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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 10:31

Un Professeur assez reconnu, au cours du déjeuner, hier, nous dit:

" Je préfère 100 fois un bon post-doc qu'un mauvais maître de conférences".

Jusque là, soit.

 

Puis vient un exemple pour illustrer son propos:

" Un gars qui en veut, c'est mieux que la maître de conférences de chez nous, qui au bout de 5 ans en est à son 3ème gamin. Elle était pas mal, mais là elle est morte pour la recherche".

 

Alors, si j'étais FSP, la pourfendeuse du sexisme dans le monde de la science, je vous pondrais une diatribe sur le possible machisme des Professeurs occidentaux blancs de 50 piges: est-ce qu'il sous-entend qu'une femme ne pense qu'à faire des gamins? que le vrai rôle d'une femme est de toute façon de s'occuper du foyer? que donc un mec peut gérer sa carrière et ses trois gosses mais pas une femme? ou encore plus généralement que de toute façon seuls les hommes sont des scientifiques valables?

 

Bon, en fait, je ne vois pas le sexisme partout, et j'ai tendance à penser que "gars" ici était un terme générique asexué, et que son exemple en était par définition un, et non l'expression d'une vérité d'ordre générale plus ou moins sous-entendue, révélatrice d'un machisme lui aussi plus ou moins conscient et assumé. Je peux me tromper. 

 

Mais tout de même, ces quelques phrases révèlent un certain nombre de comportements assez universels dans le petit monde de la science, et qu'on retrouve aussi en partie dans un article récent de, encore, FSP (et dans les commentaires qui suivent):

- Un certain nombre d'(enseignants-)chercheurs d'âge mûr, disons 50 ans et plus, embauchés à une époque où à peu près tout le monde trouvait aisément du boulot, au point qu'on pouvait se permettre de faire celui qui nous plaisait, et où un docteur ne faisait que très rarement (un an, pas plus, de) post-doc, aiment bien donner des leçons aux petits jeunes et leur expliquer que la vie c'est facile. Surtout celle qu'ils n'ont pas connue. Vous me direz que c'est assez général et pas propre à la recherche publique. 

- Mais on a aussi affaire à des jeunes embauchés oublient souvent bien vite leurs tourments d'ex-post-docs pour tenir le même discours formaté du genre "post-doc c'est chouette, et ceux qui se plaignent sont des pleureuses et/ou des incompétents qui n'ont de toute façon rien à faire là". Plusieurs raisons possibles: l'aspect "j'en ai chié donc je ne vois pas de raison pour que tu n'en baves pas aussi". Mais aussi probablement le côté "ex-soixantehuitard qui devient membre du MEDEF": "je trouvais le système à chier, mais maintenant qu'il m'a absorbé, j'en profite à max, je le trouve super, finalement y a rien à changer, et en plus j'aimerais éviter que trop de mecs meilleurs que moi ne s'y retrouvent". Carriérisme ou activisme, le choix est, passé un certain âge, souvent vite fait. Même pour ceux qui font carrière dans l'activisme.

 

Pour le coup, c'est peut-être moi qui voit le mal partout.

Mais surtout, ce genre d'idées trop répandues contribue de façon non négligeable à entretenir un cercle vicieux, ce qui ne semble pas frapper grand monde.

Si on passe son temps à travailler avec des post-docs qui ont le couteau entre les dents parce qu'ils savent que leur carrière future dépend de leur productivité immédiate:

- outre le fait qu'on s'en sert a priori comme d'une espèce de super thésard nécessitant moins de boulot d'encadrement mais sans réelle liberté pour autant*, ce qui annihile tout penchant créatif me semblant obligatoire pour faire un bon chercheur et dans une certaine mesure but premier d'un post-doc, tant cette capacité est difficile à acquérir.

- on se retrouve lorsque finalement on se sent obligé d'ouvrir un poste avec des candidats qui ont tous au minimum 30 ans et 3 ans de post-doc par monts et par vaux.

- bizarrement, quand ces gens-là ont un poste, la plupart en profite pour (re)faire en accéléré la vie de famille qu'ils n'ont pas eu depuis 3 ou 5 ans.

