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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 13:32

Après mes fameux "conseils aux candidats" aux postes de Maître de Conférences (MC) ou de Chargé de Recherches (CR), billet dont la fréquentation explose entre mars et mai, quelques mots pour ceux qui sont à la recherche d'un poste d'ATER (toujours dans le cas des sciences dures)*.

En effet, je suis en charge du suivi des dossiers pour le recrutement sur le poste d'ATER ouvert au labo, et j'ai donc pu voir en quelques semaines à peu près tout ce qu'il ne fallait pas faire, et en déduire un certain nombre de choses qu'il était bon de faire.

 

Mes conseils peuvent être résumés comme suit, je détaillerai ensuite:

- si vous avez déjà une bonne expérience d'enseignement (typiquement au moins une centaine d'heures), et/ou si vous n'envisagez pas spécifiquement une carrière d'enseignant-chercheur, fuyez ces postes.

- évitez à tout prix d'avoir l'air complètement "clueless" dès le premier contact.

 

Point 1: il faut bien comprendre que dans la majorité des cas, et ce phénomène s'accentue depuis la mise en place de l'AERES et autres, les recrutements d'enseignants-chercheurs sont axés sur la production scientifique du candidat. Il y a probablement encore quelques exceptions dans les petits labos "familiaux", mais dans la plupart des cas, il n'y aura pas photo entre un candidat présentant un CV avec 10 publis et 150h d'enseignements, et un candidat à 2 publis et 500h d'enseignements, même si un "minimum vital" est souvent demandé (typiquement trois années de monitorat, des vacations substantielles ou déjà une année d'ATER).

Pour un poste de CR, c'est clair, l'enseignement ne représente rien d'autre qu'un (tout petit) plus éventuel, et la qualité scientifique est tellement compétitive que faire un ATER revient quasiment à se tirer une balle dans le pied. 

 

Bref, les postes d'ATER, qui impliquent une grosse charge d'enseignement sur un temps réduit et rendent difficile une grosse production scientifique, ne sont, je pense, qu'utiles à ceux qui doivent absolument étoffer leur dossier enseignement dans le cadre d'une candidature à un poste de MC.

Si vous ambitionnez uniquement le CNRS, que vous avez déjà un bagage d'enseignant potable, ou que vous envisagez de postuler à terme dans le privé, optez pour un post-doctorat 100% recherche.

C'est un conseil qu'on m'a donné il y a longtemps déjà, et avec un peu plus d'expérience, j'y adhère totalement: il faut bien prendre conscience qu'"aimer l'enseignement et y consacrer beaucoup de temps" n'est en aucun cas un critère suffisant (ni parfois même nécessaire) pour un recrutement MC**.

Les exceptions acceptables pouvant être pour finir la rédaction de son manuscrit de thèse en évitant de passer par la case chômedu, ou lorsqu'un labo a de grandes chances de recruter l'année d'après et considère donc son recrutement d'ATER comme une espèce de pré-recrutement (c'est notre cas).

 

Point 2: les postes d'ATER étant ce qu'ils sont, à savoir, parlons franchement, globalement assez peu considérés, j'admets que la situation n'est pas toujours facile. Peu ou pas de pub sur les postes, calendrier et procédures de recrutement floues et à géométrie variable, c'est pas le paradis du candidat.

Mais tout de même, quand on fait l'effort d'afficher un profil détaillé, de le transmettre aux sociétés savantes, de fournir des liens vers les pages où la procédure de candidature est explicitée, d'encourager les candidats à nous contacter, on attend au moins qu'ils en fassent la lecture attentive.

Donc:

- les mails qui commencent par "votre thèse (ou votre post-doctorat) m'intéresse" finissent directement à la poubelle (et, si j'étais plus méchant que je ne le suis pour l'instant, contribueraient à discréditer toute candidature future de l'étudiant).

- les mails "candidature-type" avec juste le nom du poste qui change sont à proscrire.

