Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 14:36

"Bois mort".

 

Expression utilisée dans le domaine académique américain pour désigner les Professeurs inactifs.

 

Si on se réfère au système académique français, nous avons tous l'impression que ça existe, qu'on en a rencontré, qu'il y en a dans tous les labos.

 

Cela dit, il me semble qu'il convient d'abord de s'entendre sur une définition commune de ce qu'est un "deadwood", ou de ce qu'est l'"inactivité" pour un Professeur (ou un personnel technique) dans un laboratoire.

 

En fait, définir clairement ce qu'on entend par deadwood n'est pas si facile:

 

Pour FSP, "la" blogueuse académique scientifique américaine, un "deadwood" est un Professeur mâle, âgé, qui n'a jamais été très productif car embauché à une époque où les critères de réussite étaient plus coulants.

C'est un peu vague.

Le critère de l'âge est d'autre part assez propre aux US où il n'y a d'une part pas de retraite obligatoire pour les Professeurs, d'autre part le système de "tenure track" qui pousse les gens à se bouger fortement pendant les 5-10 premières années de leur carrière.

En France, techniquement, on peut glander dès nomination (ou au bout d'un an, après la titularisation), mais il faudra partir à 60-65 ans (encore que, c'est susceptible de changer...).

 

 

 

Faisons donc une petite étude de cas, appliquée au système français:

 

- dans une grande école d'ingénieur. Un Professeur sans cours magistral (pourtant, a priori, seuls les Professeurs dispensent des CM dans cette école, les MC étant affectés aux TPs-TDs), qui se contente d'un TP dans l'année, qui n'a plus d'étudiants ni de projets financés (même quand il en demande on fait en sorte qu'il ne les obtienne pas), qu'on a mis seul dans un bureau le plus loin possible des autres permanents.

Oui, mais il a été (très) productif à une époque.

Oui, mais il possède toujours des équipements assez peu courants qu'il est le seul à maîtriser, forme des étudiants dirigés dans d'autres instituts ponctuellement, et finit par se retrouver sur suffisamment de publis pour être considéré comme publiant pour l'AERES. Voire, pour plus publier que certains collègues qui pourtant le méprisent.

 

- dans un établissement d'enseignement supérieur un peu à part (ni Université, ni IUT, ni grande école). Un Professeur classe exceptionnelle qui a construit une superbe carrière avant tout sur le relationnel, dans une "boutique" et à une époque où les critères d'évaluation ne sont pas ceux que l'on connaît (selon Web of Science, 11 articles publiés, h-index = 4, tout en se débrouillant pour n'assurer qu'une moitié de son service voire moins).

Oui, mais il ramenait au labo des étudiants, des contrats industriels et même du matos, pour des raisons qui m'échappent.  

Oui, mais il contribue aussi au lancement d'antennes au Maghreb (même s'il en profite visiblement bien aussi) et a lancé un certain nombre de formations.

 

- un collègue qui n'a plus fait de recherche depuis les années 80.

Pour certains, c'est un critère déterminant de deadwoodisme.

Oui, mais il assure quasiment double service d'enseignements (certes payés en HC sur ce qui devrait être son temps de service*), accepte les cours pénibles que personne ne veut faire, et gère un peu les emmerdements liés à la réservation des salles, les plannings etc.

Et il ne passera jamais Professeur.

 

- un ingénieur de recherches fervent adepte du 9 to 5, responsable d'un appareillage mais jamais disponible pour former sur la machine (et qui vit mal quand de guerre lasse on finit par demander à quelqu'un d'autre), qui explique qu'il n'est pas la pour préparer les échantillons et qu'il faut recruter un technicien pour ça, et qui refuse de participer à des enseignements depuis qu'on lui a expliqué qu'il ne serait plus possible de lui rémunérer 200 heures complémentaires.

 

- il y a aussi ces EC ou Professeurs avec tellement de décharges administratives et autres délégations qu'ils en deviennent invisibles au laboratoire, tant en enseignement qu'en recherche.

 

Etc.

 

 

A mon humble avis, je dirais que dans ces exemples, il n'y a qu'un seul "deadwood" et il n'est pas enseignant-chercheur.

On peut critiquer les règles qui permettent ce qu'on peut considérer comme des écarts dans les autres exemples: heures complémentaires d'enseignement réalisé pendant ce qui devrait être un statutaire de recherche, décharges administratives "à la Luc Ferry", etc.

Mais dans tous les cas, ces personnes sont utiles au système, même si ce n'est pas forcément dans l'établissement qui les emploie ou en effectuant la fonction première pour laquelle ils sont censés oeuvrer.

 

 

Si on entend par "deadwood" le plus petit dénominateur commun: pas du tout de recherche, enseignement réduit au strict minimum sans aucun investissement pédagogique, pas de gestion/d'administration universitaire, je pense que ça concerne vraiment peu de monde. 

