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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 00:56

Deuxième article de ma série naissante sur les séminaires scientifiques. Et plus précisément sur ce qui m'y gave.

Donc, après les speakers pas ponctuels, je souhaiterais parler des auditeurs qui interrompent le cours du séminaire pour poser des questions. Ce point a été brièvement évoqué par Chtom dans les commentaires, mais une expérience récente m'amène à y revenir plus en détails. 

Pour les candides, je tiens à préciser que la chose est fréquente dans le cadre de séminaires informels, mais que, dans un cadre plus, disons, professionnel, l'usage veut généralement que l'on attende la fin du speech pour poser ses questions. Sauf si, comme ça arrive parfois, le speaker vous propose spontanément de l'interrompre.

Donc premièrement, je ne trouve pas ça très poli parce que contraire aux usages. Bon. Les scientifiques ne sont pas des gens qui évoluent dans un univers où le paraître et disons, les codes comportementaux sont nécessairement  très importants (en tout cas pas dans le sens où la plupart des autres professions l'entendent: allez vous ballader à la Défense en pantalon velours trop court, baskets et pas rasé pour voir si ça ne choque personne), alors s'il n'y avait que ça, ça ne serait pas bien grave.

Mais il y a d'autres raisons pour lesquelles je trouve cela agaçant, et ce même dans les cadres plus informels:
- En général, la réponse à la question est "oui, j'allais y venir". Ce qu'on pourrait traduire par "si tu avais attendu deux slides, tu l'aurais pas posé ta question... (connard)".
- Assez souvent également, ça tourne très vite à une discussion personnelle entre le questionné et le questionneur, ce qui conduit à un décrochage total de la part du reste de l'auditoire. Auditoire que le speaker doit alors ensuite reconquérir (dans l'hypothèse où il avait réussi à le conquérir), ce qui n'est pas toujours gagné. De plus si les questions s'enchaînent, le speaker peut finir par sortir de son exposé, ne plus trop savoir où il en est ni ce qu'il a à raconter, ce qui est me semble-t-il assez contre-productif: ça m'est arrivé récemment, sur un talk que j'avais pourtant donné déjà une bonne dizaine de fois, autant dire qu'il était rodé. Après 10 interruptions relativement longues en l'espace de trois slides, j'ai vraiment eu un moment de flottement qui a duré deux trois slides avant de me remettre les idées à l'endroit. Je ne sais pas si le public l'a remarqué mais ce fut assez déplaisant pour moi.

- Les questions cons, ça arrive à presque tout le monde d'en poser, mais il me semble qu'en se laissant le temps de la réflexion, c'est à dire en attendant la fin du talk, on est plus à même d'éventuellement s'en rendre compte soi-même avant de la poser. Je dois avouer que raconter une grosse connerie est un peu ma phobie, surtout si c'est devant cent personnes, et donc quand je ne suis pas sûr et qu'on ne me demande pas mon avis, j'ai plutôt tendance à la fermer: mieux vaut se taire et passer pour un abruti que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet. C'est en partie pour cela que j'ai du prendre en cinq ans de séminaires et conférences, cinq fois la parole pour poser une question (c'est en partie aussi parce qu'une bonne partie des talks auxquels j'assiste me broutent, voir mon premier article). Du coup, à chaque fois la première phrase du conférencier pour me répondre a été "C'est une très bonne question". Oh, je ne me fais pas vraiment d'illusion, je sais bien qu'en fait cette phrase ne veut pas dire que je suis très fort mais signifie plutôt: "Eh merde, je sais pas quoi répondre, je vais un peu le sucer pour me laisser dix secondes de réflexion", mais bon, c'est toujours mieux que de s'entendre répondre "And what's the point?". Voila, c'est personnel, mais je préfère poser 5 bonnes questions et me taire 95 fois quitte à en laisser passer dans le doute un certain nombre, plutôt que de poser 30 bonnes questions et 70 nazes.

