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Mardi 27 mai 2008

Un long week-end vient de s'achever.
Quelques petits commentaires sur ce qu'il s'est passé de plus captivant (attention, tout est histoire d'échelle de valeurs dans l'emploi de ce terme):

- Visite du parc des White Mountains dans le New Hampshire. Il faisait beau, c'est joli, c'est vert. Ca m'a fait penser a la vallée de l'Isere en beaucoup moins peuplé (mais d'apres ma douce, qui a vécu longtemps dans la région, ca n'a rien a voir, donc je vous laisse juges la prochaine fois que vous irez). Cela dit, a 6 heures de route aller-retour, plus les 2 heures de bagnole sur la route traversant les dites montagnes, je ne sais pas si je le referai: en effet, le Western Mass ou je vis depuis quatre mois est lui aussi joli, vert, et vallonné. Et il y fait beau en ce moment.
Sinon, l'expérience bed and breakfast était plutot sympa: plus familial qu'un hotel, mais avec une hotesse jeune, souriante et pas collante. On se sentait presque chez nous.
Je n'en dirais pas autant du resto ou nous sommes allés diner, espece de routier version US avec des plats franchement pas top servis sur de la toile cirée dans un cadre type chalet suisse a la Mickey. Enfin bon, on n'est pas morts de faim.
Autre petite déception: le village de Waterville Valley était recommandé par le Lonely Planet. Je m'attendais a un joli village de montagnes. N'y allez pas pour visiter. C'est une station de ski - village de vacances: bref, si on y passe une semaine a faire du ski ou de la randonnée ca doit etre génial, mais pour passer une demi-journée, ben, c'est pas trop ca. Sauf bien sur si vous aimez les barres d'immeuble faussement design "montagne", les centres resto-salle de sport- location de DVD - piscine, et les terrains de jeux.

- Vendredi, c'était le graduation day a Amherst. Vous savez, ce truc un peu kitsch qu'on voit dans les films, ou des étudiants en tunique noire recoivent leur diplome devant tout le monde avant de jeter leur chapeau en l'air dans un élan de sympathique niaiserie. Bon, ici, c'est tres premier degré donc on évite de faire son français boursouflé par son complexe de supériorité et on leur dit pas qu'heureusement, le ridicule ne tue pas.
Petites remarques: la toge noire, il faut l'acheter. Et apparemment ca coute 800 dollars. On pourrait penser qu'a 15000 dollars les frais de scolarité (je suis dans une fac "publique" donc pas chere), c'était fourni, mais non.
Le pot du département pour feter les diplomés a consisté en du coca, 20 pizzas et un cake immonde Big Y (le Carrefour local). Ils ont le sens de la fete et du juste prix...
Bref, le plus intéressant dans cette affaire, c'est encore la chanson de Chris Isaak.
A noter qu'a cette occasion, j'ai gouté la pizza aux pates (des tortellinis en garniture), eh ben, c'est fin, c'est tres fin, ca se mange sans faim, comme on pouvait s'en douter.

- Le PSG s'est un peu fait entuber en finale de la Coupe de France (un but refusé pour hors-jeu de Yepes qui ne participait pas a l'action, main énorme dans la surface non sifflée: certes elle semble non volontaire, mais de plus en plus de joueurs se baladent dans la surface de réparation les bras écartés comme s'ils voulaient vous faire un hug. Forcément, la probabilité que le ballon vienne taper le bras est plus importante que lorsque celui-ci est collé au corps...). Et puis, comme d'hab, Lyon a marqué dans les prolongations sur une grosse erreur défensive, puis a controlé sans trembler.

- Richard Gasquet a abandonné a Roland-Garros. Il semble vivre une crise de post-adolescence délicate. Pourquoi nos espoirs confirment-ils si difficilement? Pourquoi avons-nous toujours des champions philosophes qui "intellectualisent" trop leurs conditions de champions (je mets les guillemets parce que c'est pas du Hegel non plus). Entre Mauresmale, Gasquet et Manaudou, franchement...
Alors qu'un bon vieux Nadal, élevé au grain testostéroné, il se pose pas de questions existentielles. Il est la pour défoncer tout le monde et gagner. Merde, c'est ca qu'on attend d'un sportif, pas des réflexions pénibles sur le blues du sportifman. Ok, a 40 ans il sera en fauteuil roulant avec les genoux d'un mec de 90 ans, et a 50 ans il sera mort parkinsonien, mais nous, qu'est ce qu'on en a foutre?

