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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:24

Rien de tel pour finir l'année en beauté que la correction de copies.

 

Ca fait plus de 2000 ans que les vieux ou les moins jeunes clament que les jeunes sont de plus en plus nuls, donc soit l'humanité décline depuis ce temps là, soit mes conclusions n'ont que peu de valeur.

 

Mais tout de même, tout ce qui va suivre a été "produit" par des élèves ingénieurs en alternance à 1 an de leur diplôme, donc à bac+4. Ce sont des scientifiques, spécialisés en génie mécanique. Certes, on n'a pas affaire à des polytechniciens, mais tout de même, j'ai parfois l'impression que c'est grave et l'envie de chialer.

 

- Nous avons vu passer plusieurs copies où la surface d'un cercle vaut 2Pi*r ou Pi*d2 (au moins cette dernière formule est homogène). Ou alors où la Force est une Pression divisée par une Surface.

 

- Avant l'examen, j'entends un élève demander à un autre en quoi s'exprime une masse volumique: la question n'est pas de savoir si on l'exprime en kg/m3, en g/L ou en stones/pints. Elle est selon moi symptomatique d'une incompréhension de la langue française même, à un stade où on pourrait supposer que l'élève commence à avoir un peu de recul: masse volumique, ça veut bien dire, étymologiquement, "la masse d'une unité de volume quelconque", non? Et donc, même en supposant qu'un scientifique peut ignorer ce qu'est une masse volumique, on pourrait penser qu'il est capable de le retrouver avec un minimum de "bon sens".

 

- On ne compte pas les élèves à qui mon collègue avait dit "il y aura un exo de ce genre à l'examen", qui ont recopié le corrigé dans leur calculette* et l'ont restitué tel quel mot pour mot.

Oui, sans même adapter aux données du problème (changer les dimensions de la pièce qu'on étudiait, par exemple).

 

- On ne compte plus non plus les graphes sans légende, les axes non nommés, les résultats sans unités.

Plus grave, l'incapacité à tracer un graphe dont un axe va de 0 à 100 avec des intervalles constants entre dizaines...

Plus grave encore, les résultats absurdes sans autre forme de procès (refroidissement d'une pièce en production à la chaîne de 1000h, taille d'une molécule de 0.01 angströms, etc). 

 

 - "Elles se develloppe rappidement. Dès qu'elles se rencontre elle stopent leur develloppement"

Ecrit au traitement de texte: sans parler de la pauvreté stylistique (on n'en est plus là), visiblement le correcteur orthographique était off. Dire qu'à l'époque mon prof de français-philo nous mettait un point de moins pour cinq fautes (l'absence de point à la fin de la deuxième phrase et les absences d'accent à "develloppe" auraient compté, j'arrive donc à une douzaine de fautes pour treize mots). 

 

- Un élève m'a demandé s'il avait besoin d'une feuille pour l'examen. "Oui, et d'un cerveau stylo aussi".

 

- Le même, en TP, prenait en photo sur son iPhone ce que j'écrivais au tableau pour éviter d'avoir à sortir une feuille. Il m'avait aussi demandé mon mail le jour de l'examen (le dit mail étant écrit en gros sur la première page du polycopié...).

 

- Un autre s'est endormi pendant l'examen (une première en ce qui me concerne).

 

 

Ce qui est un peu tragique c'est que:

J'essaye de faire un cours sans trop de données mais pour faire comprendre avec les mains ce qu'est un polymère: ils s'en foutent et ne comprennent rien.

On pourrait alors se dire que le cours plus factuel de mon collègue, où on peut/doit bachoter et où il n'y a pas grand chose à comprendre va mieux leur convenir: nada.

On pourrait conclure que la "chimie" les emmerde (même s'il y a une large partie procédés/mise en oeuvre) vu qu'ils sont mécaniciens, mais ils sont incapables de calculer une force ou un module d'Young.

On pourrait espérer alors qu'ils sont en alternance, que ce qui leur plaît c'est la manipe, le côté pratique. Que dalle, ils ne manipent même pas bien et ne font aucun effort d'analyse des résultats.**

 

 

Je discutais avec un responsable industriel haut placé qui me disait que selon lui l'alternance, c'était la fausse bonne idée par excellence***. Je manque d'éléments pour généraliser, mais de ma petite chapelle, je ne risque pas de le contredire... 

