Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 09:33

Le métier de chercheur consiste aussi, en partie, à encadrer, ou plutôt à former des doctorants. C'est, à l'heure où l'on commence enfin à agir pour valoriser le doctorat en France, une tâche d'importance...

 

Il y a autant de façon de faire que de personnalités, et si, comme pour l'éducation des enfants par exemple tout ne se vaut pas, s'il y avait une recette miracle, depuis le temps cela se saurait. 

Pour ma part, j'ai été, je pense, bien "éduqué" par mes directeurs de thèse (et même en stage de DEA, puis par mes responsables successifs), et j'essaie donc de reproduire ce qui selon moi faisait la force de leur encadrement, où en tout cas de recréer les conditions qui m'ont permis de m'épanouir en tant que chercheur. Cela relève bien évidemment d'un biais personnel, mais on ne se refait pas et il faut bien faire des choix.

 

Je pense que la thèse, en tout cas en sciences physiques (cela vaut aussi probablement en chimie et en biologie) est avant tout, de façon très générale et avant d'évoquer une hyper-spécialisation sur un thème de recherche bien précis, une "formation à la gestion de projet", comme on dit dans le jargon des ressources humaines. 

Donc, le principe de base selon moi, c'est de donner un certain degré d'indépendance au futur docteur.

Une fois que le sujet a été posé, bien expliqué, que l'on a fourni les documents "de base" à lire, montré les premières expériences à faire histoire de se lancer, c'est au doctorant de se prendre en main.

De faire sa bibliographie, de gérer son planning, de se poser les bonnes questions, de prendre des initiatives, de suggérer et de mener des expériences qui n'étaient pas nécessairement initialement dans le cahier des charges, bref, de finir par aller au-delà de ce que l'on avait au départ imaginé.

 

 

Attention, je ne suis pas en train de promouvoir "l'abandon de thésard": j'ai connu certains doctorants dépressifs parce que leur projet était mal pensé et qu'ils ne voyaient leur encadrant que deux fois par an. Quand le sujet ne marche pas très bien, ou que le doctorant n'est pas un cador, cela peut vite tourner au massacre, et personne n'en sort grandi ou gagnant.

Non, tout cela doit se faire en contact constant avec le doctorant, le degré d'autonomie dépendant également largement de la qualité scientifique de celui-ci. J'accepte, contrairement à certains collègues ("si je n'ai pas un bon candidat, je décline la bourse"), d'avoir des étudiants "moyens" avec lesquels il faudra passer plus de temps qu'avec d'autres. Essayer de faire progresser les gens, c'est aussi mon job*. 

Comme je n'ai pas un large groupe et que je ne suis pas si souvent que ça absent, ma porte est toujours ouverte pour discuter. Si le thésard ne la franchit jamais, j'essaye au moins de faire un point hebdomadaire, même informel, avec lui.

C'était à peu près la pratique de mes encadrants de thèse. Mon chef, en post-doc, qui avait un groupe d'une douzaine de personnes, formalisait un peu plus la chose, mais, bon an mal an, était suffisamment organisé pour passer 1h toutes les deux semaines en tête à tête avec chacun de ses étudiants (je crois que ce n'est plus tout à fait le cas désormais...).

 

 

Je suis donc toujours prêt à discuter, à analyser les résultats, à évaluer la qualité des manipes, à suggérer des pistes en cas de blocage, et à "recadrer" en termes de planning et de priorités si besoin. Je vais aussi essayer de faciliter la vie "administrative" du doctorant (en termes de commandes notamment), pour que le système soit le plus transparent possible pour lui (j'estime que si emmerdes il doit y avoir, ce n'est pas son problème) et qu'il soit dans de bonnes conditions de travail.

Par contre, je ne vais pas faire les manipes à la place du doctorant (même si je peux l'accompagner les premières fois pour le former - en tout cas sur les rares manipes où j'en suis encore capable-). Je ne vais pas refaire les manipes** pour vérifier qu'il a bossé correctement (même si je vais essayer, au mieux, de regarder la reproductibilité, les conditions expérimentales, suggérer des contrôles, etc; cela ne peut pas vraiment fonctionner sans un minimum de confiance). Je ne vais pas rédiger les premiers jets des manuscrits. 

 

 

J'aime bien le mot américain "advisor", ou "mentor". Je ne considère pas qu'un doctorant est un "stagiaire de 3 ans" qui est là pour me décharger du travail ingrat et salissant que je n'ai pas le temps ou ne veut pas faire moi-même... J'essaye donc d'adapter cette "philosophie" à mon comportement d'encadrant, même si j'ai encore, très certainement, des progrès à faire***.

 

 

* Cela peut sembler un truisme mais je ne suis pas sûr que tout le monde en soit persuadé dans un labo: je ne crois pas qu'un laboratoire ne puisse fonctionner qu'avec des De Gennes.

** Un collègue, par exemple, avait coutume de venir le week-end refaire les manipes de la semaine de son thésard. Outre que cela ne créait pas vraiment un climat propice au dépassement de soi, cela n'était pas extrêmement efficace...

*** je suis notamment assez soupe au lait, surtout quand je suis fatigué. Je peux donc un peu monter dans les tours quand je trouve par exemple que l'étudiant n'a pas assez réfléchi/ne s'est pas assez posé de questions avant de maniper et que donc une semaine ou plus de boulot tombe à l'eau...

