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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 17:28
L'un des joueurs les plus emblêmatiques des Red Sox, l'équipe de baseball elle-même emblêmatique de Boston, David "Big Papi" Ortiz, vient de voir sa légende écornée: un résultat anti-dopage positif datant de 2003 a récemment fait surface.
Il faut savoir qu'avant 2003, la MLB, la Ligue de baseball américaine, ne pratiquait pas de contrôles anti-dopage: devant l'explosion des statistiques et la mutation physique d'un grand nombre de joueurs, elle avait lancé une grande campagne de contrôles, censés être anonymes, pour déterminer s'il était nécessaire d'instaurer effectivement des tests anti-dopages systématiques.
Il se trouve que 104 joueurs se sont avérés être positifs, soit plus de 5% des contrôlés. Depuis 2004, la MLB a donc mis en place un programme anti-dopage (rien de bien méchant, on reste tout de même dans l'entertainment, donc il n'y a pas plus d'un ou deux contrôles par an et par joueur: quand on voit les méthodes de pointe du vélo, on se dit qu'il doit être facile de passer entre les gouttes).
Bref, pour revenir aux 104 joueurs positifs, "the List": ils n'ont jamais été suspendus et leurs noms n'étaient pas censés être révélés. Pour une raison x ou y, il y a depuis quelque temps des fuites régulières, principalement parmi les meilleurs joueurs ou ex-joueurs de la Ligue (Alex Rodriguez, Sammy Sosa...), le dernier en date étant donc David "Big Papi" Ortiz.

Ortiz ne sera jamais suspendu, le résultat n'apparaîtra même jamais de manière officielle, et de toute façon on ne sait pas -et on ne saura pas- à quoi il a été positif: cela peut-être à l'hormone de croissance comme à la caféine...
Pourtant, c'est un peu une affaire d'état ici, sans doute parce qu'une grande majorité des gens, à ma grande surprise, était persuadée que Big Papi n'était pas un tricheur. Oh, il y a bien quelques pisse-froids, journalistes un peu plus cyniques ou fans un peu plus désabusés que la moyenne, qui n'ont pas été vraiment surpris, mais beaucoup se sont sentis trahis. 
Or, considérons les faits: Ortiz était un joueur moyen des Minessota Twins, tellement moyen qu'ils ne l'ont pas resigné en 2002. Arrivé aux Red Sox, il se mue à presque 30 ans en joueur exceptionnel, explosant tous ses records de carrière en 2003, jusqu'à battre le record de home-runs par un joueur des Red Sox en une saison en 2005 (54). En regardant les photos, on s'aperçoit également qu'il semble devenu bien plus massif. Si l'on s'intéresse à ses stats plus en détail, on s'aperçoit que, d'un joueur qui faisait beaucoup de "doubles" (coup de batte qui permet d'avancer de deux bases), il est devenu un joueur qui fait beaucoup de home-runs: bref, il a assez subitement énormément gagné en puissance, ce qui, en plein dans la funeste "steroid era", aurait probablement du rendre le public un poil plus suspicieux.
Autre fait rigolo: en 2007, le "Mitchell Report", enquête officielle de la MLB au sujet du dopage, avait mis à jour une centaine de noms de joueurs dont on peut penser qu'elle n'était pas très éloignée de la liste de 2003. A une exception près: elle ne comportait aucun nom de joueurs de Red Sox sur cette période, uniquement des anciens joueurs qui n'évoluaient plus dans la franchise au moment des faits, contre une vingtaine de joueurs des rivaux New-York Yankees . Or, le-dit Mitchell faisait partie du directoire de ces mêmes Red Sox... Pourtant, une immense majorité des fans des Red Sox (la Red Sox Nation) a réellement cru ou voulu croire que leur équipe était pure et avait battu à l'eau claire en 2004 des Yankees tous chargés à l'hormone de croissance.

