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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 10:38

J'ai récemment acheté une bouteille de vieux vin à Priscilla, plus parce que je trouvais l'idée de cadeau sympa et originale que parce que j'espérais vraiment me régaler. Cela dit, sait-on jamais?

 

L'idée, ainsi que l'endroit où acheter la bouteille, me sont venus à la lecture du blog Une femme des vins, qui comme un certain nombre de bons blogs, a deux défauts: il n'est pas assez mis à jour, et je ne le lis pas suffisamment.

 

La boutique en question se situe dans le 5ème arrondissement, sur la place de l'ancienne Ecole Polytechnique, où on trouve également Christophe.

Il s'agit de De Vinis Ilustribus, tenue par L. Michelin, et spécialisée dans les vieux millésimes.

 

Le premier contact (ou son absence) fut un peu douloureux, puisque, me déplaçant pendant ma pause déjeuner, après avoir vérifié que cela correspondait bien aux heures d'ouverture, j'arrivai devant la boutique pour trouver porte close avec un petit panneau écrit à la main "je reviens dans pas longtemps, vous pouvez me joindre au - suivait un numéro de portable tombant directement sur le répondeur-".

Mon sang désormais américanisé, donc habitué au fait que le client est quand même un peu roi ou en tout cas pas qu'un portefeuilles sur pattes qui ne doit pas trop la ramener *, ne fit qu'un tour, mais je décidai de repasser malgré tout, une fois calmé quelques heures plus tard.

Bien m'en a pris, puisque M. Michelin est en fait très gentil, commerçant, et ne compte pas son temps avec le client tout en étant de bon conseil. Soulignons aussi un très bon site web, plutôt joli, ergonomique et bien mis à jour, ce qui n'est toujours pas si fréquent dans le commerce "à la française".**

 

 

Pour des raisons que la décence et ma bonne éducation m'empêchent de préciser ici, je souhaitais acheter une bouteille de 1979.

Dans mon budget (la centaine d'euros maximum***), il y avait trois choix possibles: un Pomerol Château La Pointe, un Saint-Estèphe Les Ormes de Pez (le seul que je connaissais de nom et pour en avoir bu un millésime récent à l'Atelier Robuchon à NYC, à un prix prohibitif), et un Chassagne Montrachet Rodet.

Néophyte des vieux millésimes, je me suis dit qu'un Bordeaux, a priori plus "puissant", aurait gardé pour les sens débutants davantage de choses 15 ans après son "pic de forme" qu'un Bourgogne.

Je m'orientais plutôt vers les Ormes du Pez, mais M. Michelin me dit que la rive droite avait produit de meilleurs vins cette année là.

Donc va pour le Pomerol Château la Pointe 1979.

 

Nous l'avons ouvert récemment, accompagné pour le match la suite du repas d'un Château Lascombes, 2ème Cru Classé Margaux 2005.

J'avais trouvé cette bouteille rangée à la verticale dans un placard à vaisselle de mes parents qui ignoraient tout de son existence et de sa provenance (probablement ramenée par un ami riche ou un client de mon frangin et oubliée lors d'un dîner...) et, offensé de cette indifférente maltraitance envers une orpheline, l'avait donc recueillie chez moi.

 

DSC03395.JPG

 

 

Nous avons donc bu le Pomerol à l'apéro, en suivant les conseils de M. Michelin: remontée de la cave 24h avant, et laissée verticale pour permettre le dépôt. Ouverte au moment de la dégustation (les vins vieux ont des arômes fins qui ne supportent pas forcément bien le carafage).

Voici ce que dit la RVF dit du domaine la Pointe: "Cru de vieille réputation, il a fortement progressé depuis quelques millésimes. En revance, il faut se méfier des millésimes antérieurs à 89."

Bon, dommage, mais on va le boire quand même.

A l'oeil, belle couleur rubis tirant quelque peu sur l'ocre, translucide, qui trahit l'âge.

Au nez, il y a encore beaucoup de choses: les côtés "alcooleux" et "boisé" ont complètement disparu. C'est très compoté, fruits rouges confits (pour moi, confiture de groseille). C'est "gourmand", comme on dirait chez Top Chef.

En bouche, les mêmes tonalités se retrouvent, mais très légères. Les saveurs sont subtiles, s'estompent rapidement aussi, on sent que le vin est "past his prime" mais cela reste très agréable.

