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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 09:16

L'inefficacité suprême d'une bureaucratie est atteinte quand l'usager doit expliquer ou faire connaître lui-même aux bureaucrates les règles qu'ils sont censés faire appliquer (et les convaincre ensuite de le faire).

 

 

Situation qu'on retrouve extrêmement souvent dans l'Enseignement Supérieur et la Recherche*, que ce soit pour le paiement des heures complémentaires, les modalités de décharge d'enseignement ou de modulation de service (pour pouvoir enseigner dans d'autres établissements, par exemple), la gestion des projets de recherche, voire même la grille salariale.

 

Je passe un temps fou à éplucher les règlements divers que j'arrive à obtenir (à tel point que mes collègues se moquent de moi et me conseillent de devenir délégué syndical): ce n'est pas spécialement parce que j'aime ça, même si ça entretient une mauvaise humeur qui contribue à mon efficacité.

 

C'est aussi parce que j'ai rapidement compris que:

- ce n'est pas parce qu'on vous affirme qu'une chose est impossible administrativement parlant qu'elle l'est vraiment.

- les erreurs sont fréquentes, volontairement ou non. Et, volontairement ou non**, elles sont rarement en votre faveur***.

- je n'aime pas qu'à demi-mot, on m'assimile à un voleur ou un rapace, chose assez fréquente dans le monde académique, quand vous réclamez ce qui vous est légalement dû.

- passer 2 heures pour comprendre un problème (à défaut de forcément le résoudre) permet de gagner du temps, ou au moins de ne pas être surpris quand il y aura récurrence (pour les dépôts de projets ANR ou le paiement des HC, il y a des chances que ça revienne).

- parfois, la satisfaction d'avoir contribué à régler une situation absurde: l'an dernier, quand, avec j'imagine beaucoup d'autres, j'ai réussi à faire prendre conscience qu'exiger la remise du dossier complet deux semaines avant la date limite à l'administration, suivi de 5 tours de signature en remontant jusqu'à l'administration générale pour obtenir le droit de déposer un projet dont le taux de réussite ne dépassait pas 10% était un peu too much****. Que vouloir prélever 25% du budget quand la quote part pour l'établissement est prévue et fixée à 4.87% ne marcherait pas non plus.

 

 

Je recolle ici deux réflexions un peu disjointes:

J'ai l'impression que l'un des gros problèmes de certains services bureaucratiques est qu'ils sont basés sur un "catch 22".

Les personnels qui ont une vraie importance ne sont ni les "guichetiers", ni les hauts "gradés", mais les cadres intermédiaires.

A ces postes, il faut être actif et réactif, savoir s'adapter, et avoir un bon contact humain avec une bonne dose de calme et de pédagogie. Ce n'est pas si facile.

Problèmes: le boulot est souvent peu stimulant intellectuellement, et pas très bien considéré (tant par l'employeur qui recrute en CDD, que par les supérieurs d'une part et les usagers du service d'autre part).

Faire preuve d'efficacité est le drame de ces gens-là: rapidement cela se sait, et tout le monde leur refile les patates chaudes plutôt qu'aux collègues pantouflards. Ils se retrouvent très vite sous pression et la tête sous l'eau.

Résultat: ils partent dès que possible, en réussissant un concours ou en obtenant une mutation. Soit ils ne sont pas remplacés, soit ils sont remplacés par quelqu'un du même genre qui se barre aussi vite, soit arrive enfin un nullos, qui lui, restera là 20 ans.

Cornélien, je vous dis.

 

 


 

 

 

* je n'ose penser que c'est un plan machiavélique à grande échelle (avec entre autres les financements sur projets et labels d'excellence) pour complètement stériliser les chercheurs et enseignants-chercheurs, permettant de conclure que la recherche française est nulle, que l'Université française est nulle, que l'argent du contribuable est gaspillé et qu'il faut tout privatiser (par exemple). 

 

** je veux encore croire que c'est majoritairement involontaire: les erreurs sont souvent faites par les personnels aux bas échelons, pas formés, peu payés, et dont la durée de vie à un poste est généralement inférieure au temps de formation souhaitable... que les supérieurs hiérarchiques ferment les yeux ensuite ou ne se rendent compte de rien car ils ont d'autres chats à fouetter est une autre et vaste question. Compliquée par le fait que non seulement les personnels, mais aussi les règles changent radicalement et unilatéralement tous les six mois...

 

*** Parce que l'Etat n'est pas toujours un employeur modèle pratiquant la transparence.

 

**** la régle préconise une simple signature du directeur du laboratoire...

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commentaires

DM 19/10/2011 16:16



Ce n'est pas forcément un problème de cynisme ou de mensonge. Il y a tout simplement que le fait que si un responsable fait des promesses, ou du moins dit que telle chose sera faite, cela ne vaut
pas engagement de l'institution.



mixlamalice 19/10/2011 17:13



Je voulais juste dire qu'a priori, un politique qui fait des promesses sait très bien qu'elles ne seront pas forcément tenues (sauf peut-être S. Royal après son pétage de boulon). Un bureaucrate,
je pense, n'a pas cette approche là... généralement ils sont assez convaincus de ce qu'ils disent (ou promettent). 



DM 19/10/2011 15:54



On peut aussi citer « les promesses n'engagent que ceux qui y croient ».



mixlamalice 19/10/2011 16:14



Au moins, chez les politiques, on peut voir dans cet adage une preuve de cynisme...


C'est pas forcément positif, mais ça a un côté humain, rassurant...



mixlamalice 19/10/2011 15:49



L'inverse est vrai aussi et peut-être plus emmerdant: ce n'est pas parce qu'on vous dit qu'une chose est possible administrativement parlant qu'elle l'est réellement. Quand quelqu'un finit par
réagir six mois plus tard (une fois que la chose a été faite), ça peut être très pénible.



DM 19/10/2011 13:19



Évidemment, après tu peux sortir l'artillerie : courrier au supérieur hiérarchique, voire à la direction de l'établissement. Pour certains refus de communication d'information, recours CADA. Etc.



mixlamalice 19/10/2011 13:54



Je ne suis tout de même pas allé jusque là.


Une fois simplement, je suis allé dans le service qui avait pondu une circulaire définissant un règlement, pour demander à la responsable d'appeler (devant moi) la secrétaire d'un autre service
qui avait gelé ma situation parce qu'elle n'était pas sûre d'avoir bien compris la dite circulaire (et parce qu'on ne répondait pas à ses mails - l'autre service est à 50m dans une autre
aile du bâtiment).


La Cada, je vais essayer de m'en souvenir au cas où...



DM 19/10/2011 12:49



De plus, la bonne méthode, en effet, est de connaître les textes et d'insister pour obtenir les informations. En effet, les personnels qui font initialement des difficultés sont généralement
convaincus par un simple rappel des textes ; inutile de s'énerver.



mixlamalice 19/10/2011 13:15



"convaincus par un simple rappel des textes": si seulement c'était toujours vrai...


"inutile de s'énerver": oui, hélas pas toujours facile à appliquer.


Insister pour obtenir les informations m'a en effet permis d'anticiper un certain nombre de problèmes et de les régler un peu plus vite que la moyenne... pas de miracles, mais parfois un coup de
fil de 5 minutes vaut mieux que deux semaines d'échanges de mails complètement abscons...