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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 16:23

Attention, billet tendance réac.

 

J'avais déjà évoqué cette idée dans un précédent article, mais je me demande si l'une des difficultés principales dans l'enseignement des sciences dures dans le supérieur n'est pas tout simplement la pratique, ou plutôt la maîtrise, de la langue française.

 

Mon hypothèse, c'est que les difficultés que l'on rencontre à faire passer des concepts scientifiques parfois basiques (je ne fais rien de très compliqué d'un point de vue physique ou mathématique) sont souvent liées à une "incompréhension" linguistique. Partiellement ou exclusivement, c'est une autre question...

 

Mais quand 15% environ d'une promotion (niveau M1) confond "statique" et "statistique", que cela se répète bon an mal an d'une promotion à l'autre, c'est je pense assez significatif: les deux mots se "ressemblent", mais leurs sens n'ont absolument rien en commun.

C'est un exemple parmi d'autres, j'avais mentionné dans mon article précédent la difficulté pour certains à comprendre ce qu'est une "masse volumique" alors que le nom qu'on lui donne est on ne peut plus clair.

De façon plus générale, j'ai beaucoup de mal à faire passer des notions de modèle physique, d'interpolation, d'extrapolation, de limite, d'homogénéité etc.

Je m'aperçois également que souvent, mes énoncés, en TD ou en examen, ne sont pas compris, pour des questions de syntaxe ou parfois de vocabulaire (ça vient peut-être de moi, mais généralement mes textes, sur le blog ou ailleurs, ne suscitent pas l'incompréhension de ceux de Kant). 

Je me souviens par exemple d'un examen où j'avais demandé une démonstration "rigoureuse", le mot étant souligné, d'un résultat du cours. Visiblement, moins de 10% de la promo a saisi que cela voulait dire que je ne souhaitais pas la version raccourcie.

Ok, je n'enseigne ni à Ulm ni à Polytechnique, mais tout de même dans des établissements relativement reconnus à un stade où les étudiants ont déjà été un peu sélectionnés.

 

Alors je ne vais pas faire d'interprétation. Je ne vais ni faire mon Finkielkraut et dire que c'est la faute de l'immigration de masse. Une bonne partie de mes élèves est aussi terroir qu'on peut l'être. Je ne vais pas non plus faire mon Brighelli et dire que c'est la faute du pédagogisme, de l'appauvrissement de la Culture et du rap (il parait que les rappeurs américains ont plus de vocabulaire que Shakespeare, alors...). Enfin, je ne vais pas faire L. Bonod et mettre en cause Wikipédia.

 

A vrai dire, je ne sais même pas si mon constat est justifié ou si c'est juste une manifestation du syndrome du vieux con associé à celui du prof blasé. 

D'autres collègues ont-il constaté cela? Y a-t-il eu des "études" plus quantitatives sur le sujet? Si c'est avéré, y a-t-il des interprétations qui vont un peu plus loin que le café du commerce? Dois-je me mettre à faire lire Notre-Dame de Paris à mes étudiants?

 

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

DM 15/05/2014 10:29


@mixlamalice: Je pense qu'il y aurait beaucoup à réfléchir sur la façon dont la société actuelle a posé comme obligation de faire des études (bac+3, puis maintenant bac+5) pour des emplois qui,
naguère, n'auraient exigé que le baccalauréat (instituteur, par exemple, ou emplois administratifs de catégorie B).


Je pense que ce phénomène a commencé avec la massification de l'enseignement supérieur, quand on a dit qu'il fallait "monter en qualification" - massification qui a, si je ne m'abuse, été suivie
de près par les chocs pétroliers et la montée du chômage. Mais je parie qu'un wandering sociologue ou historien de l'enseignement me dira que je n'y connais rien...


 

mixlamalice 15/05/2014 22:29



à quel moment penses-tu qu'on s'est dit que c'était finalement un bon moyen de contenir les chiffres du chômage des jeunes? :)



docadn 14/05/2014 18:26


Salut Mix,


 


Mais sur quelle planête vis-tu ?! Blague à part, sans pour autant remettre "un euro dans le bousin" je pense que c'est le niveau de "français courant" qui n'est plus au curseur de celui que tu
considéres "normal"... aussi, avec ton français de "vieux con, pardon old school avec son lot de nuances trompeuses" tu vas passer pour un MC passé par Hypokhâgne... Bon faut qu'on becte un soir
!! Et en rebond en retard sur ton article du 15/04, quand j'ai fini de manger,  je vais systématiquement à l'accueil pour payer, sans même demander la note (quelque soit le standing, tant
pis si la facture n'est pas prête, ça va toujours plus vite que de l'attendre à table !!). 

mixlamalice 14/05/2014 22:17



Salut Doc,


Ca y est, de retour de vacances?


