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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 10:32

Mon établissement est censé être fermé: depuis le 14 juillet, jusqu'au 21 août.

Si on rajoute une dizaine de jours à Noël, cela veut dire que cet établissement d'enseignement supérieur et de recherche est fermé 15% de l'année.

Ah, on a le droit de venir bosser, mais il faut demander une dérogation. Et de toute façon on est foutu dehors à 16h45, 17h dernier délai.

 

Dans un autre établissement avec lequel nous collaborons étroitement, la période de fermeture n'est que de 3 semaines et demi. Il faut aussi une dérogation pour y travailler pendant cette période, mais les portes restent ouvertes jusqu'à 20h. Cela dit, il est expréssement et formellement interdit de maniper.

Ce qui, quand on fait de la science expérimentale, surtout si on est thésard ou post-doc, est assez rapidement problématique.

 

Cela m'inspire deux petites réflexions:

- sans vouloir faire mon libéral adorateur des US, est-ce que vous pensez que les labos s'arrêtent 3 ou 4 semaines en été, outre-Atlantique*? A l'heure où on ne parle plus que d'excellence, d'indicateurs de performances, d'évaluation globalisée, etc, est-ce bien raisonnable de stopper d'autorité toute activité expériementale pendant 10% de l'année sachant que les moyens à disposition sont déjà moindres qu'ailleurs?

 

- à l'échelle plus individuelle, et pour revenir à la "liberté" dans le monde de la recherche (liberté déjà toute relative lorsqu'on est enseignant-chercheur et donc assujetti aux semestres de cours): quand il faut demander une dérogation, émarger en rentrant, émarger en sortant, faire bipper son badge, que les horaires sont contraints et qu'on n'a pas le droit de sortir de son bureau pendant 4 semaines, peut-on vraiment encore utiliser le mot liberté?

L'idée derrière de telles mesures n'est-elle pas que tout le monde, à terme, prenne ses vacances en même temps?

Cela permettrait 1. de faire des économies en fermant pour de bon l'établissement pendant 4 semaines 2. d'avoir un meilleur contrôle de son personnel: l'idée étant que celui qui vient "bosser" pendant l'été est forcément un jean-foutre qui profite du système et ne cherche qu'à avoir double dose de vacances. Car comme il n'a personne pour le surveiller, il est évident qu'il ne fout rien, si même il vient. Et après, ce nanti de fonctionnaire ambitionne de prendre ses vacances en décalé. 

 

Holiday.jpg 

 

* l'activité de recherche est tout de même ralentie en juillet août**. Je dirais qu'en gros, à un instant t, entre 50% et 75% des effectifs sont présents, et que leurs horaires sont 20 ou 30% moindres que le reste de l'année (c'est à peu près la même chose, en plus marqué, entre Noël et le jour de l'An: je dirais qu'il n'y a alors que 25 à 50% des effectifs).

Les américains aiment quand même prendre 1 ou 2 semaines pendant cette période, les étrangers choisissent souvent ce moment là pour rentrer chez eux si leur chef est compréhensif, et les chefs en profitent souvent pour aller faire des écoles d'été ou séminaires à Hawaï ou en Crète avec la famille. Ceux qui viennent passe eux aussi en mode horaires d'été, et souvent le plus gros de la recherche est assuré par des stagiaires de niveau M1, pas forcément bien formés ou encadrés.

Quand je disais que je n'étais pas spécialement béat d'admiration devant de telles pratiques, c'est parce que cela peut donner lieu à des tragédies, sans que personne ne soit vraiment déclaré responsable (l'Université a payé 30000$ de dommages et intérêts et le Prof. en charge est toujours en poste).  

 

** Mon labo de thèse (et d'autres en France) fonctionnait un peu sur le même principe, en plus marqué: pas de fermeture formelle mais une activité fortement ralentie. Pendant la période entre fin juillet et mi-août, il devait y avoir une douzaine de personnes (dont deux ou trois permanents) sur 60 à 80 membres du laboratoire. 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

JF 04/08/2011 08:04



"s.s." = "stricto sensu". Je voulais dire, les seuls enseignants-chercheurs, par opposition à tous les employés d'une université (qu'ils soient EC, administratifs ou balayeurs).


 


Quant aux anciens EC devenus administrateurs, on peut se dire que justement si ils ont choisi cette évolution de carrière, c'est pas par hasard, mais bien parce que ça convient mieux à leurs
goûts ou tempéraments...



mixlamalice 06/08/2011 13:03



Ce qui est etonnant, c'est que parfois ces EC devenus administrativo-control freaks ont fait une belle carriere scientifique...



JF 29/07/2011 11:28



Ca, je crois en effet que l'aspect "prise de pouvoir de l'administration" et "control freak" a pas mal progressé. En un sens, je dirais que c'est corrélé au refus des universitaires s.s. de
conférer le moindre pouvoir à l'un d'entre eux (ie, on ne peut rien décider sans réunir une comission, on a peur du grand méchant président d'université qui aurait "tout" les pouvoirs, on a peur
que le chef de département puisse décider seul, on ne donne pas une bourse de thèse sous la responsabilité du directeur mais sous contrôle du HOD + ED + ... , on fait valider toutes les décisions
par le CNU....).