- Nicolas Sarkozy a engage les dockers marseillais a se retrousser les manches: 4000 heures au boulot par an, soit 11 heures par jour 365 jours par an. Le pouvoir d'achat, c'est une question de volonte: travailler plus, c'était pas des paroles en l'air.

- Indiana Jones 4, c'est un peu con. Dommage car sinon, c'est plutot bien réalisé (Spielberg a recrée une ambiance films d'action eighties vraiment sympa), et il y a des scenes assez mémorables (la fourmiliere notamment). Mais bon, entre l'explosion nucléaire et Roswell, c'est quand meme un poil tout much. Enfin, ca se laisse voir.

- Si c'était férié lundi, c'était a cause du Memorial Day: un peu comme notre journée de souvenir aux morts, mais ici réservée aux morts au combat, depuis la guerre d'indépendance jusqu'a la guerre en Irak. On sent que faire la guerre, c'est un truc important ici.
Et puis ça permet de lire quelques perles. Ainsi, un jeune soldat avait annoncé, en s'engageant apres la mort de son frere en Irak, qu'il voulait s'engager pour "suivre ses traces". Il a tellement bien réussi qu'il est mort aussi.
Georges W. a également fait preuve d'un sens de l'observation remarquable en déclarant: "dans nos cimetieres, les tombes de nos soldats morts au combat sont chaque année plus nombreuses". Un vrai Sherlock Holmes.

- J'ai enfin reçu les commentaires des referees sur mon dernier article de these. Eh ben y a du boulot avant qu'il ne soit accepté et paraisse. D'ailleurs j'y retourne.

par mixlamalice publié dans : La vie de Mix
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Vendredi 23 mai 2008
Il y a quand meme des choses bizarres dans le monde de la recherche de ce coté de l'Atlantique:

-Je suis docteur, ingénieur diplomé d'une des meilleures écoles francaises dans le domaine de la recherche. Je ne me prends pas pour une star, mais j'aime bien qu'on ne me prenne pas pour une merde non plus. Or, mon boss vient me voir hier et me demande si je peux aller faire signer le projet qu'il est en train d'écrire (auquel je ne participe meme pas) par la professeur truc, du département machin dans un batiment a l'autre bout du campus.
Je n'ai rien dit, comme un flan, de toute facon ca m'a laissé sur le fion (je ne pense pas que j'aurais dit quelque chose si j'avais eu le temps de réagir), mais bon, me voila facteur.

-Je me retrouve également a faire des manipes préliminaires pour étoffer ce projet, manipes dont je n'ai strictement rien a foutre, sur un sujet que je trouve foireux et qui donc ne m'intéresse absolument pas. Ces manipes seront surement pour la gloire (ou pour le pognon que ca lui rapportera), mais ca m'etonnerait que j'en tire une publi. Bref, je suis un peu le bon bwana, ou le soutier (et encore, je ne rivalise pas avec l'autre post-doc qui lui vraiment se tape toutes les collaborations foireuses).

-Parlant de l'autre post-doc, il est en train de rédiger un papier, et ce qui me troue le fion, c'est qu'il n'a absolument aucune idée de ce qu'il va écrire dedans. Le boss non plus: en gros ils ont deux photos et un graphe qu'ils trouvent jolis, et ils construisent le papier en fonction des manipes, puis le modifient en fonction des résultats, puis décident d'autres manipes etc. Bref, le papier est écrit en parallele avec les expériences. Quand j'étais en France, a un moment quand j'avais beaucoup de résultats, mon boss me disait "ok coco, tes résultats montrent ca, on va faire un papier". Eventuellement j'avais deux ou trois manipes de confirmation a mener, mais bon, le processus était quand meme plus clair a mon gout. Vu de l'intérieur, j'ai du mal a imaginer que le papier puisse avoir de l'impact quand on ne sait pas a l'avance quel message on veut faire passer...