- et effectivement, ils perdent d'un coup en productivité, probablement plus que si on ne les avait pas pressés comme des citrons avant, et leur avait laissé le temps de se faire une vie (c'est à dire en ne les forçant pas à déménager 3 fois en 5 ans et publier 1-2 papiers premier auteur par an dans cet intervalle).

 

Donc j'imagine que si les mentalités restent les mêmes, et les postes aussi rares, le phénomène va encore s'accentuer. Bientôt les CR2, MdC ou Assistant Prof. nouvellement recrutés auront l'âge moyen où on passait Prof., DR, ou Associate il y a 30 ans. Du coup, autant supprimer directement les tenure tracks et les postes permanents, et ne faire que des CDD d'un an renouvelables 2 fois. Avec changement d'université obligatoire, voire de région ou de pays à chaque période de trois ans.

La on verra vraiment ceux qui ont la science dans le sang, et que la science. On n'a pas besoin des autres. Surtout maintenant que je fais partie du système.

 

 

 

 

* Il n'y a qu'à voir la gueule des sujets proposés pour les post-docs ANR: le plan de travail est presque détaillé au mois près, on se demande parfois si les manipes ne sont pas déjà réservées sur le planning du labo.

 

 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

Aisling 24/09/2010 21:44



Recette pour "devenir" un candidat local: avoir un peu de chance, et des amis influants :-)


En plus detaille, ca se decline par:


1/ fureter localement a l'affut du poste ideal (et entamer une collaboration dans la bonne equipe), ou (encore mieux) attendre patiemment que le poste s'ouvre "par magie" dans l'equipe l'annee
suivant la soutenance ou le post-doc


2/ avoir vent d'un labo ou un poste va s'ouvrir et faire un post-doc sur place dans l'equipe en question.


Bon courage!



mixlamalice 24/09/2010 23:51



Tout est dit à peu près. J'avais expliqué les choses en détail ici: http://laviedemix.over-blog.com/article-32546117.html


En gros c'est un pb de définition et ça dépend ce que tu appelles local:


- si par local tu entends le chouchou thésard du chef qui ouvre un poste spécialement pour te garder auprès de lui, a priori il n'y a pas vraiment de recette... il faut juste plaire au chef, soit
par la qualité du boulot soit pour des qualités plus relationnelles, disons. Et avoir un chef puissant. Généralement, tu le sais assez vite, souvent 1an ou 2 avant la fin de la thèse. Et si tu ne
le sais pas, c'est que tu ne l'es ou ne le seras pas.


- si par local tu entends le candidat soutenu par le labo au moment oú l'audition s'ouvre, il faut, entre autres et dans le désordre: 1- candidater dans un labo qui pratique ce genre de choses
(ce n'est pas systématique surtout dans les labos qui reçoivent 20 bonnes candidatures à chaque fois qu'ils ont un poste). 2- si possible y connaître très bien quelqu'un (donc s'être fait un
petit réseau avant), qui a du pouvoir dans le labo (et/ou est dans la commission). S'être fait connaître du labo en entier (séminaire etc), et si possible les avoir impressionnés: ce que ce
que tu apportes au labo est unique. 3- faire un post-doc dans le labo au moment ou le poste ouvre, si possible depuis au moins six mois (d'ou l'importance des contacts pour savoir qu'un poste va
ouvrir avant que ca soit officiel). Encore mieux, dans l'équipe censée recruter si le labo fonctionne comme ça (certains labos mettent les équipes en concurrence, d'autres font des rotations dans
le recrutement).


Il y a des exceptions, mais il est plus facile de devenir le "local" dans un "petit" labo que dans une structure ultra-compétitive et très centrée sur la recherche qui fera plus
jouer la concurrence.  


