Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:12

Un laboratoire est un environnement de travail comme les autres.

 

Notamment, parce que l'on est en France, on y trouve des gens qui y ont passé toute leur carrière professionnelle, de la thèse à la retraite (même si c'est un peu en train de changer).

 

Et donc, comme partout dès qu'on dépasse un nombre critique de personnels un minimum obligés de bosser ensemble*, on y trouve tout un tas de comportements infantiles, de vieilles querelles extrêmement vivaces même si les causes sont presqu'oubliées, et qui peuvent se transmettre sur plusieurs générations de personnels (un peu comme dans Astérix en Corse).

 

Ainsi, notre équipe a l'an dernier été rattachée pour la recherche à un gros labo bien installé, composé d'une centaine de personnes (~35 chercheurs, enseignants et EC, ~15 personnels techniques, et ~50 doctorants, ATER, et post-doctorants).

 

Or, depuis quelques années, chaque laboratoire (et de façon plus large chaque établissement, ainsi que ses formations) est évalué de façon quadriennale par une agence, nommée AERES, qui, telle le Standard & Poor's de la recherche, distribue les notes, A+, A, B ou C.

Les conséquences d'une telle note sont assez peu claires, si ce n'est qu'un C peut, si j'ai bien compris, s'avérer fatal au "maintien en vie" de l'unité de recherche ainsi évaluée.

Obtenir A+, A, ou B a probablement des conséquences financières, mais, en sciences dures expérimentales, cela fait de toute façon bien longtemps que les dotations de l'Etat ne suffisent absolument pas à faire vivre un laboratoire. Donc un peu plus ou un peu moins sur pas assez, ça ne change pas grand chose. Et je ne suis pas convaincu qu'un industriel refusera de bosser avec quelqu'un parce que son labo a été évalué B par l'AERES (si tant est qu'il sache ce que cela veut dire, ou même qu'il soit au courant).

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, un bon nombre de directeurs de laboratoire est obsédé à l'idée d'avoir A+, toute autre alternative étant considérée comme un échec personnel**.

 

Bref, notre nouveau labo, évalué A précédemment, ne fait pas exception à la règle et ambitionne le A+.

Pour cela, il convient de faire plaisir à l'AERES convaincre le comité d'experts et de remodeler des équipes dont les thématiques de travail sont bien trop proches (la encore, les critères d'évaluation sont suffisamment flous pour que l'on soit souvent plus dans l'anticipation de désirs supposés que dans quelque chose de tangible).

 

Hélas, ce qui a un sens au niveau scientifique n'est pas toujours aisé au plan humain: en l'occurrence, si deux ou trois équipes font des choses suffisamment similaires pour qu'il puisse sembler logique de les regrouper, dans les faits les gens qui ne peuvent pas se sentir et sont incapables de se parler 5 minutes sans s'engueuler depuis 20 ans n'ont pas envie de le faire.

Et leur expliquer que c'est pour amadouer l'AERES n'est, je le crains, pas un argument suffisant...

 

Certains labos ont donc opté pour un simple "affichage" de personnes appartenant à la même équipe et qui, dans la réalité de la vie quotidienne, ne travaillent jamais ensemble.

 

Pour une raison qui m'échappe, notre directeur refuse cette option.

Mais malgré tout, il n'a pas pour autant imposé quoi que ce soit (ce qui est de toute façon peu raisonnable dans un environnement où, généralement, le directeur n'est pas "vraiment" un supérieur dont les décisions sont appliquées sans discuter).

 

Du coup, la direction a courageusement envoyé un mail "à tous" où il est écrit que c'est à nous, les "petits nouveaux" là depuis six mois, de décider quelle équipe nous voulons rejoindre.

 

Dans le genre bottage en touche et "je vous laisse choisir, enfin surtout choisir qui vous allez vous mettre à dos", c'est du lourd, non?

 

Bref, depuis ce mail, on est obligé d'aller parlementer avec tout le monde, ça nous a déjà coûté deux demi-journées. Comme si on ne faisait pas assez de choses inutiles.

 

 

 

* je fixerais ce nombre à 4-5...

 

** on peut déplorer que des gens qui sont arrivés à ces postes souvent pour leurs qualités scientifiques en soient réduits à perdre autant de temps pour ce genre de chose, mais c'est un autre sujet.

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

Jerome 24/03/2012 17:06


Et oui, vive le mythe de la "communauté scientifique" où le savoir s'échange à bâton rompu entre chercheurs, main dans la main dans une farandole internationale...



Je souris quand je lis sur un site d'un labo lamda "établissement qui promeut l'interdisciplinarité, l'échange international, blabla" ; je ne peux qu'apprécier l'écart abyssal avec la réalité du
terrain, où souvent les chercheurs d'une équipe ne parlent qu'entre-eux, quand il n'y a pas une cordiale indifférence entre ces mêmes membres.



Je vois le labo comme un microcosme qui, avec le temps, ne peut ressembler qu'à un panier de crabes. Il y a le fameux principe de Peter, il y a aussi le moins connu mais tout aussi puissant
"familiarity breeds contempt". C'est terriblement humain : quand "tout va bien, tout va", mais il suffit d'une seule anicroche pour qu'une relation bifurque et que tout s'envenime
définitivement. Que des gens ayant un poste à vie doivent se coltiner dans un espace confiné d'autres gens ayant aussi un poste à vie, ça draine obligatoirement des rancoeurs (avec en effet des
motifs puérils : oubli de dire bonjour, suspicion de vol de pipette ou de ramette d'imprimante, amourette inter-scientifique, etc.).

mixlamalice 26/03/2012 15:00



Il y a aussi dans les labos "historiques" les vieilles rancoeurs liées à la carrière des personnels (tu es passé Prof avant moi, tu m'as piqué ce poste qui m'était réservé, tu as pourri le
recrutement de mon thésard préféré...).


 


En ce moment, on a droit a de beaux échanges de mails tendus "à tous" sur la propreté du labo (qui objectivement est dégueulasse, mais on sent que ça va plus loin que ça...)