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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 18:55
Comme quoi, la lecture d'un bon blog stimule les neurones. Ou au moins pousse a se tirer les doigts pour écrire ce qui aurait du l'etre il y a un bail s'il n'y avait eu cette damnée flemmite aigüe.

La problématique est la suivante: est-ce que l'émotion, ou plus généralement ce qu'on peut ressentir face a l'Art est la meme lorsqu'on est un Candide ou lorsqu'on s'y connait a donf'? Comme la réponse est probablement non, est-ce qu'il y a de fait une situation préférentielle (sachant qu'a priori on peut passer de Candide a connaisseur mais difficilement l'inverse et qu'a priori encore, quand on est s'intéresse a une forme d'art, ou qu'on est attiré par elle, on finit me semble-t-il nécéssairement par avoir envie de s'y connaitre un minimum)?
La seconde interrogation est ici plus rhétorique qu'autre chose, hein: ça fait partie de ces questions existentialo-philosophicomiques ou les différences d'opinion argumentées se valent bien, qui n'ont d'autre but que d'exercer les méninges et de faire passer le temps pour oublier un peu la mort. Donc le premier qui répond de façon péremptoire, je lui sors le fameux dicton de Mme Michu "tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir".
Du coup, cet article n'est absolument pas conclusif, mais plutot le récit de mes pérégrinations mentales sur le sujet. 

Je vais commencer par un exemple: 
Bien avant d'avoir des problemes de sébum, j'adorais lire. Pour autant je ne connaissais rien a la Littérature. La seule question qui m'habitait était  "est-ce que ça me botte ou pas?". Du coup j'ai lu et relu les Misérables, j'ai chialé comme un veau a chaque fois, pareil avec les Six Mousquetaires tout ça. A l'opposé, je n'ai jamais dépassé la page 40 de Madame Bovary ou la page 2 de A la Recherche du Temps perdu, pour ne parler que des classiques. Ainsi, alors que je ne m'interrogeais absolument pas sur la Forme et ne m'intéressait qu'au Fond, c'était pourtant dans une certaine mesure cette Forme qui déterminait au fond mon appréciation de l'oeuvre (ben oui, puisque si le style ne me convenait vraiment pas je ne terminais pas le roman). Mais si, relisez, c'est tres clair.