-Je ne suis pas allé dans trois mille congres, mais quand je voulais en faire un (ou deux) dans l'année et que mon boss francais estimait que ca valait le coup, il ne me faisait pas chier plus que ca et payait rubis sur ongle. Ici, je dois envoyer 300 mails a droite et a gauche pour trouver quelques % de financement, activités un peu oiseuses qui ne font pas franchement avancer la science. Idem, quand j'avais besoin d'un produit ou d'un appareillage quelconque et que ca semblait pertinent, pas d'autres questions et on torchait ca vite fait bien fait. Ici, ca tergiverse pour économiser 200 dollars alors qu'ils touchent des grants de 500000 dollars. Je dois avouer que ca me laisse perplexe (la portée de cette réflexion n'est apparemment pas générale puisque ma douce, passée de Pasteur a Harvard, ressent, elle, exactement l'inverse. Il faut dire que mon boss parisien avait un budget plutot élevé comparativement a la moyenne francaise).

-Il n'y a pas de techniciens ou ingenieurs dans les labos (a part pour certaines manipes tres precises et précieuses). Ces gens qui, en France, sont responsables des manipes, sont censés aider a les maintenir en bon état, a les optimiser, a former les nouveaux arrivants, voire a les aider a faire certains manipes. 
En gros, ces fonctions la sont remplies par les thésards (en plus de la recherche). Je vois bien que ca a des avantages (le thésard apprend a se démerder), mais bon, moi ce que j'aime c'est faire de la physique (ou de la chimie). Programmer un ordi pour qu'il pilote la manipe ou foutre les mains dans le cambouis, je comprends qu'il y en ait qui aiment, mais pour moi c'est un job different de celui de chercheur. Personnellement, ca me fait chier et ca me donne l'impression de perdre mon temps. J'aime faire des manipes, pas les construire (sinon je serais ingénieur...comment ca je suis ingénieur?). C'est aussi pour ca que certaines theses sont sans fin ici, j'imagine.

Bon voila. C'est presque le week-end alors je n'ai pas envie de relire. En plus, c'est un long one, car lundi est férié. Donc désolé pour la pauvreté du style encore plus marquée qu'a l'accoutumée et a mardi.
par mixlamalice publié dans : La recherche
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Jeudi 22 mai 2008
Vous connaissez Godwin? Surement si vous pratiquez (ou avez pratiqué) un minimum les fora sur la toile.

Enfin, ce n'est pas vraiment lui, Mike Godwin, avocat, qui est connu, mais plutot la loi qu'il a énoncée en 1990 et qu'on peut traduire ainsi: « Plus une discussion sur Internet dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les Nazis ou Hitler s'approche de 1.»
En gros, ca veut dire que plus on poste de commentaires, plus on augmente les probabilités que la conversation s'envenime, remplaçant les arguments construits par les insultes ou invectives, finissant par celle qui est sans doute considérée collectivement comme la pire.
S'ensuivent ensuite les points Godwin et toutes ces sortes de choses.

Vous vous disez, ouais, mais cette loi, elle est vraie que dans les fora de jeunes puceaux pas tres puissants au niveau des idées, ou sur les fora tres engagés politiquement. Encore que, si vous etes vous-meme un posteur régulier, vous avez peut-etre constaté qu'empiriquement, finalement, la loi se vérifiait assez souvent.

Et je voudrais mentionner ici un exemple assez frappant. J'aime beaucoup le blog de Pierre Assouline. Je dois avouer que je n'ai jamais lu un de ses bouquins (c'est mon coté un peu intello parisien dénigreur, mais j'ai tendance a penser que la littérature contemporaine anglo-saxonne est beaucoup plus captivante et inventive que la notre. En conséquence, je lis peu de nouveaux romans français. C'est sans doute un peu idiot, mais bon, avouez que quand on compare les chefs de file McEwan, Rushdie ou Amis a Houellebecq, Angot et Gavalda, il y a de quoi avoir des a priori). Quoi qu'il en soit, le blog est globalement agréable a lire, il me permet de découvrir des auteurs que je ne connais pas ou peu, parfois meme il me donne envie de les lire. Il me permet de me tenir au courant de la vie littéraire ici et ailleurs, d'améliorer ma culture générale (l'Histoire est également tres présente).