Quelques tranches de beaufort jeune pour accompagner s'avèrent déjà trop puissantes, la tarte aux poireaux (aux arômes très confits également, version revisitée d'après mes vagues souvenirs d'une recette de M. Rostang dans les Escapades de Petitrenaud) fera un meilleur accord, mais c'est seul que le vin se dégustera le mieux.

Une belle surprise, assez loin de ce que je m'imaginais (les arômes de "sous-bois" dont on parle souvent, souvent assez désagréables pour les non-initiés).

 

 

Nous avons enchaîné le Margaux, ouvert 3h avant mais pas carafé (my bad) avec un risotto aux cêpes, à base de ceux séchés ramenés de Florence (les champignons séchés sont, je trouve, un bon investissement car ils permettent de bien parfumer sauces pour pâtes ou risottos).

Voici ce qu'en dit la RVF: "Racheté par Colony Capital en 2001 - les philanthropes qui se sont occupés aussi du PSG avant les qataris, ndMix- un travail considérable a été accompli et le cru a retrouvé une forme de sérénité. Les vins affichent un caractère très moderne, richement boisé et parfois un peu extrait, mais ils évoluent bien".

2005 est censé être une grande année, mais la bouteille a été gardée dans des conditions déplorables, ce qui m'a poussé à l'ouvrir sans trop attendre.

Pour le coup, je suis assez d'accord avec la RVF (ils seront contents de le savoir).

La couleur est "pourpre profond", le nez très riche, très boisé.

A la bouche, la note vanillée très poussée et très caractéristique domine presque tout, je pense que c'est ce qu'ils appellent le "caractère très moderne et richement boisé".

Ca se boit bien, vu que ce n'est pas très compliqué à comprendre.

Ces vins sont à l'oenologie ce que le burger-frites est à la gastronomie (dans les deux cas, ça vient des américains): la sanctification du goût "adolescent", facile. Rien n'est sous-entendu, tout ce qui plaît est là, souligné à la truelle, et mélangé en grandes quantités pour procurer un plaisir immédiat et régressif.

Et on a beau en faire des versions à 50 euros plutôt qu'à 5, le fond du problème ne change pas.

C'est ce que je trouve un peu dommage dans ces vins: l'amateur pas trop éclairé que je suis ne verra pas beaucoup de différences entre un merlot californien ou un malbec argentin bien dans les canons du moment à 10$ et un vin comme celui-ci qui doit coûter pas loin de 100 euros.

C'est probablement ce qui plaît aux "buveurs d'étiquette": pas de surprises, même le risque d'en avoir une bonne. Mais le plaisir de pouvoir montrer qu'on a claqué un bras dans une bouteille (un peu comme la semaine russe à Courchevel, où les prix doublent pour leur permettre de payer plus cher que le voisin pour le même objet).

 

 

Cela fait quelques années que j'achète une ou deux caisses par an de bordeaux en primeur: je ne sais pas trop si je dois continuer, tant ce type de vins semble s'être répandu. Plus le temps passe, plus je me dis que Mondovino de Nossiter n'est sans doute pas si caricatural que ça...

Qu'en pensez-vous? Avez-vous des noms de domaines qui échappent encore à cette uniformisation du goût?

 

 

 

 

 

* et que donc, quand on est censé être ouvert, on ne ferme pas le rideau pour aller boire un canon avec un copain de passage ou Dieu sait quoi. 

 

** le magasin organise également en son sein des dégustations de vieux vins de temps à autre, cela peut faire une bonne soirée... j'essaierai de m'en souvenir.

 

*** pour mes lecteurs de la France qui souffre et qui s'offusqueraient: ceci étant un cadeau, ce n'est pas le prix habituel que j'accepte de dépenser dans une bouteille... généralement j'aime bien en acheter au moins 3 (dans ce cas là moins de 100 euros les 3) ou une caisse (et alors la caisse doit valoir moins de 150 euros). Sur la cinquantaine de bouteilles en ma possession, une dizaine doit coûter une trentaine d'euros pièce.

