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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:22

L'AERES, agence d'évaluation de la recherche et l'enseignement supérieur créée en 2006, disparaît, par volonté gouvernementale.

 

Cette agence évaluait tous les laboratoires français une fois tous les quatre ans, mais aussi les établissements dans leur ensemble.

 

Je ne vais pas discuter ici de politique (l'agence sera remplacée par une autre avec, semble-t-il, des contours assez similaires), ni des dérives un peu débiles que cela a pu créer localement dans les laboratoires, les mois précédant l'évaluation (efforts démesurés pour cacher sous le tapis des inimitiés entre personnes, réunions innombrables pour définir des acronymes "sexy" sur le nom des équipes etc).

 

Je voudrais simplement souligner que, selon moi, les rapports "publics" (tout le monde, chercheur ou simple quidam, peut y accéder sur le portail de l'AERES, quel que soit le laboratoire ou l'établissement) notamment concernant les établissements dans leur ensemble, donnent des indicateurs chiffrés intéressants et nécessaires, qui devraient permettre de tirer la sonnette d'alarme et de, le cas échéant, tenter de corriger des politiques d'établissement sur un temps relativement court plutôt que d'attendre 30 ans avant de constater le problème.

 

Ainsi, quand dans un établissement de taille respectable et relativement réputé, pris au hasard, on constate, en noir sur blanc dans l'introduction du rapport, que:

- il y a 50% de non-publiants*

- moins de 15% des personnels BIATOSS participent aux activités de recherche

- aucun laboratoire n'a été évalué A+ (contre plus de 20% à l'échelle nationale) et la proportion de notés C (note sanction signifiant plus ou moins la mort de l'équipe ou du laboratoire qui la reçoit) est plus de deux fois plus élevée que la moyenne nationale

- près de 40% de doctorants non financés

 

On peut pointer individuellement du doigt les chercheurs et enseignants-chercheurs qui ne sont probablement pas exempts de tout reproche.

Mais comme cela est une moyenne sur une vingtaine de laboratoires et environ 1500 personnes, on peut aussi penser qu'il y a une politique désastreuse de l'établissement en terme de recherche, qui non seulement n'est pas incitative, mais est même très certainement contre-productive.

 

J'apprécie que ces chiffres soient visibles de tous, et j'aimerais qu'ils le restent.

Je souhaiterais juste que cela ne soit pas un rapport de plus, mais que cela induise une véritable prise de conscience de la direction de l'établissement concerné et/ou de vraies mesures drastiques de la part du gouvernement.

 

 

 

 

 

* le critère "non-publiant" est je crois variable selon le domaine, mais il est en gros de 1 papier tous les 2 ans pour un enseignant-chercheur dans une revue à comité de lecture, le tout sans tenir compte de la place de l'auteur, soit 2 papiers sur les 4 ans de l'évaluation (sachant que les brevets peuvent compter et que l'on n'est pas très regardant sur les journaux). Cela me semble un critère a minima: un "non-publiant" ne fait vraiment pas de recherche, n'en déplaise à certains activistes.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

erathrya 11/02/2013 18:04


Le comité AERES discute toujours avec les postdocs et les doctorants et les ITA (c'est obligatoire) et en général c'est 30 min, 1h max.


Pour en avoir vu plusieurs, le problème est que les interrogés ne disent quasiment rien...

mixlamalice 14/02/2013 10:03



Oui c'est bien ce qui me semblait: tu n'as pas intérêt à trop l'ouvrir quand le renouvellement de ton contrat, tes chances de passer permanent, ou le fait que tu sois la pour 10 ans avec pas
forcément l'envie de changer de labo, dépendent de ce que tu vas raconter... le "off" ça marche quand on veut se faire embaucher, pas quand on est un comité d'évaluation...



