'en plus le parking est payant et le bus gratuit). Pire, ils y vont à 5 bagnoles: le covoiturage, connaissent pas. Faudrait pas risquer de pas avoir la liberté de partir plus tôt ou plus tard que prévu, alors qu'ils font tous 9h30-17h30 à 30 minutes et de rares exceptions près.
- Il y a sur l'autoroute du Connecticut une file spéciale covoiturage justement. Covoiturage en fait, ça veut juste dire qu'il faut être au moins deux dans la bagnole. Il y a donc une file réservée, et 3 ou 4 files "normales". Eh bien, la file réservée est toujours ultra-fluide, alors que les 3 autres files sont souvent en mode "stop and go": à la louche, ça veut dire que 90% du trafic est constitué de bagnoles (dont 50% de SUV et autres 4*4) à un occupant. En gros, dans une famille lambda pas trop pauvre avec deux parents et deux ados, il n'est pas rare d'avoir quatre bagnoles, les quatre servant régulièrement...
- Il y a aux US une chaîne de supermarchés à succès, orientée "bio" et qui se veut écolofriendly (par exemple ils vous foutent les courses dans des sacs en papier), nommée Whole Foods. C'est le lieu de rendez-vous du samedi des djeuns cools, barbus, et friqués (parce que comme chez nous, le bio ça se paye). J'admets qu'ils ont de bons produits, du vrai fromage, un beau choix de pinards, du pain pas en plastoque, de la belle viande etc. 
Cela dit, on y voit des choses amusantes: ils ne vendent pas de Coca (Coca c'est corporate, c'est mal) mais on y trouve de l'Orangina (Orangina, c'est Frenchy, c'est trendy). Ils vendent aussi un tas de junk food (chips et autres saloperies) mais vendues dans des emballages en carton qui font roots et pas dans du plastique flashy, les légumes sont souvent emballés individuellement: ton aubergine elle vient peut être du petit producteur local qui a pas utilisé de pesticides, mais elle est vendue avec 6 couches de cellophane autour. Ils ont enfin un espèce de bar à salades (hachement mieux que la cafèt Casino, soyons franc)  mais qui lorsque vous y mangez, vous conduira à dix fois plus de déchets qu'un repas au McDo, entre les doubles emballages fermés par un élastique, les couverts en plastique emballés individuellement, etc.
- Dans les supermarchés traditionnels, tels que celui où je vais, il y a toujours un gars, dont je vous ai déjà parlé, payé pour remplir les sacs du client. En bon "écocitoyen", je ramène mes sacs en tissu réutilisables pour diminuer la consommation de plastique. Las, malgré mes protestations répétées, l'immense majorité insiste pour me foutre la viande, les oeufs, les fruits, le dentifrice, et je ne sais quoi encore, dans des sacs en plastique séparés: pas tâcher le sac en tissu à 1$99, c'est important; et avoir déjà tout bien classé pour gagner deux minutes de rangement en rentrant chez soi aussi. Bref, une fois sur deux je me retrouve avec autant de sacs plastiques que ce que j'aurais utilisé si j'avais fait mes sacs moi-même (en supposant que je ne possède pas mes sacs réutilisables).

No wonder que, représentant moins de 5% de la population mondiale, ils soient responsables de 25% des émissions de gaz à effet de serre (dépassés seulement récemment par les chinois, qui eux représentent environ 15% de la population mondiale)...

Bref, c'est pas gagné: quand j'aurai un mioche, si Dieu veut, mes premiers mots seront "bonne chance: nous on crèvera sûrement à temps, mais toi, à mon avis, tu vas en chier". 

Ah oui, tant que j'y suis, un site sur la "boboïtude" version américaine (dans certains cas, c'est facilement généralisable) assez rigolo: http://stuffwhitepeoplelike.com/


* Oui, tiens, comme avec les pauvres.
Par mixlamalice - Publié dans : Réflexions indispensables
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Vendredi 28 août 2009 5 28 08 2009 17:47

Vous avez sûrement remarqué dans les grandes villes un nombre certain de personnes aux neurones quelques peu fondus qui parlent toutes seules dans les transports en commun. Je pense que l'activité trépidante des mégapoles doit fatiguer les cerveaux fragiles... Bizarrement, ce phénomène semble plus répandu à Paris qu'ailleurs, et ça ne date pas d'hier (Günter Grass en parle déjà dans Le Tambour, qui date de 1961).