Et puis il y a les commentaires. Des lecteurs. Assidus, je dirais: 90% des contributions sont assurées par une dizaine de posteurs, pas plus. Ils sont souvent professeurs, et généralement profondément cultivés.  
Les commentaires valent donc la plupart du temps le coup d'etre lus. Toutefois, ils nécessitent une attention soutenue, je ne les lis que lorsque vraiment le sujet m'intéresse. Sinon, c'est mission quasi-impossible car si on décroche ne serait-ce qu'une apres-midi, il y a 200 nouveaux messages lorsqu'on revient (si j'étais UMPiste, je me demanderais quand bossent les profs pour passer autant de temps sur des fora a poster des tartines quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit).
Eh bien, vous pouvez etre surs que, meme la, entre gens courtois, bien elevés, réfléchis, sans nul doute intelligents, un billet sur deux ou plus (surtout si le nombre de commentaires dépasse la deuxcentaine), quel que soit le sujet de départ traité par Assouline, se terminera par un débat enflammé sur la Shoah et Hitler. Généralement, l'autre fois sur deux, c'est un débat tout aussi enflammé sur le conflit Israëlo-Palestinien. Ce qui est encore plus rigolo, c'est que, comme je vous l'ai dit, ce sont toujours les memes personnes qui postent: il y a donc un petit coté jour sans fin, puisque la meme discussion revient sans cesse depuis que je consulte ce blog (au moins un an), sans que jamais personne ne voit son avis initial évoluer.*

Comme quoi, c'est un bon observateur de la nature humaine dans son universalité, ce Godwin.




* Il y a sur ce site un commentateur en particulier, dont le pseudonyme est Mauvaise Langue (son pseudo précédent etait Israël). Il est a la fois intéressant, amusant (ce n'est pas, je crois, voulu), et ma foi un peu pathétique aussi.
C'est un peu le maitre du blog, le seul contre tous, le je détiens la vérité vous n'etes qu'une bande de crétins et je poste a moi tout seul la moitié des messages du blog.
Pour tout dire, ce coté je suis le plus malin et je défonce tout le monde me rappelle moi-meme il y a quelques années sur un forum ou j'ai du écrire 15000 messages en trois ans. Cela dit, j'étais jeune et plutot pas tres bien dans ma peau.
Maintenant ca va mieux: sur les rares fora ou blogs ou je participe encore, je suis toujours le plus malin et j'aime bien défoncer tout le monde, mais tout de meme, je sais me restreindre. Meme si la betise continue parfois de me frustrer énormément, je suis plus coulant et je ne poste plus 300 messages par jour a faire le Don Quichotte luttant contre le moulin de la connerie. Attitude finalement rapidement assez conne elle-meme, un peu de recul ne nuit pas a l'objectivité.
A vrai dire, si j'avais la quarantaine (j'imagine que c'est l'age qu'il a) et que je ressente encore le besoin de me lever a 3 heures du matin pour poster la réplique qui tue le faquin, ca m'inquiéterait. Mauvais langue, a ta place, je m'inquiéterais.
Mais ce n'est pas le plus grave:
Cet homme la est littéralement obsédé par la condition juive. A un point que je n'avais jamais lu. Le monde selon Mauvaise langue n'existe qu'a travers le prisme de la judéité. Il est assez prompt a accuser tout le monde d'antisémitisme (conscient, inconscient, subconscient), et pour lui, tout peut-etre ramené a la Shoah: je suis sur que si vous évoquez la culture des patates en Ouzbekhistan, il parviendra a vous caser Auschwitz en deux coups de cuillers a pot. Je me demande si c'est pathologique.
par mixlamalice publié dans : Réflexions indispensables
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Mercredi 21 mai 2008
S'il y a bien une chose qui m'agace ce sont les gens qui ne répondent pas aux mails. Je ne parle pas des gens qui mettent une ou deux semaines a répondre, mais de ceux qui ne répondent pas du tout, malgré les relances etc.

Vous me direz, t'as qu'a téléphoner connard. Effectivement dans certains cas ca marche.

Seulement, dans certains cas propres a la carriere universitaire, c'est difficilement faisable.