Attention, selon cette seconde définition, la garantie de succès est loin d'être totale. J'étais dans ce sens un candidat "local", mais nous étions 3 dans ce cas à l'audition. Je n'ai pas eu ce
poste là. De façon générale, c'est pas si différent d'une candidature dans le privé: ça se prépare. Quand le nb de candidats valables dépasse largement le nb de postes offerts, un DRH ou une
commission de recrutement préféreront prendre un candidat proactif (qui a montré son intérêt pour la boîte ou le labo) qu'un mec tombé du ciel qui pense que son CV est le sésame ultime... De
toute façon tout compte et c'est la dernière quille debout qui gagne (généralement quand il reste deux quilles, après 4h de palabres, on n'est de toute façon plus dans les critères objectifs, ça
peut se jouer à ta coupe de cheveux ou ton accent). 


 


Voila, bonne chance.



gui'ls 24/09/2010 20:31



(oups, dsl pour le double post)


 


Et t'as pas peur que ton collègue avec un grade supérieur ait vent de ton post plutôt assassin à son encontre? Ce n'est pas bon pour ton avancement ça...


Puisque tu as l'air de connaître le sujet, tu peux me dire comment on devient candidat local?



mixlamalice 24/09/2010 23:41



Ce n'est pas un collègue, ni même quelqu'un qui bosse sur des thématiques proches des miennes, juste une personne que j'ai été amené à rencontrer quelques heures.


Ca n'a non plus rien d'assassin à son encontre: d'une part je le connais pas (donc ne le juge pas en tant que personne), d'autre part les propos qu'il a tenus sont plutôt communs dans notre petit
monde. Dans l'ensemble je n'y adhère pas (pas encore en tout cas, je ne sais pas qui je serai dans 15 ans). J'y réagis ponctuellement parce qu'il y a eu discussion, mais j'avais déjà évoqué
ce genre de choses auparavant... Et bon, on a le droit de ne pas être d'accord sur tout, après tout. Même si j'ai cru comprendre qu'il pouvait être assez rancunier...


Et puis, en ce qui concerne l'avancement, il y a du temps qui va passer sous les ponts avant que je candidate pour un poste de Prof. (si ça arrive un jour). En attendant, les changements
d'échelon se font de façon automatique.


Pour la question du candidat local, je réponds après Aisling.



Aisling 24/09/2010 13:46



Mix, je suis d'accord sur tout! En particulier pour le post-doc à l'étranger - si le but est d'avoir un poste en France, surtout à court ou moyen terme, c'est plutôt l'option à éviter malgré les
rumeurs et "bons" conseils de toute sorte.


 


Pour ce qui est de la philosophie de ton collègue prof, en effet, c'est malin de prôner la disponibilité acharnée 24/7 de sa part... Il conseille le post-doc à l'étranger aussi, je suppose? Vu la
galère pour obtenir un poste, on peut comprendre que certains en profitent pour "souffler" un peu au début. Cela dit, j'en connais qui ont eu leur poste direct après la thèse (sans
commentaire...) et qui "soufflent" depuis pendant que les candidats "moins excellents" restés sur le carreau au concours continuent à mettre les bouchées doubles. 


 



mixlamalice 24/09/2010 17:44



Nothing new, hein... (d'où le titre). Mais il est parfois bon de répéter. Tant que je suis encore un peu solidaire.


Quant à ceux qui se reposent, au bout d'un moment ça finira par se retourner contre eux quand même (pour passer Prof., notamment: il y a toujours des magouilleurs qui arrivent à passer entre les
mailles du filet, mais à ce stade ça devient plus difficile sans un dossier scientifique crédible).



postdoc 23/09/2010 00:51



C'est amusant ce genre de remarques sur les femmes. Il se base sur quelles études statistiques pour sortir ça ? Ou bien c'est simplement du machisme bien franchouillard engoncé dans ses
certitudes ? Il me suffit de regarder ma cheffe pour voir un contre-exemple flagrant à sa théorie. Elle a eu ses 2 gamins après avoir eu sa tenure (et quels gamins ! Ils sont tellement (hyper)
actifs que de les voirs gesticuler 5 minutes, j'en suis totalement extéunué). Elle continue à publier des papiers majeurs et je pense que scientifiquement elle doit exploser facilement 95% des
hommes (moi compris).


