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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 17:15

Comme je le disais dans un commentaire, cette maxime était le motto de notre Prof. de "Comm'" en école d'ingénieur.

 

En gros, ça voulait dire "ne racontez pas de bobards, mais sachez vous vendre".

 

Comme à peu près tout le monde à l'époque, je trouvais que c'était du flan, mais après deux ans aux US, je comprends un peu mieux ce qu'il voulait dire.

 

Pour ne parler que de recherche, si vous assistez à une conf' par un Prof. ou un étudiant ricain, si vous visitez un labo US, ou que vous lisez certains papiers dans certaines revues, vous avez toujours l'impression qu'on n'a rien fait de mieux depuis Newton.

Ca devient même assez vite agaçant, quand on y est confronté en permanence, alors qu'en bon français pessimiste de nature, on voit toujours le verre à moitié vide et les manipes qui chient.

J'appelais ça leur côté "vendeur de bagnoles": dynamique, sourire ultra-brite, vocabulaire ronflant ("great", "awesome"...), attitude virile et "ultra-confident", et en même temps un peu pénible au bout d'un moment.

Pénible parce qu'omniprésent, et pas qu'au boulot...

 

car-dealers-launch-green-scheme.jpg

 

Je ne m'y suis jamais vraiment habitué. D'autant plus que je bossais pour un jeune Prof. qui n'a eu sa tenure (synonyme: titularisation) qu'au milieu de mon séjour, et qui donc, aussi brillant qu'il soit, avait coutume d'un peu "survendre" ses résultats, son groupe, son oeuvre, pour le bien de sa carrière.  

 

Et donc, à mon retour, j'ai apprécié le confort d'un discours, honnête aussi, mais moins positif. Ah, qu'il était bon d'entendre parler de manipes "qui n'ont pas marché" ou qui n'avaient pas donné le résultat attendu.

Ah, que j'ai bu les paroles du directeur de mon désormais labo, qui, au moment de mon recrutement, m'a parlé en toute franchise de notre futur mariage de raison...

 

Cela dit, j'ai aussi fini par concevoir qu'il existe un certain nombre de situations où un brin de positivisme peut être de bon aloi: notamment, la deuxième équipe de mon laboratoire a du récemment convaincre une candidate d'accepter le poste de Maître de Conférences, alors qu'elle avait été classée première également ailleurs.

Mon collègue et moi étions conviés, dans la mesure où nous sommes la "caution dynamique" du labo (en tout cas encore pour l'instant).

J'en suis resté comme deux ronds de flan. Entre le directeur du labo et mes collègues, il n'y a quasiment eu que du négatif abordé pendant les 15 premières minutes: difficulté à recruter, "deadwoods", administration tyrannique et incompétente, financements délicats à obtenir, etc. Même mon collègue qui a mentionné l'"avantage d'être à Paris" a parlé des inconvénients de la vie parisienne plusieurs minutes avant d'aborder le caractère facilité de certaines collaborations scientifiques...

Voyant le visage de la demoiselle, qui elle n'était pas passée par les US, était visiblement dans le doute et semblait avant tout avoir besoin d'être rassurée (car elle était aussi classée première dans un labo qu'elle connaissait), je me suis senti obligé d'intervenir pour parler des avantages liés à l'enseignement que nous dispensons, public intéressé que l'on suit plusieurs années et avec qui on crée une relation de confiance sur le long terme.

Puis mes collègues ont finalement embrayé, et on a pu passer aussi, cahin-caha, toujours en demi-teinte, à tout l'aspect positif concernant la recherche: 3 recrutements en 3 ans, plus un poste d'ingénieur et un de technicien, une thématique scientifique qui se tient, une assez bonne évaluation de l'AERES, des collaborations qui commencent à être solides, quelques financements qui tombent et la possibilité de recruter des étudiants, et finalement un labo plutôt bien équipé pour sa taille, un rattachement à un laboratoire reconnu à la rentrée, etc.

 

En partant, j'ai dit à mon collègue que j'étais sûr qu'elle ne viendrait pas, qu'on lui avait foutu les jetons et qu'on aurait dû la jouer "à l'américaine". Il a mis un peu de temps à comprendre, avant de me dire qu'on avait été honnêtes: je lui ai répondu que nous n'avions par contre pas été positifs, en abordant trop tard les bonnes choses, alors qu'on l'avait déjà perdue.

Le directeur du labo et les collègues ont, eux, pensé que nous avions fait très bonne impression et se montraient plutôt confiants.

Mais elle n'est pas venue.

Ils continuent à penser que je réécris l'histoire, que nous avons fait au mieux et qu'elle serait de toute façon restée dans son labo.

Peut-être, effectivement.

Mais je continue à penser que nous n'avons absolument pas su nous vendre.

Notre labo part de loin, mais va dans la bonne direction, les progrès accomplis en quelques années sont énormes, et l'avenir est plutôt rose. Je reste persuadé qu'on a largement trop insisté sur le "part de loin", qu'elle n'a retenu que ça, et qu'il fallait commencer par la couleur de l'avenir. 

