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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 13:45

"Marche pas dans la mode, ça porte malheur".

Pierre Desproges. 

 

 

Il est donc bon de consulter régulièrement les "faiseurs d'opinion" pour savoir quelles sont les "références culturelles" du moment et les éviter soigneusement, au moins pendant un temps, parfois à jamais.

 

Dans le cas des restaurants parisiens, il s'agit principalement de repérer les néobistrots avec menu unique à 40 euros "suivant l'humeur du chef" et vins naturels, où tous les trentenaires, le jean slim sur les chevilles, acceptent en souriant des procédures de réservation plus contraignantes et humiliantes que celles pour le renouvellement d'une carte de séjour en Seine Saint-Denis.

Pour cela, rien de plus facile: il convient de lire les agences de pub déguisées en blog (à moins que ça ne soit l'inverse).

 

D'autre part, hier a été publiée la liste des 50 meilleurs restaurants du monde, autre classement effectué selon des critères obscurs par un jury dont on ne sait trop comment il est selectionné et qui en fait partie, qui a néanmoins réussi à s'imposer comme une référence absolue (reflétant "le goût de l'époque") aux yeux des principaux media à qui ça évite de faire un quelconque travail de journalisme, et donc des quelques gogos qui s'y réfèrent encore, ou de ceux qui ne peuvent s'empêcher d'aimer tout ce qui brille, même un peu toc.

Cela dit, si vous me lisez régulièrement, vous savez que tenter de comprendre ce besoin généralisé de classements quel que soit le domaine, surtout le moins aisément quantifiable, est l'une de mes marottes.

 

Donc, venons en au fait: le "meilleur restaurant français" est, depuis deux ans, le Chateaubriand, symbole des établissements dont je cause au troisième paragrahe (et ailleurs). Devant les pointures de la gastronomie française, que sont les établissements de chefs comme Gagnaire, Savoy, Bras, ou même Ducasse et Robuchon, etc.

 

Bien sûr, ne nous méprenons pas, le but de ce classement, par la polémique facile qu'il sait soulever, est aussi de faire parler de lui et de la marque qui le sponsorise par des abrutis dans mon genre qui n'ont rien de mieux à faire - ça sort pendant les vacances de Pâques, les marketeux pensent à tout - : que ce soit en bien ou en mal n'est qu'anecdotique.

 

Bref, j'ai pondu dans les commentaires du lien ci-dessus un petit texte. Comme je le trouve pas mal, malgré son côté T.O.C. et peu porté sur la mesure, je me le réapproprie:

 

Un clubber autodidacte (Inaki Aizpitarte, le chef du Chateaubriand, note de l'auteur) dont le "signature dish" est de la betterave râpée servie par d'autres beaux gosses clubbers taciturnes, dans un troquet où l'Escoffier sert à caler la commode des toilettes, mais où il faut réserver deux mois à l'avance...

C'est ça le goût de l'époque.

 

Vous me direz, dans leur ipod (référence à un commentaire précédent de l'article initial, note de l'auteur), y a plein de gens qui ont du Benjamin Biolay ou du Julien Doré et qui sont persuadés que Brassens, c'est juste un square du 15ème.

Des qui sont persuadés que le côté "anar des beaux quartiers", le côté un peu méprisant, toujours l'air de s'emmerder et de prendre les autres pour des cons, à la Houellebecq, c'est synonyme de talent et de profondeur de pensée.

Qui pensent que l'attitude prédomine largement la substance.

 

Mais bon, autant un Kurt Cobain peut "révolutionner" la musique rock en "ne sachant pas jouer" (et encore, pour combien d’ineptes qui auraient mieux fait de rester confinés dans leur garage ?), autant la cuisine est un artisanat avant d'être un art, où la maîtrise parfaite des bases me semble nécessaire.

J'ai quand même du mal à admettre qu'un type à la M. Batali (autre entrepreneur à succès et autodidacte "formé" dans une auberge familiale en Italie où il était considéré comme une tâche par la mamma) soit perçu comme l'un des "meilleurs" chefs du monde.

Ouais, savoir couper en dés une racine de topinambour, rajouter le sourcil froncé une pâquerette dessus et avoir une bonne compréhension de ce que les blaireaux attendent du business pour vendre sa tronche, c'est top, mais j'ai plutôt foi en un M.O.F. qui prépare un lièvre à la royale.

Je préfère un chef connu parce qu'il s'est formé chez les grands et qu'il respecte son métier sans se prendre pour C. Ronaldo que parce qu'il a ses entrées au VIP et qu'il s'est tapé une ex de la Star Ac.

 

Ca ne fait guère que 10 ans qu'on starifie les chefs*, et ce n’est pas forcément une bonne idée si la conséquence est de se retrouver avec des classements de ce genre : corollaire, au lieu d’être une fête, aller au restaurant devient une procession panurgesque semi-béate, semi-masochiste.

Et on commence à faire de même avec les bouchers, les boulangers...

Bientôt le top 50 des plombiers.

 

plombier-polonais.jpg

 

 

* Le premier dont on a commencé à (trop) voir la tronche était Bocuse, il y a 40 ans, mais au moins ça restait confiné à la cuisine, en uniforme et avec une casserole à la main. Pas en pseudo-gravure de mode. Je pense que ça s’est emballé avec Marc Veyrat en poète partant à la rosée du matin chercher des herbes dans la prairie fringué à la BHL. Et, de l’autre côté de l’Atlantique, avec Batali, qui, à force de prendre de la coco dans les endroits chébrans, a fini par attirer chez lui une clientèle de semi-wannabees et à décrocher une émission de téloche où son côté larger than life a fait le reste.