Jérôme 26/01/2013 11:09


Hello


 


Différents points : 1/Effectivement personne n'est dupe. Les membres du comité d'évaluation sont très souvent les mêmes qui siègent aux comités de thèse du dit labo. Sans compter les conférences
nationales, internationales, journées-programmes, échanges de postdocs, formations pratiques dans une station balnéaire du Sud où ils se croisent, discutent et dansent lors de la soirée DJ
post-dinatoire. Problème classique du conflit d'intérêt dans une petite communauté composée d'experts qui s'expertisent. C'est assez savoureux de voir s'exercer ce pouvoir de jugements entre
personnes qui ont partagé tant de petits-fours. Bref, malgré cela, force est de constater que derrière des mots bien choisis, ils défendent plutôt bien leur objectivité dans ces rapports
d'évaluation, en balançant quelques missiles tout en souplesse (j'ai lu celui de mon ex-labo).


2/ J'ai observé une chute significative du nombre de thésard/postdocs (non-permanents) pour les labos que j'ai fréquentés, je ne sais pas si c'est observé ailleurs, si cela traduit une tendance
généralisée.


3/Maintenant mon ressenti d'ancien post-doc qui est sorti de l'académie, pour trouver un CDI ailleurs (je fais une ellipse sur les mois de chômage et le bizarre manque de reconnaissance du
doctorat au sein de la communauté des DRH du privé ). Je lis un peu dubitatif que le comité d'évaluation se refuse de
noter une équipe car elle est trop jeune (créer il y a un peu plus de 3 ans), et se limite à vanter le CV de ses membres (deux permanents). 3 ans, c'est le temps moyen qu'on donne à un postdoc
pour publier et chercher (probablement) de nouveau un postdoc tout en gardant un oeil, voire deux, sur les concours de recrutement (et candidater, accessoirement). Sortir d'un post doc de 3ans
sans publier =  un gros caillou dans la chaussure de randonnée sur le chemin cabossé de la carrière scientifique avant le Saint Graal du recrutement. Après 3 ans, équipe non-publiante
vs. postdoc non-publiant : que comprendre de cette comparaison ? Je dirai que les attentes et la dynamique d'un groupe ne correspondent pas à celles de ses membres (surtout des
non-permanents, évidemment). Par groupe, j'entends aussi bien une équipe qu'un labo. Quand je lis que la publication des thésards d'un labo est bonne sur une période 4 ans, les membres AERES
oublient de préciser les situations bien réelles où un thésard ne publie pas pendant sa thèse (bien que tous les résultats soient là, mais ça traine en  longueur à cause du
leadership-flanby). Un an après sa soutenance, l'ex-équipe publie enfin le papier du thésard (après trois soumissions, dont deux dans les mauvaises revues trop côtées, mais "fallait le tenter"),
bref tout le monde est content...sauf que le jeune docteur s'est un peu retrouvé nu comme un vers pour aller décrocher un postdoc (où l'on demande déjà une liste de publications) juste
après sa thèse. Car pour être recruté, il ne faut pas publier, il faut publier au bon moment...Les femmes postdocs jeunes trentenaires le savent bien (Question : "comment vais-je caser une
grossesse dans mon plan de carrière académique ? Réponse : "courage  !" :-) ). Mais ça, ça ne se lira jamais dans un rapport de l'AERES, c'est trop undercover, ça serait pinailler,
hein. Les évaluateurs préfèrent s'attarder sur des "périodes" (où tout est lissé), sur le nombre d'équivalents temps-pleins, et sur de probables "restructurations nécessaires pour relancer la
dynamique du groupe", sans citer le jeu de carnages entre chefs qui bousillent des thèses complètes.


