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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 16:25

Mais qui est vraiment ce petit trou de balle donneur de leçons, qui veut devenir fonctionnaire -chercheur au CNRS-, conchie la droite libérale, et qui pourtant prend position contre les jeunes rebelles anti-CPE, vous demandez-vous sans doute à la lecture de mes confuses chroniques.

Je vais tenter de répondre avec qui ça? Avec brio, bien sûr.

Tout d'abord, un homme, me semble-t-il, doit être fait de contradictions et de doutes pour mériter un tant soit peu d'intérêt. Rien de plus affligeant que les crétins bornés, sûrs d'eux et convaincus des vérités intangibles de leur conn(erie)aissance universelle et monobloc. La seule certitude que j'ai c'est d'être dans le doute (ça m'agace, j'ai l'impression que cet homme là a dit bien mieux que je ne le ferai jamais bon nombre de mes non-convictions profondes).

Bref, je suis fait de contradictions, ce qui explique la prétendue nébulosité de mes opinions éclairées. Si je me casse la voix aux concerts métalliques d'Iron Maiden, j'ondule mon corps de bonheur en écoutant Boney M. Si mon goujon frétille devant la beauté des poèmes de mon cher Victor, faire caca en lisant l'Equipe ou Entrevue me ravit également. Si j'apprécie la profondeur subtile de certains dialogues de Woody Allen, je m'esclaffe niaisement et grassement devant les farces stupides mais parfaitement assumées des frères Farelly.

Ceci mis au clair, j'en reviens au problème politique secouant notre beau pays actuellement, pour tenter d'expliquer au mieux mon point de vue (qui, j'en suis conscient, n'intéresse que moi, n'ayant pas la fibre prêcheuse).

Mon but dans les lignes qui vont suivre n'est pas de juger de la qualité de la réforme CPE. Je souhaiterais simplement souligner que le gouvernement ELU démocratiquement (pas par moi puisque je ne vote pas, c'est vous dire comme je suis impartial sur la question) est un gouvernement de droite. Qu'il pratique une politique de droite ne me semble donc absolument pas choquant. Que le gouvernement choisisse la voie de la réforme plutôt que la voie de l'immobilisme douillet suivi par tant de prédécesseurs (des deux partis, d'ailleurs) me semble, ce qui n'est déjà pas mal, relativement courageux. Car évidemment, quand on ne fait rien, le risque de se mettre les électeurs à dos est largement moins élevé.

Mais la crise actuelle est à mon sens révélatrice d'une mentalité française dont la portée dépasse largement le simple cadre du CPE. Les français sont allergiques aux réformes, qui sont, pourtant, semble-t-il, nécessaires, dans un pays plombé par sa dette, par le chômage de sa jeunesse, la fuite de ses entreprises et de ses cerveaux, j'en passe et des meilleures. Seraient-ils convaincus d'être encore au temps des 30 glorieuses, au temps du plein emploi à vie, au temps de la retraite et de la sécurité sociale? Ou, ce qui revient au même, que ce temps-là est encore possible? 

Il est affligeant de voir une jeunesse ,"intégrée" comme on dit,aussi conformiste, convaincue du bien-fondé de son immobilisme, contents de vivre dans le pays ayant l'un des plus forts taux de chômage chez les jeunes et ne voulant rien y changer, et confortée dans cette mollesse d'esprit par la génération précédente qui a laissé ses burnes et ses ambitions sous les pavés de la rue Saint-Jacques pour devenir fonctionnaire à la Poste.

Il est affligeant de voir la peur que le monde de l'entreprise inspire, ses "cadences infernales", sa "flexibilité", son "cynisme". De voir que les étudiants souhaitant professionaliser leurs diplômes sont considérés par la majorité de leurs pairs comme de vilains collabos. De voir que les étudiants d'école d'ingénieur sont considérés comme des privilégiés, des élites, des fils de riches qui ne s'impliquent pas par égoïsme puisqu'ils sont sûrs de devenir riches eux-mêmes. De voir que l'ambition de se dire que si l'on fait ses preuves, on finira par se faire une belle situation est annihilée par un manichéïsme (méchant patron contre gentil nouvrier) tel que même Zola dans les plus belles pages de Germinal n'avait osé l'exprimer.

Vous me direz que le petit con que je suis à bon dos de faire la morale puisqu'il cherche la sécurité de l'emploi dans le fonctionnariat. A vrai dire, je suis favorable à une évaluation des fonctionnaires, ainsi que cela se fait dans n'importe quelle entreprise et parfois même déjà, chez certains de nos voisins, dans l'administration. Sur ce point tout au moins, j'approuve le pacte pour la recherche, en son temps déjà si décrié par les fervents partisans de l'immobilisme et de la petite vie pépére (comme quoi, rien de nouveau sous notre soleil).

Il est affligeant de voir Bruno Julliard et ses énormes sourcils froncés, fier représentant de 40% des 8% d'étudiants syndiqués, étaler son sourire de petit con satisfait chaque soir sur tous les plateaux télés, demander le retrait du CPE comme un gosse refuserait de respirer tant qu'on ne lui achète pas sa cape de Zorro, mais surtout assurer son propre avenir au PS pour les 30 prochaines années. De voir plus généralement les syndicalistes se targuer encore et toujours de représenter le peuple, la France, alors qu'ils ne représentent plus qu'eux-mêmes depuis bien longtemps. De voir l'opposition hurler avec les loups pour essayer de faire oublier son manque d'envergure et ses querelles intestines de petits egos (ce qui leur permit, par exemple, d'ergoter misérablement pendant toute la crise des banlieues pour savoir si leur référendum interne avait été truqué ou non).

Il est affligeant de voir les arguments foireux de ces médiocres auto-proclamés révolutionnaires, leurs références incessantes aux sans-culottes (qui, eux, étaient vraiment pauvres et défavorisés, et qui, eux, se sont aussi vraiment fait niquer) et à Mai 68 comme justification de leurs violences qui ne font pourtant penser qu'à un enfant gâté cassant ses jouets. De les voir bloquer les routes, les universités, de les voir manifester accompagnés de leurs parents voire de leurs papis, sourire niais aux lèvres comme s'ils étaient à la fête foraine, comme s'ils faisaient leur promenade du dimanche (je soupçonne que ce sont les mêmes connards qui prennent le métro à 18h, partent au ski en février et à Nice au mois d'août, parce qu'ils doivent aimer le contact humain surtout s'il est à moins de 10 centimètres).

Il est affligeant de voir que les seules analyses intelligentes sur le sujet sont le fruit de journaux étrangers (je ne parle pas de Fox News qui conseille d'aller passer ses vacances en Irak car c'est moins dangereux que Paris).

Pour conclure, on aura bien compris que je suis affligé. Ceci dit, je comprends la jeunesse: moi aussi, je voudrais bien être payé 5000 euros par mois, avec un boulot sans pression mais ultra-intéressant, 10 semaines de congés payés, 35 heures et les RTT. Allez les jeunes, après la révolution du prolétariat, voici venu le temps de la révolution du fonctionnariat. Hasta la victoria siempre.

 

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