Typiquement, je viens de commencer mon post-doc, mais comme les auditions pour les postes universitaires sont en ce moment, il faut deja que je me preoccupe des résultats, pour savoir qui contacter etc, dans l'hypothese d'avoir éventuellement la possibilité de postuler pour un job d'ici un an ou deux (c'est du concret...).
Il faut également que je suce diverses bites pour trouver des fonds pour pouvoir me payer un ou deux congres et quelques visites de labos back in France dans les prochains mois, afin de pouvoir y sucer d'autres bites pour éventuellement avoir la possibilité de me voir offrir une opportunité d'etre auditionné par un labo (concret bis).

Bref, je dois solliciter pas mal de personnes que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam. Vous me direz alors, ben c'est des gens importants, ils recoivent beaucoup de mails, ils filtrent, ils te connaissent pas ils te foutent direct dans la poubelle. Peut-etre. N'empeche que certains ont la classe de répondre: PGG, pour ne pas le citer, était tout de meme Prix Nobel, il m'avait croisé deux fois dans les couloirs du College de France donc on ne peut pas dire qu'il me connaissait vraiment, avait répondu a ma sollicitation et avait perdu un peu de son temps a m'écrire une lettre de recommandation. Prix Nobel, c'est pas de la merde. Meme en fin de carriere, j'imagine qu'il avait un emploi du temps largement aussi chargé que nombre de ces trous du cul assistant professor a University of Wyoming ou maitre de conferences a Cergy.

J'en déduis que ce sont juste des rustres et que ca n'a rien a voir avec un quelconque probleme d'organisation. On peut etre un mec important et avoir de la classe, ou un minimum de respect pour les etres inférieurs (meme si ce respect implique perdre 4 minutes de son temps précieux pour écrire trois lignes ou demander a sa secrétaire de le faire).

Vous les gens malpolis, je le dis sans peur, je ne vous aime pas (je suis sur que ces foireux qui répondent pas aux mails regardent leurs pieds sans dire bonjour quand on se retrouve avec eux dans l'ascenseur). 
par mixlamalice publié dans : La vie de Mix
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Lundi 19 mai 2008

Lisant régulierement depuis quelques mois divers blogs gastronomiques, pros ou amateurs, avec un certain plaisir (le niveau d'écriture est souvent nettement au-dessus de la moyenne), je me décide a tenter le coup moi-meme, juste pour le sport.

Cobaye:
L'Espalier, restaurant chic de Boston. D'apres le Zagat, guide un peu fourre-tout mais on fait avec ce qu'on a (Michelin s'est arreté a New-York), c'est tout simplement le meilleur restaurant de Boston (28 sur 30 pour la nourriture, 28 sur 30 pour le service). Sur citysearch, l'équivalent mal foutu de cityvox, les commentaires sont globalement élogieux (il y a toujours les pisse-froids qui ont trouvé le service trop ceci ou pas assez cela, mais je vois 5 ou 10 commentaires de ce type a chaque fois que je me renseigne sur un resto par le biais de ce site...).

Le chef, Frank McClelland, a recu le prix James Beard du meilleur chef du Nord Est 2007 (je crois que c'est Napoléon qui parlait de la légion d'honneur comme d'un "hochet" destiné a calmer et faire plaisir: les américains sont tres sensibles a ce genre de choses, ils passent leur temps a se remettre des prix. Par exemple, je dois etre le seul étudiant du département a ne jamais avoir recu d'award quelconque. C'est un peu déprimant).
Le chef définit sa cuisine comme "moderne, sophistiquée, et mélange d'influences francaise et nouvelle-angleterre). Je pense que l'adjectif francais est un passage obligé pour ce genre de restos (eh oui, on a la cote chez les snobs de ce cote ci de l'Atlantique), meme si l'influence m'a semblée mince (rien a voir avec ce genre de restos "francais" qui profitent de la chose et vous servent des steacks-frites et de la salade nicoise a 40 dollars).
Pour moi, si le chef est bon, ca devient tout simplement de la "cuisine de chef": il est censé faire une cuisine personnelle allant au-dela des influences qu'il a néceserraiment absorbées.

