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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:02

Un article placé sous le sceau de la loi de Godwin.

Je voudrais ici montrer quelques similarités, dans la méthode ou les arguments, entre les sceptiques d'aujourd'hui (les sceptiques du réchauffement climatique, les sceptiques de l'affaire du World Trade Center) et ceux d'hier (les négationnistes).
Je n'assimile pas les uns aux autres, je remarque simplement des anologies, amusantes si l'on peut dire, en tout cas intéressantes à mon sens.

Aujourd'hui, tout fait historique ou scientifique a ses négateurs; "sceptique" étant la désignation politiquement correcte donnant à la chose une légitimité n'ayant pas toujours lieu d'être.
Que le medium Internet, permettant la diffusion instantanée de tout et surtout de n'importe quoi, ait favorisé cet état de fait, probablement.
Mais le phénomène n'est pas nouveau, et quel que soit le sujet remis en cause, on trouve dans une certaine mesure les mêmes arguments transposés, les mêmes méthodes employées: potentiellement recevables, ils ne sont pourtant pas toujours utilisés de bonne foi ou à bon escient.

En voici quelques exemples.

- L'utilisation du "scepticisme scientifique" ou du "révisionnisme historique" comme caution intellectuelle.
Certes, presque par essence, le scientifique et l'historien doutent et doivent douter. Des modèles scientifiques ou des interprétations de l'histoire peuvent être remis en cause par des découvertes plus récentes. Mais, outre que cela est assez rare, cela signifie encore plus rarement "virage à 180 degrés" par rapport à l’interprétation initiale. Le plus souvent, on permet simplement de pousser plus loin le modèle, ou d'affiner la compréhension d'un fait historique. D'autre part, et cela peut sembler une évidence: si "douter" est légitime, il ne signifie pas pour autant que, parce que vous doutez, vous avez raison.

- Un peu dans le même registre: la plupart des courants sceptiques étant (ultra-)minoritaires, on les entend souvent se comparer aux exemples historiques de celui qui a eu raison seul contre tous (typiquement, Galilée). La aussi, il paraît bon de rappeler que, 999 fois sur 1000, celui qui défend une théorie seul contre tous, a, simplement, tort. Et que, sans même rentrer dans ces considérations, le fait d'émettre une opinion à contre-courant n'est pas une preuve de sa validité. 
On peut également mentionner que les courants sceptiques ultra-minoritaires sont généralement eux-mêmes divisés en différentes fractions, dont le principal ou seul point commun est de remettre en cause la théorie "officielle": dans le cas du climat, il y a ceux qui nient tout réchauffement, ceux qui contestent l'amplitude du réchauffement, ceux qui valident le réchauffement mais nient son caractère anthropique... pour le 11 septembre, on a ceux qui pensent que les avions volent encore, ceux qui pensent que tout a été organisé par la CIA, ceux qui pensent que la destruction a été aidée par des bombes en sous-sol par le propriétaire pour toucher l'assurance... en ce qui concerne la Shoah, il y a ceux qui en nient l'existence, ceux qui mettent en doute son caractère planifié, ceux qui veulent en minimiser les chiffres ou son caractère unique...

- Souvent, les figures de proue des mouvements sceptiques sont des non-spécialistes: Courtillot et Allègre sont des géologues, Jean-Marie Bigard est un humoriste, Butz est un Professeur d'"Electrical Engineering", Faurisson était Professeur de Lettres, etc. La aussi, c'est utilisé comme argument en tant que tel ("un non-spécialiste apporte un oeil neuf, non façonné par l'establishment"). On peut rétorquer qu'un non-spécialiste a aussi plus de chances de raconter des conneries sur un sujet qu'il ne maîtrise pas complètement, voire pas du tout : voyez sur Internet tous ces "non-spécialistes" qui "démontent" la théorie de la relativité, par exemple. Encore un argument souvent entendu et qui, en tant que tel, ne signifie rien. 

- Les sceptiques aiment à se poser en victimes médiatiques, à qui l'establishment ne laisse pas la possibilité de s'exprimer. Or, c'est fou le nombre de tribunes que ces personnes obtiennent pour dénoncer cet état de fait (encore une hier dans le Monde en ce qui concerne le climat), le nombre d'interviews qu'on leur accorde, le nombre de "débats" auxquels ils participent (c’est un peu moins vrai pour les négationnistes depuis les lois Gayssot, mais Faurisson notamment a eu beaucoup de publicité dans les années 80). Si l'on y réfléchit, leur exposition est proportionnellement bien plus importante que la fraction "scientifique" qu'ils représentent, tant il est vrai qu'un medium d'information préfèrera un "non-spécialiste" charismatique qui raconte des choses simples (la véracité de ces choses étant parfaitement accessoire), qu'un spécialiste casse-burnes qui va énoncer des choses complexes diminuant le temps de cerveau disponible et obligeant le journaleux à réviser ses fiches.