 

La confiance en soi quasi-culturelle de nos amis outre-Atlantique, issue certainement de trois siècles du concept d'"American Dream" qui a bâti leur nation, ne "s'apprend pas".

D'ailleurs, certains français l'ont, ceux qui comme notre Président kiffent à donf les US... Mais il me semble qu'on peut, en passant un peu de temps avec eux ou chez eux, dans une certaine mesure tenter de s'en imprégner.

 

Histoire d'être positif mais honnête, plutôt qu'honnête mais positif.

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commentaires

postdoc 23/06/2011 09:20



Dans le sud, effectivement. Toujours post-doc. Les jurys ont préféré soit embaucher des bras cassés (6-7 ans de postdoc, 3 publis 1er auteur, un total de 10 citations, j'en fais autant chaque
année mais bon, passons) soit des jeunes qui auraient bien pû attendre quelques années de plus, surtout quand on voit le nombre hallucinant d'excellents candidats avec bien plus d'expérience.


 


Sinon, je ne crois pas que je sois plus “outstanding” que 90% des gens comme je disais. Mais il faut avoir l'air convaincu qu'on l'est. Si on n'a pas l'air de croire en soi, c'est difficile que
les autres croient en nous, pour résumer.



mixlamalice 29/06/2011 14:07



En tout cas, bonne chance pour la prochaine fois...



postdoc 22/06/2011 12:18



S'il y a vraiment un truc que j'ai apprécié dans mon labo américain c'est vraiment leur implication dans les recrutements. Que ce soit pour des étudiants en thèse ou pour un poste permanent.
D'ailleurs ça transparaissait aussi dans la façon dont étaient accueillis les intervenants au colloque hebdomadaire, avec une journée ponctuée de rencontres avec les profs et les étudiants, un
déjeuner informel et un dîner plus formel. Bien entendu salle généralement pleine à craquer lors du séminaire. En France les intervenants sont traités avec assez d'indifférence par le reste du
labo et la salle a tendance à sonner creux (quoique certains labos rusent en font des séminaires dans une salle de 30m²). Enfin bref pour tout ça la France c'est très « petit bras » franchement.
S'il y a une chose que j'ai retirée de mon séjour américain c'est que ma science est “awesome” et que mes projets sont totalement “outstanding” (comme pour 90% des gens, en fait).



mixlamalice 22/06/2011 13:44



Alors ça y est, de retour au pays? Dans le sud, c'est ça? Post-doc toujours ou permanent?


 


"S'il y a une chose que j'ai retirée de mon séjour américain c'est que ma science est “awesome” et que mes projets sont totalement “outstanding” (comme pour 90% des gens, en fait). "


Oui, dans mon cas je ne suis pas allé jusqu'à y croire vraiment, mais en tout cas je n'ai plus peur de le dire aux autres... en ça, j'ai progressé.



poussinette 21/06/2011 21:09



Marrant ton article ! Je me suis, cette année, presque trouvée dans la situation de cette nana ... sauf que je n'ai finalement même pas passé les oraux du poste pour lequel j'étais "présentie"
...ils ont réussi à me dégouter avant. belle perf !


Un labo qui veut te recruter et qui te fait attendre 10 minutes dans la salle café/laboratoire, où la cafetière jouxte la balance et les produits chimiques, le tout dans une salle de 3 m² en
bordel, où tu ne peux meme pas t'assoir ...


Un labo où l'on te dit : "ça c'est sur, l'enseignement, c'est pas du tout sur vos thématiques, vous allez en chier à fond, mais si vous travaillez comme une ouf, vous pouvez y arriver" (alors que
toi, tu veux faire de la recherche ... c'est leur thématiques de RECHERCHE qui t'intéressent dans ce poste de MdC ! sinon tu serais qualifiée dans une autre section !!). Et d'ailleurs, "il n'y
aura pas de décharge pour le nouvel entrant ! vous voulez faire des heures sup ? C possible !"


C'est con mais ça marche ... ils ont réussi à me dissuader de passer les oraux. Belle perf ! quand je pense que c'était, il y a 3 mois : "le poste de mes rêves"


Bref, si tu ne vends pas, c'est sûr, tu ne pêches pas !


++



mixlamalice 22/06/2011 10:48



Je me souviens que les Prof., même les "stars", descendaient dans la salle de séminaires de mon département US, pour présenter des posters sur leur recherche aux étudiants qui postulaient au
Master (!!).


Quand ici t'arrives à caler 15 minutes de discussion (hors audition) avec l'équipe pour un job de 40 ans, tu dois déjà t'estimer heureux, c'est clairement pas le même état d'esprit.


 


Bon, là, on l'a plutôt bien accueillie, mais je pense pas qu'on a été très malin dans notre argumentaire, un peu comme si le vendeur Darty te disait pendant 20 minutes que la téloche
que tu veux acheter, elle a plein de défauts, mais que finalement elle est pas si mal et qu'il aimerait bien que tu l'achètes quand même...