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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 10:06

Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait un petit post obsessionnel sur l'administration de la recherche. Youpi! Non? Bon tant pis.

 

Je disais hier sur Twitter, pour changer et avec toute la subtilité que permet cet outil, qu'elle était pléthorique et castratrice.

 

@lazette, qui a si je comprends bien quitté le monde de la paillasse pour celui de l'administration de la recherche, répondait à mon "pléthorique" par quelque chose du genre "si seulement c'était vrai".

 

La discussion continue aujourd'hui, et je ne pense pas que nous soyons tout à fait d'accord, mais selon moi, entre autres points de désaccord, nous ne regardions pas forcément à la même échelle: si on regarde globalement, on arrive en ordre de grandeur à 1 administratif pour 1 chercheur, ce qui est, toujours selon moi, énorme.

 

Cela vaut le coup de développer un peu ici.

 

En gros, il y a l'échelle "labo", généralement sous-dotée en terme d'administratifs. Dommage, car ce sont ces administratifs là qui font le plus tourner la boutique question recherche.

C'est à cette échelle là que sont confrontés le plus souvent les doctorants, post-doctorants ou jeunes chercheurs "préservés" (ils voient parfois pour signer leur contrat les ressources humaines ou le service financier, mais ça s'arrête là).

Toutefois, il y a ensuite, en général (certains établissements "d'élite" sont un peu préservés, mais ils ne représentent pas la "norme française" tant enviée), un empilement de structure pour arriver aux services centraux de l'établissement. A chaque structure son lot d'administratifs, le ratio global augmentant de plus en plus.

 

J'ai l'impression naïve qu'on gagnerait à mieux répartir les forces administratives, notamment en "décentralisant" (je parle à l'échelle d'un établissement): beaucoup de choses pourraient être gérées à l'échelle du laboratoire, si celui-ci était doté en personnel adéquat, sans avoir à remonter jusqu'au sommet.

 

Mais plutôt que de gloser sur ce qu'il faudrait faire (je ne suis pas politicien), je vais illustrer mon estimation à l'aide d'un exemple, l'établissement où je travaille, établissement d'enseignement supérieur assez singulier mais relativement "moyen" selon les critères d'évaluation en vigueur, donc probablement plutôt représentatif de ce qui se fait en France. 

Je l'ai choisi parce que j'ai un accès relativement facile aux "données" (à savoir un annuaire détaillé, pas forcément très à jour): j'ai "travaillé" assez rapidement donc il y a une barre d'erreurs sur les chiffres que je donne, mais pas gigantesque. L'ordre de grandeur est bon, comme on dit pudiquement en physique.

 

Méthodologie (c'est un grand mot)

Je vais comparer le ratio administratifs versus enseignants chercheurs "permanents" (noté R) car ce sont les données dont je dispose le plus facilement.

On pourrait faire d'autres comparaisons, mais elles me demanderaient plus de travail en profondeur, que je n'ai pas forcément le temps ou les moyens de faire. Je vais néanmoins donner les chiffres globaux et bruts pour ceux que ça intéresse: nous comptons environ 350 enseignants-chercheurs (EC) permanents, 170 enseignants-chercheurs non-permanents, pour un personnel total de 1700 personnes (dont environ 35% de CDD: le distingo est fait dans l'annuaire entre EC et ATER, pas entre "administratif titulaire" et "administratif en CDD"). Il y a environ 1150 BIATOSS (ingénieurs, techniciens, administratifs, bibliothécaires etc) dont, d'après le bilan AERES, 150 environ sont dédiés à des activités de recherche. 

A ce personnel, il faut rajouter environ 150 doctorants et post-doctorants, mais la situation est un peu complexe (une bonne partie de la recherche est "externalisée", par le biais de cotutelles etc, il est donc difficile d'évaluer le nombre exact de doctorants, ce qui explique en partie que je me contente du chiffre des EC).

Concernant ce que j'appelle "administratif": je vais essayer de préciser autant que faire se peut dans la suite, mais sur le pool de 1000 BIATOSS non affectés en recherche, je ne compte pas par exemple les informaticiens, les plombiers, électriciens, agents d'entretiens, préposés au courrier, vigiles, livreurs, bibliothécaires etc. Je néglige également une structure "externe" de l'établissement qui n'est pas directement reliée aux missions d'enseignement et de recherche, et emploie 100 personnes. 

