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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 21:15
Parce que vous en avez marre de me lire pleurer sur mon sort tel un footballeur "réduit en esclavage par son club", et parce que ça fait longtemps que je n'ai pas alimenté ma catégorie artistique, je souhaiterais parler ici d'un livre que j'ai lu récemment, Les aventures d'un gourmand vagabond, par Jim Harrison.

Je dois avouer que le roman et le recueil de nouvelles que j'ai lus de lui (Un bon jour pour mourir et Légendes d'automne, respectivement), ne m'ont pas tourneboulé plus que ça. Le côté contemplatif et nature sauvage de l'Ouest américan qu'on peut retrouver chez McCarthy n'est juste pas spécialement ma tasse de thé.

Cela dit, j'ai eu l'occasion de lire ou de voir quelques interviews du Monsieur, et son côté intellectuel bon vivant qui se prend pas trop au sérieux m'avait plu. Et étant moi-même un amateur de bonne chère (non, "épicurien" ce n'est pas ça) je voulais donc lire ses écrits à ce propos.

L'ouvrage est en deux parties: l'une, un peu répétitive et qui finit donc par être lassante, est une compilation de chroniques publiées dans je ne sais quel journal. entre 1992 et 1993.
La seconde partie, plus exaltante, comprend plusieurs récits d'aventures gastronomiques à Paris, New-York et ailleurs, ainsi qu'une correspondance avec Gérard Oberlé, écrivain français et camarade de "débauche", et un petit article ayant pour sujet le pinard.

Jim Harrison, comme beaucoup d'américains lettrés, bons vivants et relativement fortunés a une vision très idéaliste, très romantique, de la France et un peu aussi des français. C'est agréable à lire, mais aussi assez amusant car pas toujours à l'abri du cliché. Mais à tout prendre, je préfère ces américains aux français qui idéalisent de la même façon l'Amérique (carriéristes aux dents qui rayent le parquet et obsédés par la réussite individuelle, surtout pécuniaire)*. 
Au-delà de ça, j'ai franchement apprécié de me balader avec le gros Jim à Paris et à New-York, de suivre ses libations chez Marc Meneau à Vezelay, à l'Ami Louis, Taillevent ou chez Lulu à Paris, la Maison de Bricourt de Roellinger à Cancale, au Babbo de Batali à New-York, avec Oberlé, Coppola ou DeVito, bref, dans tous ces restaurants qui sont toujours là 10-15 ans après et où j'aimerais aller un jour. J'ai reconnu, petit plaisir de l'amateur pas éclairé qui se dit que peut-être il n'est pas si nul qu'il ne le croit, quelques uns des vins qu'il sirote au fil des pages (Vieux-Télégraphe, Domaine Tempier...). Et j'ai salivé en pensant aux dîners qu'il se concocte avec ses potes dans sa maison du Michigan, à base de gibier fraîchement chassé et de vieilles bouteilles...
Je me suis marré aux évocations des joggers obsédés par leur ligne que Jim croise lors de ses marches matinales avant son petit déjeuner (bacon, patates, truite etc), j'ai opiné tristement en constatant que le "slow food", chose naturelle il y a 50 ans pour les pauvres était désormais un "concept" et un "plaisir de riches" etc. 

Bref, un livre où il y a à boire et à manger (ah ah), sur l'amitié, la bouffe, le plaisir, entre poésie et crudité (ah ah ah) pour le prix d'un menu best-of. Si j'ai la motivation ce soir, je copierai quelques aphorismes tirés de l'ouvrage, il y en a qui valent le coup.

J'ai envie maintenant de lire En Marge, les mémoires du vieux Jimi. 


Puisque j'en suis à parler littérature, je n'ai pas trop avancé dans ma fameuse liste, car je me suis surtout adonné à mon équivalent littéraire de ce qu'on appelle la comfort food: des écrivains que j'aime bien, principalement anglais (Lodge, Amis), quelques romans académiques (Straight man de Russo, actuellement Moo de Smiley), etc: le genre de livres dont je sais qu'ils ne vont pas me prendre la tête, n'étant pas particulièrement d'humeur à ça en ce moment.  
J'ai également terminé récemment la Défense Loujine de Nabokov, livre de sa "période russe". Après avoir lu quelques romans de cette période, je dois avouer que je préfère les romans de la "période américaine". Outre le fait qu'on ne peut qu'admirer qu'un écrivain reconnu choisisse de se réinventer en écrivant dans une nouvelle langue, apprise sur le tard, je trouve ces romans plus novateurs, sur le plan du style (métafiction dans Feu Pâle) ou du sujet ("roman académique" avec Pnin, Lolita...). Les romans russes sont plus "classiques" dans tous les sens du terme, hormis peut-être "Invitation au supplice", l'un de ses derniers romans avant l'exode américain, auquel je n'ai pas accroché.
Je dois avouer que je me demande - et visiblement je ne suis pas le seul- pourquoi Nabokov, qui a franchement contribué à modifier les conventions littéraires et influencé bon nombre d'écrivains contemporains, n'a jamais décroché le Nobel (donné favori en 1974, le prix est attribué à deux obscurs suédois, membres du jury...).

Pour conclure sur une petite touche plaintive quand même, j'ai appris avec tristesse que selon Philip Roth, je ne suis pas un "vrai lecteur", grosse blessure à mon ego. " (les) lecteurs, concentrés, attentifs, qui lisent un roman deux à trois heures par nuit, trois nuits par semaine au moins. Ce qui s’appelle lire. Car si ça traîne des semaines, la concentration s’évapore et c’est fichu. Un lecteur, c’est quelqu’un qui peut en parler autour de lui, qui est capable de tout mettre de côté pour rentrer chez lui afin de poursuivre sa lecture et qui ne ne fait rien d’autre pendant qu’il lit”. 
Il ajoute, avec un petit côté "c'était mieux avant", quelque chose du genre "les vrais lecteurs sont une espèce en voie de disparition".
Et bon, je vis dans le pêché Père Philip: je ne lis qu'environ une demi-heure par jour, et rarement plus d'une demi-heure d'affilée (mais tous les jours, par contre), du coup je mets quand même souvent deux semaines à finir un roman de 400 pages.
J'admets aussi humblement qu'ayant un boulot pour lequel je suis payé, je ne suis pas "capable de tout mettre de côté pour rentrer chez moi afin de poursuivre une lecture".
Parfois quand même je passe une demi-heure planqué aux chiottes, on fait ce qu'on peut. Et puis j'ai du mal à lire avec de la musique, cela suffit-il pour ma rédemption?

* Ce paragraphe n'est lui non plus pas à l'abri du cliché.

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Published by mixlamalice - dans Littérature
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