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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 11:14

"Juste après la Révolution, Trotski, commandant l'Armée Rouge, a été obligé d'y incorporer des éléments de l'armée impériale, militaires de métier mais "spécialistes bourgeois", comme tels peu sûrs, et il a crée pour les contrôler, contresigner les ordres, les abattre s'ils bronchaient, un corps de commissaires politiques. Ainsi est né le principe de la "double administration", reposant sur l'idée que, pour accomplir une tâche, il faut au moins deux hommes: celui qui l'accomplit et celui qui s'assure qu'il l'accomplit conformément aux principes marxistes-léninistes. De l'armée, ce principe s'est étendu à la société tout entière, et on s'est aperçu au passage qu'il fallait un troisième homme pour surveiller le second, un quatrième pour surveiller le troisième et ainsi de suite."

 

Emmanuel Carrère, Limonov.*

 

 

S'il y a bien une chose qui oeuvre pour le bien de l'Humanité et que le soviétisme nous a léguée, c'est le principe de la "double administration".

 

J'ai déjà tenté d'évoquer l'idée, mais Carrère l'explicite extrêmement clairement en peu de mots.

 

Oh, il y a bien eu quelques concessions à la "sauce démocratique"... 

Le but n'est désormais plus de flinguer les dissidents ou de vérifier la conformité idéologique...

le but s'est un peu perdu d'ailleurs.

A priori, il s'agit de faire respecter des "lois" ou "règlements", mais on se rend compte assez vite que ceux-ci sont fluctuants, souvent mal compris et/ou appliqués surtout selon le bon vouloir du décideur.

 

De façon plus ou moins assumée, le but me semble être d'occuper des gens, qui en ont parfois conscience d'ailleurs, dont on ne saurait que faire sinon, et d'économiser du pognon en retardant au maximum toutes les décisions (on pourrait rétorquer qu'on économiserait encore plus de pognon si on n'avait pas 5 "contrôleurs" pour un "faiseur", mais là n'est pas le propos). 

 

 

Un exemple récent (encore un):

Ici, la double (ou triple) administration n'a pas pour but de contrôler, mais de faire en parallèle des choses dont tout esprit censé estimerait qu'elles devraient être effectuées par un seul et même service.

D'où cacophonie, directives mal accordées et calendriers décalés, et en conséquence délais de réponse ou d'actions décuplés.

 

Nous dispensons des UE à l'échelle nationale (cours assuré principalement par voie informatique).

L'examen est lui aussi à l'échelle nationale: la majorité des élèves le passent sur Paris, mais il y a possibilité de le passer en régions. Il faut que tout cela soit coordonné, ce qui n'est pas simple, et devient même dans le cas présent extrêmement complexe.

 

Il faut d'abord définir la date: pour cela il y a un un service de planification (pas quinquennale, mais pas loin: il nous a fallu un mois pour obtenir une date à peu près cohérente), chapeauté par le service scolarité.

La date est définie en accord avec le service technique et logistique, en charge de l'organisation matérielle des examens et avec le secrétariat pédagogique du département.

L'examen doit être transmis trois semaines à l'avance à la direction générale des services, par le biais d'un serveur intranet, pour être ensuite dispatché sur les serveurs régionaux, qui sont eux gérés par le service technique s'occupant de la plateforme permettant de déposer cours et enregistrements des enseignements à distance.

Les responsables régionaux récupèrent les dossiers et les retransmettent à tous les centres d'une région.

Les responsables locaux récupèrent les dossiers et s'occupent du reste, mais ils ne travaillent qu'à temps partiel, donc il faut être vigilant sur le timing.

Ensuite, il ne reste plus qu'à communiquer (très rapidement, nous dit-on) les notes au bureau des examens (en complétant nous-mêmes les listings parce que souvent, la liste des inscrits à l'UE et la liste des présents à l'examen n'ont pas grand chose à voir).

 

Si ce n'est pas très clair, c'est normal. J'ai essayé de recouper les informations que j'ai reçues de plusieurs services pour expliquer la procédure, mais je ne suis pas sûr d'avoir moi-même tout compris...

Quant à tout ce petit monde, il ne semble pas avoir vocation à communiquer ensemble, et attend le plus souvent que l'enseignant-chercheur au milieu mette les uns et les autres en contact. 

 

 

 

* livre que je viens de commencer et qui me plaît beaucoup, dont le fond (biographie dans laquelle le biographe se met aussi en scène) comme la forme (chapitres courts, réflexions personnelles de l'auteur sur les évènements qu'il raconte, etc) n'est pas sans rappeler HHhH de Laurent Binet.  

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Published by mixlamalice - dans L'enseignement
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