Il se trouve que depuis quelques temps le processus de création m'intéresse un peu plus: a la fin, la question fondamentale reste la meme ("est-ce que ça m'a botté?..."), mais je cherche a en savoir plus sur l'auteur, éventuellement sur sa vie lorsqu'elle est en relation avec le bouquin que je suis en train de lire, sur sa conception de l'écriture ou du roman... Je ne me pose pas moi-meme beaucoup de questions quand je lis, mais apres coup j'aime bien savoir que l'Auteur s'en est posé, lui, avant d'écrire ou meme pendant (il n'est jamais trop tard pour bien faire)*.
Bref, a l'occasion je lis quelques bouquins d'analyses littéraires appliquées (Vargas Llosa sur les susmentionnés Misérables, David Lodge ou Martin Amis sur Sterne, Joyce, James ou Nabokov etc: a vrai dire dans ce genre la je ne lis que des bouquins de critiques qui sont avant tout des écrivains, c'est plus facile a comprendre, plus crédible et pour tout dire ça me parle plus que si c'est écrit par un universitaire pompeux).
Du coup maintenant j'ai tendance a finir les bouquins que je commence meme s'ils m'emmerdent, histoire de pas mourir idiot (de passer de "j'aime pas c'est naze" a "tiens, pourquoi j'aime pas?") et des fois que je change d'avis en cours de route**. A m'intéresser a des auteurs qui a priori ne m'attirent pas plus que ça, a élargir mon champ de connaissances. Et a faire un peu d'analyse a posteriori pour comprendre pourquoi j'ai aimé ou pas, s'il y a des points communs avec d'autres auteurs que j'ai lus etc. Bon des trucs basiques hein, mais quand meme, mon comportement de lecteur a changé. Le paradoxe s'est aussi un peu inversé: je m'interroge plus sur la Forme, et pourtant elle a plutot moins d'importance qu'avant dans mon appréciation de l'Oeuvre (puisque désormais j'arrive a terminer, et donc potentiellement apprécier meme si c'est rare, un roman dont le style ne me plait pas).
Illustration (s'il y a un littéraire dans la salle, qu'il ne me jette pas de pierres si ce que je raconte est une hérésie): je me suis un peu fait chier a la lecture de McCarthy (De si jolis chevaux). Les histoires de chevaux, de cow-boys et de soleil couchant dans la prairie avec l'herbe qui bruit, c'est pas mon trip: j'ai un peu de mal avec les notions d'intemporel, d'immuable etc. Quand il ne se passe vraiment rien, et ça marche aussi pour le cinéma, faut vraiment que celui qui raconte soit tres fort, sinon je m'emmerde. Mais ce qui m'a surtout déplu est le fait que seules sont consignées les actions du héros. Ses sentiments ne sont jamais analysés ou meme décrits, comme s'il n'en avait tout simplement pas, ou comme si le narrateur se plaçait dans la posture d'un "journaliste" qui suit l'action mais n'a aucun moyen d'en connaitre les motifs, se contentant donc de la rapporter. C'est sans doute une posture réaliste (dans la vraie vie, un narrateur omnisicent, quelqu'un qui sait ce que l'autre pense, ça n'existe pas, a part bien sur Monsieur Boubakar marabout a Pigalle) mais que je trouve pour ma part on ne peut plus artificiel. Quand on lit un roman, c'est pour se plonger dans un univers différent. Cet univers, c'est celui de l'Auteur et en faisant le choix de lire son roman on accepte de facto qu'il nous l'impose. Si l'Auteur me dit prétendre qu'il ne connait pas l'univers qu'il a crée, que les zones d'ombre sont majoritaires, j'ai du coup du mal a y rentrer. 
Ce parti pris artistique me rappelle Hemingway ou Camus - et c'est la que les littéraires vont peut etre pousser des hauts cris- qui l'avaient amené encore plus loin puisque dans L'adieu aux armes ou l'Etranger, le narrateur est aussi le personnage principal. Je ne parviens pas a apprécier un roman écrit a la premiere personne qui n'est que factuel: le personnage principal est censé savoir ce qu'il pense. A moins qu'il ne veuille pas nous en faire part, mais dans ce cas pourquoi nous raconter sa vie malgré tout? A moins que ça ne soit censé passer pour un récit raconté oralement? Meme a l'oral on ne se contente pas que du factuel. Bref, pour moi ça ne fonctionne pas.
 
Mais revenons un peu au sujet et a la premiere de mes interrogations: comme l'exemple ci-dessus l'illustre peut-etre, il mesemble que le plaisir que l'on peut ressentir face a une oeuvre devient différent lorsque l'on passe du statut d'amateur naïf a celui d'amateur un poil plus éclairé.
Ce qu'on gagne en savoir, en moyens de compréhension, il se peut qu'on le perde en spontaneïté, en émotion. Et du coup, en mettant l'émotion au second plan, est-ce qu'on ne perd pas de vue l'essentiel, hein, Dieu me tripote? Parce que bon, qu'est-ce que l'Art sinon un vecteur d'émotions entre l'Artiste et son public?

Prenons un autre exemple: je suis un peu "cinéphile": j'entends par la que j'aime bien aller au cinéma (ça semble etre la condition minimum pour se déclarer cinéphile) en gros 1 fois par semaine pour voir toutes sortes de films, du blockbuster plein d'explosions a la comédie débile en passant parfois par le film d'auteur ouzbekhe. Je connais un peu les réalisateurs et acteurs "principaux", au moins contemporains, je m'intéresse un peu a la critique. Mais je ne connais rien a la technique, et pas grand chose a l'histoire du cinéma, les différents courants... Du coup, je m'en bats l'os de savoir que le mec a filmé en plan séquence de 13 minutes 27, a utilisé le champ contrechamp pour faire passer tel message ou que sais-je: si un réalisateur me plait, c'est plutot son univers, le genre d'histoires qu'il raconte, qui m'intéressent, meme si je peux etre sensible a certaines grosses ficelles comme les filtres de Jeunet, les ambiances glauques de Fincher ou les caméras a l'épaule pour faire réaliste (ou pour filer la gerbe au spectateur).
Bref, mes préoccupations de base devant un film restent assez basiques et reviennent a celles que j'énonçais pour la Littérature: me suis-je emmerdé ou ai-je passé deux heures agréables hors tu temps?. Si vous regardez le Cercle (une émission de ciné sur Canal, plutot bien faite car le panel de critiques présents est suffisamment vaste pour que chacun puisse trouver un ou deux chroniqueurs avec des gouts proches du sien) vous voyez tout de suite ceux qui raisonnent comme moi et ceux qui se tirlipotent sur les intentions du réalisateur. Alors c'est a l'occasion légitime et intéressant, ça permet aux crétins dans mon genre de se cultiver, mais des fois on a aussi envie de demander au gars qui se la raconte  - surtout, d'ailleurs, quand soi-meme on s'est fait chier comme un rat devant le film- : "non mais bon ok tu as bien tout analysé la technique et tu nous a fait une psychanalyse a la petite semaine du réal, mais au fond, vraiment, tu as aimé?". Et souvent on se rend compte que le critique est finalement bien incapable de répondre a cette simple question, tant il a intellectualisé son expérience, tant il est aussi dans le paraitre: parce que quand on parle d'Art, avoir vu et compris des choses que les autres ont pas vu et pas compris, ça fait toujours du bien a l'ego. Et la, paf, la question de l'émotion passe totalement au second plan.
  