- les candidatures "hors profil" peuvent être appréciées, mais dans une certaine limite: si vous avez fait de la physique théorique, ne candidatez pas sur un poste d'ATER de chimie organique. Si vous sentez que votre profil se situe à la marge, signalez-le d'emblée et indiquez que vous souhaitez élargir vos domaines de compétences. N'attendez pas qu'on vous en fasse la remarque pour vous montrer surpris, et évitez le vieux bluff ridicule du type "non, mais ça je connais, j'ai fait un projet de deux mois en licence sur ces questions". 

- les mails "je candidate" envoyés à l'enseignant-chercheur quand il est clairement indiqué sur la fiche que pour candidater il faut envoyer un dossier à la DRH ne font pas sérieux (même s'il est toujours apprécié de contacter en parallèle directement l'équipe d'accueil, je pense).

- les mails "comment faut-il faire pour candidater?" ou encore "je vous envoie les pièces et je compte sur vous pour les transmettre à qui de droit" quand tout est expliqué dans la pièce jointe, encore moins.

- proposer une visite ou en cas d'impossibilité géographique un contact téléphonique sera toujours apprécié, car montrant un certain intérêt pour le poste: dans ce cas-là, allez jusqu'à consulter le site web du labo et éventuellement jusqu'à lire un ou deux abstracts sur les travaux récents, plutôt que de répondre "pas du tout" quand on vous demande si vous êtes un peu au courant des activités du labo.

- etc

 

Bref, globalement, faites preuve, une fois de plus, de bon sens et ne vous sabordez pas en passant pour le clampin type "j'ai vu de la lumière alors j'ai sonné".

Conseil apparemment stupide, mais qui, s'il est bien suivi, suffit déjà à faire sortir du lot votre candidature: dans mon cas, sur une quinzaine de candidatures, un gros tiers seulement en faisait preuve. Si on rajoute la courtoisie élémentaire et l'adéquation entre le profil du candidat et celui du poste, j'ai déjà probablement mon top 3...

 

 

 

* je vais bien entendu partir du principe qu'une candidature à un poste d'ATER est un choix motivé relevant d'un plan de carrière, et pas uniquement "parce qu'il faut bien manger" ou parce que c'est un moyen de renouveler sa carte de séjour, raisons compréhensibles mais qui rendent l'analyse un poil plus complexe (je peux juste dire qu'à mon avis, c'est toujours une mauvaise idée).

 

** on peut le déplorer et oeuvrer pour ou espérer que cela change, mais c'est un fait.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

mixlamalice 27/03/2012 17:37


"- les mails "candidature-type" avec juste le nom du poste qui change sont à proscrire."


Ca se reconnaît en effet assez vite. Surtout si vous envoyez plusieurs de ces mails à la même personne qui se trouve le contact pour plusieurs offres... (true story récente: à 1h d'intervalle, je
reçois le même mail avec juste le titre changé).


Même si le CV est bon, ça la fout mal.

mixlamalice 30/03/2012 09:40



De même, les mails qui demandent un renseignement pour un poste après la date limite affichée.



postdoc 09/07/2011 09:08



À ta place je n'hésiterais pas beaucoup à pousser un bon gros coup de gueule en leur disant que vous avez perdu votre meilleur candidat à cause d'eux, etc. Comme j'en discutais avec des collègues
l'autre jour j'ai l'impression qu'à un moment donné il faut que ça aille au clash et là, mystérieusement, le porblème qui traîne depuis 3 semaine et une demi-douzaine de relances est résolu en 5
minutes (et je n'exagère même pas).



mixlamalice 11/07/2011 17:15



Je ne sais pas... il faut ménager les susceptibilités. D'autant qu'ici la responsabilité est diluée, ce n'est pas quelqu'un en particulier qui s'est astiqué la nouille, c'est la procédure qui est
merdique, sans qu'il y ait je crois moyen facile de la possibilité.


Brusquer la DRH est je pense une mauvaise option, dans la mesure où les procédures étant déjà extrêmement lourdes, si en plus tu te les mets à dos et qu'ensuite ils y rajoutent de la mauvaise
volonté...


