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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:02

Vaste question, à laquelle vous ne trouverez pas de réponse ici.

En même temps, s'il y avait une recette miracle, depuis presque 3000 ans, ça se saurait. 

 

Déjà, on se limitera au cas de l'enseignement supérieur, cadre dans lequel je suis amené à évoluer.

 

Il s'agit plutôt de livrer ici quelques interrogations, réflexions, doute existentiel qui habitent le Maître de Conférences débutant donnant ses premiers cours magistraux alors que sa seule expérience dans le domaine de l'enseignement était jusque là d'avoir assuré un TP "clé en mains" rodé depuis 30 ans...

 

 

- Sur la forme tout d'abord:

 

Comme je pense beaucoup de monde aujourd'hui, j'utilise, pour tous mes cours, un support Powerpoint.

 

Pourtant, je ne considère pas cet outil comme forcément très pédagogique (une critique amusante et pertinente de cet outil dans un article récent du NYT).

J'ai par exemple l'impression qu'il pousse l'enseignant à adopter un ton plus "conférence" que "cours", à savoir qu'il aura plus tendance à vouloir "raconter une histoire" que faire réellement un cours, qui selon moi doit être beaucoup plus structuré et rigoureux.

Par contre, bien utilisé, c'est un outil de commodité qui peut justement aider à la structuration du propos.

 

Pour essayer d'optimiser l'utilisation de cette interface, j'essaie de diminuer au maximum le nombre de slides dans mon cours, et de les compléter par beaucoup de commentaires et notes au tableau.

Alors qu'en conférence ou en séminaire je vais utiliser environ 1 slide pour 1min30 de parole, je vais en cours me servir d'un slide pour 3 à 5min de parole, soit en gros 15 slides pour 1h de cours.

A mon avis, rien n'est moins pédagogique qu'une présentation de 100 slides en 1h, où les informations défilent sans que l'on ne soit capable de ressortir les points marquants, essentiels.

 

Idéalement, je pense qu'il faudrait faire encore moins: car j'ai aussi l'impression que la présentation Powerpoint pousse inconsciemment à présenter, en un cours, beaucoup plus de choses que ce que l'on faisait il y a quelques temps (ou tous ces supports n'existaient pas) et donc beaucoup trop d'informations par rapport à ce qu'un élève moyen est capable d'ingurgiter raisonnablement.

Cela dit, ma prof. de chimie en prépa écrivait tout ce qu'elle disait mot à mot au tableau, à l'époque sans aucun autre support, nous laissant à peine le temps de recopier avant d'effacer, et cela n'était pas non plus une bonne méthode: toute notre concentration était portée sur le fait de parvenir à tout recopier avant qu'elle n'efface le tableau, et en ce qui me concerne, j'aurais tout aussi bien pu recopier un texte en islandais, ça n'aurait rien changé.

 

Aujourd'hui, sans parler de la commodité que j'ai déjà évoquée, je ne sais pas s'il est raisonnable, en tout cas dans la plupart des domaines de la physique et de la chimie, de faire un cours sans support du tout, tant la prise de notes les étudiants tombe en désuétude ("Monsieur, est-ce qu'on aura un poly?" au bout de 17 secondes lors du premier cours est un classique).

 

Mais peut-être faut-il néanmoins réfléchir en ces termes: ne pas montrer plus dans un powerpoint de cours que ce que l'on pourrait écrire au tableau de a à z sans trop se presser.

 

 

 

- Sur le fond:

 

Comme je l'ai dit plus haut, un bon cours doit être à mon goût structuré et rigoureux. 

En tout cas jusqu'à un certain degré d'études (L3, M1?).

Sans des bases solides, la formation scientifique est nulle et non avenue.

 

Cela dit, les cours résultants sont souvent austères, et si un élève de prépa accepte généralement de "bachoter" ou "bourriner" (cette façon de fonctionner étant généralement perçue comme l'essence même de la formation), c'est moins le cas d'autres formations ou passé un certain âge.

On peut remédier un poil à ce cadre formel par le biais de formations très appliquées de type BTS, où les "équations" sont ramenées à "ce qui sert dans la vraie vie", mais le problème est alors que les dites équations sont souvent perçues comme une sorte de "deus ex machina" jamais remis en cause, dont on sait se servir mais qu'on n'a pas vraiment besoin de comprendre.

 

Toutefois, lorsque l'on forme des futurs ingénieurs ou chercheurs, il faut quand même qu'à un moment donné les élèves saisissent la notion de ce qu'est un modèle physique: la notion d'hypothèses, de bornes d'application de ces hypothèses, etc.

En bref, il faut essayer de leur faire prendre un peu de recul: jusque là, on leur a montré les outils, maintenant il faut apprendre à s'en servir de façon autonome.

On passe alors à des explications plus dites "avec les mains", où comment essayer de faire comprendre la physique d'un système sans forcément refaire pas à pas tous les calculs oiseux dont on trouve les résultats dans tous les textbooks (tout en supposant, ce qui est parfois une hypothèse forte, que les étudiants seraient capables de refaire les dits calculs).

C'est un autre type d'enseignements, plutôt réservé à des élèves M2, dernière année d'école d'ingénieurs, voire pour des ingénieurs souhaitant acquérir des connaissances sur un sujet neuf pour eux.

C'est avec ce type d'enseignements que je suis le plus à l'aise, car c'est celui auquel j'ai été confronté quasiment exclusivement lors de mes 4 dernières années en tant qu'élève. Et aussi, ne nous leurrons pas, parce que moi-même, presque 10 ans après, j'aurais parfois un peu de mal à refaire tous les calculs...

Parfois, je me fais donc le reproche de ne pas savoir faire un bon vieux cours "bourrin", avec une démonstration ficelée de a à z d'un problème donné (faites ce que je dis, pas ce que je fais).

 

Pour conclure, que faire quand on se rend compte qu'aucune des deux méthodes n'est bien perçue par les élèves? Quelle serait la troisième voie?

 

Il faut quand même noter que les attentes dépendent fortement du public et donc de la formation dans sa globalité. Et que, le plus souvent, l'enseignant n'est absolument pas informé de ce genre de "détails": d'où viennent les élèves, quelle a été leur dominante, ont-ils des bases de la matière enseignée, attend-on une formation théorique ou au contraire très appliquée, etc.

Pour avoir participé à quelques réunions pédagogiques, il me semble que ces questions sont rarement discutées et que très peu de monde est capable d'y apporter des réponses précises ("quoi, ils ne voient plus ça en L2? Ah merde, c'est pour ça que personne n'a su faire la question 1 de mon exam..."). 

 

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 07/04/2012 23:21


blog(fermaton.over-blog.com),No-25. - THÉORÈME CALDERA. - Mon principe de vie !

mixlamalice 01/03/2012 13:32


Un collègue http://cupnet.net/ recommande la lecture d'un bouquin:


"Enseigner à l'université" http://amzn.to/yxjpil de M. Brauer.


Le 4ème de couv' résume bien la problématique: "La plupart des enseignants du supérieur ne bénéficient d’aucune formation initiale en pédagogie, et ensuite d’aucun suivi pendant leur carrière.
Comme si la question ne se posait pas, et que l’aptitude à guider les étudiants et favoriser leur apprentissage allait de soi. C’est faux bien sûr, et l’objectif de ce livre est d’aider à combler
cette lacune. 
"


 


Si d'autres lecteurs ont des références ou idées sur la question, qu'ils n'hésitent pas...