 


Pour le côté post-doc revendicatif concernant le système de recrutement qui devient le premier défenseur de ce même système une fois embauché j'en ai été témoin. Ça s'est produit *littéralement*
du jour au lendemain, je n'en revenais pas. Aussi comme toi, les conseils des vieux qui ont été embauché rapidement, ça me fait bien rire. Souvent ces mêmes vieux n'ont pas fait grand chose
depuis une décennie ou deux d'ailleurs, mystérieusement. Sinon dans mon domaine j'observe aussi qu'on nous dit qu'un ou deux postdocs à l'étranger c'est totalement obligatoire mais en attendant
quand on voit les résultats des concours ça embauchent des gens qui ont fait thèse et un postdoc dans ce labo. C'est navrant comme situation.



mixlamalice 23/09/2010 09:56



Je pense qu'il se basait sur l'idée reçue que pour être un bon chercheur il faut être dispo 24/7. Alors c'est vrai qu'on ne choisit pas quand les manipes marchent et que c'est plus difficile en
faisant "des horaires de bureau", mais certaines matières s'y prêtent finalement assez bien. Comme beaucoup de choses, c'est une question d'organisation, mon chef et d'autres se démerdaient super
bien en faisant du 9h-17h, d'autres sont à chier en bossant 12h par jour. Une notion qu'on ne pige pas toujours chez nous....


Pour le post-doc à l'étranger, oui, je le conseillerais d'un point de vue personnel "ouverture d'esprit" scientifique et culturel ou si on veut s'expatrier définitivement. Pour trouver un
job en France, même si le post-doc a été plutôt productif, l'intérêt est beaucoup moins évident (contrairement à ce que pas mal de gens rabachent). Sauf, bien sûr, si on a bossé pour un Nobel et
publié 8 papiers en 2 ans...



gerard 22/09/2010 22:08


"Un certain nombre d'(enseignants-)chercheurs d'âge mûr, ...la vie c'est facile. ahah^^, mais ça marche aussi avec les pistonnés trentenaires qui ont fait le parcours 2ème cycle + DEA + thèse +
poste MCF au même endroit. J'en ai un qui me conseil de partir en postdoc... il a soutenu sa thèse y'a 2-3 ans puis s'est fait pistonné dans le labo en MCF. Un vrai aventurier de la science qui
conseil aux autres de prendre des risques! Bref, c'est aussi souvent qu'ont voit des jeunes pistonnés locaux prêcher la bonne parole ("tu dois faire postdoc, c'est bien pour toi tu vas revenir avec
une super expérience") à leur ex camarades thésards.


mixlamalice 22/09/2010 22:32



Ah, je veux bien le croire, mais je n'en ai que peu rencontré au cours de ma courte carrière. Et pas assez cotoyés pour qu'ils me donnent des conseils.


 


De mon expérience (mais j'en ai un peu parlé ailleurs), le post-doc à l'étranger est loin d'être aussi "payant" que ce que beaucoup de personnes (parfois bien intentionnés d'ailleurs) nous
vendent. Enfin, disons que dans l'optique de voyager, découvrir une autre culture et une autre façon de faire de la recherche, etc, c'est formateur et une expérience à vivre.


 


Mais dans l'optique plus prosaïque de choper un poste, après coup j'ai vraiment l'impression qu'il vaut mieux rester en France dans un bon labo, en changeant un poil de thématique (dans l'esprit
des commission: changement de thématique = post-doc à l'étranger = point très positif. post-doc à l'étranger + changement de thématique ne rapporte pas vraiment de bonus), et, surtout, en
étoffant son réseau (ne pas hésiter à aller dans les congrès franco-français où ne se pressent pas forcément les grandes stars internationales, mais où on risque de croiser pas mal les membres de
commission, et de donner des séminaires un peu partout). Le problème avec le post-doc à l'étranger, c'est que la plus grande partie de ceux qui vous l'ont conseillé ont tendance à vous oublier
une fois que vous y êtes depuis plus de six mois. Et donc à plutôt aller chercher le mec en face s'ils doivent recruter (ne serait-ce que parce que préparer un dossier de candidature par échange
de mail, c'est le merdier, alors que le candidat local ou de la fac voisine...).


Bon courage en tout cas.