Autant déflorer illico mon avis final, je n'ai pas trouvé ca transcendant outre mesure.
Comme l'a dit sur cet autre blog que j'aime bien un éminent spécialiste de la critique culinaire (il faut dire qu'il était responsable dans une webagency), je n'ai probablement pas les référents nécessaires pour juger d'un restaurant. En effet, je ne connais rien au clacissime codifié et pas grand chose a la techno émotionnelle (non, ce n'est pas le style musical de Cindy Sander, il parait que c'est un courant de cuisine).
Et meme, en tant que chimiste, j'ai tendance a penser -a priori, je l'admets- que les tenants de la cuisine moléculaire sont un poil des imposteurs jouant plus sur la branchitude de la chose pour appater le bobo béat que sur un réel talent de chef. Hervé This a sans doute de grandes qualités de vulgarisateur et de commercial, mais d'un point de vue purement scientifique, c'est loin d'etre un cador. De meme, le chef du Fat Duck, ancien expert comptable me semble-t-il et chef autodidacte, n'a probablement pas les memes aptitudes que, par exemple, Michel Bras, Roellinger ou qui vous voulez (certes, ils ne savent probablement pas vider un oeuf a l'aide d'une micro-seringue pour le reremplir ensuite d'une meringue solidifiée a posteriori dans de l'azote liquide. Super). Bref, en associant deux personnes tres moyennes dans leurs compétences respectives, on arrive a faire le deuxieme meilleur restaurant du monde en vendant bien le concept.  
Mais je m'égare. Bref, je ne connais pas grand chose a l'histoire de la cuisine a travers les ages. Il se trouve cependant que j'ai fréquenté grosso merdo 150 restaurants différents au cours des 5 dernieres années, allant du troquet du coin au double étoilé (mes finances m'ont a ce jour interdit la porte des triples étoilés). Il se trouve également que je suis un cuisinier me semble-t-il potable, aimant suffisamment la bonne chere pour passer chaque soir plus de temps en cuisine qu'il n'en faut pour réchauffer un plat sous vide Joel Robuchon, maitrisant a peu pres quelques grands classiques et les basiques et ne dédaignant pas l'expérimentation. Mes parents cuisinent également tous deux, au quotidien. Enfin voila, je ne sais pas ce que c'est que la techno de mes fesses, mais je pense savoir reconnaitre de la merde (ou pas) quand j'en ai dans la bouche: et la merde, meme techno émotionnelle, moléculaire, déstructurée reconstruite ou bien présentée, ca reste de la merde. Mais je reviendrai dans un autre article sur la critique artistique de facon plus générale, parce que c'est un sujet que je trouve qu'il est intéressant.
Pour conclure ce chapitre avant que tout le monde n'ait arrété de lire sans que la critique proprement dite n'ait commencée, je tiens a préciser que pour mon premier coup d'épée, je chronique ce restaurant ou a priori aucun de mes lecteurs n'est jamais allé afin d'éviter le genre de disgressions foireuses ci-dessus ou de polémiques enflammées (quoiqu'un peu stériles) lues par exemple ici . Je suis chez moi, je vais défoncer gentiment, en paix. 

Allez, ca commence:

Réservation pour 9h30 afin de feter, malgré quelques jours de retard, mes 28 ans avec ma douce, arrivée avec 10 minutes d'avance. Le restaurant est dans une petite rue perpendiculaire a la rue la plus passante de Back Bay (le quartier friqué et commercant de Boston). L'entrée est plutot jolie avec un porche sombre. Quelques marches a descendre, quelques minutes a attendre apres avoir donné notre nom, puis nous remontons quelques marches et nous sommes installés a notre table.

Premiere constatation (et déception): l'espace est rentabilisé au maximum et c'est tres bruyant. J'avais remarqué que chez nos amis ricains, business is business et que la capacité des établissements était exploitée a fond. En soi, c'est aussi le cas a Paris. J'espérais juste que, comme a Paris, dans le niveau grand luxe, on se préoccupait un peu plus du confort du client. Eh bien non, meme pas un metre entre chaque table, et probablement plus de 50 couverts dans moins de 75 metres carres. Dommage, car la salle est vraiment jolie.
La clientele est assez hétéroclite, familiale, business ou couples, plutot au dessus de 40 ans (a l'exception d'une table de jeunes type Beverly Hills).



