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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 14:28

Premier exam', premières copies corrigées et rendues, premières pleureuses.

 

L'examen était à tendance "facile", puisque, étant visiblement une matière de peu d'importance dans le cursus de mes élèves, j'ai opté plutôt pour le contrôle de connaissances "indispensables" sur le sujet, à la manière des QCM ricains, que pour la récompense à la réflexion scientifique devant un problème musclé et piégeux à la française.

 

Las, bien qu'une majorité de la classe se soit barrée 20 minutes avant la fin l'air très satisfait, les copies étaient dégueulasses. Dans le fond comme dans la forme.

La moindre des choses quand on a fini largement en avance et qu'un examen paraît facile, c'est de s'assurer qu'on a rendu quelque chose d'irréprochable: effort de "rédaction" (justification des réponses), unités aux résultats numériques, vérification basique de l'homogénéïté des formules: à bac+4 en génie mécanique, quand on est capable d'écrire une surface en mètres ou un module d'Young en Newtons ou une masse molaire en rien du tout, il y a je pense un sérieux problème, qui vient sûrement d'assez loin.

Je m'interroge d'ailleurs: y a-t-il un ou des responsables au fait qu'aujourd'hui, pas un étudiant sur deux n'est choqué de donner un résultat sans unité, inhomogène ou avec 8 chiffres significatifs quand on a une précision de 10% sur la mesure?

Bref, sans être catastrophique, la moyenne pour ma partie d'examen était plutôt faible, vu le côté basique des questions posées (environ 7/15).

Mon collègue n'a pas eu les mêmes états d'âme et la moyenne de sa partie sur 5 doit être de 0.5 ou 0.75 (meilleure note 2, moins de 20% des copies ont plus de 1).

D'où une moyenne générale autour de 7.5-8, une meilleure note à 13, 4 copies au dessus de 10, et une douzaine de copies sous le fatidique 7, induisant un rattrapage dans l'hypothèse où le deuxième partiel serait aussi catastrophique.

Quand je lui ai demandé ce qu'il convenait de faire (je viens d'une école d'ingénieurs où le remodelage de gaussienne des notes autour de 10 est une religion), il m'a répondu: rien, ils n'auront qu'à plus bosser la prochaine fois.

Soit.

 

Sauf que les élèves ne l'entendent pas de cette oreille, et par le biais de la grande gueule de service (le genre de gars qui ne fout rien, mais qui en plus passe son temps à la ramener avec un regard au professeur qui signifie clairement "je t'emmerde"), sont venus pleurer après le cours que je donnais hier à l'autre promo. Promo d'ailleurs complètement différente, globalement attentive, qui participe, fait l'effort de raisonner et à défaut fait au moins gaffe aux "bases" scientifiques.

Ils m'ont même reproché ma "rancoeur" (quant au fait qu'ils n'était pas attentifs)... Sachant qu'il y a encore 5 ans j'étais à leur place et que j'étais moi-même loin d'être toujours irréprochable, je n'ai pas oublié à quel point on peut être profondément inintéressé par un cours, et néanmoins obligé d'y assister. 

Pourtant, je suis tout à fait prêt à admettre que j'ai beaucoup de progrès à faire dans l'enseignement, peut-être même que ce n'est pas quelque chose pour lequel je suis intrinsèquement doué, mais je ne pense pas déjà être assez aigri pour "casser" les élèves qui ne m'écoutent guère. Je crois de toute façon que la case "aigri", si elle existe, est très rapidement remplacée par la case "blasé": celle où on en a tellement vu que plus aucun comportement ne nous étonne ou chagrine, celle où mon collègue proche de la retraite semble évoluer.

Bref, à mon humble avis, leurs errances comportementales a plutôt eu pour conséquence majeure le flou artistique de leurs réponses au problème que mon excessive sévérité...

Et dans l'industrie, puisque ce sont des élèves en alternance, il me semble qu'on ne peut pas trop dire "ouais, c'est sûr que c'est pas complet-complet ni ultra-carré, mais v'voyez l'idée, non?".

 

stop_making_excuses.jpg

 

Mais je parierai que ce dialogue se reproduira tôt où tard, et que, comme cette fois, personne ne convaincra personne...