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Published by mixlamalice - dans Autour de la gastronomie
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commentaires

Docadn 04/05/2012 18:44


Salut Mix,


Je ne suis pas un spécialiste des enchères mais connait quelques amateurs aguerris de la chose... En même temps, dans ma pampa il doit y avoir 2 ventes tous les 5 ans quand Panam en propose
quasiment toutes les semaines !! Il faudrait déjà, à titre perso, y aller en observateur, pouvoir connaître l'origine des lots proposés, prendre connaissance sur les niveaux des bouteilles
proposés (en cm par rapport au niveau standard, plus il est bas moins on peut y aller), connaitre les années "acceptables" (quoique des années très moyennes révèlent parfois de parfaites
surprises). Il faut quand même se "documenter" un poil si on veut y mettre des sommes conséquentes... Après, pour le fun, tu peux toujours "jouer" une trentaine d'euros sur un vieux bordeaux "pas
trop couru" (c'est à dire n'excitant pas les cortex des fans des notes de Parker et autres néo-riches de pays emergeants) dans une vente de deuxième division... En ligne sur Idealwine ou en salle
à Drouot ( http://catalogue.drouot.com/indexDrouot.jsp?id=13144&lng=fr ). 

mixlamalice 07/05/2012 14:17



Salut Doc,


C'est vrai autant je peux envisager de "jouer" 30 euros sur une bouteille, autant à deux ou trois fois plus je préfère être sûr de mon coup... J'ai toujours eu envie d'aller à Drouot, il faudra
que j'y aille un jour, pour le fun comme tu dis.



Docadn 02/05/2012 08:32


Salut Mix,


Bordeaux sera à jamais l'ineffable valeur sûre pour l"amateur lambda. Cette région possède un des meilleurs et pire rapport q/p de France !! Sans y mettre des fortunes, pense aux ventes aux
enchères de 2ème zone ou certains millésimes peu courus (des années 70) sont souvent bradés (autour de 30 €) et peuvent se révéler être de belles surprises, moins rageantes que celles à 100 € si
elles s'avèrent pas gégé... 

mixlamalice 02/05/2012 08:53



Salut Doc, 


Merci pour les tips: concernant les ventes aux enchères, ça fait longtemps que j'aimerais y faire un tour mais deux questions.


- où a-t-on les infos "pratiques" (tel jour, tel heure, telles bouteilles) les concernant?


- comment savoir si le vin a été conservé de façon correcte surtout si on s'aventure dans les vieux millésimes déjà pas forcément de longue garde. J'ai ouvert dans divers caves de copains des
"petits vins" très mal gardés pendant trop longtemps, c'était rigolo mais ça m'aurait fait chier de les avoir payés... 



Cub 02/05/2012 07:02


lol c'est à la fou, drôle, et choquant de devoir se justifier parce qu'on achète une bouteille à 100 €... C'est ton blog, pas un meeting du PS =) Sinon je plussoie pour les Pessac Léognan. De
très bonnes bouteilles pour 20/30 €. Après pour l'uniformisation des vins, je pense qu'on en est encore loin. Au moins en France on ose l'assemblage, là où des pays comme le Chili ou l'Australie
se contentent de faire le même vin tous les ans. Ce "goût du risque" lorsqu'on achète une bouteille de vin française ne disparaîtra jamais à mon avis, les viticulteurs français qui uniformisent
leurs vins le font principalement pour le marché asiatique, trop "jeune" pour la complexité des assemblages et pour accepter de se tromper en choisissant un vin. La question est : cette nouvelle
donne du marché asiatique se propagera-t-elle à l'Europe, ou bien au contraire les consommateurs asiatiques évolueront-ils vers les goûts complexes européens ?

mixlamalice 02/05/2012 08:50



Non, bon, la justification est une petite touche d'humour moyennement réussie... et puis comme à peu près tout le monde, je suis un peu obnubilé politique en ce moment: dès lundi, ça ira mieux.


Analyse qui me semble pertinente, et qui doit être un peu exacerbée en ce qui concerne le bordelais, principale région en ce qui concerne l'export...



Aisling 01/05/2012 03:30


"l'amateur pas trop éclairé que je suis ne verra pas beaucoup de différences entre un merlot californien ou un malbec argentin bien dans les canons du moment à 10$ et un vin comme celui-ci qui
doit coûter pas loin de 100 euros."