- La recherche étant un domaine "créatif" où se côtoient pas mal de gens très brillants intellectuellement (et inadaptés socialement mais c'est un autre problème), un certain nombre de comportements sont très liés à des expressions d'ego plus ou moins bien venues. On trouve donc une proportion non négligeable de chercheurs qui, visiblement, préféreraient crever plutôt que d'assister à un talk sans trouver le moyen d'y caser une question pour bien montrer qu'ils ont tout suivi et tout pigé.
Quand la question est pertinente, passe encore: après tout, c'est parfois fait de façon innocente et ça permet d'éclairer un point qui pouvait vraiment avoir été peu clair.
Quand la question est con, voir ci-dessus. Soyons honnête, finalement, c'est assez rare.
Quand la question n'est pas pertinente, c'est vite pénible: par exemple, certains semblent éprouver le besoin irrépréssible d'interroger le conférencier sur des expériences ou modèles dont il parle parce qu'il faut bien introduire son sujet et le replacer dans un contexte général (histoire de montrer qu'on n'est pas tout seul à se poser des questions sur un truc complètement inutile), mais qui ne sont pas les siens. Si c'est pour une question de détail, ok: le speaker est censé connaître les expériences qu'il cite ou les modèles qu'il utilise. Enfin, si ça s'acharne: "et pourquoi ils ont fait ça et pas ça, et pourquoi le modèle fait cette hypothèse et pas celle-la", rapidement on a envie de dire: "et merde, va lire les papiers ou envoie un mail au gars, mais la c'est pas lui qui parle et c'est pas le sujet".

Quand la question est tordue, ça dépend: si c'est assez innocent la aussi tout se passe bien. Mais fréquemment on sent que l'auditeur (surtout s'il est vieux) cherche à piéger le speaker (surtout s'il est jeune) pour voir ce qu'il a dans le ventre - ce qui est légitime dans le cadre d'une audition mais l'est moins dans le cadre d'une invitation-, et éventuellement se foutre de sa gueule et par la-même montrer à tout le monde à quel point lui, il est balèze. Dans ces cas-là, je trouve ça irritant: ce n'est pas qu'il faille dire amen à tout ce qu'un conférencier raconte, mais je trouve qu'on peut procéder de manière plus courtoise (quand ce sont deux pontes qui se mettent sur la gueule, la par contre ça peut être rigolo - ou intéressant - ou les deux).   

Et puis il y a ceux qui m'ont poussé à écrire cet article: ceux qui posent une question qui n'en est pas une. Ceux qui interrompent le speaker pour raconter pendant cinq minutes ce que eux ils font, qui est forcément génial. Sans que ça n'ait rien à voir avec le sujet du speech. Des fois ils font un vague effort pour essayer de tourner ça en question, ou pour trouver un minimum de rapport avec la choucroute, mais souvent non, même pas. Un pur ego trip, un pur moment de "moi, je". Comme si on n'avait pas assez l'occasion de se faire sucer, dans le petit monde de la recherche... Généralement ce sont soit des mecs très forts qui semblent ne pas pouvoir concevoir qu'il puisse y avoir un talk sans que leur nom ne soit prononcé. Ou alors, des anciens mecs très forts qui ont du mal à concevoir qu'il n'y a plus un talk ou leur nom est prononcé parce que ce qu'ils ont fait de bien a 30 ans, et que depuis ça a, oh, à peine, bougé. Et c'est encore pire quand ce sont des mecs moyens ou mauvais. 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

Ch'Tom 15/04/2009 21:00

Tiens, une nouvelle commentatrice. Alors maintenant, t'arrêteras de te plaindre sur les autres blogs que personne ne vient sur le tien.

mixlamalice 15/04/2009 21:22


Je t'arrête tout de suite. D'après mon tableau de bord, Miss Gourmandise a déjà laissé un commentaire en octobre 2008.
D'ailleurs je n'ai pas dit que personne ne venait sur mon blog (après tout il y a moins d'un ordre de grandeur entre les stats du célèbre cafetier des sciences Tom Roud et les miennes),
mais bien qu'il n'y avait jamais de débats en commentaires. Le plus grand que j'ai eu, c'est toi et moi et ça a duré 5 commentaires (+5 réponses). Et puis, c'était plus une pirouette pour me
sortir d'affaires qu'un réel épanchement dépressif... J'aime pas être gentil alors je voulais pas bêtement écrire "mais non tes articles y sont supers, Tom, en fait c'est les commentateurs que je
trouve un peu boulets. Euh je veux dire, juste dans ce cas précis, hein, je trouve que c'est beaucoup de vent brassé pour pas grand-chose: en gros on peut synthétiser les arguments avancés en 3
lignes et demi".


