Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:59

Ca y est, j'ai donné mes premiers enseignements.

Quelques remarques avant d'évoquer peut-être un jour, plus amplement, les interrogations métaphysiques que ça m'a procuré.

 

L'avantage de notre petit labo c'est qu'on y enseigne que les polymères. Donc, je n'aurai pas comme cela aurait pu être le cas ailleurs, à me replonger dans les cours d'électrocinétique - ce qui peut être intéressant d'un point de vue culture générale, mais s'avère assez chronophage, surtout la première année quand tout vous tombe sur la gueule au même moment.

L'autre avantage, c'est que la plupart des cours sont niveau L2-L3, ce qui, en polymère, équivaut au niveau introductif, vu qu'on n'en fait pas ou presque pas avant. Ne pas avoir à se replonger dans la théorie de la reptation immédiatement, c'est aussi ça de pris pour espérer faire un peu de recherche cette année.

 

Il y a donc forcément une dark side: c'est que, comme nous ne sommes pas nombreux à assurer l'enseignement, j'ai directement eu droit à deux cours magistraux complets au premier semestre.

Ce qui est un peu lourd à gérer, même si les deux cours, adressés à des populations différentes, sont finalement assez proches l'un de l'autre et ne représentent pas un volume horaire énorme (une vingtaine d'heures présentielles chacun).

 

Et assez éreintant donc.

3h30 de cours d'affilée, ça use un homme. Ne serait-ce que parce que parler debout de façon ininterrompue et intelligible pendant plusieurs heures devant un auditoire est une activité physique. Surtout quand il faut raconter des trucs un minimum intelligents et cohérents.

Mais aussi parce que l'auditoire en question n'est pas un public de théâtre, silencieux, bien élevé, et à l'écoute: Oh, je ne parle pas de cours en ZEP ou même d'un public d'adolescents bourrés d'hormones, juste d'élèves ingénieurs en assez grand nombre, pendant un cours d'option à présence obligatoire, le vendredi après-midi (13h30-17h15).

Quand ce cours s'enchaîne avec un autre de 2h dans un endroit différent, nécessitant pour se rendre de l'un à l'autre l'usage du RER B un jour de grêve, je peux vous dire qu'à 20h15 quand la journée se termine enfin, la perspective de la binouze du vendredi soir est largement plus réjouissante qu'à l'accoutumée.  

 

 feynman6

 Courtesy of the archives, California Institute of Technology

Vous noterez que même Feynman a affaire à de jeunes blanc-becs aux cheveux longs qui posent les pieds sur le bureau et ont l'air de se faire chier grave.

 

Je remarque d'ailleurs que très vite (en deux semaines), le stress d'être à la hauteur proche du trac d'un acteur montant sur scène devient plutôt une forme presqu'imperceptible de lassitude traduisant cette pensée profonde: "mais comment donc vais-je survivre à cette journée?" ou "mais dans quel état vais-je me retrouver dans 10h?".

 

Je voudrais donc encore une fois rappeler, pour avoir fait les deux, quitte à prêcher des convertis ou au contraire dans le désert, que s'exprimer 5h durant devant un auditoire pas forcément toujours passionné et tenter de lui transmettre des connaissances (sans parler des activités annexes), c'est largement aussi usant, psychologiquement et physiquement, que de rester 8h par jour le cul posé à son bureau à remplir des fichiers excel.

Et je plains un peu les nouveau profs du secondaire, certifiés ou agrégés, qu'on lâche dans la nature directement après l'obtention de leur diplôme sans qu'ils aient jamais vu une classe de leur vie (non, donner des cours particuliers, ça n'a pas grand chose à voir)*. Surtout que, pour le même prix, il y a toujours un paquet de bornés bourrés d'idées préconçues prêts à leur cracher leur mépris rempli d'ignorance crasse -ou autre chose- au visage.  

Just my two cents.

 

Heureusement pour mon bien-être, les manipes reprennent enfin. Doucement, mais sûrement.

 

 

 

* C'est un peu pareil avec les nouveaux MdC, mais au moins la plupart d'entre nous a eu les monitorats pour se roder. Certes, généralement, on se contente en monitorats d'assurer TDs et TPs, mais au moins on a vu ce qu'était une classe. Et puis, je le répète, le public du supérieur, même le moins motivé, n'a pas grand chose à voir avec un public adolescent: les élèves qui n'en ont rien à foutre ne viennent pas, ou au pire dorment au fond de la salle. Ils ont un peu passé l'âge de faire chier le prof pour se faire accepter ou cultiver un statut de rebelle.  

