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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 16:52

Je suis aujourd'hui très sceptique sur les MOOC, Massive Online Open Courses (ou CLOM en français), peut-être un peu de façon subjective, mais quand même aussi pour plein de raisons plus concrètes que je vais essayer de lister ici, de façon très désordonnée, en espérant que ça me serve de base pour quelque chose de plus poussé quand j'aurai plus de temps.

 

- Tout le monde en parle comme de la prochaine révolution. Ou plutôt, tout un "petit monde" en parle, pendant que l'étudiant moyen, celui que je croise en cours et à qui c'est censé s'adresser à plus ou moins long terme, n'en a jamais entendu parler. Comme beaucoup de buzz words ces derniers temps, j'ai surtout l'impression que ça buzze parmi l'intelligentsia. Comme tous les concepts révolutionnaires censés changer le monde apparus depuis 2-3 ans, je me méfie (mon côté réac).

- En conséquence, la définition de ce qu'est un MOOC est très aléatoire. Si quelques blogs pédagogiques prennent le temps de détailler ce que cela devrait être, trop de "faiseurs d'opinions" utilisent le terme à tort et à travers.

- Le ministère vient de pondre un plan France numérique ultra-ambitieux, au moins en paroles, mais se garde bien d'aborder les questions concrètes. 

 

 

Celles-ci peuvent être très bêtes:

- quel est le public visé? Des étudiants "classiques"? Des salariés pour des formations "tout au long de la vie"? Des retraités ou "oisifs", comme les conférences du Collège de France?

Cela servira-t-il à mutualiser les connaissances et les moyens notamment pour le premier cycle universitaire, en clair "diminuer les amphis" comme le dit la Ministre (et dans ce cas, que fait-on des enseignants-chercheurs, voir ci-dessous?), ou au contraire réservé plutôt à des cours de master spécialisés (et dans ce cas, a-t-on besoin de "massive")?

Cela servira-t-il à suivre un diplôme complet, ou plutôt pour des compléments de connaissance pour des cursus à la carte ou des employés (dans le cadre de la DIF par exemple)?

Les MOOC sont-ils adaptés pour révolutionner tous ces cas de figure? Cela me semblerait surprenant.

 

- comment, si l'on pense que c'est la piste à creuser, "certifier" les MOOC, en faire des formations diplômantes? Pour des gens déjà fortement diplômés, il est largement envisageable de "vendre" lors d'un changement d'emploi ou d'une reconversion le suivi d'un MOOC, éventuellement "validé" par l'organisme, mais est-ce vrai pour des personnes faiblement qualifiées?

Il faut savoir qu'en France, beaucoup d'industriels ne reconnaissent déjà pas en interne les diplômes obtenus en formation continue même si ceux-ci sont approuvés par la CTI ou autres. Peut-être dans 30 ans pourra-t-on se passer de diplômes, aujourd'hui c'est moins sûr. Surtout en France, où il a historiquement une importance démesurée, mais même ailleurs: il faut trouver un moyen de "valider l'acquisition de compétences/connaissances". Dire "ah ben j'ai fait ça chez moi entre deux matchs de foot à la téloche mais je vous jure je suis au taquet" ne convaincra pas grand monde.

Cette question est ouverte, même aux USA, le premier master entièrement MOOC venant tout juste d'ouvrir, et encore largement qualifié de "pari" par l'université le proposant. Le master en question est "sponsorisé" par AT&T, le Orange ricain. Est-on prêt à ce genre de choses en France, où le "master mcdo" empêche de dormir Sauvons l'Université depuis le passage de Pécresse?

A l'heure actuelle, je vois donc ça plutôt comme un "bonus" pour yuppies que comme un véritable instrument de démocratisation de la connaissance, fort argument de vente des MOOC. Je peux me tromper.

Ce qui soulève une autre question:

 

- quid de la fracture numérique? Je dispense des cours qui ne sont ni massive ni open, mais qui sont online, à un public parisien, employé. Une partie non négligeable de mes étudiants est pénalisée tout simplement parce qu'ils n'ont pas un accès constant à internet. Eh ouais.  

 

- comment peut-on proposer des formations "techniques", "pratiques"? 

 

- Quels moyens en local? Oui, il y a 12 millions d'€ pour une plateforme nationale, mais comment dégager du temps et des moyens pour les enseignants-chercheurs, au sein de leur université, pour réaliser des MOOC, quand la moitié d'entre elles a d'immenses difficultés financières?