Question subsidiaire: plaçons nous du point de vue de l'Artiste. Préfere-t-il etre jugé par des gens qui n'y connaissent rien (avec la tentation lors d'une critique négative de dire ouais mais toi t'y connais rien) ou par des personnes éclairées (avec la tentation de dire lors d'une critique négative ouais mais toi t'es qu'un gros frustré qui a jamais pu devenir artiste alors tu défonces ceux qui ont ça en eux)? Parce que bon, comme le disait Lodge et beaucoup d'autres, le but primal d'un artiste, qu'il l'admette ou non, c'est quand meme d'avoir un public et d'etre aimé (ou a défaut de susciter autre chose que l'indifférence: ça explique pourquoi les Houellebecq et autres sont finalement tres heureux de croire qu'ils sont haïs).

*D'ailleurs je ne me pose pas beaucoup de questions quand j'écris non plus, ça doit sans doute etre un signe et expliquer la pauvreté de mon style... Visiblement, certains écrivains contemporains ne doivent pas beaucoup s'interroger non plus.

** C'est marrant comme la premiere impression est souvent la bonne: un bouquin qui me fait chier les 50 premieres pages me fait tres rarement changer d'avis...

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Published by mixlamalice - dans Littérature
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commentaires

Ch'Tom 30/10/2008 22:45

Si ça peut t'aider dans ta quête : je te connais, d'habitude j'aime bien, et pourtant je n'ai pas finis ton post. Et comme moi je n'ai aucun scrupule à laisser s'empoussiérer une lecture pénible, je vais me coucher et attendre un post sur les Celtics.

mixlamalice 31/10/2008 00:34


C'est ça etre éclectique mec. Quand on passait nos déjeuners ensemble, je venais pas vous faire chier avec mes états d'ame sur la littérature contemporaine (entre autres) parce que je savais
que vous en aviez rien a secouer. Bon, comme ça m'intéresse quand meme, je cherche des blogs qui en parlent, et puis ici je suis chez moi merde.
Et comme des fois, pas trop réfléchir ça fait du bien aussi, ben je parle de nibards, de sport ou de biere. Et de science aussi (bon la c'est un peu plus réfléchi mais c'est censé etre mon domaine
donc ça a un coté moins excitant que d'essayer d'apprendre ou de dire des trucs pas trop cons sur un sujet qu'on maitrise pas mais qui nous botte).
Voila. Pour un post sur les Celtics, ça devrait pas tarder surtout si on va voir un match sous peu (comme on essaie de le prévoir).


Djac Baweur 30/10/2008 18:31

Ouah, l'autre, hé, qui recycle à mort ses commentaires... ;o)Bon, hé bien je fais faire plaisir à Mme Michu, et répéter ici ma réponse intangible et définitive sur ce sujet : ça dépend. 

mixlamalice 30/10/2008 18:37


Ben ouais mais si ce que tu écris me pousse a faire des commentaires qui étaient censés etre mes articles a moi si j'étais pas autant feignasse... je vais quand meme pas garder les rares trucs
intéressants que je raconte (de mon point de vue) pour les blogs des autres quand meme. Et pis j'ai bien passé 1h a réécrire et développer donc c'est pas vraiment triché.

Sinon on est d'accord (quelle vacuité d'écrire un article de 12 pages pour arriver la), ça dépend. Forcément, ça dépend, ça dépasse.