Ca fait un an jour pour jour qu'on est ensemble. J'ai pas grand chose a te dire, mais comme tout le monde cause de cet anniversaire, voila ces quelques mots:
Qu'on soit ensemble, moi je voulais pas vraiment, mais une forte majorité de ma famille l'avait décidé. et bon gré mal gré j'ai du m'y plier. Faut dire que le choix n'était pas facile, et il
fallait bien quelqu'un pour remplacer le Vieux.
Des le début, je te sentais pas trop, je te trouvais grande gueule, trop ambitieux. C'est bien l'ambition, hein. Mais quand c'est le seul moteur chez quelqu'un, je trouve que ca rend con.
Parfois meme tu me faisais un peu peur avec tes airs bravache et tes discours foireux qui prechaient peut-etre pas la haine, mais au moins la méfiance et la dissension sociale. Et puis, tous les
jours on voyait ta gueule partout, on se farcissait tes opinions navrantes d'inculture et tes fautes de francais, j'étais deja saoulé de toi avant meme que ca ne commence vraiment entre
nous.
On aurait pu croire que tu allais changer, tu nous l'avais tellement répété. Quand tu nous as dit que tu partais méditer pour etre a la hauteur de ta tache, j'y ai cru, deux minutes. Et quand je
t'ai vu avec tes grosses lunettes de soleil, ton poitrail au vent sur un yacht au soleil, j'ai compris que effectivement, tu avais changé: ou plutot, tu allais enfin te montrer sous ton vrai jour.
Avant tu te retenais un peu, mais enfin tout en haut, tu allais te lacher. Et effectivement, je te trouvais grande gueule, je t'ai découvert nouveau riche vulgaire. Tu m'auras tout fait: les
grosses montres, les chemises ouvertes, les restos pourris mais chers et people, les jets privés, le divorce, la mannequin, les échanges musclés en public, les unes de Voici.
Le pire c'est que je ne m'intéresse qu'a ca. Pourtant je vois bien que ce que tu fais dans mon dos avec le mec a la meche, que je ne comprends pas parce que je suis bete, ca a l'air pire. Je vois
bien que tu ne peux pas lutter contre tes penchants, que ce que tu aimes, c'est le pognon, et que tous les moyens pauvres comme moi (ne parlons pas des beaucoup beaucoup beaucoup plus
pauvres), tu t'en fous completement. Mais voila, tout ca c'est trop dur a suivre alors on ne nous en parle pas, on ne nous l'explique pas. On préfere quand tu pars en vacances,
la ma famille et moi, on peut heure par heure savoir ce que tu fais.
Et j'en ai eu assez.
Alors je suis parti. Je dois avouer que tu ne me manques pas trop. Je te suis encore, de loin, parce que tu restes important pour moi, mais décidément je ne t'aime pas.
Oh, sans doute, un an c'est trop tot pour te juger, il t'en reste quatre. Mais tout de meme, c'etait pas super super ces un an.
A moins que tu ne changes vraiment beaucoup (et je ne te crois plus quand tu me dis que tu as encore changé, que tu es plus calme, plus posé), j'espere que ma famille ne te laissera pas une seconde
chance.
Parce que, avec ou sans toi, j'ai quand meme envie de rentrer, eux, ils me manquent.
BIen a toi,
Mix
PS: je sais que tu ne m'en voudras pas pour le tutoiement, tu n'es pas de ces has been qui apprécient la classe feutrée inhérente au vouvoiement.
Lorsqu'il parle de la jeune enseignante poignardée par un de ses élèves à Étampes, et demande : "Vous croyez vraiment que c'est à l'école de garder un individu qui avait un casier judiciaire à 19 ans en troisième ? " (À vous de juger, 8 mars 2007), il nous faut sans doute nous interroger avec lui. Obtenir l'acquiescement de l'interlocuteur sur les prémisses (qui ne posent pas problème) est une astuce vieille comme le monde pour le mettre en bonne disposition pour accepter les conclusions (qui elles, méritent discussion). Si l'on y réfléchit bien, la question ne devrait pas porter sur le diagnostic, mais sur les remèdes... Les questions devraient sans doute être : "Sachant qu'il est difficile de vivre avec 1 200 euros par mois, la bonne solution est-elle de travailler plus pour gagner plus ?", "Sachant qu'il n'est pas raisonnable de garder des délinquants à l'école, la solution est-elle dans les peines planchers pour les mineurs ?". Le lecteur, quelles que soient ses opinions, admettra sans doute que les questions reformulées ainsi n'entraînent plus une réponse aussi automatique...
Le début de l'entretien télévisé du 24 avril dernier est de ce point de vue presque une caricature. La première question est posée par David Pujadas, qui, après lui avoir fait remarquer la désillusion de la France après une année de pouvoir, lui demande : "Qu'est-ce qui, d'après vous, n'a pas marché, ou ne marche pas ?". Nicolas Sarkozy élude la question : "Qu'il y ait de la désillusion, (...) je m'y étais préparé ", et s'en pose aussitôt une autre, "Qu'est-ce qui se passe et qu'est-ce qu'on essaye de faire ?", à laquelle il est plus facile de répondre : "Depuis 20 ou 25 ans, la France était un peu endormie, le monde change...". Les coupables sont trouvés.
Mais cette fois-ci, les journalistes ont été moins complaisants. A deux reprises, particulièrement pugnaces, Véronique Auger, puis Yves Calvi, ont oublié d'oublier leurs questions, et les ont réitérées jusqu'à mettre le président dans l'embarras. Les temps changent peut-être.
Jean Véronis