Bref, je n'en suis pas (encore) à ce stade-là, mais il m'arrive à l'occasion de me parler à voix haute, de chanter quand j'écoute mon walkman voire d'effectuer des pas de danse, ou du air guitar/drums. Parfois aussi, je rigole niaisement.

Ca m'est arrivé hier, dans le bus qui me ramenait chez moi.
En effet, la passagère à côté de moi arborait fièrement, en grosses lettres brodées sur son sac, le sigle de sa sororité (ces associations étudiantes dont le but est, hors quelques implications dans la vie de la communauté et du campus, principalement de se beurrer, de fourrer, et de se faire un réseau: en groupe, on est toujours plus con fort). Zeta Phi Beta.

Ce qui donne ceci:
 

Comment ça vous ne voyez rien de drôle? Mais si, cherchez bien.

Ben oui, ça fait "ZOB". Ben oui again, Priscilla vous le confirmerait, je ne suis pas toujours très mature, surtout quand il s'agit d'humour. Et donc, je l'avoue sans trop de honte, voir écrit "ZOB" en gros sur un sac à main, ça m'a fait rigoler comme un crétin*.
Ce qui a fait sourire ma voisine (pas celle au sac, celle au méga-décolleté) - qui n'a sans doute pas compris pourquoi d'ailleurs -, mais les américains semblent moins perturbés par les comportements "iconoclastes" que les français, et sont également plus sympathiques envers les inconnus: je l'ai déjà dit, mais on peut se sourire ou se regarder dans les yeux (dans les seins aussi, mais ça c'est moins inédit en France) dans les transports en commun, se dire bonjour dans la rue, ou discuter avec son voisin dans un bar sans passer pour un exclu en mal d'amitié ou pour quelqu'un trop gentil pour être honnête.

*J'ai cherché en rentrant chez moi la liste des fraternités et sororités, mais il semble que Zeta Omicron Beta ou Beta Iota Tau n'existent pas.
Par mixlamalice - Publié dans : C'est bon de rire parfois
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Mardi 25 août 2009 2 25 08 2009 19:36
Au moment où j'écris ces lignes, je ne sais pas si je mettrai cet article dans la catégorie "L'Amérique" ou dans celle intitulée "C'est bon de rire parfois".

Bon, je suis un peu fainéant, donc ce sera avant tout du copié-collé d'articles lus ici et la.

Pour résumer, les lois visant à la protection de l'enfance sont aux USA extrêmement préventives et puissantes. Principalement, il existe des fichiers listant tous les criminels sexuels, consultables publiquement, qui permettent à une famille inquiète de vérifier que le monsieur qui bave dès qu'il voie fifille et qui habite en face n'a pas déjà été condamné pour touche-pipi.
Comme ça, ça a l'air bien.
Malheureusement, comme souvent, le système a ses effets pernicieux. Ainsi, certains Etats un poil rétrogrades ou politiques un rien démagogues en font des caisses et jouent avec les peurs primitives des parents, de telle sorte qu'aujourd'hui, plus de 650000 personnes se retrouvent sur les dits registres. Or, sur ces 650000 personnes, il n'y a pas que des Marc Dutroux, loin de là (voir exemples ci-dessous).
Le problème est alors double: la vie de ces gens est, pour faire simple, à peu près foutue. Ostracisés par la loi, condamnés à vie à la vindicte populaire, ils courent un risque assez grand de se faire tabasser, de perdre leur boulot, ou même de se faire lyncher. Et la vie des policiers devient dans le même temps très compliquée, puisqu'ils doivent passer un temps fou à essayer de faire un distinguo entre une personne condamnée à 17 ans pour avoir sucé son petit copain de 16 ans dans un Etat où les relations sexuelles consenties entre mineurs étaient interdites jusqu'en 2006, et un bon vieux violeur-tueur: sur les 17000 délinquants du registre Géorgien, seul un millier sont considérés très dangeureux, et environ 10000 ont été condamnées pour des faits aussi crétins que ceux présentés ci-dessous...

Quelques exemples rigolos (si on veut) donc:
- En 1996, Wendy W., joli brin de fille de 150 kilos pour 1m50, avait 17 ans. Un jour, en classe, le professeur éteint la lumière pour y diffuser une vidéo, et son voisin lui propose de profiter du noir pour lui faire une fellation. Le garçon allait avoir 16 ans - probablement l'âge de la "majorité sexuelle" dans l'Etat- trois semaines plus tard…

Wendy Whitaker fut donc accusée de “sodomy” (en Géorgie, état qui rigole pas trop avec la braguette, et dans le cadre de la loi, c'est le terme générique pour désigner les comportements sexuels déviants, i.e. en gros tout ce qui n'est pas la position du missionnaire lumières éteintes le samedi soir). Wendy a rencontré son avocat 5 minutes avant l’audience. Il l’a incitée à plaider coupable. Elle ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait.

