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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 16:38

Un certain nombre de comportements d'étudiants me sidère ces derniers temps, et je me demande si:

- il s'agit d'un changement de paradigme en cours, sur la conception de l'enseignement, assez profond.

- j'ai beaucoup vieilli et oublié mes années étudiantes.

- il s'agit simplement de hasards successifs, peut-être un peu liés aux modalités particulières de l'établissement où j'enseigne, et pour lesquels il ne faut pas tirer de conclusions hâtives.

 

Récemment, j'ai donc été confronté à un certain nombre d'étudiants que j'ai envie d'appeler "100 balles et 1 mars", qui en gros semblent penser que je suis spécialement et uniquement à leur service*, et qui s'adressent à moi un peu comme un client casse-couilles s'adresse à un serveur au restaurant

Typiquement, des gens qui trouvent parfaitement normal que je réponde aux mails un 23 décembre, pour qui j'ai forcément 1h à passer au téléphone leur expliquer en quoi leur copie est mauvaise, voire (déjà 2 fois cette année) qui me demandent de leur scanner leur copie annotée (quand ce n'est pas en sus celle de leurs camarades), ou de leur faire un corrigé personnalisé. Il y a aussi ceux qui se pointent sans prévenir, à 9h00 comme à 18h30, et qui estiment naturel que j'ai forcément 1h à leur consacrer.

Pour ceux qui trouveraient que je surréagis, je précise que la façon de présenter la demande est souvent un facteur d'irritation autant que le contenu lui-même. Et franchement, je n'ai ni l'intention ni le temps de scanner individuellement 200 copies, sans même poser la question de la légalité du procédé (il me semble qu'on peut exiger de consulter sa copie, mais pas de repartir avec).

 

Je ne pense pas (encore) faire (tout à fait) partie de la confrérie des MCF qui n'ont rien à péter de l'enseignement et des élèves. J'essaie de faire des cours agréables et pas trop magistraux, de faire passer du sens physique, d'aider les élèves (ceux qui sont sympas et bien élevés de bon coeur, et même les autres, de plus mauvaise grâce) quand ils ont des problèmes d'ordre administratif, etc.

Par contre, la recherche reste ce qui fait le plus battre mon coeur, et avec mon salaire mirobolant de 18€ net de l'heure (aux 35h, en temps réél on est plutôt à 13€ net), je refuse de faire le secrétariat en sus du reste, et je refuse d'accepter de ne plus me consacrer du tout à un minimum d'activités stimulantes intellectuellement. J'ai choisi ce boulot pour la liberté qu'il procure, que j'avais largement surestimée comme beaucoup d'entre nous, et donc je ne suis pas prêt à céder le peu qui me reste.   

 

Plus généralement, je m'interroge: les demandes incongrues d'élèves ont elles toujours fait partie du job, sont-elles en augmentation, ou sont-elles liées aux particularismes des enseignements de mon établissement?

Bref, cela peut-il révéler un changement de comportement des étudiants, qui verraient désormais plus dans la formation un produit "commercial" (bien qu'encore presque gratuit), où le client-étudiant serait "roi", et l'enseignant là pour faire ce qu'on lui dit comme on le lui dit.

Cela pose question notamment quant à l'évaluation des enseignements, qui, si elle semble nécessaire, doit être bien pensée: elle se pratique énormément aux US et semble dans les moeurs, donc on peut croire que les étudiants jouent le jeu. Mais cela serait-il vrai chez nous?

J'ai entendu malgré tout plusieurs histoires sur des cours pour lesquels les enseignants sont obligés de jouer les vendeurs de bagnole pour attirer les élèves, a-t-on envie de faire quelque chose de similaire (personnellement, je n'enseigne pas dans des cours où mon ego s'est suffisamment investi pour que j'ai envie d'aller faire l'article de mes enseignements). Que penser alors des cours qui ont de tout temps et quels que soient le niveau ou la façon d'enseigner fait chier tout le monde ou presque, mais qu'il semble néanmoins nécessaire -est-ce vraiment le cas d'ailleurs?- d'avoir vu une fois dans sa vie de façon propre (la thermodynamique ou la physique statistique pour ne prendre que ces exemples)?

 

 

 

* ceci en plus du fait qu'une large majorité des étudiants paraît ignorer la fonction même d'un maître de conférences, notamment la double casquette enseignement et recherche.