 


4/Je suis à +1000 pour que ces infos restent publiques, ça nourrit ma curiosité sur comment évoluent les choses dans mon ancien domaine C'est une mine d'infos, à tel point que cela devrait aussi intéresser tous les labos concurrents étrangers ;-) Quid d'une
certain souci sur la confidentialité des infos stratégiques ? Il y a souvent des infos sur les stratégies futures d'une équipe, indiquant ainsi quels domaines seront abandonnés ou relancés dans
le futur...

mixlamalice 28/01/2013 13:49



Salut


Pour le 1/, cela dépend un peu de la structure du labo (en gros, s'il aborde une vaste gamme de thématiques ou pas - je ne connaissais - de nom- que 2 experts dans le comité passé récemment chez
nous). Mais bon, effectivement, le paysage scientifique français est un petit monde... qui n'empêche pas de recevoir quelques skuds loin d'être tous immérités (on voit assez bien assez vite les
gros défauts des autres même si c'est plus dur d'être lucide sur son cas)


 


2/ la nouvelle tendance risque d'être à la baisse avec les nouvelles règles ANR qui limitent fortement le nb de non-permanents sur un projet. Encore un "bon constat" (trop de précaires) qui
conduit à des décisions un peu débiles (bientôt plus aucun moyen de financement de doctorants et encore plus de post-doctorants: sachant que les permanents passent leurs vies à remplir des
projets, il n'y aura plus personne pour "faire tourner les manipes"; on peut penser qu'on mettra 20 ans à se rendre compte que ça tourne à vide).


3/ notre équipe est un peu dans ce cas, elle a pourtant été évaluée (et a produit, même si probablement moins que celles qui ont 20 ans)... sinon, les situations particulières, il y en a des pas
enviables un peu partout, mais je ne suis pas sûr que ça soit ce que je demanderais à l'AERES: il me semble que le lissage sur une période raisonnable est la bonne échelle (le but étant de
sanctionner seulement si tous les indicateurs sont au rouge...).


 


4/ Pour les notions de confidentialité, c'est vrai que je ne m'étais pas posé la question... il faut dire que dans mon domaine, les sujets sont rarement très sensibles: je pense qu'il est
impossible que les gens fassent vraiment exactement les mêmes manipes, et même dans le cas de trucs très proches au pire tu publies dans un journal un peu moins bon que ce que les premiers ont
fait. J'imagine que ce n'est pas vrai dans tous les domaines; mais les recommandations de l'AERES restent quand même toujours assez vagues...



Cub 24/01/2013 01:41


Ouais le coup de cacher les tensions au sein du labo tout le monde le fait et c'est pitoyable... En revanche c'est marrant quand malgré tout les efforts de ces personnes, l'AERES s'en rend tout
de même compte et le note, à la vue du public lol.


En revanche je vois pas l'intérêt de supprimer l'agence de notation pour la remplacer par une autre... C'est vraiment juste histoire que la gauche ait SON agence... Et au passage ce serait
peut-être pas mal que cette nouvelle agence ne se contente pas d'interroger les permanents et s'intéresse un peu aux avis des thésards et post-docs...

mixlamalice 24/01/2013 09:45



Le comité AERES me semble rarement dupe, même s'il peut laisser pisser parfois... c'est un peu comme quand tu surveilles un exam, les mecs qui pompent tu les voies même s'ils croient le
contraire...


Pour l'instant, oui, le changement c'est maintenant mais ça semble plus politique qu'autre chose.


Il est vrai qu'interroger étudiants et post-docs pourrait être une bonne idée (quand on cherche un poste, c'est la chose à faire pour connaître vraiment l'ambiance d'un labo), tout en veillant à
ce que les gens ne soient pas grillés par ce qu'ils disent... toujours compliqué, chez nous...



Spirit of Bouasse 23/01/2013 23:27


"Ainsi, quand dans un établissement de taille respectable et relativement réputé,
..."


C'est où ce paradis ??

mixlamalice 24/01/2013 09:30



quelque part ici, mais je suis sûr qu'il y en a plein d'autres: http://www.aeres-evaluation.fr/Publications/Rapports-d-evaluation/Rapports-acces-par-liste-des-etablissements-organismes-evalues