Wendy a été condamnée à 5 ans de prison avec sursis, et a été incarcérée un an. Elle est inscrite au registre des délinquants sexuels, de Georgie, consultable sur l’internet, où n’importe qui peut trouver son nom, sa photographie et son adresse, ainsi que le motif de sa condamnation: il y est inscrit “sodomy“, sans autre explication.

Du fait de son inscription dans le registre, Wendy n’a pas le droit d’habiter ni de travailler à moins de 300 mètres de tout endroit susceptible d’accueillir des enfants (écoles, parcs, bibliothèques, piscines…).

140 villes ont porté cette distance à 750 mètres. A Miami, une centaine de délinquants sexuels ont ainsi été contraints de se réfugier sous un pont, parce qu’ils ne peuvent pas vivre ailleurs.

Jusqu’à récemment, il était également interdit aux personnes figurant dans le registre d’habiter près d’un arrêt de bus, ce qui ne revenait à interdire aux personnes fichées d’habiter dans quelque agglomération que ce soit.

Cette interdiction a finalement sauté, mais, et après avoir acheté une maison avec son mari, un juge a découvert que l’église de son quartier accueillait occasionnellement une garderie, et elle a été contraint à déménager. Son mari a perdu son emploi dans la foulée.

Pourtant, ce qu’a fait Wendy n’est plus considéré comme un crime en Georgie : en 1998, une cour de justice a finalement autorisé les fellations (qui étaient interdites, même entre époux), et depuis 2006, les relations sexuelles entre adolescents consentants ne sont plus traitées comme des crimes. Mais la loi n’est pas rétroactive.

- Dans cinq états, le simple fait d’aller voir une prostituée suffit à y être fiché, tout comme le fait d’uriner en public, dans 13 d’entre-eux, et 29 y inscrivent également les adolescents ayant eu une relation sexuelle consentie avec un autre adolescent.

On y trouve même des personnes qui, depuis, se sont mariées avec celle ou celui avec qui ils avaient eu des relations sexuelles consenties, mais qui, prohibées par la loi, leur avaient valu d’être condamnées.

Mais aussi des adolescents qui, parce qu’ils ont reçu, ou envoyé, des “sextos” d’eux nus à leur petit(e) ami(e), y ont été condamné pour “pédo-pornographie“.

On y trouve également des parents accusés de complicité pour avoir autorisé leur adolescent, mineur, à faire l’amour: Janet Allison was found guilty of being “party to the crime of child molestation” because she let her 15-year-old daughter have sex with a boyfriend. The young couple later married. But Ms Allison will spend the rest of her life publicly branded as a sex offender.

Bon, c'est pas tout ça, je ne sais toujours pas où ranger mon article... "L'Amérique" quand même, parce qu'il y a des fois où vraiment je me dis que c'est un beau pays dont on a raison d'essayer de nous imposer le modèle.

Par mixlamalice - Publié dans : L'Amérique
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Vendredi 21 août 2009 5 21 08 2009 15:43

Je reviens sur ma série d'articles qui avait déclenché les passions, en m'attardant cette fois-ci sur les comportements hors du terrain des sportifs aux USA.

Amateurs de sport, vous avez sûrement plus d'une fois pensé de sportifs qu'ils étaient, en dehors du terrain où leurs talents s'exprimaient, complètement crétins, vulgaires ou immatures, et même généralisé cette opinion.
Vous avez ri, pleuré ou simplement soupiré en entendant Piquionne comparer sa situation contractuelle à de l'esclavage, en suivant les jérémiades et blessures diplomatiques de Ribéry pour aller au Real, en écoutant les justifications de Richou Gasquet concernant sa prise de coke, en suivant les frasques de Ronaldinho en boîte, etc.
Vous avez peut-être même corrélé le degré de débilité du sportif au niveau de professionalisme (i.e. notamment la quantitié de pognon impliquée) de son sport: l'exemple le plus frappant de ce lien est à mon sens le rugby. Le rugby en effet, est devenu professionnel récemment, il y a environ une dizaine d'années. La transformation s'est effectuée assez rapidement, et, outre les métamorphoses physiques spectaculaires associées, on voit désormais de plus en plus des néo-pros préparés depuis leur plus tendre enfance dont on peut entendre les rouages neuronaux crisser dès qu'ils doivent aligner trois mots. Bref, c'est presque fini le bon temps des humanistes rugbymen, des médecins ou avocats qui vous faisaient passer une interview pour du Audiard: Michalak a l'air largement aussi bourrin que Rothen, et je ne parle même pas de la rocambolesque affaire Bastareaud...