 

Parce que visiblement, je ne suis pas un cas isolé: 

http://www.utexas.edu/courses/svinicki/398T/Difficult%20Students.htm

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

mixlamalice 06/11/2010 13:59



Issu du blog cité par JF, je crois que ça vaut le coup d'être écrit:


 


"


Case in point: Units and dimensions
“I got the right value, why are you taking five points off ?”
“Sir, please note that the problem asked you for a length. In your answer, you are expressing it in kilograms…”
“Yeah but… five points ?”
The value of any physical quantity can only be meaningfully expressed in appropriate units, reflecting underlying physical
dimensions. If I were to pick the single thing that a freshman student were to retain of a physics course, I would choose this. If students do not understand that a length cannot be expressed in
kilograms, that force has dimensions of mass multiplied by length divided by time squared, that quantities with different dimensions cannot be added
together, and that the first check of the correctness of the answer is dimensional consistency, I do not care how well they have memorized the rest, and how proficiently they can apply formulae
and do algebra — they have not learned anything.
However, in a context where students are tested by means of problems, physical units and dimensions are often times simply ignored, the rationale being “Come on, how important can that crap be ?
One point out of ten at the most…” [3].
This is just an example of what, in my opinion, is the worst drawback of problem-based tests. A problem aims at probing too much at once. Because partial credit must be assigned,
major holes in one’s background can go undiagnosed."



mixlamalice 06/11/2010 17:30



Désolé, il y avait un truc dans le commentaire précédent de Guil's (sans texte) qui faisait bugger l'article. Je l'ai supprimé.



postdoc 06/11/2010 09:46



En terminale j'avais un prof qui avait une méthode très simple. Une erreur dans les dimensions, c'était 0 à l'exercice. Si on était pas sûrs il nous disait de mettre SI. C'était assez motivant.


 


Est-ce que tu leur as demandé quel temps ils ont passé à réviser ? Une TA dans mon labo avait ce genre de problème, notes catastrophiques aux examens, etc. Celui qui a travaillé le plus pour
l'examen y avait passé 30 minutes. Pour la plupart c'était 10 minutes. Et ils étaient surpris … Autre exemple, ma cheffe donne un cours d'introduction. J'étais tombé sur ses QCM, je lui avais dit
qu'elle était trop gentille, c'était très largement faisable par un lycéen. Elle m'a tout de suite corrigé, la moyenne à ses QCM cette année est D. Et les élèves se plaignent qu'il faut
réfléchir. Ce sont des gamain en université. C'est assez affligeant.



mixlamalice 06/11/2010 12:09




Je me souviens vraiment qu'en prépa, nos profs étaient très stricts sur les résultats sans unités, non homogènes ou grossièrement absurdes. C'est probablement la meilleure chose que j'ai
retenue de ces 3 ans...


Je ne sais pas si j'ai vraiment été chanceux ou si c'est quelque chose qui a changé drastiquement en dix ans...




JF 05/11/2010 21:07



http://expbook.wordpress.com


 


Et l'auteur a écrit sur les QCM (et les étudiants en physique), ici par exemple :


http://expbook.wordpress.com/2010/08/18/on-multiple-choice-tests-part-i/


 


Sinon il dit plein de choses intéressantes, comme là :


 


http://expbook.wordpress.com/2008/04/22/academic-inbreeding/


ou là :


 


http://expbook.wordpress.com/2009/09/01/on-deadwood/


 


et bien d'autres encore.



mixlamalice 05/11/2010 23:57



Ok danke, j'irai voir ce we...



JF 05/11/2010 16:50



Il me semble que Massimo dans exponential book raconte le même genre de choses sur les étudiants et les réponses non-homogènes. C'est donc au moins transatlantique.


 


Sinon, sur le fait que dans l'industrie on peut pas dire "c'est à peu près juste", ça me fait penser à ce que racontait à ma femme,a lors étudiante en médecine, un de ses profs : "comment ça, 10
sur 20 ça suffit ? Ca veut dire que dans votre carrière, vous serez heureux si un patient sur deux qui vous est confié vous claque entre les doigts ?"



mixlamalice 05/11/2010 17:01



Je connaissais pas ce blog, j'irai y jeter un coup d'oeil...


 


Sinon, je me souviens pas qu'on chialait pour les notes en dernière année d'école d'ingé (peut-être pour les tps, mais pas pour les exams...).



Aisling 04/11/2010 19:42



Ouais, pour couper court a toute discussion sur les notes, j'aime bien la methode annoncee dans le "syllabus" (si tu peux faire... en France on ne maitrise pas toujours): -10% par jour de retard
pour les devoirs, et une moyenne calculee sur les N meilleures notes sur N+x devoirs et examens. Ca permet de de-dramatiser une note en particulier et de repondre laconiquement: "y'a plus qu'a se
bouger pour la suite" :-)


 


Bon courage! 



mixlamalice 05/11/2010 00:21



Bon, la c'est un module de 7 cours-7tds de 1h45 chacun avec deux partiels, donc ça sera compliqué... cela dit, mes 4A sont franchement assez "gamins", alors que les 5A semblent plus matures. Je
ne sais pas si c'est juste le 1 an de plus, ou si c'est un hasard de promo, ou quelque chose de plus complexe... mais les cartonner m'a en tout cas plus perturbé que ce qu'il l'imagine.