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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 18:35

J'interviens dans un master en cotutelle, l'une des cotutelles gérant plus spécifiquement le M1 et l'un des M2 recherche accessibles, et l'autre plus spécifiquement le M2 Pro, assez bien côté et demandé. 

 

Le responsable du M1 est un collègue probablement très apprécié de l'AERES, qui a tout du "bon enseignant-chercheur moderne": longue liste de publis dans des bons journaux, publications régulières, collaborations internationales, financements et expertises d'"excellence", et implication dans la vie de l'Université voire à l'échelle nationale. 

 

Les responsables du M2 sont au contraire deux collègues aux portes de la retraite, "non-publiants" à vie ou presque, sur qui on a jeté l'opprobre il y a quelques années de façon un peu facile, et donc assez amers sur leurs dernières années.

 

Or, si on discute quelques minutes avec les élèves, on se rend compte que le M1 est un bordel sans nom: emplois du temps improbables voire "illégaux", cours qui sautent sans prévenir, salles inexistantes, programmes d'enseignements inconnus même pour les enseignants, niveau complètement hétéroclite, etc. Et surtout, d'après les étudiants, aucun suivi de la part de l'équipe pédagogique et surtout des responsables de la formation. Alors que le M2 est dans l'ensemble extrêmement bien géré (si les élèves ne trouvent rien à redire, c'est que c'est vraiment bien) avec des débouchés on ne peut plus corrects pour l'époque.

 

Car s'occuper d'un master "correctement", c'est un boulot immense. Il faut faire un emploi du temps cohérent et être réactif face aux impondérables, un programme scientifique qui se tient, être en contact régulier et quasi-individuel avec les élèves d'une part et la scolarité d'autre part. S'occuper des conventions, surtout avec les développements de l'alternance. Récupérer le pognon de la taxe d'apprentissage etc, faire en sorte que les intervenants externes soient payés. Organiser les soutenances, les commissions d'harmonisation des notes, les entretiens d'admission... les tâches sont infinies ou presque*. 

Pour cela, l'établissement donne une décharge d'enseignements royale de 5HED ("tutorer" un apprenti, à savoir aller le visiter 1 fois dans son entreprise et l'appeler 2 fois dans l'année au téléphone - facultatif- compte pour info 8HED). 


Par cette histoire, je veux juste montrer que la notion d'"excellence" et que sa relation à l'enseignement est loin d'être simple.

Il n'y a pas les gentils "non-publiants" exploités d'un côté et les méchants aux dents qui rayent le parquet de l'autre: j'avoue honnêtement, quand nos collègues partiront et que nous, les "jeunes" qui ont l'ambition de passer Prof. un jour (les vieux sont restés MCF toute leur vie) reprendront le flambeau, le M2 ne sera probablement plus aussi doux pour les élèves qu'avant, parce qu'en gros, nos collègues (qui certes n'avaient rien d'autre à foutre ou presque) bossaient, de façon extrêmement consciencieuse, "gratuitement" et que la reconnaissance pour ce travail a été moins que zéro.

Alors qu'il est si simple de faire comme un bon "enseignant-chercheur moderne": mettre dans son CV "responsable de..." et laisser le truc vivoter tant bien que mal pendant qu'on se consacre aux tâches qui comptent vraiment**: ça ne concerne que des élèves après tout, ce n'est pas comme si leur réussite et leur bien-être étaient pris en compte dans les évaluations des enseignants-chercheurs.

 

 

Que l'AERES ait tenté un "recensement" des "non-publiants" (avec des critères pas franchement très contraignants) est plutôt une bonne chose. Encore faut-il savoir quoi en faire et ne pas nécessairement les ostraciser (on en est limite à les "planquer" quand un comité passe, certains envisagent de leur interdire de faire des heures sup'*** etc): l'administration, notamment de l'enseignement, est une activité chronophage et peu stimulante pour beaucoup. Il faudrait la valoriser d'une façon quelconque... pour les enseignants-chercheurs mais aussi pour les élèves.

 

 

*Il y a souvent un secrétariat, mais dont l'efficacité ou la connaissance intime des tâches est mince, et qui n'est donc pas d'une aide énorme.

 

** publis d'une part, participations à des comités théodule de l'autre. Pour le reste "responsable" sur le CV suffit amplement.

 

*** cela a du sens: s'ils font la moitié de leur travail, on ne veut pas les payer pour faire des heures sup' sur le temps de l'autre moitié. c'est aussi débile: dans ce cas, ce sont les publiants qui doivent se taper toutes les heures sup', donc moins publier, etc.

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

Aisling 20/03/2013 09:41


Mix: je suis globalement d'accord, les criteres d'evaluation de l'"excellence" sont tendancieux et biaises...


 


Cub: Je ne suis pas du tout d'accord avec ta vision de l'enseignement en M2!


 


"moins de 20h d'enseignement par semaine, c'est juste du vol." -> perso, je pense avoir bien plus apris lors d'une annee d'echange dans une universite nord-americaine ou j'avais 12 heures de
cours par semaine max que dans le reste de ma scolarite a 30h+/semaine ! Si les cours donnent suffisament de bases et de references pour faire le travail perso qui permet d'en apprendre plus via
des livres ou autres supports, ca me parait bien. 