Mais si vous n'avez pas vécu aux USA, ou si vous ne suivez pas attentivement la NFL, la NBA ou la MLB, vous n'avez rien vu. Eh oui, les Etats-Unis restent le pays de la démesure, dans le meilleur comme dans le pire.
Quelques exemples au hasard:
- Michael Vick, une star montante de la ligue de football il y a quelques temps, vient de sortir de taule où il a passé presque trois ans pour avoir pratiqué dans sa cave des combats de pittbulls à mort, avec paris clandestins...
- Il va être remplacé en taule, la aussi pour deux ans, par Plaxico Burress, artisan majeur du SuperBowl gagné par les New-York Giants en 2007. Qu'a-t-il fait? Tenez-vous bien.
Il se baladait dans un établissement de nuit à New-York avec un flingue dans son survêt'. En voulant l'attraper pour une raison x ou y, il a par inadvertance appuyé sur la détente et s'est shooté la cuisse (sans gravité). Trimballer un flingue en boîte suffisait pour l'inculper, mais plus grave encore il n'avait pas de port d'armes valide...
- Il a failli être rejoint par Adam Pacman Jones, autre joueur de NFL, impliqué dans une fusillade à la sortie d'un club de strip-tease de Las Vegas où il avait été remarqué pour avoir jeté dans la foule 10000$ en billets de 1$. 
- Moins tragi-comique, je ne voudrais pas oublier de mentionner Brett Favre. Favre est l'un des meilleurs quaterbacks de l'histoire, qui, jusqu'en 2008, avait en plus la réputation du gendre idéal et du sportif fidèle à ses couleurs, celles des Green Bay Packers (chose encore plus rare aux US que chez nous) ou il a passé 17 ans. A la fin de la saison 2008, à 37 ans, âge plus que respectable surtout en NFL, il annonce sa retraite sportive, et sa carrière glorieuse (il possède quasiment tous les records personnels pour un quaterback, plus un titre de champion) va le conduire tout droit au Hall of Fame. Las, trois mois plus tard, il déclare qu'il a envie de revenir: malheureusement Green Bay avait pris acte de sa première décision et commencé à former son successeur - l'entraînement a déjà repris-. Le manager décide de ne pas changer d'avis. Brett Favre fait jouer les violons, joue au martyr à qui l'on refuse ce qui lui est simplement dû et finit par signer chez les New-York Jets où il réalise une saison moyenne, terminant notamment par quatre matchs catastrophiques qui coûtent les play-offs à son équipe. Quelques uns de ses partenaires le critiquent dans la presse pour son attitude de diva, et il reprend sa retraite à la fin de la saison 2009, il y a quatre mois. Après s'être fait opérer d'un tendon de son bras de lancer, il déclare que finalement il reconsidère un nouveau comeback. Il est alors contacté par les Minessota Vikings, l'"archrival" des Packers (ce que Barcelone est au Real Madrid, Liverpool à ManU, Galatasaray à Fenerbahce etc). Suite à une première visite, il annonce que finalement non, son bras n'est pas suffisamment rétabli. Puis finalement, cette semaine, alors que l'entraînement a une fois encore déjà repris, il signe avec les Vikings, poussant sur le banc les deux quaterbacks qui avaient commencé la présaison, et s'aliénant un bon paquet de ses anciens fans.
Niveau "drama queen", admettez que les atermoiements de Ribéry, à côté, c'est de la roupie de sansonnet.  

Je n'ai ici que mentionné quelques exemples de comportements affligeants en me focalisant sur la NFL: j'aurais pu également rappeler le cas O.J. Simpson, entre meurtres présumés et braquages à main armée, ou encore l'histoire de Charles Rogers. En NBA, on peut citer l'affaire Kobe Bryant et sa confession publique (un viol présumé et un adultère avoué), LeBron James faisant disparaître avec l'aide de Nike les vidéos où on le voit se faire dunker sur la tête par un lycéen lors d'un camp d'été, la bagarre générale (i.e. impliquant les joueurs ET le public) lors d'un match Detroit-Indiana il y a quelques années, Paul Pierce qui se fait poignarder dans un bar douteux etc. En MLB, je pense au transfert houleux de Manny Ramirez des Red Sox aux Dodgers, à l'affaire Alex Rodriguez-Madonna, aux photos compromettantes de Josh Hamilton etc.

