Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La vie au labo
  • La vie au labo
  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
  • Contact

Profil

  • mixlamalice
  • Misanthrope optionnellement misogyne et Esprit Universel.

Recherche

11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 09:41

Une vision de la recherche sur projets "à l'américaine" est tout à fait légitime.

Vouloir l'adapter de toute force au système français sans tenir compte de ses spécificités me semble néanmoins extrêmement discutable.

 

C'est par exemple (faire semblant d')ignorer l'organisation "par équipes" (équipes constituées typiquement de 2 ou 3 MCF ou CR et d'1 Prof ou DR, puis personnel technique, étudiants et contractuels) des laboratoires français, qui va à l'encontre de la vision "chercheur-manager" chef de groupe (groupe uniquement constitué d'étudiants et contractuels) en vogue dans les départements US.

Cette vision par équipes étant largement soutenue par les comités d'évaluation comme ceux de l'AERES, ce n'est pas prêt de changer. Et j'ai personnellement du mal à saisir la cohérence de tout ça. 

 

Je pourrais également parler des moyens financiers alloués qui me paraissent aussi difficilement comparables, mais je voudrais plutôt m'attarder sur les moyens humains.

 

Les filières scientifiques sont en déclin aux USA comme chez nous. Ce n'est toutefois peut-être pas aussi marqué de l'autre côté de l'Atlantique, mais surtout, la recherche américaine peut encore compter sur le flux important de "main d'oeuvre" étrangère venue se former chez ce qui est encore la destination number one pour faire de la recherche. Etudiants asiatiques ou indiens, post-docs européens, etc, c'est encore le passage obligé pour un grand nombre de scientifiques en herbe et ça suffit pour largement faire tourner la baraque. On peut supposer que les américains sont un peu la cigale de la fable, et qu'ils seront fort dépourvus lorsque les chinois et coréens auront le même matos et plein de supers profs chez eux, mais ils sont encore tranquilles pour quelques années. Et peut-être que d'ici la, la recherche et l'innovation seront redevenues des priorités dans les pays occidentaux avec pour conséquence la réaugmentation du flux d'étudiants "locaux", on peut rêver.

 

Quoi qu'il en soit, chez nous, aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait la même donne. 

La où un jeune prof américain peut, s'il est bon, former en quelques années un groupe "constant" d'une dizaine de thésards-post-doc, une équipe française moyenne de 3 permanents peut s'estimer heureuse si elle compte en permanence en son sein un thésard et un post-doc (je parle pour ma branche ou probablement plus généralement la physique-chimie tendance expérimentale).

 

 

Pour donner un exemple concret:

Voici mon équipe actuelle détaillée: 2 MCF, 1 IR, 1 Tech, 1 ATER, 1 thésard et demi, 2 M2 partagés avec une autre équipe, 2 stagiaires de DUT. 

 

Voici une liste (probablement non exhaustive) de projets sur lesquels nous sommes aujourd'hui impliqués: 1 ANR blanche, 1 projet grand emprunt, 2 collaborations directes avec des industriels, 1 projet consortium public-privé, 1 collaboration de longue date avec un autre labo, 1 partenariat avec un institut technologique, 2 projets avec d'autres équipes de notre labo. 1 collaboration de type "Châteaubriand" vient d'être acceptée.

Sont actuellement en cours de dépôt ou d'évaluation 1 projet Institut Carnot et 1 collaboration CIFRE. Et je ne parle bien sûr pas des 2-3 projets en cours de montage ou en réflexion.

 

Les perspectives de recrutement si tout se passe bien: 1 MCF, le renouvellement de l'ATER, 1 Tech, 2 thésards + 1 doctorant américain qui passera 9 mois chez nous, 1 post-doc, et puis toujours 1 ou 2 M2 et quelques stagiaires DUT. Ce qui déjà semble juste pour mener de front et de façon pertinente tout ces projets. De plus, comme tout ne se passera pas bien, ce sera déjà beau si on a la moitié de tout ça...

 

Comme je le disais récemment, c'est ça la science moderne: je ne produis rien d'autre que des "proposals" de 2 ou 10 pages et je suis en bonne voie de stérilisation, en tout cas d'un point de vue "de terrain". Mon collègue voire l'IR également.

