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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 10:38

La semaine dernière, deux jours passés chez l'industriel avec qui je collabore n'ont pas calmé ma phase de questionnement métaphysique: is it time for a changement de cap professionnel?

 

Depuis que mes desiderata un peu fous de quasi-trentenaire (vivre avec Priscilla, avoir un vrai boulot, élever un enfant ou un chien etc) s'éloignent de plus en plus fortement de ma situation réelle, qui à part un peu plus de blé est redevenue assez proche de ma vie d'étudiant pré-thèse, je me doute.

Les post-docs à répétition, le bal sans fin des auditions, les commentaires paradoxalement aussi encourageants que démoralisants ("candidat prometteur encore un peu jeune", what the fuck?), pour finir à 33 ans Maître de Conférences à 1700 euros/mois avec des perspectives de reconnaissance sur le plan national ou international quasi-nulles, cela vaut-il vraiment le coup, même si ce boulot continue à me plaire et à m'attirer*?

 

Revenons à nos moutons:

Je me suis donc rendu dans les laboratoires de l'industriel qui finance mon projet de recherches. L'industriel en question est une grosse boîte, comptant 35000 employés et l'un des "leaders mondiaux" dans son domaine.

Le centre R&D principal est en région parisienne (il y en a deux autres aux US et en Asie), mais on y fait beaucoup plus de D que de R: j'y avais effectué mon stage ingénieur, et, disons le franchement, j'avais trouvé ça très chiant, "bête et méchant" -même si, soyons franc jusqu'au bout, ce n'était pas non plus la période de ma vie où j'étais le plus motivé.

En l'occurence, cette fois, je travaille avec une antenne un peu annexe, nouvellement créée en province (environ 5 ans d'existence) et travaillant sur des thématiques beaucoup plus orientées recherche: ils travaillent à la création de nouveaux produits, et pas à l'incrémentation de procédés existant depuis 50 ans.

Bien qu'ils fassent pleinement partie du groupe, le fonctionnement et l'état d'esprit font plus penser à ceux d'une start-up: petits locaux, une douzaine de personnes (2 "chefs" un peu seniors, 5-6 docteurs, 2 techniciens, 1 secrétaire). Hormis les deux chefs, la moyenne d'âge est inférieure à 35 ans, ce qui crée une ambiance dynamique mais pas cul serré, et l'équipe a une approche pluridisciplinaire assez intéressante (parmi les docteurs se trouvent des chimistes, des physiciens des plasmas, des mécaniciens ou spécialistes matériaux etc).

 

Je dois avouer que j'ai été très favorablement impressionné: les gens sont à la paillasse et pas en train de remplir des feuilles excel ou de faire des camemberts sur powerpoint, et ils font de la "vraie" science, innovante, en se posant de bonnes questions.

Alors, certes, les temps caractéristiques sont plus courts, et la finalité reste orientée produit: ils ne peuvent pas se permettre de passer trois ans sur quelque chose qui ne fonctionne pas, de même qu'ils n'ont pas le "loisir" de faire des études systématiques pour tout comprendre d'un système qui marche, car l'idée reste quand même qu'une commercialisation puisse être envisagée au bout de quelques années d'étude. Et, pour certaines questions un peu fondamentales sur lesquels ils n'ont pas franchement le temps ou les moyens de s'attarder, ils délèguent à des gens comme moi. Ils collaborent ainsi régulièrement avec deux ou trois labos académiques.

Je comprends qu'un théoricien ou physicien pur et dur puisse être rebuté par cet aspect, mais en tant qu'expérimentateur moi-même assez interdisciplinaire, c'est finalement assez proche de ce que j'aime faire (on a certes moins le temps de creuser les choses à fond mais malgré tout le temps de réfléchir un peu et de faire des manipes), et pas très différent du fonctionnement des équipes avec lesquelles j'ai travaillé dans le monde académique, en France ou aux US.

Sauf qu'il y a le salaire et les autres avantages d'une grosse boîte (pour ne citer qu'un exemple, les 450 euros de frais de mission que le CNRS me doit m'auraient probablement déjà été remboursés, et j'aurais pu aller dans un hôtel à plus de 60 euros la nuit).

 

Bref, j'ai trouvé que ce petit groupe présentait un compromis très alléchant entre ce qui me plaît dans la recherche publique (boulot stimulant intellectuellement avec un peu de temps pour se poser des questions, la possibilité de faire des manipes un peu pointues, travail dans une équipe de taille raisonnable avec une approche multidisciplinaire, ambiance assez "informelle") et ce qui ne me rebuterait pas dans la recherche industrielle (bon salaire, possibilités d'évolution de carrière, déplacements et collaborations, perspective de "voir" les effets de son boulot, etc).  

Bon, je crois que cette approche n'est pas encore si fréquente chez nos industriels, mais si une opportunité se présentait, je serais prêt à me laisser tenter.

 

 

* ça doit être ça qu'on appelle l'amour vache.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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