Pour reprendre mon argumentaire sur le lien entre sport professionnel, sommes impliquées, et degré de débilité du sportif moyen, quelques données:
- Aux US, comme je l'ai déjà souligné, le sport universitaire est aussi populaire que le sport pro. Et même au niveau lycée ou avant, même s'ils ne sont pas encore payés, il n'est pas rare d'avoir des retransmissions sur ESPN et des stades de plusieurs milliers de personne. Bref, même si la plupart des fédérations exigent maintenant au minimum un an de fac avant que les jeunes joueurs puissent être recrutés, de facto les jeunes sportifs sont dans le bain du professionnalisme très tôt: même s'ils sortent avec un diplôme, c'est à mon avis autre chose que le "sports-études" à la française en terme de ratio quant à la pratique des deux activités. Bon, intelligence, maturité et éducation ne sont pas forcément liés, mais avoir étudié et mené une vie "normale" jusqu'à 16-18 ans c'est toujours mieux que jusqu'à 12-14.
- D'autre part, un bon joueur de base-ball gagne 1 million par mois, un bon joueur de basket environ 500000$ et probablement dans les mêmes eaux pour un footballeur. Pour les stars, ça monte à 2 millions et plus, quant aux quiches elles touchent quand même dans les 40000.
En France, le salaire moyen d'un footballeur de L1, le sport le mieux payé, est il me semble dans les 20000 euros mensuels, les meilleurs 10 fois plus. Si l'on sort de France, Cristiano Ronaldo, de loin le joueur de foot le mieux payé du monde, est le seul qui peut rivaliser avec les sommes américaines (1,5 million d'euros), même des joueurs comme Messi ou Kaka touchent presque 2 fois moins. Ne parlons pas des rugbymen, encore moins des handballeurs, volleyeurs ou autres basketteurs.
- Si le base-ball est un sport relativement "bourgeois", le basket ou le football c'est un peu l'eldorado des jeunes ghettoïsés. Mais voila, si un mec de 20 ans, qui a arrêté l'école à 14, se met à gagner 1 million de dollars mensuels et a gardé ses relations et son comportement du ghetto, ça peut facilement donner Pacman Jones. Vous me direz que c'est un peu pareil avec le foot et les banlieues chaudes, mais là encore, au risque de froisser la fierté nationale, les gangs de L.A., c'est autre chose que les frappes de Saint-Denis...

Par mixlamalice - Publié dans : L'Amérique
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Mercredi 19 août 2009 3 19 08 2009 17:25
J'avais écrit un petit texte il y a quelques temps dans lequel je me demandais pour quelles raisons certaines oeuvres accédaient au rang de "culte" alors que leurs qualités me semblaient pour le moins douteuses.

Je voudrais m'attarder cette fois sur un autre phénomène que je trouve intéressant:  les oeuvres "cultes" uniquement dans leurs pays d'origine et quasiment inconnues partout ailleurs.

Un exemple au hasard - pas vraiment au hasard puisque c'est le livre que je suis en train de lire en ce moment- Catch-22 de Joseph Heller.
Je n'ai pas une culture hors du commun, mais généralement je connais les "classiques" de la littérature, au moins de nom. Ce roman était pourtant totalement inconnu de moi avant d'arriver aux Etats-Unis, où j'ai commencé à le voir un peu partout, dans les bibliothèques les moins fournies et sur tous les présentoirs de librairie.
Ma curiosité titillée, après quelques recherches, je me suis rendu compte que ce bouquin, publié en 1961, s'était vendu à plus de 10 millions d'exemplaires, et qu'il était considéré comme l'une des oeuvres majeures de la littérature américaine (voir par exemple la section "rankings" dans l'article Wikipédia en lien). Le titre est même rentré dans le langage courant américain.
Mais il semble pour de bon relativement méconnu en France et dans les pays non-anglophones (les pages Wikipédia, pour rester sur le même exemple, sont réduites à quelques lignes).  