Plus proche de moi, il y a une secrétaire assez inapte (une technicienne recasée dans l'administratif, encore une idée qu'elle est bonne dans les établissements d'enseignement supérieur), j'ai
moins de scrupules à lui mettre le nez dans le caca, même si j'essaie de ne pas céder à la tentation du "c'est pas à un bac+8 de faire ça" (j'ai craqué une fois quand elle m'a dit que je devais
refaire moi-même un tableau excel dont les dates étaient valables en 2009 pour mon "rapport d'activités" parce que personne dans les bureaux n'a jugé bon de passer 10 minutes à le refaire
pour l'envoyer aux 300 EC de l'établissement) parce que je ne suis pas convaincu que ce soit des bonnes choses à dire. Donc, généralement, je me contente d'arriver en faisant la gueule avec son
job fait en lui expliquant que ça m'a pris 10 minutes quand ça fait 3 semaines que ça stagne sur son bureau.



mixlamalice 08/07/2011 14:28



Ah, finalement, l'école vient de nous informer qu'on a le budget un ATER complet. Bon, on n'a plus de candidats, mais c'est une bonne nouvelle. J'aime quand un plan se déroule sans accrocs.


Comme ça l'an prochain ils nous diront "ah ben voyez on va pas vous donner d'ater, vu que personne veut venir chez vous".



Guils 07/07/2011 11:11



J’avoue que j’ai toujours eu du mal à comprendre d’où venait cette incurie généralisée dans l’administration universitaire. Il me semble que les responsables d’UFR et de départements sont des EC
élus par leurs pairs ; ne peuvent-ils rien changer ?



mixlamalice 07/07/2011 11:20



Il ne semble pas que ça soit le cas partout: notre candidat n'avait visiblement pas d'autres options il y a de cela moins de 3 semaines. Depuis, il a déjà signé son contrat dans une autre fac,
qui visiblement, est donc largement plus réactive... tant mieux pour lui cela dit, d'autant que c'est un excellent labo qui l'accueille.


Je crois que le cas est particulier chez moi, dans la mesure où c'est un (très) vieux machin avec plein de services-excroissances qui ont poussé au cours des années, dont les rôles sont au mieux
indéfinis, au pire courcircuitent celui d'autres services. Comme les chefs de service, EC ou pas, ont de gros ego et veulent à tout prix parapher tout ce qui leur passe sous la main (à défaut de
le lire) même s'ils ne sont jamais là, n'importe quelle démarche prend des plombes (sans parler du "petit personnel" qui peut facilement donner dans l'excès de zèle ou au contraire dans le "ne
faisons rien plutôt que de risquer de faire une erreur" pour un même résultat: l'immobilisme complet).



mixlamalice 06/07/2011 22:05



Et tout s'est fini comme on pouvait se douter que ça allait finir: le conseil scientifique de l'établissement a mis trois semaines à valider le classement (même si on peut supposer qu'à l'instant
t ça leur a pris 12 secondes) que le labo avait soumis (la RH nous avait généreusement laissé 4 jours auparavant pour auditionner et classer tout le monde).


Résultat: le premier, qui avait fait preuve d'un grand intérêt au point d'envoyer 2 lettres de recommandation et de me relander deux fois, a fini par trouver ailleurs. Je n'ai pas
osé lui dire que nous l'avions classé premier dans la mesure où le jugement pouvait être invalidé, grosse erreur de débutant. J'avais juste essayé de lui faire comprendre qu'il faisait partie de
la short-list.


La deuxième ne donne pas signe de vie.


Les 3, 4, 5 viendraient de loin et présentent des profils moins en adéquation avec ce que l'on cherche.


Bref, encore une fois un plan qui se déroule sans accroc: une administration qui nous laisse en cumulé dix jours sur une procédure de deux mois pour diffuser le poste, auditionner, et classer.
Qui, sur les 7 semaines restantes, a eu le temps de - sélectionner les dossiers recevables - le faire signer par deux autorités compétentes et - valider le classement. Et de nous faire
perdre les candidats valables.


 



mixlamalice 06/07/2011 22:07



ça me rend fou.


 


Ah oui, j'oubliais qu'ils nous ont averti au bout de dix jours au début du recrutement que finalement, c'était un demi-poste qu'on avait, et pas un complet.