 

 

 

 

 

* certaines personnes considèrent ceci comme un outrage. Personnellement, je m'en tape. S'il y a des gens qui sont disposés à faire ce qui me sort par les trous de nez, tant mieux pour moi. S'ils sont rémunérés pour ça, tant mieux pour eux.

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

postdoc 14/10/2011 09:51



« certaines personnes considèrent ceci comme un outrage. Personnellement, je m'en tape. »


 


C'est peut-être parce que je suis encore du mauvais côté de la barrière mais ce qui m'insupporte avec les gens largement improductifs scientifiquement est qu'ils bloquent des postes alors qu'il y
a des palanquées de petits jeunes avec une liste de publi longue comme le bras qui restent à quai parce que politiquement il est impossible de se débarasser de ces gens là (enfin, par des moyen
légaux :)).


Quand je vois la liste des promus CR1→DR2 dans ma promotion, je suis absolument sûr qu'on peut faire une excellente carrière en ne foutant pas grand chose. Disons que certains ont été promus avec
un CV largement équivalent à une large partie des candidats qui tentent le concours CR2 … Et je ne parle même pas des DR1 qui ont 6 papiers en 41 ans. J'en sors autant en 2-3 ans.


Alors certes certains ramènent des étudiants comme tu dis mais de mon point de vue c'est quelque chose qui rentre totalement dans les attributions d'un chercheur. Idem pour les financements.
Enfin voilà. Ça rend acariâtre de se faire jeter des concours quand on voit qui bloque les postes et qui est promu.



mixlamalice 14/10/2011 11:01



Bien sûr, le mode de recrutement ainsi que le nombre de postes offerts sont problématiques et j'en ai déjà beaucoup parlé... (effectivement plus quand je passais les auditions et que ça
m'énervait que depuis).


Bon, là, je parlais plutôt des EC que des CR ou équivalents. On peut également regretter le fait qu'il y ait quasi-dichotomie (je simplifie à outrance, mais le principe est là) pour un EC
entre choix de carrière (publis, publis) et choix de pépettes (HC d'administration, HC d'enseignements)... mais, disons qu'au quotidien, si un EC a arrêté, soit par choix, soit parce que le
contexte le lui a plus ou moins imposé, la recherche, et qu'il se dédie consciencieusement à l'enseignement, ça m'arrange: ça me permet d'espérer avoir des décharges, ou de me contenter de 192h
pas une de plus.


 


La solution serait sans doute de recruter massivement, de réserver les HC aux travaux administratifs (gestion d'UE, de filière, de labo, etc) et d'interdire les HC d'enseignement. Ou alors, de
faire un vrai système à l'américaine, dont une adaptation à la française (c'est à dire pourrie) est en discussion: modulation de l'enseignement selon l'investissement dans l'administration ou la
recherche (sachant qu'aux US, j'ai constaté que le directeur du département, à la fin de son mandat, a eu la possibilité de reformer un groupe de recherche. En France, j'ai bien peur que rentrer
dans une case une fois - enseignant, chercheur ou administrateur- égale pour la vie).



John 12/10/2011 18:50



"Un Professeur classe exceptionnelle, 11 articles publiés, h-index = 4"


Dis donc y a du lourd dans ta boutique :-)))


A+


J


 


 



mixlamalice 13/10/2011 09:42



Eh oui...


Bon, encore une fois, c'est un contexte particulier, très proche de la recherche appliquée et du monde industriel. Il a peut-être 600 brevets, qui sait? (mais j'ai un petit doute). Mais les
promotions ne se faisaient pas à l'époque sur les critères académiques actuels qu'on connaît (ce n'est que depuis que l'AERES est venu que les recrutements privilégient les "profils classiques"
de publiants bien sous tous rapports - quitte à leur rendre la vie dure après).


Cela dit, il est Prof. des Universités, et pas de l'établissement directement (qui réserve un petit nombre de postes de Profs à des gens qui n'ont pas nécessairement une carrière académique
typique, des industriels seniors haut placés par exemple...).


Je ne sais pas si, aujourd'hui, avec simplement beaucoup de bagout, un certain charisme, énormément d'aplomb et encore plus d'entregent, on peut faire une aussi belle carrière sans dossier
scientifique solide. J'ose croire que non, même si je suis, un peu honteusement, quelque part admiratif.



mixlamalice 11/10/2011 19:16



Une quantification du deadwoodisme a été tentée par JF il y a quelques temps. J'ai moi aussi mis le temps à retrouver l'article: http://jfmoyen.free.fr/spip.php?article294


Il cite un autre article intéressant (que j'avais aussi du mal à retrouver) sur la définition du moit: http://expbook.wordpress.com/2009/09/01/on-deadwood/