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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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Recherche

14 décembre 2005 3 14 /12 /décembre /2005 19:40

Un projet de loi sur la recherche va bientôt être voté, projet de loi qui fit suite aux importantes manifestations de chercheurs partout en France il y a deux ans. Voici mon avis sur la question, qui ne se trouve être que mon avis, pas forcément très éclairé, mais qui est malgré tout l'avis auquel je me réfère lorsque je veux savoir vraiment ce que je pense.

Je trouvais à l'origine ce mouvement spontané et noble. Noble, car les chercheurs ont été les seuls, à ma connaissance du moins, à manifester NON PAS pour des augmentations de salaire (ou autres avantages personnels), mais SIMPLEMENT pour de meilleures conditions de travail (quand je dis "de meilleures conditions de travail", entendez plutôt "des conditions de travail décentes"), permettant à la recherche française de rester compétitive, et éviter l'exode grandissante des jeunes chercheurs à l'étranger où leurs diplômes et compétences sont reconnus -et payés- à leurs justes valeurs. Et pourtant, un jeune chercheur rentrant au CNRS ou à l'Université débute à environ 1500 euros net. A bac+10, il y aurait de quoi gueuler. Nous ne l'avons pas fait. Comme disait le vieux Raymond, qui m'encadrait lorsque j'effectuais mon stage de DEA au Collège de France, "aujourd'hui, vouloir devenir chercheur en France, c'est comme vouloir être curé: c'est un sacerdoce".

Bref, j'aimais l'idée altruiste et non égoïste de ce mouvement dans ses premiers moments.

Mais las, finalement le syndrome du syndicalisme français omniprésent a frappé le mouvement. Aujourd'hui les chefs de "Sauvons la recherche" me font penser aux leaders de la SNCF, EDF ou la Poste. Ancrés dans leur immobilisme et leurs petits privilèges, ils refusent toute avancée.

Le gouvernement, avec son projet de loi, semble faire des efforts (notamment dans l'intégration et l'insertion des jeunes docteurs, et également en allégeant les charges d'enseignement parfois monstrueuses des chercheurs universitaires - 1 journée par semaine sans compter les préparations, corrections...- qui empêchent d'une part le jeune chercheur d'avancer ses projets, et qui d'autre part pénalisent également les étudiants, leurs cours étant assurés par quelqu'un dont ce n'est pas le "métier" et même, pas nécessairement un spécialiste en la matière. Si, si, je vous assure, ça se passe comme ça: "il nous manque un prof de thermodynamique" "oui mais je fais de la chimie organique, moi", "ben c'est pas grave, vieux, tu vas le faire quand même". Vous imaginez cette situation au collège ou au lycée? Fin de cette longue, mais me semblait-il nécessaire, parenthèse).
Mais le gouvernement donne le doigt, et ces messieurs, forcément, veulent le bras.

Ils refusent, en élitistes académiques, la moindre ouverture vers le monde industriel (partenariat qui, me semble-t-il, fonctionne très bien aux Etats-Unis, au Japon ou même en Allemagne).

Ils refusent d'admettre que le CNRS, comme toutes les administrations françaises, doit être réformé pour gagner en efficacité, pour que la sécurité de l'emploi (qui me semble importante) ne dérive cependant pas vers un jem'enfoutisme hallucinant de certains parasites.

Ils refusent d'évoquer l'idée que des axes prioritaires de recherche puissent être fixés, pour que Tartempion puisse encore toucher des subventions et les gaspiller en étudiant les moeurs reproductives de la drosophylia amenibus en milieu tempéré ou tout autre sujet inutile - Attention, je ne soutiens pas pour autant la politique consistant à ne faire que de la recherche à court terme, appliquée. Sans recherche fondamentale, à long terme, pas d'inventions révolutionnaires-.

Preuve de leur mauvaise foi grandissante, ces messieurs du collectif  Sauvons la Recherche demandent au public, sur leur site, de répondre à une question biaisant totalement le débat. Au lieu de demander "le projet du gouvernement est-il une avancée sur les conditions de la Recherche en France?", la question est, deux points je cite avec des pincettes: "Pensez-vous que le projet de loi est une réponse à la hauteur des demandes exprimées depuis deux ans dans le cadre du mouvement de la recherche ? ". Bien sûr, à 98%, les votants répondent non. Que peut-on répondre d'autre? Prenons un exemple simple: quand la CGT demande pour ses salariés 25% de hausse de salaire, et que le gouvernement offre 5%, non il n'a pas été à la hauteur des demandes exprimées, mais pourtant oui, il a fait un pas dans la bonne direction.

Quoiqu'il en soit et pour conclure cette diatribe qui doit commencer à paraître longue, des réformes pour la recherche me semblent nécessaires. Je ne suis pas un spécialiste en juridiction, mais le projet gouvernemental en propose, des réformes, me semblant aller dans le bon sens (ce qui ne veut pas dire que je soutiens la politique gouvernementale dans son ensemble). Est-ce suffisant ou pas? Là, cela devient trop complexe pour ma petite vision de chercheur débutant. Je stopperai donc là.

Pour conclure sur une petite touche d'humour, une chercheuse réputée qui m'encadrait, toujours lorsque j'étais au Collège de France (institution tout aussi réputée, et qui regroupait certains des leaders du collectif pour la recherche), au plus fort de la grogne et après trois semaines de manifestations plus ou moins quotidiennes, a dit: "au bout d'un moment, la recherche, avant de penser à la sauver, faudrait penser à la faire".

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

Erlen 15/12/2005 15:08

Que tu es beau Mix quand tu te revoltes contre la révolte.