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans L'enseignement
commenter cet article

commentaires

mixlamalice 04/11/2010 13:31



Ah, les débats où tout le monde prend du recul et avance tout à la fois...


http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2010/11/04/yves-jego-et-le-temps-de-travail-des-professeurs/



postdoc 27/10/2010 22:44



En fait la tenure est quelque chose qui me terrifie. Ça ne me motive que très moyennement de m'investir dans un département s'il y a une possibilité non négligeable (et 20% c'est non négligeable)
qu'on me dise de faire mes valises au bout de 5 ans. Je discutais des histoires de tenure avec quelqu'un d'Harvard il y a quelques jours et je mentionnais Harvard et ses “junior assistant
professor positions” qui ont le doux surnom de “best postdoc in the world” pour une certaine raison. Apparemment ils pensent à changer leur politique parce qu'au final leurs premierx choix
déclinent leurs offres en disant explicitement que c'est à cause de leur politique à la con. Du coup ils perdent pas mal de gens potentiellement nobélisables à long terme.


Au final, je me retrouve à un âge où les gens se marient et font des bébés, toujours en postdoc. Je ne sais pas si j'ai vraiment envie d'attendre au grand minimum encore 6-7 ans avant de pouvoir
faire des projets qui dépassent un an ou deux. Sans compter que nerveusement c'est pas évident de sauter de postdoc en postdoc surtout dans l'état actuel de l'économie. Alors même si ma copine
est en thèse au fin fond des USA donc pour les bébés ça attendra, avoir un vrai poste permanent enlèverait déjà pas mal de stress (ce que ne ferait pas une tenure-track, ça empirerait même les
choses).


Pour conclure, concernant l'utilité des tenure-tracks, je ne suis pas vraiment convaincu. Je connais des gens qui ont arrêté la recherche sitôt embauché en France, j'en connais qui ont fait de
même sitôt la tenure aux USA. Au final ça ne change pas grand chose j'ai l'impression.



mixlamalice 28/10/2010 09:38



C'est un peu pour cette raison que j'ai voulu rentrer. Et, entre autres, que je n'ai jamais vraiment pensé rester. Bon, je dois avouer que personne à Harvard n'est venu me chercher non plus,
hein...



Aisling 27/10/2010 19:38



En fait, je pense qu'il faut surtout expliquer aux gens que non, ce n'est pas scandaleux que les profs ou les chercheurs aient des postes de titulaires.


Pour ce qui est de la part d'aleatoire, je pense qu'elle reste assez importante, car justement les impetrants ne maitrisent pas vraiment les parametres qui font que ca va marcher ou pas. Les
criteres affiches sont: competence, productivite. Les criteres reels sont: competence (il en faut un minimum quand meme), situation economique globale, relationnel (beaucoup), chance (beaucoup).


 


Apres, pour le coup du potentiel, je n'ai toujours pas envie de defendre le principe. Exemple tout bete: dans mon institut, les vacances des postdocs sont au bon vouloir de leur chef. Resultat,
"beaucoup" de post-docs peuvent prendre 4 a 6 semaines par an, voire plus, sans probleme. Les autres ont 10 jours parce que leur chef estime que c'est largement suffisant. Faut-il en conclure
pour autant que ce systeme est juste parce qu'il "marche" pour "beaucoup" de personnes? Faut-il se gausser des malheureux a qui on accorde dix jours parce qu'ils n'avaient qu'a mieux se
debrouiller, choisir un autre job ou que sais-je? En l'occurrence, c'est juste pas de bol pour eux et a la lotterie du potentiel, ils ne maitrisaient pas bien les parametres.


Bizarrement cette rhetorique ressemble a celle utilisee par les escalvagistes au XIXeme siecle: "beaucoup" d'esclaves sont tres bien traites et vivent dans de bonnes conditions, donc pas besoin
d'abolir un systeme qui "marche" pour "beaucoup". (je ne compare pas la situation des profs ou des post-docs a celle des escalves, hein, evidemment ca n'a rien a voir. J'essaie juste de pointer
les limites d'une evaluation qui regarderait seulement les avantages d'un systeme pour une majorite piffometrique)



mixlamalice 27/10/2010 19:29



http://tomroud.com/2008/02/13/la-tenure-track/


 


Je sais pas si Tom lit encore mon blog, mais ses chiffres étant proches des miens, peut-être a-t-il des sources? Ou alors, vu qu'il est dans la partie désormais, peut-être peut-il nous en dire
plus?



mixlamalice 27/10/2010 19:19



Après, je crois que le nb de postes "non-tenure" (c'est à dire des espèces de CDD renouvelables sans perspective de tenure) augmente très rapidement en proportion, principalement dans les
"college".


Mais bon, on y vient tranquillement chez nous aussi.