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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 11:37

Une petite histoire vraie. Elle soulève quelques questions, de fond comme de forme, intéressantes. Autant savoir ce que les lecteurs en pensent. Je vais essayer de raconter les choses de la façon la plus objective possible, avec les éléments en ma possession.

 

L'an dernier, une jeune (par l'âge de ses membres et la durée de son existence) et petite (par le nombre de ses membres et leur reconnaissance nationale et internationale) équipe a été délocalisée de son établissement d'accueil pour être intégrée dans un laboratoire de taille plus respectable, selon une logique gagnant-gagnant (le laboratoire gagnant 5-6 membres d'un coup, l'équipe gagnant en visibilité, qualité de l'environnement, et moyens matériels).

Probablement en partie pour des raisons liées à un souci d'intégration de cette équipe dans le laboratoire, on a demandé à l'un de ses membres (qui n'avait rien demandé et que nous appellerons le "nouveau") de coencadrer un stage de M2, sur un sujet qui pourtant paraissait assez loin de ses préoccupations. Ou plutôt dont le traitement était assez loin de ses compétences. 

En effet, il s'agit d'un sujet "classique" (voire l'un des marroniers du domaine datant de la la fin des années 90) sur lequel il avait bossé il y a plusieurs années, et dont il maîtrisait encore assez bien la "biblio de base", voire certains travaux actuels (ceux-ci étant dans une large mesure effectués par des gens qu'il croise régulièrement en conf' ou ailleurs). Mais la façon de l'aborder était relativement novatrice, plus mécanique là où la question était généralement plutôt traitée de manière physique, et basée sur un concept expérimental assez neuf (concept expérimental faisant lui partie des sujets de recherche du nouveau). Pour ces raisons, le nouveau a accepté de co-encadrer.

 

Le stage se passe plutôt bien à tout point de vue, les résultats sont intéressants; l'implication du nouveau est il faut le dire relativement faible. Le stagiaire est un bon élément, sa formation le rend plus pointu que lui sur les méthodes employées, et le co-encadrant est lui aussi à l'aise sur ces thématiques. Il se borne à suivre et valider les réunions d'avancement*, à apporter sa connaissance biblio du sujet, expliquer quelques notions fondamentales sur les matériaux au stagiaire**, et suggérer quelques améliorations/hypothèses de travail quand il lui semble avoir une idée pertinente. 

 

Peu après le départ du stagiaire, le nouveau discute brièvement avec le co-encadrant, suggère que les résultats ne sont pas mal, qu'il y a peut-être moyen en faisant quelques manipes complémentaires et en réfléchissant à l'interprétation, d'écrire un petit truc sympa. Il élude.

 

Environ six mois plus tard, le nouveau reçoit un mail pour une réunion interne, initiée par deux autres chercheurs, pour discuter des résultats du stagiaire et de leurs avancées sur le sujet.

Un peu avant la réunion et au cours de celle-ci, il apprend que le co-encadrant a au cours d'une discussion informelle suivant la soutenance (auquel le nouveau n'a pas assisté pour une raison idiote) autorisé les deux chercheurs à continuer l'étude.  

L'étude est désormais auto-suffisante, et il est évoqué cette fois-ci une collaboration avec la jeune équipe notamment pour ses connaissances expérimentales, pour aller plus loin.

 

Quelques échanges mails plus loin, le nouveau apprend enfin qu'un papier a été écrit, est prêt à être soumis, et qu'il n'est pas dedans. 

Après s'être expliqué avec le co-encadrant qui a fait son mea culpa (il n'avait pas le temps de continuer le projet, il a pensé que c'était une bonne idée, a été pris par d'autres activités, s'est retrouvé devant le fait accompli, etc) et avoir donné sa vision de l'histoire aux deux chercheurs, il est semble-t-il, suite à une intervention du co-encadrant, réintégré dans la publi, dont il a pu lire le draft en catastrophe et à laquelle il a proposé (sans réactions) d'apporter quelques modifications mineures qui pourraient donner selon lui plus de force au texte (le traitement est certes nouveau, mais il fait un peu trop fi dans ses interprétations des 15 années d'études sur le sujet).

 

 

Cette histoire pose selon moi plusieurs questions de fond et de forme:

- le nouveau devait-il être sur le papier? 

Tel quel, peut-être pas, probablement pas. Mais lorsqu'on écarte quelqu'un d'un travail, qu'on bosse six mois sur un sujet sans qu'il soit au courant, et qu'on lui mentionne presqu'au détour d'une conversation l'existence d'un draft "final" sans possibilité de modification, on a beau jeau de dire qu'il n'a pas contribué.

Est-ce qu'une discussion constructive à l'issue du stage n'aurait pas été plus intelligente qu'un non-dit explosant à la gueule de tout le monde une fois qu'il est presque trop tard pour changer quoi que ce soit? 

