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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 21:45

J'ai recemment publié une petite liste des bouquins qui m'ont suffisamment marqués pour que j'en parle ici. La voici pour simple rappel a l'intention des distraits ou autres rustres qui n'auraient pas lu avec l'attention (cette fois) necessaire ma precedente communication:
1. Les Miserables, Victor Hugo
2. 93, Hugo Victor
3. Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas
4. 20 ans apres (et la trilogie des trois mousquetaires, ne soyons pas chien), Dumas Alexandre
5. Au sud de la frontiere, a l'ouest du soleil, Haruki Murakami
6. La fleche du temps, Martin Amis
7. Vie et opinions de tristram Shandy, Laurence Sterne
8. Les dix petits negres, Agatha Christie
9. Lolita, Vladimir Nabokov
10. Et si c'est un homme, Primo Levi
11. La Vie mode d'emploi, Georges Perec
12. Les enfants de minuit, Salman Rushdie
13. Differentes saisons, Stephen King
14. Rafael derniers jours, Gregory McDonald
15. Chroniques de la Haine Ordinaire, Pierre Desproges

Apres reflexion, puisqu'apres tout ils m'ont marqué, essayons nous un peu a la critique litteraire et detaillons pourquoi.

Ceux qui ont pu lire les Miserables sans etre bouleversifies par tant de foi en l'humanité sont des cuistres. Ceux qui ont pu lire les Miserables sans etre assomes par la purete du style Hugolien doivent retourner illico a la lecture du Diable s'habille en Prada. Ceux qui ont pu lire le monologue final de Jean Valjean sans chialer doivent se faire greffer un coeur ou entrainer leurs glandes lacrymales en epluchant 12 kilos d'oignons par jour.
C'est dans 93 que l'on retrouve, outre grand nombre de qualites susmentionnees, la plus belle phrase de conclusion jamais ecrite: "Et ces deux âmes, sœurs tragiques, s'envolèrent ensemble, l'ombre de l'une mêlée à la lumière de l'autre."

Franchement, si j'etais capable de pondre des trucs pareils, j'irais me guibioler illico, ou pratique moins egocentrique (sans mauvais jeu de mots), fourrer un coup pour feter ca. Ca ne m'etonne pas vraiment que Monsieur Hugo ait ete un sacre queutard.

Dumas, en plus d'avoir lui aussi degorge le poireau plus souvent qu'a son tour, est l'inventeur, et sans doute le meilleur representant, du "suspense de bas de page" savamment distille. Il n'a pas son pareil pour vous faire rentrer dans ses romans et vous y rendre accroc. Chaque page ou presque est l'occasion de vous faire mondieuquevatilsepasser. Meme les moins lecteurs d'entre mes amis ayant reussi a depasser l'apprehension consistant a entamer un pave de 1000 pages les ont ensuite devorees en moins d'un mois. Bref, sans doute le meilleur conteur que je connaisse, capable de rendre captivant son repas du dimanche chez sa grande-tante dans la campagne de Melun. De plus, le cote historique souvent fouille est une source non negligeable de culture.

Murakami est un ecrivain japonais (ne pas confondre avec un homonyme se prenommant Ryu et donnant plus classiquement dans le roman "pop-trash", ressemblant a des versions ecrites de films de Tarantino) a cree un univers profondement original, un peu melancolique, desabuse, onirique, ecrit dans un style pur et tout simplement beau (avec autant que je puisse en juger un superbe travail du traducteur). Je prefere ses romans plus realistes, sur l'Amour manque ou decu, sur les illusions perdues (attention, ce ne sont pas des melodrames degoulinant de pathos pour autant) a ses romans plus "fantastiques" ou l'on oscille entre reves, mondes paralleles et realites.

La fleche du temps est le premier roman ecrit entierement a l'envers. A savoir qu'on commence par la fin de l'histoire pour aboutir a son commencement (y compris les dialogues). L'idee vient de Kurt Vonnegut, qui decrit pendant quelques pages dans Abattoir 5, l'un de ses personnages regardant un film de guerre defilant a l'envers ("une bombe est construite puis placee dans un avion qui decolle et s'en sert pour raser une ville" se transforme en :"un avion reconstruit une ville rasee en aspirant les flammes qui la detruisent. Ces flammes sont enfermees dans une petite boite que l'avion ramene a sa base, puis la petite boite est detruite"). Ce grand experimentateur qu'est Amis s'y essaye ici sur la duree d'un roman. Excessivement bien fait et palpitant.

Sterne, un pasteur anglais, a ecrit au 17eme siecle ce roman plus moderne, drole, original que 99.9% de la production actuelle. Que dire de plus si ce n'est "ils sont forts ces anglais"? Ah si. Ce livre est une auto-biographie de Tristram Shandy, gentilhomme. Cette auto-biographie ne depassera malheureusement jamais les 4 premieres annees de la vie de Tristram, car celui-ci tient a tout prix a ne laisser aucune ellipse dans ses ecrits, se condamnant ainsi a se perdre sans fin dans des anecdotes s'eloignant de plus en plus de son sujet de depart. On rit beaucoup, que ce soit gras ou raffine, et j'ai ete impressionne par la modernite inherente a ce livre et les questions litteraires qu'il souleve (la litterature n'est-elle pas l'art de l'ellipse, n'existe-t-elle pas paradoxalement par ce qu'elle ne dit pas plutot que par ce qu'elle dit?).

Les dix petits negres est a mon sens l'un des chefs d'oeuvre du polar. Le retournement de situation final (on parle de twist dans le milieu) est l'un des classiques du genre et ne tombe pas encore dans les ecueils du multi-twist (dans les polars modernes sans imagination, le mechant change six fois dans les deux derniers chapitres, ou dans les dix dernieres minutes si vous regardez un film). Grand fan de Poirot, je trouve que ce roman est sans doute le meilleur de Christie justement parce qu'il ne rentre pas dans ses moules usuels (Poirot, Marple, Parker Pyne etc).   

La suite au prochain episode, bonnes lectures (je serais content d'en avoir convaincu au moins un).

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Published by mixlamalice - dans Littérature
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