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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commentaires

Apokrif 01/01/2014 01:35


"il me semble qu'on peut exiger de consulter sa copie, mais pas de repartir avec"


On peut bien exiger une copie de la copie: http://mmatringe.wordpress.com/2009/05/02/droit-a-la-communication-dune-copie-dexamen/

Apokrif 01/01/2014 01:34


"il me semble qu'on peut exiger de consulter sa copie, mais pas de repartir avec"


 


On peut bien exiger une copie de la copie: http://mmatringe.wordpress.com/2009/05/02/droit-a-la-communication-dune-copie-dexamen/

mixlamalice 02/01/2014 18:39



Merci pour l'info (et pour l'article qui prouve une fois encore la méconnaissance des règles par ceux qui sont censés les faire appliquer - je m'inclus dedans, hélas...)



DM 23/04/2013 10:26


Oui, ça j'ai eu des étudiants qui, dans une notation entre gris clair et gris foncé (des trucs plus ou moins faux) essayaient de grapiller des demi-points. C'est peut-être lié à des effets de
seuil (si j'ai 14.02 de moyenne et non 13.96 alors je peux avoir B au lieu de C, ou similaire). Il m'est arrivé de répondre que oui, effectivement on pourrait mettre 0,5 de plus ici, mais
qu'ailleurs on pourrait aussi bien mettre 0,5 de moins...


Cependant, je ne vois pas comment on peut qualifier cela de "négociation". Une négociation, c'est quand il y a deux parties qui doivent s'accorder en faisant des concessions, par exemple en
ajustant un prix : le vendeur comme l'acheteur ont intérêt à ce que la transaction se fasse et chacun y met du sien. Or, là, je ne vois pas ce qu'il y a à "négocier", ce que l'étudiant a à offrir
: soit il y a erreur substantielle de notation et on rectifie de droit sans qu'il ait à donner quoi que ce soit, soit il n'y en a pas et il n'a rien à exiger. "Négociation" me semble
sous-entendre une forme de compensation de la part de l'étudiant...


(Je ne vois pas par exemple en quoi il ne serait pas honteux que l'on négocie un contrat d'achat de centrale nucléaire ou un plat à tajine, et honteux de négocier un achat de cachemire...)

mixlamalice 23/04/2013 10:32



Bon point, je n'avais pas vu "négociation" comme ça...


 


Pour la différence entre cachemire et tajine, elle est probablement plus personnelle qu'autre chose: négocier m'intéresse peu, c'est une perte de temps selon moi, et surtout je ne trouve pas ça
chic. Culturellement, ça se fait, au Maghreb ou en Asie Centrale, et c'est même limite mal vu de ne pas le faire (les vendeurs sont déçus si ça va trop vite).


En Europe de l'Ouest, c'est une tendance récente, et si je veux bien l'admettre pour des choses particulières comme l'achat de bagnole, j'ai plus de mal dans d'autres cas, mais je reocnnais que
c'est assez subjectif. Je me vois mal aller chez Bocuse et lui dire "bon Paulo, ton menu à 180, je le prends si tu me le fais à 150". Si j'étais dans la vente, je dirais "ben casse-toi": bref, je
trouve ça mesquin de négocier 5% pour un truc "luxueux", on assume ou pas.


De même, "négocier" quand j'achète un appareil scientifique à 10k€, ça me broute; idem quand on négocie le salaire à un entretien d'embauche. Tout ça devrait être fixé, et pas dépendant de la
grande gueule du client qu'on baise plus ou moins...


(encore une fois, avis personnel)



DM 23/04/2013 10:13


Des collègues m'ont mentionné le désir affiché par certains étudiants étrangers de "négocier" leur note. Bien évidemment, les collègues expliquent qu'il n'y a rien à négocier : bien sûr, s'il y a
eu une erreur matérielle ou de notation, on rectifiera, mais rien d'autre.


J'ignore ce que ces étudiants entendent par "négocier"... s'agirait-il d'un euphémisme pour parler de corruption de fonctionnaire?

mixlamalice 23/04/2013 10:20



J'ai des étudiants (pas forcément étrangers) qui viennent regarder leur copie et me dire "ah mais là monsieur j'avais l'idée, vous m'avez mal compris, allez, rajoutez-moi un demi-point", un peu
comme on négocierait le prix d'un kilo de tomates en fin de marché... je pense que ça se généralise à tout (ma mère qui s'occupe d'une boutique de vêtements de luxe a de plus en plus de gens qui
tentent de "négocier" aussi comme s'ils étaient dans le souk pour un plat à tajine alors qu'ils achètent 1000€ de cachemire).


Généralement je m'en tire par l'ironie "vous avez 5, effectivement j'ai été un peu sévère et il se peut que vous méritiez 5.5, souhaitez-vous que je contacte la scolarité?". Du coup, ils ont un
peu honte et repartent rapidement.



mixlamalice 10/04/2013 17:11


De l'eau à mon moulin? Via Tom Roud sur Twitter


 


http://doanie.wordpress.com/2010/02/23/mean-professor-tells-student/