Cela pose également la question de l'encadrement: encadrer un étudiant ou un post-doctorant est-il une condition suffisante pour être sur une publi? La question est complexe tant le travail fourni dépend de l'encadrant, de sa maîtrise du sujet (qui dans l'histoire ci-dessus était loin d'être totale, mais cette situation n'était pas totalement du fait du nouveau: ce n'est pas comme si il avait de lui-même proposé un sujet qu'il ne maîtrisait pas)  mais aussi du niveau de l'étudiant... D'expérience, je dirais plutôt oui (c'était aussi vrai aux US même si les co-encadrements y étaient assez rares), même si le problème de la HDR en France pousse alors à mettre sur les publis des "prête-noms" qui n'ont qu'une existence officielle, ce qui favorise une certaine forme de "mandarinat"...

Enfin, est-ce que le nouveau a eu raison de pousser une gueulante? Est-ce que cette situation marque la fin de toute relation future "ok pour cette fois n'y reviens pas" ou est-ce que la conclusion est synonyme de "fresh start", désolé tout le monde a merdé et on fera mieux la prochaine fois? Vaste question, que l'on peut prolonger comme suit...

 

- qu'est-ce qu'un coencadrement; qu'est-ce qu'une collaboration?

Selon moi, un coencadrement est basé sur l'idée qu'il y a, pour certains sujets, une synergie potentielle basée sur les compétences distinctes des deux encadrants, cette synergie pouvant être bénéfique au sujet et à l'étudiant. Dans ce cas, il faut accepter que certains sujets ou certaines portions de sujets ne sont pas encadrés symétriquement par les deux personnes, l'idée étant que cela se compense globalement sur le projet, voire sur un ensemble de projets. C'est tout l'intérêt de monter des équipes un peu interdisciplinaires...

Ma thèse a été encadrée par un chimiste et un physicien, il m'aurait semblé absurde de publier mon papier de chimie uniquement avec le nom du chimiste et mes deux papiers de physique avec seulement le physicien, puisque le sujet n'a existé que parce qu'ils avaient décidé de bosser ensemble... leur apport a switché au cours de la thèse, il s'est globalement équilibré, et je ne vois pas le problème.

Dans le même registre, j'ai du mal à concevoir une "collaboration" comme une situation où chacun bosse de facto dans son coin, et ne se parle qu'une fois tous les six mois quand on a vraiment besoin de l'autre pour continuer à avancer. Cela ne veut pas dire qu'on doit se voir tous les deux jours, mais quand même qu'on doit se tenir au courant régulièrement des avancées bonnes ou mauvaises, et pas juste une fois toutes les morts d'évêque parce que "tiens là sur ce truc là on sait vraiment pas faire nous-même, on vous demanderait bien votre aide". 

 

 

 

* maintenant, on demande même aux stagiaires M2 de faire des diagrammes de Gantt et des bilans d'avancement.

 

** je suis toujours étonné du peu d'intérêt pour les matériaux (de quoi sont-ils faits, comment sont-ils micro ou nano structurés etc) de la part des mécaniciens du solide, qui semblent avant tout aimer poser des équations compliquées dont il importe finalement souvent peu qu'elles aient une réalité physique du moment qu'on sait les résoudre analytiquement ou numériquement.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

Cub 06/03/2013 05:06


A partir du moment où on encadre quelqu'un il est normal d'avoir son nom sur le papier. Le chef d'une équipe a son nom sur tous les papiers de l'équipe, il paraît normal que tout encadrant ait
son nom sur un papier correspondant aux travaux faits par quelqu'un qu'il a encadré. Après oui le niveau d'encadrement peut être flou. Dire à quelqu'un où est le matos et comment utiliser un
spectro n'est pas vraiment de l'encadrement. En revanche à partir du moment où une relation s'établit et où le stagiaire/PHD/post-doc considère l'encadrant comme quelqu'un à aller voir dès qu'il
est bloqué, comme quelqu'un avec qui discuter des problèmes scientifiques, alors oui là c'est un vrai encadrant.

mixlamalice 07/03/2013 00:39



globalement d'accord (même si certains chefs "d'équipe" abusent un peu - à l'anglo saxonne- quand l'équipe fait 60 personnes... on se retrouve avec des R. Langer à 1000+ publis ça ne ressemble
pas à grand chose)



mixlamalice 21/02/2013 18:40


On peut aussi remarquer que les "incorruptibles" de la contribution le sont souvent plus quand il s'agit d'un étudiant, d'un post-doc voire d'un jeune permarnent que quand il s'agit d'un "daron
de la science" dont la présence parmi les auteurs facilitera sûrement beaucoup l'acceptation...

JaromilD 21/02/2013 12:48


Le moins que l'on puisse dire c'est que tes collègues manquent d'élégance... Même pas eu droit aux "acknowledgements for fruitful discussion" ? ça craint vraiment, surtout dans un même labo. Tout
cela me semble d'autant plus pathétique dans un labo français où chacun a son poste à vie (ce qui devrait tuer toute compétition malsaine - mais  je n'ai rien contre une "saine émulation").
Il faut dire qu'avec les ANR, j'ai l'impression qu'il vaut mieux aller collaborer avec des équipes lointaines qu'avec le type du bout du couloir.