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

Aisling 10/09/2013 16:38


Je partage cette vision de l'encadrement... théorique.


 


Je n'encadre aucun doctorant pour l'instant, mais je n'ai aucun mal à imaginer une multitude de grains de sable qui pourraient gripper la mécanique...


 


Dans la pratique, comment ca se passe pour toi? La réalité, comme les doctorants, étant loin d'être idéale - à tout hasard, comment tu fais quand: a/ le doctorant à l'air de bonne volonté, mais
bien qu'il jure avoir suivi le protocole à la lettre, les résultats de manips sont abérrants? Tu ne refais pas? b/ le doctorant n'est pas acharné à la tache et au rythme ou il avance il va
falloir revoir les objectifs de la thèse en divisant par 10... ou par 100... et vous n'aurez jamais les résultats pour un papier à soumettre ou autre DL fixe... Tu ne mets pas la main la pâte?
Sachant que l'absence de résultats du doctorant devient quand même un peu une absence de résultats pour toi... c/ la porte est ouverte... mais le doctorant ne la franchi jamais! Tout va bien pour
lui mais rien n'avance d'après toi... Vous vous mettez d'accord sur un objectif qui change mystérieusement de réunion en réunion... d'après lui...

mixlamalice 10/09/2013 17:23



Bon, je n'ai pas non plus une expérience de dingue; j'ai eu un doctorant en cotutelle qui est donc déjà arrivé avec un certain "bagage", un autre arrive bientôt; j'ai un postdoc qui vit sa
première expérience de "temps plein recherche post-thèse" (beaucoup d'ATER et d'enseignements avant) (je sais que ce n'est plus un "étudiant" stricto sensu, mais c'est quelqu'un dont, en
entreprise, on dirait que je suis le supérieur hiérarchique), 2 ATER, et un certain nombre de stagiaires de master au DUT (souvent coencadrés), probablement pas loin d'une dizaine aujourd'hui.


 


- quand le "n-1" (pour généraliser) présente des résultats imbittables, je mets la main à la pâte mais uniquement dans l'analyse: généralement on comprend pourquoi c'est faux. S'il s'agit d'une
erreur d'analyse, je lui remontre et il refait (c'est le plus fréquent); si on finit par comprendre que la manipe était à chier, il la refait. Si on ne comprend pas (c'est finalement assez rare),
il la refait aussi. Pour un certain nombre de manipes, des ingés/techs sont la pour assister si besoin...


 


- le cas du glandeur est arrivé, mais au stade master ou avant (et pas non plus à des doses extrêmes où le mec, par exemple, se pointait un jour sur deux). On essaye de pousser au train, mais
j'estime avoir affaire à des adultes. Même si j'avais le temps de faire des manipes à leur place (ce qui est loin d'être toujours le cas), je ne le ferais pas. D'une part je pense que c'est
partie de leur formation, d'autre part je ne suis même pas sûr que ça aiderait car le temps où j'étais efficace devant une manipe commence à être passé depuis belle lurette (pas loin de 4
ans...). Aujourd'hui, en manipant 1 semaine tous les 6 mois, je n'avance pas très vite anyway. Ponctuellement, je peux aller faire une manipe avec l'étudiant pour vérifier qu'il fait bien (ou
pour lui montrer comme je veux que ce soit fait, parfois). 1 fois au début, éventuellement 1 deuxième fois, mais après...


Par contre, j'ai beaucoup progressé dans l'"écriture", donc la c'est quelque chose où je peux aider, plus ou moins selon la qualité initiale de l'étudiant. Mais sans résultats, il ne se passera
pas grand chose. Parfois, c'est le sujet qui merde, c'est un peu le cas pour notre ATER, le but est d'essayer de discuter régulièrement pour recentrer, donner de nouvelles pistes etc.


 


Pour le "n-1" qui ne vient jamais, je suis assez pro-actif de ce point de vue là et je passe souvent demander où en sont ce que j'avais demandé etc. Au fur et à mesure que je serai plus occupé,
il faudra faire comme mon chef de post-doc (fixer des créneaux à l'avance). Je vois déjà que, quand je "co-encadre", je suis moins proactif et que ça peut merder un peu (toujours le cas de notre
ATER, qui a été un peu laissée à l'abandon pendant sa thèse et qui n'a donc pas le réflexe, même si elle comprend qu'on est plus ouvert que ce qu'elle a connu, de venir taper la discuter quand
elle est bloquée).


 


 


J'ai un collègue qui est en train de faire les manipes ET de rédiger la thèse d'un de ses doctorants, je ferai tout pour que ça ne m'arrive pas (mais bon, on ne sait jamais). J'ai une collègue
CNRS qui explique aussi doctement que quand elle encadre 1 thésard elle fournit un an de boulot "temps complet" pour 3 ans, que donc un MCF qui fait mi-temps enseignement ne devrait pas encadrer
plus d'un thésard, voire pas du tout. Sans approuver les taux d'encadrement de 15 ou 20 vu le système français, je ne partage pas du tout ce point de vue...


 


 


C'est donc déjà bien de partager la théorie, tout le monde n'est pas d'accord sur le sujet (j'ai connu des "flics", j'ai connu des gens qui prenaient l'étudiant pour de petites mains sans
cerveaux, j'ai connu des abandonneurs de thésards adeptes du "sink or swim" extrême...)