Deuxieme constatation: il y a une batterie de serveurs, qui courent et s'agitent (on se croirait presque dans une brasserie), et pourtant le service n'est pas particulierement efficace. Ils doit bien y avoir autant de personnel que de table (une douzaine), et pourtant, nous attendrons quinze bonnes minutes avant d'avoir le menu (alors qu'on m'a donné illico une carte des vins impressionnante: ben oui, mais j'aime bien savoir ce que je vais manger avant de choisir ce que je vais picoler... a noter, juste pour rire, la présence d'une bouteille de Romanée Conti 1993 a 15000 dollars). Pareil, nous attendrons un bon moment le fromage, puis le verre de vin allant avec le dessert, personne ne nous reproposera du pain (alors qu'on a voulu trois fois nous revendre une bouteille d'eau)...

Nous optons finalement pour le menu "Spring Degustation", entrée, poisson, viande, fromage, dessert pour 100 dollars, avec l'accord mets-vins pour 60 dollars de plus. A noter, je ne sais pas pourquoi, que, par rapport au menu présenté sur le site  (www.lespalier.com/menu/CurrentMenus/springdegustation.pdf), nous n'aurons pas le foie gras (donc un plat de moins pour le meme prix), que nous aurons du halibut en poisson et que les vins seront également différents (5 verres a 60 dollars au lieu de 6 a 75). Il me semble que la table en face de nous aura, elle, du foie gras avec le verre de muscat presenté dans le menu (pendant que nous lirons la carte), mais je n'ai pas cherché a en savoir plus (le plat existe-t-il a la carte, le menu a-t-il changé entre les deux services pour une raison X ou Y, sont-ce des copains du patron, je ne sais).

En amuse-bouche, une soupe de légumes (asperge + ?) servie dans une tasse a café, avec de la creme fraiche épaisse par-dessus, et quelques gouttes de jus de homard (trois micro-goutelettes), si j'ai bien compris. Pas mal, mais hormis le tres diffus parfum de  crustacé, ca ressemble a la soupe que fait mon pere le dimanche soir quand il a la flemme de faire a bouffer ou quand il est dans sa journée mensuelle de régime.

Le premier plat, du homard, s'avérera le meilleur de la soirée. Le homard est présenté et cuisiné sans artifices. Je crois que c'est la premiere fois que j'en mange plus qu'un mauvais bout perdu dans une assiette de pates noyée de creme. Il faut dire que le Maine tout proche est l'un des principaux producteurs et que, la bas, on peut acheter du homard a 10 dollars le kilo. Eh ben, c'est bon. Tout simplement. La charcuterie grillée et la purée d'artichauts servis avec sont plus anecdotiques. La sauce, simple jus de cuisson me semble-t-il, est elle délicieuse.
Le vin servi avec (Kenner?) est un blanc sec d'Italie, mélange de cépages (gewurtztraminer plus un autre). C'est pas mal, assez étonnant au gout (un peu comme du champagne sans bulle, ou tres peu petillant), mais tres court en bouche, dommage. L'accord ne me semble pas tres intéressant.

Le deuxieme plat est du halibut. C'est une espece de grosse sole dont ils raffolent ici (j'en avais peché en Alaska, quand j'avais 12 ans). On en apprend tous les jours, c'est ce qu'on appelle chez nous le flétan. La chair n'a rien a voir avec de la sole, ca ressemble plus a de la lotte, je dirais. En tout cas, c'est bon, assez ferme et gouteux. Il y a une légere croute safranée sur le dessus, qui rajoute du gout. Le boulghour servi avec est bon également. L'émulsion est non identifiable, l'espece de sauce hollandaise en-dessous et les deux asperges malheureusement beaucoup plus quelconques (la sauce a meme cette légere croute que prennent les sauces épaisses lorsqu'elles sont réchauffées).



Le vin est grec, s'appelle 14-18h (le temps pendant lequel les peaux sont laissées mélangées au jus, si j'ai compris ce que m'a raconté le serveur). Une couleur surprenante, rose quasi fluo, mais encore plus que le précédent, fade (au nez et a la bouche). Rien ne ressort, rien ne reste. Un vin franchement tres bof.

On passe ensuite a l'agneau, qui s'avérera le plat le plus décevant du lot. La cotelette est bonne, épaisse, mais désespérement seule (je sais bien qu'avec un menu dégustation, chaque plat est léger, mais une cotelette d'agneau c'est quand meme pas bezef). Le gratin d'aubergines retient mon attention (meme si je n'ai pas reconnu ce qui constituait la farce), la carotte bouillie puis vaguement revenue dans le jus de viande, ainsi que la demi-tomate confite et le lit d'épinards me semblent peu dignes d'un resto de ce standing. Le truc qui a l'air d'un nougat sur la photo ressemble a un fromage pané, mais je n'ai pas déterminé ce que c'était. Pas tres gouteux en tout cas.