De façon plus générale, il me semble que cette histoire est symbolique de quelques traits de comportement typiquement américains:
- pour commencer, un grand respect et une inclination culturelle forte pour la présomption d'innocence, couplée d'ailleurs à une grande sévérité pour les coupables avérés, comme on peut le voir dans les "scandales politiques" en tout genre. En France, il me semble que comme tout le monde ou presque est complètement blasé, on pardonne plus vite, voire, plus grave, on finit par ne même plus s'indigner. "Oui, l'Elysée a commandé avec l'argent public des sondages 300000 euros à des potes alors qu'elle aurait pu les lire pour 1 euro dans le Figaro, bon ben c'est pas joli-joli mais pfff"
- également, une forte propension à croire à l'impossible et aux belles histoires: autre exemple, le cas Lance Armstrong, le "héros américain" qui revient d'entre les morts pour devenir le plus grand cycliste de l'Histoire. Pour revenir au "Mitchell Report", j'ai tendance à croire que des faits similaires auraient mis la puce à l'oreille ou au moins fait ricaner des fans européens... 
Je ne sais pas si je dois être admiratif de cette vision du Monde qui, j'en suis sûr, peut pousser au dépassement de soi, ou si je dois me gausser d'une telle naïveté qui amène les américains à respecter et à faire confiance à des imposteurs notoires au-delà de toute évidence (je ne parle pas que de sportifs ici). 

Pour terminer sur une touche moins philosophique, mais toujours en lien avec cette histoire, j'ai lu récemment un article des Cahiers du Football sur l'inutilité des journalistes sportifs, provocateur et plutôt rigolo. Je n'ai pu m'empêcher de penser que l'auteur ferait mieux de ne jamais venir vivre aux USA, où le phénomène du "parler de sport pour ne rien dire" est infiniment plus développé qu'en France, d'une part parce qu'il y a quatre sports majeurs, d'autre part parce que certains de ces sports ont une saison qui compte quasiment un match par jour. Donc, les "on refait le match", ce n'est pas une fois par semaine à minuit, mais une fois par jour dès la fin du match de baseball ou de basket. Depuis une semaine, je ne sais combien d'heures de discussion ont été perdues à imaginer ce que Big Papi allait dire pour sa défense ce samedi, et les implications potentielles de cette interview qui n'a pas encore eu lieu... Il y a également sur espn.com des colonnes quoitidiennes sur n'importe quoi touchant de près, ou parfois même de loin, au sport: j'ai un faible particuler pour celles de Bill Simmons, surnommé modestement "the sports guy", qui, tel un Pierre Ménès à la puissance 10, raconte tout et son contraire en un flux si torrentiel que tout le monde oublie au fur et à mesure les conneries qu'il a bien pu écrire quelques semaines auparavant. Ainsi, au sujet de David Ortiz, lorsque celui-ci, il y a quelques mois, avait connu une baisse de rendement inquiétante, il avait écrit, sur plusieurs pages, quelque chose qu'on peut résumer en "je ne pense pas que Big Papi soit dopé, je pense juste qu'il est fini parce qu'il est trop vieux". Deux mois plus tard, Ortiz revenait à des statistiques conformes à son statut, et encore un peu après, l'histoire du test positif apparaissait...
Mais, contrairement au journaliste des Cahiers du Football, c'est ça que j'aime bien dans le sport: quand on s'y intéresse et qu'on en parle, c'est un peu comme la politique. Quel que soit son degré d'éducation, sa connaissance du sujet, son intelligence, on en vient rapidement à exprimer des arguments similaires à ceux du pilier de PMU. Une humble preuve que nous appartenons tous à la même espèce, en quelque sorte.

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commentaires

mixlamalice 08/08/2009 19:01

Update: Lors de son interview vérité, "Big Papi" a dit qu'il avait pris des suppléments alimentaires mais jamais de stéroïdes...Etonnant, non?

mixlamalice 08/08/2009 19:57


Ce qui l'est plus, et va dans le sens de ce que je raconte, c'est que les media et le public ont l'air convaincus...