Sur les 1150 BIATOSS, je ne retrouve la trace, à la louche que de 850/900 dans l'annuaire, répartis quasiment pour moitié entre "administratifs" et "autres" (selon la distinction ci-dessus). Mais 25% d'écart me semble au premier ordre assez correct ici (cela ne ferait qu'augmenter R, quoi qu'il en soit). Il y a un bon nombre de "bureaux" ou "services" constitués de 2 à 5 personnes, donc assez durs à lister quand on n'a pas une journée devant soi. Je pense que j'arriverais à 1000 en les prenant en compte. L'erreur résiduelle peut être simplement lié aux fluctuations de personnel et à la mise à jour imparfaite de l'annuaire, je vais donc m'en satisfaire. Les imprécisions ne jouent qu'à l'échelle "Etablissement": pour les sous-structures, je n'ai je pense raté personne.

Je vais parler des différentes structures auquel j'appartiens, dans l'"ordre". Chaque structure est une "somme" des précédentes.

 

Ceci posé, commençons par la première échelle, celle du laboratoire auquel j'appartiens (ou équipe pédagogique, pour les raisons explicitées ci-dessus concernant la recherche). 

- Equipe pédagogique: On compte 10 EC permanents (+ 1 ATER et 7 ingénieurs/techniciens). Il y a 1 secrétaire pédagogique. Partout où je suis passé, cette proportion est pour cette échelle assez classique.

R = 0.1

 

La deuxième structure, le département, regroupe un certain nombre d'équipes pédagogiques ou de recherche.

- Département: 30 EC permanents, 8 administratifs, dont 3 au moins affectés à la direction de la structure elle-même (et 3 secrétaires pédagogiques). 

R = 0.27

 

On trouve ensuite une super-structure regroupant un certain nombre de départements. L'établissement est divisé en deux super-structures (en gros, sciences dures et sciences molles) de taille équivalente à moins de 5% près.

- Super-structure: environ 175 EC permanents, 85 administratifs, dont environ 30 affectés au fonctionnement de la structure même, le reste étant réparti dans les départements.

R =  0.49

 

Enfin, nous avons l'établissement lui-même, et toutes les composantes administratives afférentes (ressources humaines, comptabilité, service financier, juridique, scolarité, diplômes, etc etc).

- Etablissement: 350 EC permanents, les 170 administratifs des deux super-structures (cf ci-dessus, en multipliant par 2) plus environ 250 des divers services mentionnés ci-dessus soit au total 420. 

R = 1.2                              (R' = 0.8 en ajoutant les EC non-titulaires)

 

 

D'un point de vue personnel, mes emmerdes commencent dès que je dois m'adresser à quelqu'un au niveau "super-structure". A l'échelle de l'établissement, il faut généralement me mettre sous perfusion de Xanax au bout d'une demi-journée.

 

 

 

 

Post-scriptum analytique

De mes expériences (limitées), il y a deux cas de figure qui ne fonctionnent pas mal.
- Les établissements (souvent des grandes écoles ou des instituts biomédicaux) de taille similaire à celui dont je parle ici (en terme de nombre d'EC), mais sans sous-couche supplémentaire entre l'échelle labo et l'administration centrale.
- A l'inverse, dans les établissements énormes où ces sous-couches sont un passage quasi-obligé, on peut trouver des labos ayant beaucoup de poids (soit par leur taille, soit par leur "excellence scientifique", soit par leur assise politique, soit les trois) qui parviennent donc à quasiment tout traiter en local sans qu'on leur demande trop de comptes.

Dans les deux cas, l'optimum pour R, du point de vue de ce qui est visible pour l'EC, doit se situer, je pense, autour de 0.2-0.3...

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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régis 16/07/2013 17:50


Les lois empiriques décrivant le fonctionnement des bureaucraties ont été décrites et sont connues, qu'il s'agisse de la loi de Parkinson (étalement du travail) de Peter (chaque employé s'élève
jusqu'à son niveau d'incompétence, in fine tous les postes sont pourvus par des incompétents) et Dilbert (les incompétents sont confinés aux postes où ils sont le moins délétères: les postes
d'encadrement) voire de Dammon (dans une bureaucratie, augmenter le travail diminue la production) et D. Friedmann (ce que fait le gouvernement coûte deux fois plus que ce que fait le secteur
privé) Elles ont été formulées de façon burlesque ou désinvolte et ont été taxées de caricaturer la réalité.


Le regretté Michel CROZIER et son disciple Erhard FRIEDBERG ont beaucoup étudié les organisations bureaucratiques, le Pouvoir et la règle de celui-ci est une très intéressante introduction à la
théorie des organisations, tu peux le lire cet été pour digérer après que tu te seras empiffré  


Je ne pense pas qu'il y ait des ratios optimaux. Ce qui compte, c'est l'évolution des ratios dans le temps. La logique voudrait que, l'informatique et la bureautique aidant, ils diminuent (en
revanche le recours à des prestataires extérieurs de maintenance devrrait en revanche augmenter) Or le plus souvent c'est le contraire qui se produit. L'étalement du travail (cf Parkinson) joue
alors considérablement...