Cette fois-ci, ce sera le vin qui rachetera le tout. Un vin italien, encore, dont j'ai oublié le nom. Un vin qui commence mal avec un nez surpuissant digne d'un vin californien bas de gamme. Je m'attends au gout classique de vanille chimique qui annihilera toute autre saveur, mais non. La bouche explose, aromes de chocolat, mais s'arrete assez vite et reste sur ces notes. Un vin agréable.

L'assiette de fromages est intéressante, quoique chichounette. Sur la photo, c'est ce que nous avons eu pour deux, a partager. C'est dommage qu'ils ne nous aient pas présenté le plateau de fromages apercu en entrant, qui était autrement plus fourni. A noter, pas un fromage francais (pas un vin francais non plus, donc pour la cuisine "francaise", on repassera). Dommage que les portions soit si congrues, l'ordre (du plus faible au plus fort) est plutot bien fait, et les deux derniers fromages (gouddha affiné et bleu) sont excellents. De plus, leurs forces se marient bien avec le coté doucereux du porto servi avec .



Le pré-dessert est insignifiant (une boule de glace posée sur 3 myrtilles ou quelque chose comme ca).

Le dessert me laisse encore une fois assez froid. Le gateau au chocolat manque de subtilité (et la fraise est fadasse), le blanc manger est trop citronné et détruit donc le gout du coulis. La petite boule de glace a gauche (chocolat blanc) est elle tres bonne.


Finalement, alors que généralement les restos américains offrent toujours des portions robustes, je me sens plutot moins repu qu'apres mes expériences "dégustation" en France. 

Nous prendrons un déca (bon), et nous n'aurons pas l'honneur d'avoir les mignardises pourtant offertes a la table a notre gauche. Peut-etre faisons nous trop ploucs, trop touristes?
J'ai trouvé le service un poil condescendant (les explications sur les vins et les fromages étaient cependant bien venues), comme il peut l'etre dans certains restaurants parisiens qui voudraient avoir l'air mais qui ont pas l'air du tout.

Nous partirons presque trois heures apres etre arrives. Globalement, hormis la petite attente au debut, avant le fromage et pour payer, le timing a été bon (2h30 aurait été parfait).
Bilan des courses: 200 dollars chacun (payés en grande partie par mon ancien labo comme cadeau d'adieux, merci a eux meme s'ils ne lisent pas ce blog). Bon, mon article est sans doute plus cruel que mon sentiment réel.
Nous avons passé une soirée correcte, nous avons plutot bien mangé. Cependant, a ce prix, il manque clairement a mon gout le supplément de créativité, de talent, qui fait que le pékin moyen comme moi s'extasie et ressort sourire béat aux levres, conscient d'avoir vécu un moment rare. Peut-etre que j'en attendais trop aussi ("meilleur restaurant de Boston" , soirée d'anniversaire tout ca...)
Si ce resto est dans mon top 5 niveau prix (je dirais que l'équivalent en prix parisiens serait autour de 150 euros vins compris), il est probablement assez loin de ne serait-ce que mon top 10 niveau "émotions gustatives", comme dirait une autre blogueuse.

Voila, j'attends maintenant les commentaires sur la forme (sur le fond, difficile sans y etre allé) de mes lecteurs experts en la matiere. Quant a moi, je réserve désormais mes espoirs culinaires outre-Atlantique a la Grande Pomme (non, j'exagere, quelques restaurants de Boston me semblent encore mériter une visite).

PS: Pour ceux qui connaissent, ca m'a fait un peu penser au Parcours, restaurant un peu prout (qui a depuis changé de chef) des hauteurs de Nice.
PPS: Cet article m'a pris deux heures. Suis-je tres exigeant avec moi-meme, pas habitué a l'exercice, ou cela demande-t-il effectivement tant de temps? Si oui, ce sera bel et bien un one shot (ou un few, en tout cas), et bravo a ceux qui ont le courage de faire ca régulierement.
par mixlamalice publié dans : Musico-littéro-gastro, l'Art en somme
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