Ca illustre bien l'aspect speculatif/commercial de certains vins... Il y a beaucoup de vins francais excellents et abordables. Malheureusement la parkerisation gagne du terrain encouragee par les
oenologues. Un truc pas mal a faire pour se documenter sur differentes appellations, c'est le salon des vignerons independants a la Porte de Versailles en Decembre. Y aller de preference le jeudi
et le vendredi en journee, le week-end etant impraticable. J'insiste sur le "et": ca permet d'etaler un peu les degustations, sinon on est vite sature. L'ideal est de discuter avec un vigneron
sympa perdu au detour d'une allee non centrale et d'en profiter pour demander des references de collegues dans d'autres appellations.

mixlamalice 02/05/2012 08:47



J'aime bien le salon des Vignerons indépendants (et d'accord pour y aller les premiers jours plutôt que le we), mais quand j'y vais je me concentre plutôt sur les vins du languedoc-roussillon ou
appellations un peu exotiques. Je pars toujours avec l'a priori que les "bons" producteurs de Bordeaux ou Bourgogne n'ont pas besoin de ça pour écouler leurs bouteilles... il faudrait peut-être
que je revois mes positions, mais il y a déjà tellement de choses à goûter...



Catherine 30/04/2012 21:45


Comment ça, pas assez mis à jour, mon blog ?  :-)) Etant une travailleuse (mais pas en souffrance) et me refusant à publier pour ne rien dire, ce qui arrive de temps en temps aux blogueurs
(toute ressemblance avec des faits similaires...), les posts arrivent... quand ils arrivent ! Enfin bon, merci pour le lien et l'appréciation. Quelques réflexions : le Pomerol 1979 à
l'apéro, c'est dommage, encore plus sur du Beaufort. Le fromage qui s'accorde bien avec la majorité des vins rouges, c'est le Saint-Nectaire. Enlever la croûte et le servir avec un grand
pauillac, ou un Pessac-Léognan rouge, pour rester dans le Bordelais.


 


Pour le margaux ouvert 3H avant mais pas carafé, ça ne sert pas à grand-chose ! Il aurait mieux valu le carafer au moins 2H, d'autant plus qu'il était boisé.


 


Quant à l'achat des bordeaux en primeur, cela permet surtout aux châteaux de se faire une trésorerie... Le moral et le portefeuille en prennent un coup quand on a acheté en primeur un bordeaux,
disons 120 euros, et qu'on le retrouve 2 ans après vendu 90 euros lors d'une foire aux vins en grande distribution. C'est arrivé pour le millésime 2007 qui ont eu du mal à se vendre. Je
caricature à peine.


 


Les vins du Bordelais ne sont pas tous hyper boisés ou Parkerisés, Dieu merci ! Perso, j'aime bien les Pessac-Léognan, rouges et blancs. J'ai découvert il y a deux ans le margaux Clos de Bigos
que j'ai beaucoup aimé. Très peu connu, mais très qualitatif.


 


Au plaisir de se lire mutuellement, Mix !

mixlamalice 30/04/2012 22:22



C'est toujours le problème de trouver le bon équilibre: quand on en dit trop, on perd souvent de l'intérêt (je sais de quoi je parle). Quand en on dit pas assez, les lecteurs peuvent finir par
oublier qu'on existe... (je papillonne trop et je fonctionne avec ma mémoire plutôt qu'avec des trucs de style flux rss).


Le beaufort en fines lamelles était un essai malheureux (on avait pas grand chose pour l'apéro et je sais que la charcuterie est souvent un mauvais choix...). Du coup, on l'a plus ou moins bu
seul et je pense que c'était comme ça que c'était le mieux, même si avec ma tarte c'était pas mal. Le goût était franchement "diaphane" donc j'ai du mal à imaginer quel bon accord met-vin aurait
fonctionné... Tout seul, c'était chouette.


 


Pour le Margaux pas carafé, autre erreur de ma part: c'est une histoire de surface de contact, je devrais savoir ça. J'aurais du au moins en retirer un demi-verre pour l'augmenter... voila ce que
c'est que d'être mal équipé.


 


Pour l'instant je n'ai pas je crois réalisé de mauvaise affaire en primeur mais je n'aurais probablement pas gagné grand chose si j'avais voulu spéculer... cela dit, ceux que j'ai goûtés me
laissent aussi assez sceptique donc je note la référence, merci.


 


A plus...