Bref, à force d'avoir peur de laisser le moindre pouvoir et la moindre responsabilité à un collègue, de peur qu'il n'en n'abuse, plus personne dans les universitaires n'a de pouvoir décisionnel,
et la solution naturelle ou spontanée est de laisser ces capacités dériver vers les administratifs, sous couvert de procédures bien établies et de règles intangibles qui évitent d'avoir à laisser
la responsabilité de décider à qui que ce soit. Et du coup, on est sous contrôle de procédures tâtillones et d'administratifs "control freak", ce qui est dans leur nature en un sens : si tu es
gestionnaire ou administratif, tu es dans une logique de contrôle, de planification, de prévision où la sponatnéité, l'imprévu et la réactivité (qui sont des valeurs prisées chez les chercheurs)
n'ont pas leur place...



mixlamalice 01/08/2011 12:53



Je suis à peu près d'accord sur tous les points, juste deux remarques:


- c'est quoi "universitaires s.s."?


- je ne sais pas si c'est le cas partout, mais chez nous, la mode est au placement dans l'administration d'anciens EC ou IR (IE). On pourrait croire que leur connaissance de l'intérieur du mode
de fonctionnement de labos, plus leurs éventuelles spontanéité et reactivité dont tu parlais (on peut rêver), les rendrait plus coulants, ou au moins ouverts au dialogue. Je remarque que
finalement, ils sont souvent encore plus "garde-chiourme" que les autres, et j'ai du mal à me l'expliquer.



JF 28/07/2011 21:26



" Mon labo de thèse (et d'autres en France) fonctionnait un peu sur le même principe, en plus marqué: pas de fermeture formelle mais une activité fortement ralentie."


Je crois qu'une partie de la réponse est dans l'imparfait que tu utilises : à 6 ansd d'intervalle (départ/retour en France), j'ai moi aussi eu l'impression que les choses avaient lourdement
changé, vers des fermetures obligatoires plus contraignantes l'été, etc. Je pense quec'est plus des histoires d'assurance etc. que des plans machiavéliques.


Ceci dit je suis moi aussi assez choqué de la conception que ça traduit (et incidemment, de la mentalité de 90% de mes collègues qui trouvent ça normal...)



mixlamalice 29/07/2011 09:11



Oui, tu as sans doute raison... 


Je vire un peu parano parce que chez nous, les "gradés" de l'administration sont de gros control freaks.



mixlamalice 27/07/2011 19:05



Pour résumer: à l'heure où on nous boursoufle le cortex avec le classement de Shangaï et les initiatives d'excellence, gérer des établissements d'enseignement supérieur et de recherche comme des
lycées (plus d'élèves = plus d'activités) me semble un peu aberrant, comme si l'administration ignorait qu'un MC ou un Prof. est enseignant mais aussi chercheur.



Aisling 27/07/2011 14:44



Vu des US, quand j'entends quelqu'un me dire qu'il a grosso-modo six semaines de vacances forcees par an, meme s'il ne peut pas trop en choisir les dates, je n'ai pas trop envie de pleurer sur
son sort! (desolee).


Pour ce qui est de badger a l'entree et a la sortie, d'emarger etc. on fait ici aussi... Dans mon labo, les horaires d'ouverture theoriques sont 8h30-17h je crois, au dela il faut une permission
speciale impactee sur ton badge pour ouvrir les portes, mais en pratique on a en effet une liberte d'aller et venir qui est assez appreciable - En meme temps, si on te degage a 17h, ben ca a
l'avantage de ne pas se retrouver regulierement au labo jusqu'a 21h et plus...


En pratique, j'avoue que c'est un peu agacant d'envoyer un mail a un collegue en France debut Juillet et de se demander 15 jours plus tard si son absence de reponse vient du fait qu'il est en
vacances, ou bien s'il y a de l'eau dans le gaz au niveau de la collaboration. Dans les six dernieres annees je n'ai pas eu des masses de vacances, mais je n'ai certainement jamais passe plus de
deux jours - bon, mettons trois jours! sans consulter et repondre a mes mails. C'est surement triste d'en arriver la, mais bon...



mixlamalice 27/07/2011 18:51



Ouh la, je ne me plains pas spécialement de mes vacances, surtout que comme je l'ai dit, ce seront les premières "vraies" depuis 2006.


Dans mon lab US, il fallait aussi badger pour ouvrir les portes principales à partir de 18h ou équivalent. Cela dit, personne ne nous foutait dehors, c'était plutôt pour ceux qui retournaient
bosser le soir. Il n'y a pas forcément de solution miracle et "tolérer" les thésards et post-docs qui manipent seuls à 2h du mat' dans un labo de physique-chimie-bio, c'est pas forcément bien.


Mais virer tout le monde à 17h, fermer 6 semaines un institut de recherches, ou interdire les manipes dans un labo expérimental, ça me semble encore des règles à la con édictées par des personnes
qui ont une méconnaissance totale de la façon dont le métier se conduit. Comme de l'autre côté d'autres mecs te mettent des indices de performance un peu déconnectées de la réalité aussi, on a
vite fait de se retrouver en porte-à-faux.


Sinon, je suis aussi du genre à consulter mes mails fréquemment même en vacances, au moins une fois par semaine (une fois par semaine, c'est dans le cas de vacances "roots", sinon ça serait
plutôt typiquement une fois par jour). Généralement, je suis assez réactif parce que finalement pas mal de choses peuvent se régler assez vite comme ça. Ca me semble plus une question
d'organisation/mentalité (un peu âge aussi) que de nationalité...