C'est bête et triste à dire, mais pour beaucoup de collègues dans différentes universités, l'encouragement à produire des MOOC et la réflexion qui devrait en découler, puisqu'on nous serine que c'est le summum de l'innovation pédagogique, sont limités à "ben vous vous filmez devant votre ordi avec votre webcam - ou on met une caméra dans l'amphi pour les plus riches- et on fout ça en ligne avec un poly et c'est marre". Et bien sûr, "vous faites ça sur votre temps libre, entre 2 AAP et 150h d'HC" ou encore "MOOC et présentiel, on ne vous compte bien sûr qu'une modalité d'enseignement sur le service, le reste c'est cadeau".

Toujours dans le cadre de mes "online courses", je peux vous assurer que, dans ce schéma basique, beaucoup d'étudiants regrettent le bon vieux temps où ils pouvaient assister au cours. Avoir la possibilité de dialoguer avec le prof par mail, c'est chouette, mais pour beaucoup, le caractère old school de la salle de classe est le seul moyen de se motiver et de se concentrer. Ca n'est peut-être qu'une manifestation temporaire du syndrome "c'était mieux avant", mais comment en être sûr sans recul?

Qui est prêt à financer des décharges de service, à dégager du temps aux enseignants, à leur donner des moyens technologiques, pour rééllement être innovant pédagogiquement? Ils le font au MIT, Polytechnique ou l'ENS pourront peut-être le faire, l'Université de Bourgogne peut-être pas. 


- Quel est le modèle économique des MOOC? Coursera est une entreprise privée, comment compte-t-elle gagner son pognon? Visiblement par le biais des "certificats" (en gros, on suit en candidat libre gratuitement, mais pour obtenir le certificat on paye). Souhaite-t-on faire la même chose en France? Cela ramène à la question précédente: là où cela permet de diminuer les coûts aux US, cela les augmentera-t-il en France?

Une plateforme d'Etat est-elle, encore une fois, la réponse appropriée, d'autant plus quand on proclame l'autonomie des universités?

Enfin, j'y reviens, quid du devenir des enseignants-chercheurs dont les cours seront MOOCés? Sans aller voir le complot à moyen terme pour tailler dans le gras, la question mériterait d'être discutée ouvertement.

 

 

Bref, voila quelques questions que je me pose. Toutes ne sont peut-être pas légitimes et vous avez le droit de me le démontrer en commentaires. J'aimerais simplement que ces choses là soient discutées concrètement, que l'on fasse un peu dans le basique plutôt que dans les envolées lyriques. Sans quoi je continuerai à me méfier.

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

Lil 04/10/2013 10:27


Quelques réflexions un peu en vrac parce que je lis ce post alors que je m'apprêtais justement à aller suivre mon chapitre du jour du MOOC Gestion de Projet dont on a un peu parlé dans les médias
ces jours-ci.


Il me semble que pour un approfondissement ponctuel sur une notion, une thématique, c'est un principe intéressant. En tant qu'EC justement, le fonctionnement offre une grande liberté de suivre le
chapitre du jour quand on a le temps/l'envie. Sur ce CLOM en particulier, les chapitres durent 10 minutes, un par jour pendant 5 semaines. On peut donc rpendre 10 min/ jour ou 1h/semaine. Mais à
mon sens, il s'agit d'un enrichissement personnel, je ne cherche pas la validation absolue à coller sur mon CV. Le point de vue est tout autre pour un étudiant, en début de formation, qui veut
valider des cours généraux...


Concernant le cours en amphi et la satisfaction des étudiants pour le "réel", un petit sondage chez nous (en école donc conditions très différentes de la fac, je lre connais) a montré que les
étudiants rejettent massivement le cours en ligne et le ppt qui sert de support à ce cours. Ca cogite donc pas mal pour voir quelle forme de cours, quels supports, seraient plus pertinents.


Mais si les réflexions se multiplient, je te rejoins sur le fait que personne ne se pose encore vraiment la question de comment prendre en compte les heures passées à préparer les CLOM par les
EC. Pourtant, il me semble que cette opportunité ouverte par les cours en ligne est à prendre en compte dans un vrai débat sur les nouvelles formes d'enseignement qu'on peut proposer aux
étudiants. (J'ai par exemple suivi récemment une conférence sur l'utilisation de Second Life (oui oui, ça existe encore) pour faire des "TPs" auprès d'étudiants de médecine par exemple, pour
apprendre à gérer une situation d'urgence massive.)


 

mixlamalice 06/10/2013 12:24



Cela confirme un peu mon impression qui génère "problème éthique". Les MOOC c'est avant tout pour des gens déjà diplômés, qui sont curieux et ont du temps. Cela semble aussi validé par les
premières études (je suis tombé sur une infographie de l'INRIA qui disait que 2/3 des suiveurs ont + de 25 ans et sont diplômés, 15% seulement sont des étudiants). Bref, pour l'instant la
"révolution de l'enseignement", c'est un peu du flan...