- Puisque je parle de débat : on entend souvent les sceptiques "ne demandent qu'une chose, c'est qu'il puisse y avoir débat". Les media ne demandent que ça. Mais science et histoire ne sont pas culture et politique. On peut discuter des mérites du dernier film de Mickael Youn ou de l'ultralibéralisme, mais comme le disait
Tom Roud, la science n'est pas, en ce sens là, démocratique.
En science, il y a d'un côté la vérité (e.g., typiquement, des résultats expérimentaux reproductibles, et un modèle expliquant convenablement les données, modèle pouvant être affiné au fur et à mesure selon l'intérêt du problème), de l'autre le bullshit (données foireuseset modèles capillotractés ou plus simplement faux). 
Le but pour la communauté scientifique est d'arriver à un consensus: le débat peut exister pendant plusieurs décennies (dans mon domaine, la physique des films minces de polymères reste, je crois, un sujet à controverses depuis une bonne quinzaine d'années - même si on commence au moins à s'accorder sur les données expérimentales), mais lorsque 99,9% des spécialistes s'accordent sur une réponse, il n'y a plus débat pour convaincre les 0,1% restant. Lorsque 99,9% des spécialistes s'accordent sur une réponse, le fait que 55% de la population non-spécialiste n'y croit pas n'est pas une
remise en cause.
Pierre Vidal-Naquet soulignait, dans les Assassins de la Mémoire, la difficulté intrinsèque du "débat" avec les négateurs: accepter de débattre avec eux leur permet une exposition qu'ils ne méritent pas, et tend à mettre sur un pied d'égalité ce qui ne doit pas l'être (la vérité et le bullshit). Refuser le débat donne par contre un côté hautain au scientifique, et un côté victime (voir point ci-dessus) au sceptique.

- Les sceptiques considèrent toujours que les milliers de preuves qui accréditent la thèse officielle sont fausses ou sujettes à caution, mal comprises, etc. Par contre, les quelques faits inexpliqués, inexplicables, ou dont l'interprétation pourrait éventuellement remettre en cause cette thèse, sont, eux, "parole d'Evangile". Un crédit illimité est également accordé aux théories alternatives, en dépit de leur légitimité le plus souvent contestable (témoignages d'anciens SS, articles scientifiques publiés dans d'obscures revues inconnues au bataillon...).
Dans la même veine, il y a tendance par les sceptiques à assimiler toute erreur ou déontologie douteuse à une preuve irréfutable que toute la thèse officielle est erronée, voire qu'il y a complot pour étouffer l'affaire (alors que généralement, les erreurs sont parfaitement admises par ceux qui les ont commises): on peut mentionner les trois mails déontologiquement contestables envoyés par des climatologues (sur plus de dix ans d'échanges piratés), l'erreur du rapport du GIEC (sur 600 pages de rapport)... ou encore les premiers chiffres surévalués de la Shoah, les quelques pages falsifiées du journal d'Anne Franck, les rares témoignages de faux survivants mais vrais mythomanes, la reconstruction de la chambre à gaz d'Auschwitz par les polonais... S’il est bon de signaler les erreurs et de condamner les comportements non professionnels, il ne faut pas confondre pour autant cas isolé et remise en cause générale.

- Terminons par une petite analyse, de non-spécialiste, des profils psychologiques: parmi les points communs, je sens une attirance certaine pour la lumière, nécessairement plus facile à obtenir en étant l’un des rares contradicteurs que l’un des multiples défenseurs d’une thèse "à la mode". Egalement une volonté plus ou moins consciente de se démarquer, de ne pas être comme tout le monde, de ne pas être un "mouton".
Je pense qu’il y a aussi chez beaucoup de sceptiques la peur, ou l’incapacité à accepter des idées effrayantes, difficiles voire impossibles à "comprendre" (philosophiquement), justement à cause de leur simplicité même (un fanatique ultra-motivé peut déjouer sans moyens ou presque les systèmes de sécurité les plus élaborés, l’Homme est en train de détruire sa planète, l’Homme est capable d’exterminer de façon planifiée son prochain, etc). D’où l’élaboration de théories alternatives, plus complexes mais paradoxalement conceptuellement plus faciles à saisir.

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commentaires

Jaina 25/09/2016 12:53

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mixlamalice 05/02/2010 16:04



Un article plus scientifique (moins polémique) que le mien sur le même sujet. Je l'avais lu à l'époque de sa parution, puis oublié (peut-être m'a-t-il influencé, même si,
ayant lu pas mal de travaux sur les négationnistes, cela fait un moment que je suis frappé par la ressemblance des discours).



http://darwin2009.blog.lemonde.fr/2009/12/17/petit-precis-de-scepticisme-online/