 

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Published by mixlamalice - dans Autour de la gastronomie
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commentaires

docadn 20/04/2011 21:44



Salut Mix,


Notre décennie de différence nous assenera toujours ce décalage des impressions et appréciations;-)). Sans faire de raccourci fastoche avec certains cuistots très très médiatisés, Nirvana est
tombé au moment ou tous les groupes très intéressants des années 80 capotaient (l'écurie 4AD et tous les satellites) se séparant. Aussi, la presse s'est jetée comme une affamée sur ce groupe
maladroit, certainement sincère mais sans talents absolus. Aussi le public devant le désert "musical médiatisé" s'est scotché dessus et a voulu en faire un nouveau "Morisson version snoopy putain
c'est grave les choses et les sujets de notre monde de merde..." Un beau suicide avant les fameux 30 balais derrière et bing on en fait "un mythe" avec juste 1 tube interplanetaire et un
unplugged au "son d'algeco". Le déprimé abusé par tout son entourage qui courrait quand même les palaces puis la campagne à poil et qui "tapait déjà dans les boites", c'est à peu près aussi
flamboyant qu'Elvis obèse, mort au milieu de ses pizzas avec sa carte de fidélité à la main !! Nirvana est le groupe le plus surestimé des 90's dans un océan de médiocrités éclairées au briquet.
Sa mort a juste donné le ressort necessaire à sa zique nature et les royalties que l'on dégustent sur sa tombe... Mais on va faire un top 50 des groupes des années 90 ;-))


Ciao



mixlamalice 21/04/2011 16:33



J'étais un peu jeune (et pas assez rebelle à l'époque pour être à fond dans le phénomène Nirvana)... mais en rétrospective, je trouve qu'ils ont apporté quelque chose à la musique rock
(mainstream... encore que, comme je disais, je pense que pas mal de groupes méga-indés branchouilles d'aujourd'hui font du Nirvana en beaucoup plus "calculé").


En fait, je crois qu'il y a une différence de point de vue de départ: tu les vois comme un ersatz commercial des groupes indés de l'époque. Je les vois comme un groupe qui a "changé" le paysage
musical dans le domaine "rock énervé" où les grosses écuries de l'époque étaient en bout de course (les Guns par exemple, MEtallica qui commençait à penser à Load...), les groupes un ton en
dessous clairement ridicules (Cindirella, Poison et tous ces ratés), et où la veine prog' commençait clairement à faire chier le monde: le hard-rock et ses dérivés, ça doit etre un poing dans la
gueule, pas des chansons de 12 minutes avec des ponts inspirés de Chopin et un riff d'intro de 6 minutes avec 3 changements de rythme, etc.


Bref, ils ont ramené un peu de simplicité au truc, un changement de direction salvateur alors qu'on allait dans une impasse: en ce sens je pense que c'est un grand groupe qui fera date (plus que
pour la mort de Cobain). Après, le business ricain est suffisamment pragmatique pour tout récupérer... et Cobain n'avait pas les épaules pour ça (son journal est assez intéressant, je pense qu'il
n'a pas pigé grand chose à ce qui lui arrivait: Courtney Love et son bassiste, un peu trop, hélas). 



Docadn 19/04/2011 19:21



Salut Mix,


bien inspiré par ce classement à la con, la mode culinaire et la com' pour blaireau !! Pour Nirvana, j'en veux encore plus à ceux qui ne comprennent pas le vide "musical de MJC" proposé. Parfois
les "destins tragiques" sont des bouées de sauvetage vitales pour cet art mineur !! Y'a des Top fifty de tout maintenant, même des blogs culinaires dont on n'a pas encore avancé l'excellence des
réalisations devant un parterre de cuistots réputés qui dodelinent de la tête à chaque bouchée... A merde ça existe déjà !!



mixlamalice 20/04/2011 09:43



Salut Doc,


En fait, je pense vraiment que Nirvana a apporté quelque chose à l'histoire du rock... A une époque où le style commençait à tourner en rond en devenant too much (musiciens pensant encore une
fois plus au look - glamouze- qu'au reste, chansons de plus en plus alambiquées avec des mecs qui se prenaient pour Mozart - le prog' et ses chansons de 16 minutes, les opera rock-), Cobain et
ses collègues sont revenus à la base: une musique de "jeunes en colère", pas réfléchie pour un sou. Il y a un "sense of urgency", un côté direct au foie dans Nirvana... qui a coulé une bonne
partie des groupes nazes de la fin des 80's, a annoncé une nouvelle scène, et influence encore aujourd'hui un tas de courants plus ou moins mineurs (shoegaze, low-fi...) vénérés par
Tecknikart. 


Bon, Cobain était fragile et s'est envoyé en l'air quand il a pigé qu'il s'était fait récupérer par un business qui le dégoutait, mais je pense qu'il avait vraiment du talent, et qu'il a apporté
quelque chose à la musique même s'il la pratiquait médiocrement (même si oui, le rock reste un "art mineur", si on veut). 


Oui, il est arrivé au bon endroit au bon moment, il avait le bon look et tout, mais ce n'était pas calculé je pense (en tout cas pas par lui) et n'aurait pas été Cobain qui veut: il a de vraies
bonnes compos, basiques oui mais authentiques. Encore aujourd'hui, l'Angst qui se dégage de Nevermind ou du Unplugged ne me laisse pas de marbre...