Il est est toujours difficile de déterminer l'apport exact de chacun des co-auteurs d'un papier expérimental, mais il me semble (naïvement) que le travail de recherche devrait être fondé sur
l'ouverture et la confiance. Personnellement, j'ai une vision assez large & souple de qui doit finir sur le papier final (malheureusement ça n'a jamais été réciproque jusqu'ici, malgré les
promesses du genre "bien sûr, tu seras sur le papier"); je sais que les guidelines anglo-saxonnes voudraient que les apports purement techniques soient exclus de l'"autorship", mais cela ne me
semble pas refléter la réalité du travail de recherche. (Avec ça on voit encore parfois passer des papiers expérimentaux dans Science signé d'un seul prof (américain) avec toutes les petites
mains dans les remerciements.) Après, je suis naturellement contre les "rentes de situation" qui font que certains se retrouvent sur tous les papiers sous prétexte qu'ils trainent dans les
parages ou qu'ils monopolisent une machine en refusant de former qui que ce soit.


Chacun se conscience...

mixlamalice 21/02/2013 14:51



Je te rejoins sur les ANR, même si l'avantage, c'est que ça permet aussi de bosser avec des mecs qu'on aime bien dans des labos distants plutôt qu'à se forcer à bosser avec des mecs qu'on aime
pas au bout du couloir. L'avantage du métier, c'est aussi encore un peu sa liberté (au sens large, qui inclut bosser avec qui on a envie). Franchement, je n'ai pas de problèmes d'ego et je
préfère bosser avec des gens plus intelligents que moi s'ils ont envie, mais s'ils ont envie seulement... le côté "petit scarabée, va cirer mes pompes", bof...


Les "rivalités" sont d'autant plus bizarre quand les manques d'élégance concernent des "seniors" avec une belle carrière vis-à-vis de "juniors" qui ont tout à prouver: qu'un ambitieux aux dents
longues veuille se servir d'un vieux sage, c'est à défaut d'être estimable, compréhensible. Quand un vieux qui n'a plus grand chose à prouver "profite" d'un jeune inconnu, il y a moins
d'explications rationnelles...


 


Dans l'"affaire" qui nous occupe, le manque d'élégance me semble patent même en considérant toutes les circonstances atténuantes possibles. Comme dit dans le comm' précédent, j'essaie d'être
aussi en paix avec ma conscience, parfois pas toujours avec succès (notamment en ce qui concerne les "petites mains", quand il y en a beaucoup)... en tout cas, j'ai aussi une version large et
souple et jusqu'à présent ça n'a pas été vraiment réciproque... (j'en parle ailleurs indirectement http://laviedemix.over-blog.com/article-de-l-excellence-113609721.html). Contre les rentes de
situation aussi, notamment sous la forme "je suis le seul dans tes parages avec la HDR, donc tu es obligé de passer par moi si tu veux encadrer..."



Jérôme 20/02/2013 20:34


J'ai personnellement demandé, avec succès, qu'une doctorante soit co-auteur sur mon papier de thèse parce qu'elle avait ("simplement" diront certains) fourni un plasmide (elle avait fait le
clonage). Du moment qu'une personne a apporté sa contribution pour le papier, en dehors d'une aide de base entendons-nous bien (gestion des consommables: solutions, matériel, etc.,
relecture, aide biblio), je considère qu'elle devrait être co-auteur. Sûr que ça pondère le poids de chaque auteur listé (je crois que le H-index tient compte du nombre de co-auteurs sur un
papier, mais ces considérations sont lointaines désormais pour moi).


 


Concernant ta réflexion sur le sens de "collaboration", je te rejoins. On dirait que certains font vraiment des efforts a minima dans un environnement qui, par principe, est basé sur l'échange !
Une expression me revient pour décrire ces labos où chaque équipe joue perso (je l'ai lue dans un rapport AERES) : un "hotel à projets".

mixlamalice 21/02/2013 14:41



J'ai un peu la même approche (enfin j'essaie): si quelqu'un a fait un ou deux trucs même mineurs mais qui peuvent rendre le papier meilleur, je vais plutôt vouloir les rajouter dans le papier que
par exemple refaire les manipes moi-même pour pouvoir ne pas les inclure...


Ce n'était pas toujours le cas pour tout le monde: la tendance dans mon équipe de post-doc était plutôt publis à 2 noms, 3 maxis (thésard + chef), ce qui a créé quelques tensions à l'époque où
j'y étais (d'autres post-docs avaient eu l'impression de se faire enfler, en "aidant pour du beurre" des thésards).


Après, il y a des cas de conscience un peu délicats (que faire quand un certain nombre de manipes "presse-bouton" ont été réalisées par des stagiaires de DUT ou autres qui sont restés 8 semaines
et partis depuis 1 an... c'est un peu le dilemme "Nature Boy" all over again, surtout si les papiers de la communauté ont plutôt tendance à être à 3-4 auteurs qu'à 25...).