 


Je ne suis pas non plus dans une fac "classique" (ni une école d'ingé), mais le petit sondage local montre qu'un nombre non négligeable d'étudiants vit mal le fait que certains cours n'ouvrent
plus qu'en format en ligne... (ceci aussi sans doute, en partie au moins, parce que ce qu'on leur propose n'est pas très élaboré...)



nathalie 03/10/2013 21:55


pour avoir testé, un CM de 4h est beaucoup plus agréable à suivre en vidéo : on n'a pas besoin de se lever à 6h et d'affronter transports en commun ou embouteillages pour arriver à l'heure, on
peut faire des pauses quand on veut en cas de déconcentration, on peut arrêter un court moment pour prendre des notes ou vérifier ailleurs un point obscur (en live on n'ose pas toujours poser une
question qui paraît idiote). Et certains profs ont incontestablement un talent théâtral.


Mais je suis d'accord que ce qui se fait aux US est difficile à transposer dans le contexte français.


 

mixlamalice 06/10/2013 12:27



Je pense néanmoins que le bon format pour un cours en ligne se rapproche plus du "cinéma" (très écrit, au mm près) que du théâtre ("impro"), pour continuer la métaphore.


Là ou dans un cours présentiel il faut "surjouer" pour que le public accroche, dans un bon cours en ligne je pense qu'il faut être concis, sobre, et incisif. 


Après, il y a sûrement un public qui apprécie, effectivement, de pouvoir mettre sur pause, etc.



JF 03/10/2013 09:18


De facto, il y a déjà certaines filières qui utilisent des cours vidéo : les premières années de médecine typiquement, où il n'est pas rare d'avoir un prof qui fait un cours depuis un amphi, et
la moitié de la promo qui suit la vidéo dans l'autre amphi. Je m'empresse d'ajouter que en l'occurence, c'est clairement insatisfaisant (mais c'est plus un résultat de l'ambiance si particulière
des P1 où les redoublants boutent le fordel pour empêcher les bizuths de suivre...). Les facs de médecine y trouvent clairement un avantage (diviser par deux le nombre d'heures de cours, je
suppose...)

mixlamalice 03/10/2013 19:53



Oui, chez nous aussi, le "cours vidéo" consiste généralement à simplement "filmer l'amphi" et le mettre en ligne sur une plateforme auquel tout inscrit peut accéder. Comme tu dis, ce n'est pas
très satisfaisant: un CM de 4h en live ça peut être déjà pénible, mais j'imagine que la version "chez soi" c'est juste impossible, même si le prof est bon, c'est simplement pas adapté.


Bien sûr, la direction communique beaucoup sur le caractère innovant, la pédagogie, les outils etc. Et bien sûr encore, nous, troufions, avons "toute latitude pour innover".


Donc oui, il y a des gens impliqués, qui aiment ça, et qui font des trucs très bien et très pointus. Mais le tout sur leur temps libre, parfois sur leurs deniers (je connais des EC qui ont acheté
des logiciels pour usage perso parce que les logiciels mis à disposition par l'institution sont médiocres), et, pour ceux qui ne sont pas des "superstars", probablement au détriment de leur
production en recherche.


Bien évidemment, personne à l'administration ne les a félicités pour leur implication, et même on commence à sérieusement taper sur les doigts des non-publiants.


Donc, ceux qui comme moi ne sont pas mère Teresa, on se contente de faire avec  les moyens qu'on nous propose, et tout le monde en interne est content. Les étudiants, qui s'en soucie?



Anne Lavigne 02/10/2013 22:35


Je partage votre scepticisme, pour les mêmes raisons. Il est assez étonnant que le MESR lance de telles initiatives sans même que soient identifiées les compétences nécessaires pour passer aux
MOOCs. Je suppose que le MESR imagine que, comme la pédagogie traditionnelle, tout ça est inné. J'ajouterais que, sachant que quelques universités anglo saxones ont déjà une expérience /
réputation depuis plusieurs années, elles ont acquis une rente qu'il sera très difficile de concurrencer (le propre des biens/services à forts effets de réseaux est de donner un avantage
concurrentiel au premier entrant sur un marché ; cf. clavier azerty ; cf. google etc...)/

mixlamalice 03/10/2013 08:05



Peut-être le MESR pense-t-il qu'il n'est pas trop tard mais qu'il ne fallait pas tarder? (remarquons que pour une fois, le "retard" n'est que de quelques années, pas quelques décennies)


Mais comme souvent la forme me surprend (je reste très naïf): personne (en haut) n'en parlait, tout ça était très diffus et tout d'un coup, c'est la priorité des priorités. Et puis "on est en
retard, on est en retard, vite vite" ça ne fait pas un argumentaire (sauf pour le Figaro)...