Exact, il faudrait qu'on se fasse une bouffe tant que tu es encore dans la région. En juin?


 


Pour la "douloureuse", je note ta méthode, plsieurs sur Tweeter m'ont dit faire pareil...



Cub 12/05/2014 17:46


Perso je suis dans un labo où la langue de Molière est assez mise à mal : en effet, tous les séminaires ou les séminaires d'équipe (moins de 20 personnes) sont en anglais. Non pas qu'il y a une
grosse majorité de non-francophones, il doit y en avoir 10% à tout casser. Dans mon précédent labo français c'était l'inverse : même proportion d'étrangers, mais tous les séminaires en français.
Perso je me moque que ce soit en anglais, ce qui me dérange c'est que ça limite l'intégration des étrangers, à qui ça ferait pourtant du bien d'entendre parler science en français. Au final et
étrangement ça n'avantage que les français qui se forcent à parler anglais (ça forme pour les confs internationales) alors que ça a été fait pour les étrangers. Je pense que ça dépend des labos,
que préférez-vous ?


 


Sinon pour revenir à ton problème du français scientifique, oui globalement les termes français sont imbranlables. Pour exemple l'acoustic streaming, qui est un écoulement créé par l'absorption
visqueuse d'une onde sonore au sein d'un fluide aurait pour nom français "écoulement redressé" ou "vent acoustique", car "streaming" est intraduisible. Voilà pourquoi donner un nom propre à un
phénomène naturel est souvent bien plus pratique, encore que parfois les français changent aussi ça... Mais les anglais aussi ont plusieurs termes pour décrire le même phénomènes, ou des termes
assez flous ("velocity" par exemple, qui ne désigne pas toujours que le vecteur vitesse)

mixlamalice 13/05/2014 13:50



Dans le labo parisien de post-doc de Priscilla, les réunions d'équipe se faisaient aussi en anglais, car il y avait des argentins, espagnols, indiens etc. Du coup, le post-doc indien qui a passé
3 ans en France ne parlait pas un mot de français, et bien que très sympathique, je trouvais un peu abusé qu'il s'offusque que la caissière de supermarché ne soit pas capable de lui parler
anglais quand il achetait son PQ, donc je comprends ton point de vue. Après, en ce qui me concerne, je n'ai pas d'avis et je me sens aussi à l'aise en français qu'en anglais (même si je parle
mieux le français bien sûr, je n'ai pas de problèmes de compréhension/d'expression en anglais, donc je peux switcher sans me mettre en conditions particulières...).


 


Pour mon problème, en fait je ne parlais même pas du français scientifique, mais du français "courant", dont on se sert forcément pour expliquer des concepts scientifiques. C'est ce français
"courant" qui semble parfois poser des problèmes insurmontables aux élèves (pour caricaturer, on pourrait dire que dès qu'il y a un mot de quatre syllabes ou un adverbe, ça coince un peu) 



DM 12/05/2014 15:33


Quant aux démonstrations, ne pas oublier qu'on a sorti les démonstrations des cours de maths du secondaire parce que c'était trop abstrait pour les pauvres petits.

DM 12/05/2014 15:16

Quand j'enseignais en DEUG MASS (1999-2001), une des difficultés des étudiants était la réponse aux questions rédigées. Une question appelant une réponse simple et synthétique (du style "ce
programme trie le tableau passé en entrée") appelait des réponses filandreuses, peu claires. Parfois il s'agissait sans doute d'une mauvaise compréhension du problème, mais parfois aussi d'une
difficulté à s'exprimer. Ceci dit, je connais des personnes de plus de 60 ans incapables de répondre brièvement, clairement et précisément à une question. Je ne suis pas sûr que la confusion
intellectuelle est quelque chose de nouveau. Je pense que la nouveauté consiste à insister que les personnes confuses suivent des études universitaires.

mixlamalice 13/05/2014 13:43



"Je ne suis pas sûr que la confusion intellectuelle est quelque chose de nouveau. Je pense que la nouveauté consiste à
insister que les personnes confuses suivent des études universitaires."


 


La aussi, hypothèse intéressante à laquelle je n'avais pas pensé, merci.