En outre les bureaucrates, généralement angoissés et fuyant toute responsabilité, finissent par prendre le pouvoir à force de suggérer des normes. Il est significatif que ce soit sous
un président de la République issu de l'ENA que le "principe de précaution" ait été inscrit dans la Constitution (pour le principe de subsidiarité que la bureaucratie bruxelloise cite à tout
va, on peut attendre...) 


 

régis 14/07/2013 11:10


Bof, rien de bien neuf, la loi de Parkinson est une fois de plus vérifiée, et dans une organisation à forte tradition jacobine, ça donne un nombre écrasant d'administratifs au sommet de la
pyramide, véritables parasites qui se gorgent en toute impunité du travail produit par les non-administratifs. Le problème en France, c'est que l'Etat fonctionne sur ce modèle (que nous avons
exporté dans notre empire colonial où, malgré tous les anathèmes lancés contre l'ancienne métropole, il a été pieusement maintenu!)

mixlamalice 15/07/2013 11:23



Non, rien de bien neuf, mais j'aime bien de temps en temps chiffrer les "impressions". Et puis, je me rends compte que les travaux du bon Parkinson ne sont pas si connus (c'est JF ici-même
d'ailleurs, il n'y a pas si longtemps, qui me les avait signalés).


 


J'aimerais savoir s'il existe des choses sur un optimum d'efficacité, à savoir si on peut quantifier le taux d'administration au-delà duquel l'administratif ne sert qu'à faire fonctionner
l'administratif... (ce qui est un double effet puisque contribuer à paralyser les activités non-administratives: par exemple, je viens de recevoir un mail concernant les commandes, qui s'arrêtent
six semaines parce que LA gestionnaire qui s'occupe de mon labo prend 6 semaines de congés. Ils sont une douzaine dans le service, mais apparemment il est trop compliqué que quelqu'un reprenne
ses fonctions pendant une partie de ce laps de temps, donc, plutôt, tout s'arrête)


 


Quand je disais à mon chef "mais quand même, le jour où il n'y aura plus d'EC, ils n'auront plus de boulot", il m'a répondu "penses-tu, ils mettront bien 10 ans à se rendre compte qu'on est plus
là et continuerons à s'envoyer des circulaires sous parapheur à longueur de journée".


 


 



lazette 11/07/2013 11:05


Plus exactement, les personnels en charge de la gestion et du pilotage de la recherche sont dans le BAP J (et peuvent être catégorie A, B ou C). Ils sont au nombre de 3900 en 2011. page 22 du
bilan social 2011. http://www.dgdr.cnrs.fr/drh/omes/documents/pdf/bilan-social/bilan-social-2011.pdf

JF 11/07/2013 10:36


"En septembre 2012, l'académie des sciences a publié un rapport plutôt critique sur le fonctionnement du CNRS50. Ce rapport note qu'entre 1960 et 2012, le nombre d'emploi dans les services
centraux a été multiplié par 9 (...) "


(http://fr.wikipedia.org/wiki/Cnrs)


Le CNRS fait donc un peu mieux que la Loi de Parkinson, puisque depuis 1960 l'administration n'a augmenté que de 4.3 % par an....

mixlamalice 11/07/2013 10:44



Oui, j'avais trouvé ça lors de ma discussion d'hier


http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/10/04/querelles-de-chiffres-entre-l-academie-des-sciences-et-le-cnrs_1770372_1650684.html


http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/recherche-innovation/recherche/221155330/non-cnrs-nest-mammouth


L'Académie des Sciences annonce de 104 à 879 personnes entre 1960 et 2010, mais le CNRS répond que sur les 879 personnes, seules 411 ont des fonctions "administratives", les autres étant du
support technique (informatique etc). 


Quant au papier de Fuchs, si je le comprends bien, il donne un chiffre que je n'arrivais pas à trouver, à savoir que sur 14400 ITA dans les labos (source http://www.cnrs.fr/fr/organisme/presentation.htm), 4463 sont à ranger dans la catégorie A, cad "administratifs"



JF 11/07/2013 09:22


Ce serait intéressant, aussi, de voir commeent ça évolue au cours du temps :


"..the total of those employed inside a bureaucracy rose by 5-7% per year "irrespective of any variation in the amount of work (if any) to be done"


(https://en.wikipedia.org/wiki/Parkinson's_law)


 


Je ne sais pas où trouver les données historiques...

mixlamalice 11/07/2013 10:03



Je ne sais pas non plus où, mais je pense qu'elles doivent être publiques...


Dans le cas de mon établissement, il faudrait que je puisse mettre la main sur le bilan social de 1980, 1990 et 2000, ou un truc similaire qui existait probablement.