Quelques explications potentielles concernant ce cas précis:
Pour résumer, c'est une satire de l'armée et de la guerre, basée sur l'expérience de l'auteur qui fut bombardier pendant la Seconde Guerre Mondiale, où les soldats cherchent avant tout à sauver leurs fesses par tous les moyens, même les moins avouables, et où les gradés sont soit des planqués soit des bureaucrates obtus, tous ces personnages se retrouvant confrontés à des situations absurdes et abracadabrantesques.
Catch-22, par exemple, désigne un règlement de l'armée qui dit grosso modo que tous ceux qui acceptent sans rechigner d'aller au combat sont probablement fous et devraient être révoqués, mais qu'on ne peut révoquer que ceux qui en font la demande, et que tous ceux qui font la demande ne sont pas fous, puisqu'ils ne veulent pas aller au combat, et ne doivent donc pas être révoqués. Si, si, relisez, ça devrait finir par être clair, et c'est assez proche du style du roman lui-même. Par extension, ce terme est entré dans le langage populaire comme désignant une situation perdant-perdant.
Rentre en compte dans ce succès, je pense, le thème du roman: dans un pays où majoritairement, même encore aujourd'hui, la guerre est considérée comme quelque chose de noble permettant de révéler les natures héroïques, un livre où les soldats sont des pleutres - ou plus simplement des êtres non surhumains- avait des chances d'attirer les yeux sur lui, et de devenir un symbole controversé.
En effet, deuxième point, le roman est sorti "at the right time, at the right place": peu de temps avant la guerre du Vietnam et l'émergence des mouvements non-violents qui l'adoptèrent comme description de l'absurdité de la guerre et de ses têtes pensantes. Cette absurdité, tant dans les dialogues que dans les situations impliquant les règlements et la bureaucratie, n'est pas sans rappeler Kafka, qui était devenu extrêmement populaire aux Etats-Unis à peu près à la même période.
Cet argument historique peut sans doute être appliqué à mon étude précédente (voir lien plus haut): certaines oeuvres d'art sont devenues "cultes" parce qu'elles reflétaient leur époque ou parce qu'elles introduisaient un bouleversement profond dans l'art tel qu'il était pratiqué avant elles. Mais soit justement parce qu'elles symbolisaient trop leur époque, soit parce que leur originalité du moment est depuis tellement rentrée dans les moeurs qu'il est impossible pour le contemporain d'imaginer l'effet que cela a pu provoquer sur le public de l'époque, elles sont dans le même temps devenues obsolètes.

Bref, pour revenir à Catch-22, pour des raisons culturelles et historiques plus que pour son mérite littéraire propre (d'un point de vue personnel, je trouve ça répétitif, lourdingue et alambiqué), ce roman est considéré comme majeur aux USA mais n'est pas devenu un roman "globalement" vénéré: au-delà du style, être pacifiste et ironique vis-à-vis de la guerre était probablement moins iconoclaste en Europe dans les années 60 qu'aux Etats-Unis, et d'autre part l'épisode du Vietnam est avant tout un traumatisme américain.

Difficile de généraliser à partir de mon exemple, mais je peux citer d'autres cas de "nationalisme artistique": Tristram Shandy de Sterne est un classique littéraire en Angleterre qui en France n'est connu que des relativement fins lettrés. Kiss n'est pas un groupe inconnu, mais la Kissmania qui a envahi les US dans les années 70 (et continue à perdurer dans une certaine mesure) s'est répercutée au Japon, mais pas vraiment en Europe. Certains chanteurs de country ont ici un statut de star alors qu'ils me font penser aux chanteurs qu'on rencontre dans les mariages ou les salles de bal. Marcel Proust est, j'ai l'impression, plus "vraiment" lu et considéré comme une influence majeure aux USA qu'en France. Jean-Jacques Goldman n'a pas traversé les frontières, seuls les plus grands fans de Céline Dion connaissent son existence hors de France. Etc...

J'aurais tendance à penser que ces artistes font vibrer une fibre culturelle propre au pays dans lequel ils connaissent un succès majeur (qui n'est pas forcément le leur: des groupes comme Supertramp ou un artiste comme Ben Harper ont longtemps été adulés en France avant de finir par devenir prophètes en leurs pays), mais qui n'existe pas ailleurs.

D'où, pour conclure, ma nouvelle classification des oeuvres cultes:
- le culte national (Catch-22, Kiss, les films et acteurs Bollywood...)
- le culte international temporel (Heart of Darkness, Orange Mécanique, L'exorciste...)
- le culte international intemporel (Les Misérables, Guerre et Paix, 1984, Le Seigneur des Anneaux...)
Par mixlamalice - Publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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