Miss Gourmandise 15/04/2009 14:10

oh la la j'ai failli m'écrouler de rire! tu devrais d'ailleurs pondre un article; les 10 trucs à éviter ds une conf ou "préparer un talk pour les nuls"!! ceci dit des fois il est bien judicieux de glisser une ptite phrase au début du talk du genre "All your questions would be more than welcome at the end of the talk" en espérant que ça ne tombe pas dans l'oreil d'un (voir plusieurs) sourd(s) :p

mixlamalice 15/04/2009 15:13



Le "I'll be happy to answer your questions at the end of the talk" est assez rare, enfin dans mon expérience en tout cas, c'est plutôt quelque chose par défaut. Si on ne dit rien, les gens sont
supposés attendre la fin. Si on précise explicitement l'inverse (il y a des speakers qui prèfèrent), on peut se lâcher. Après c'est peut-être pas pareil partout.


Pour les idées d'article, pourquoi pas, mais avec mes 4 présentations orales dans des confs et mes 6 séminaires, je n'ai pas non plus une expérience délirante.


Mon seul conseil pour l'instant c'est: avoir un PDF de sa présentation au cas où le Pwp merde. Et vérifier avant le talk si c'est possible que le Pwp ne merde pas. J'ai vu un chinois qui a perdu
5 minutes sur 12 de talk à ouvrir son Pwp (et à l'APS, 12 minutes c'est 12 minutes quelle que soit la situation). C'est arrivé à mon boss aussi (éviter si possible les permutations d'ordi: il y
en a qui ne peuvent pas envisager de présenter sur un ordi autre que le leur, je recommande d'éviter, ça ne sert pas à grand chose et ça augmente les chances qu'il y ait une merde avec le projo,
par exemple). J'ai aussi entendu une histoire sur un grand ponte dont tous les symboles dans les équations du pwp avaient été remplacées par un hasard malicieux par des symboles disney
(oreilles de mickey, têtes de mort, coeurs...). Il était pas très jouasse paraît-il.



Ch'Tom 15/04/2009 12:39

Je pense qu'on insiste pas assez sur ce point quand on prépare une conf' quelque part : qui sera dans l'assistance, et, de fait, quelle biblio je dois bien relire histoire de pouvoir jouer à la bataille de ref, et à esquiver les : "eh mec ! Pourquoi t'as pas cité Popol !".Il faudrait tester de bien bâcher ceux qui coupent. Des petits "j'y viens connard", ou encore "tu parles de ton papier pourris ou tu fais une droite avec trois points ?", "je ne cite pas les roux", "fallais arriver au début mec !" (beaucoup de gens qui arrivent en retard posent des questions cons aussi), devraient être du meilleur effet.

mixlamalice 15/04/2009 15:06



J'ai déjà pratiqué plus d'une fois le "j'allais y venir". Sans le "connard" mais avec un petit sourire narquois vers le reste de l'assistance. Généralement ça marche pas mal, le mec s'excuse et
ferme sa gueule.
J'ai aussi pratiqué chez L. qui me gonflait depuis 5 minutes à propos d'un modèle que je n'avais pas écrit et sur pourquoi il ne s'appliquait pas à d'autres systèmes alors qu'il devrait, le
"je pense que le mieux serait de discuter avec B. (le mec qui a écrit le modèle)". J'ai depuis trouvé une réponse qui aurait été un poil plus subtile, mais trop tard. Je ne sais pas si ça lui a
plu, mais ça a fait rire les autres, c'est déjà ça.
Pour les roux, je pourrais essayer, il y en a un nombre non négligeable dans mon département...