| Octobre 2008 | ||||||||||
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A partir du milieu des années 90, écouter du rock ou du hard-rock était devenu le comble du has-been. Je situerais ça immédiatement après la mort de Kurt Cobain. Kurt Cobain et le grunge ayant déjà précipité la chute des énormes machines hard de la fin des années 80, les Gun's, Metallica et tutti quanti.
C'est donc sans doute en partie parce qu'écouter cette musique testostéronée faisait de vous un être "différent" à l'époque de mon adolescence boutonneuse que je m'y suis mis (j'ai toujours eu une propension non négligeable à me considérer comme différent, en mieux bien évidemment, du vulgum pecus). Ecouter du métal et m'habiller en noir (sans maquillage ni chaînes, je restais tout de même mesuré dans la rebéllion) me permettait de marquer mon originalité au sein de mes petits camarades. En effet, mes autres traits de caractère (mes parents sont des nazes, la vie c'est de la merde) et mes excès de sébum étaient plus classiques, digne de n'importe quel ado lambda.
Et puis, assez subitement, alors que les divas type Mariah Carey, la pop électroniquo-torturée à la Radiohead, et le hip-hop faisaient tranquillement la loi sur les ondes et dans les bacs, le rock a fait son retour, d'abord subrepticement, puis en force.
Je me suis rendu compte qu'il était bel et bien redevenu le courant dominant lorsque j'ai vu Pascal Obispo s'y mettre en se déguisant en Gene Simmons de Kiss dans l'un de ses clips (ce type est pathétique: si la mode devenait la musique tzigane, il serait le premier à s'y mettre en clamant son amour de toujours pour cette musique. Il n'y avait dès lors plus de doute possible).
Depuis, mes sentiments à l'égard de cet état de fait son ambivalents. Ma rebéllion d'ado s'est terminée, mais cette musique est toujours celle de mon coeur même si j'ai depuis élargi mes horizons.
Je suis donc heureux de pouvoir continuer à écouter mes amours de jeunesse qui, grâce à cette mode, en vivent une seconde (nous n'avons pas affaire ici à un zeugma. Si quelqu'un connaît le nom de cette figure de style, je suis preneur, merci d'avance), et de pouvoir aller les voir se produire dans des salles trois fois plus grandes qu'il y a cinq ans.
D'un autre côté, je trouve, en vieux con de base, que les concerts c'était mieux avant, quand il n'y avait que les "vrais fans" et pas ces groupes de petits merdeux caricaturaux qui ne savent pas pogoter, qui ne connaissent le rock que par les chansons de merde qu'on leur passe à la radio, et qui viennent avec papa pour surveiller dans les tribunes. Réaction bête, je vous l'accorde, puisque les "vrais fans" devaient penser la même chose que moi lorsque j'assistais à mes premiers concerts (encore que j'y allais tout seul et pas avec ma bande de puceaux sauvages).
Et puis, ma réaction hésite entre rires et larmes lorsque je vois les clips de Kyo, Emma Daumas ou Patricia Kaas vêtus de bracelets de force et de cuir, entourés de gratteux aux cheveux longs alignant les accords de puissance sur leur Gibson devant un mur de Marshall, singeant pitoyablement l'imagerie métal. Je m'esclaffe parfois devant tant de ridicule, entre les minets du 16ème déversant à des gamines enfiévrés des textes plus mielleux qu'un nougat de Montélimar sur une musique aussi couillue qu'un transsexuel (malgré l'utilisation éffrénée de pédales de distorsion) et les anciennes chanteuses à voix voulant se reconvertir dans le rock testostéroné pour ne pas pointer à l'ANPE (Céline Dion qui reprend du AC/DC, Patricia Kaas qui clame à qui veut l'entendre son amour de toujours pour le vrai rock'n'roll. Dieu sait que Lara Fabian fait de la merde, à mon humble avis, mais au moins elle a su rester digne).
Et parfois, les larmes l'emportent sur le rire quand je songe à ce détournement mercantilement honteux d'une imagerie certes un brin ridicule (jeans moule-burnes, chaînes et clous, perfectos, santiags, cuites à la Heineken, cheveux longs et moustaches, etc), mais qui avait au moins le mérite d'être authentique. Alors j'ai honte. Alors je songe à Manowar, "Just true metal people, that's Manowar's crowd: wimps and posers, leave the hall".
Les lecteurs