 


Et pareil en M2 ou on avait fort peu d'heures. J'ai meme envie de dire encore plus en M2! La recherche demande beaucoup de travail personnel, il faut donc du temps hors cours pour le faire. Mais
c'est aux etudiants de se prendre en main et de bosser en dehors des cours. 


 

mixlamalice 21/03/2013 13:32



Le pb de l'évaluation de l'excellence à tous crins, c'est qu'il y a des tâches ingrates et peu valorisées, que tous ceux qui sont dans ce système d'évaluation ne veulent plus faire, sauf les plus
saints d'entre nous. Du coup, ce sont les rejetés de l'évaluation qui s'y collent, jusqu'au jour où, traités comme de la fiente, ils diront merde et iront buller chez eux et viendront juste pour
leurs cours (ce que certains font déjà: je ne cautionne pas, mais je peux comprendre).



régis 17/03/2013 19:47


A quoi l'enseignement supérieur doit-il ressembler? C'est là le fond de la question.


Il est sûrement plus confortable à l'étudiant de pouvoir se reposer sur un enseignement paternaliste qui transmet un message prévisible, serein, décanté.


Est-ce que cela stimule son intelligence?


Est-ce que l'enseignement supérieur doit transmettre des connaissances facilement accessibles dans des traités et des revues? ou est-il là pour plonger l'étudiant dans un univers hostile d'où
il ne se sauvera que par une analyse de la situation, une revue critique de la littérature, et une mise à contribution de sa pensée hypothéticodéductive?


(je ne suis pas complètement de bonne foi car je suis le premier à déplorer les dérives apragmatiques de l'enseignement supérieur et son mépris pour l'univers professionnel)

mixlamalice 21/03/2013 13:30



Plutôt que le contenu, je voulais parler de la face cachée de l'iceberg, toutes ces activités peu valorisées qui sont extrêmement chronophages si on veut les faire suffisamment bien pour que les
élèves soient mis dans des conditions d'apprentissage au moins potables...


Bon, on peut voir la fac comme un système D globalisé fait pour que le fittest et celui qui sait tout faire tout seul survive, et que dans ce sens n'absolument pas gérer le master dont on est
responsable est efficace, mais j'ai des doutes...



Cub 13/03/2013 05:24


Le dilemme du "le bon chercheur fait-il un bon prof"... Si on prend le "bon" chercheur basé sur un critère publi, à savoir le mec qui publie régulièrement et se soucie énormément de ça, il
s'enferme petit à petit dans un esprit qui n'a rien à voir avec la responsabilité d'une unité d'enseignement qui veut justement qu'on soit altruiste au possible. Le mec privilégiera toujours ses
publis à ses élèves, pas toujours par égoïsme d'ailleurs, mais aussi pour survivre en tant que chercheur "dans le coup".


 


Par conséquent il est clair qu'un vieux MdC ou Prof qui n'en a plus rien à faire de publier fera un meilleur prof/responsable de master. Moi je me demande encore en quoi on a besoin d'être
chercheur pour enseigner en master ou s'en occuper du reste. Pour avoir côtoyé les trois milieux prépa/IUT/Fac, les meilleurs profs se trouvent en IUT (au niveau pédagogique). Les profs de prépa
seraient aussi tout aussi bons s'ils n'avaient pas un programme ridiculement massif à faire rentrer dans le crâne de leurs élèves.


 


Il est d'ailleurs assez flagrant que les meilleurs profs en fac sont souvent les plus vieux, ceux qui n'ont plus la tête dans le guidon et trouvent plus gratifiant de transmettre leur savoir.
Soit ils sont chefs d'équipe et délèguent très efficacement, soit ils sont seuls dans un coin et ne publient plus. Les jeunes enseignants ne servent alors plus que pour les TDs/TPs à refiler, la
connaissance du système de bourses et ses magouilles modernes, pour le reste ils sont globalement bien trop prétentieux (soit parce que leur cours ce n'est rien d'autre que leurs travaux de
recherche sans aucun but pédagogique, soit parce qu'ils copient/collent ce qu'ils ont fait en prépa/ENS...).


 


Ajoutons que le M2 que j'ai connu était aussi un vrai foutoir, et que c'est une année ridicule au possible. L'utilité de l'année de M2 est le stage en labo, les enseignements sont pathétiques, on
apprend plus en lisant des livres, des manuscrits de thèse, ou des cours en lignes faits par d'autres profs... Je peux comprendre que l'on supprime les TD en M2, mais moins de 20h d'enseignement
par semaine, c'est juste du vol.

mixlamalice 13/03/2013 15:26



Bon Prof/bon "gestionnaire" n'est pas forcément synonyme non plus: j'ai un collègue vieux de la vieille très dévoué aux élèves, qui s'investit beaucoup dans l'organisation etc. Après, ses cours
sont très "magistraux" au sens le plus old school du terme: debout sur l'estrade pendant 3h sans s'arrêter, 0 interactions avec les élèves, 200 transparents enchaînés, même comportement devant
100 élèves que devant 5... c'est pas très excitant.


Pour en enseigner en M2R, être chercheur me semble utile, ça permet de présenter des trucs un peu nouveaux, de donner envie de faire des stages sur tels sujets etc. Après, c'est vrai qu'en L1-L3
c'est plus discutable, même si on parle de "formation par la recherche": pas forcément besoin d'être un chercheur de haut niveau pour monter des petites manipes de vulgarisation qui donnent
envie aux jeunes d'aller à la paillasse...