 

 

 

* amusant que cette technique de gruge, éminemment fastidieuse et pas franchement 2.0, soit toujours aussi prisée.

 

** on a beau douter de ses qualités de pédagogue, de la pertinence de son cours ou de sa structuration bancale, on relativise rapidement face à certaines classes...

 

*** dans l'idée: acquérir un diplôme d'ingénieur par une formation pratique plus que théorique, tout en étant salarié d'une entreprise pendant la durée du cursus (en gros 2000h de cours et 12-15 mois en entreprise contre 3000h de cours et 6 mois en entreprise dans une école "classique").

dans les faits visiblement: connaissances théoriques très faibles des apprentis, et ils ne sont pas forcément beaucoup plus dégourdis que les élèves ingénieurs classiques, car on s'en sert souvent comme "bouche-trou" longue durée sans réelle formation à la vie de l'entreprise ou autre.

En fait, beaucoup de choses reposent sur la qualité du "tuteur entreprise" et de son degré d'investissement. 

 

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

postdoc 17/12/2011 13:05


Je pense qu'il y a quand même un biais d'observation sérieux. Les enseignants en général ont quand même fait preuve d'un minimum de sérieux pour au final avoir une thèse et ête embauché (modulo
quand même un certain nombre d'erreurs de casting mais ce n'est pas le sujet ici). Même si on n'était pas forcément ultra sérieux en école on s'est quand même débrouillé suffisamment pour faire
un DEA, avoir une bourse de thèse, la réussir, etc. Je pense qu'on se souvient tous de branquignols partout où on est passés. Sans doute qu'en tant qu'enseignant ils sont plus difficiles à subir.
Il y a aussi peut-être une pression sociale. Même en école, ce n'est pas forcément bien vu par ses petits camarades de participer en classe ou d'avoir de trop bonnes notes (je m'en suis pas mal
pris dans la gueule parce que ça énervait certain(e)s que je me tape régulièrement des 20/20 aux finaux, tout ça parce que je commençais à réviser plus que 2 heures avant l'examen. Bref, une
certaine pression vers la médiocrité. Au final je pense qu'on n'est pas plus nuls qu'au temps des Grecs. Tes mauvais élèves deviendront commerciaux et toucheront 2 fois ton salaire à la sortie de
l'école, voilà tout.

mixlamalice 18/12/2011 14:15



Il y a certainement un biais, et probablement qu'en tant qu'élève j'ai eu des comportements/écrit des trucs dans des DS qui ont fait déprimer ds profs.


Après, quand un collègue en M2 Physique des Liquides, au rattrapage, finit après tout avoir essayé par demander le poids d'un L d'eau à un èlève et que celui-ci lui répond "aucune idée"... il y a
de quoi, objectivement, halluciner.



mixlamalice 16/12/2011 14:40


Je me souviens que l'an dernier, j'avais discuté avec un responsable de la filière pour lui demander pourquoi une promo était si bien et l'autre si nulle (à l'époque j'avais fait le cours deux
fois).


Il m'avait dit qu'en fait, la "bonne" promo n'était pas très appréciée par certains collègues, parce que trop sérieuse, avec un esprit de compétition peu propice à la bonne ambiance. Je ne
sais pas à quel point beaucoup de mes collègues partageaient cet avis, mais c'est franchement bullshit: d'une, l'ambiance n'avait rien de la MP*** de Henri 4. De deux, à tout prendre, je préfère
une promo de gens consciencieux dont le but est de majorer l'exam, qu'une promo qui attend que ça se passe en sachant que de toute façon on lui donnera son diplôme quoi qu'il arrive parce qu'on a
du mal à recruter*.


 


* je faisais bien évidemment partie de la seconde catégorie quand j'étais moi-même lève. De là à "encourager" ces comportements quand on est prof, ou à les justifier positivement sous un
vague jargon pédagogique post-flower power, il y a un pas...