Certes les financements tombent. Ce qui quelque part doit prouver que ce qu'on raconte est un minimum pertinent. Et les étudiants arrivent un peu aussi, mais beaucoup moins, en tout cas pas du tout assez pour faire tourner tout ça... 

 

Mes réflexions n'empêchent personne, pas même moi, de s'agiter, mais je pense vraiment qu'on peut faire beaucoup mieux, beaucoup plus rationnel...

Partager cet article

Repost 0
Published by mixlamalice - dans La recherche
commenter cet article

commentaires

DM 14/05/2012 20:20


En informatique, une difficulté est que les étudiants peuvent trouver des emplois bien moins aléatoires, mieux rémunérés et souvent intéressant en partant dans l'industrie. Il est donc difficile
de recruter des thésards, même si on a un financement d'allocation sur projet ANR !

mixlamalice 11/05/2012 22:43


@erathrya: il y a plusieurs choses.


Un labo cherche toujours de l'argent: hormis les projets, avoir des pépettes pour maintenir en état les appareillages, en acheter de nouveaux (surtout les gros quand on est un labo expérimental,
ce que de moins en moins de proposals permettent de faire), payer certains personnels, les confs, etc. Donc quand le directeur suggère fortement que tu rédiges une grant pour un projet machin, tu
peux difficilement dire non.


Deuxième chose: nous sommes un labo assez orienté "appliqué". Donc on a pas mal de projets orientés industrie, bien financés et avec des étudiants. Mais on ne peut pas toujours publier sur ces
projets. Il faut donc contrebalancer avec des projets plus fondamentaux, moins facilement financés et avec moins d'étudiants (les bourses MRT etc ne courent pas les rues). Avoir un peu
d'extra-money permet de payer des stagiaires ou mieux pour malgré tout continuer à faire vivre ces projets...


Après, il y a aussi un côté propre à toute activité "administrative": à force de la faire, tu oublies son caractère assez inutile (à savoir que seule son existence "artificielle" justifie qu'on y
passe du temps...). C'est dur de se dire que ce qu'on fait ne correspond à aucun besoin réél mais à un besoin purement créé de toute pièce.

Cub 11/05/2012 18:26


Ah autre chose, si vous avez pas suffisamment de thésards, est-ce qu'il serait pas temps que vous vous mettiez au boulot lol ? Et s'il n'y a pas de thésard ni de post-doc, pourquoi ne pas ouvrir
de nouveaux postes de MCF ? Car au fond en terme de salaire c'est du kif-kif, et le MCF est censé avoir un meilleur rendement... Ce serait assez marrant que ça prenne cette tournure, mais pour ça
il faudrait que l'argent des bourses de thèse passe en argent de contrat MCF, et avant ça on aura sans doute plusieurs années avec des bourses attribuées à des étudiants de moins en moins bons
(peut-être), et des pontes de l'éducation nationale qui veulent encore croire à la relance de l'attrait des M2 recherche.


L'idéal serait évidement un système adaptatif et réactif : on évalue chaque année d'un côté les différents M2 de France (effectif, niveau, envie de continuer dans la recherche de la part des
étudiants), et on évalue de l'autre la demande de postes MCF, puis on fait un équilibre annuel de l'argent attribué à ces deux parties. Rêvons.

mixlamalice 11/05/2012 19:20



Bon, de toute façon un MCF ne manipe guère plus que 2 mois / an, le reste étant réparti en enseignements, recherches de grant et conneries administratives. Idem pour un CR, un peu moins
prononcé...


Un MCf est p-ê plus efficace en ratio manipes/papier s'il a un peu de recul, mais en terme d'efficacité dans les manipes, c'est pas comparable avec un thésard: quand on manipe 1 fois tous les 36
du mois , on n'est pas super performant sur un appareillage.


 


Recruter plus de MCF, ça ne semble pas aller dans le sens de la réduction des dépenses et effectifs de la fonction publique...



erathrya 11/05/2012 17:34


quel interet de continuer à ecrire des grants si personne ne peut faire le taf???

mixlamalice 11/05/2012 19:10



C'est une question légitime, un peu celle que je pose dans l'article d'ailleurs, et que personne ne semble prendre le temps de se poser depuis que les chercheurs et enseignants-chercheurs et ceux
qui les évaluent ne raisonnent qu'en terme de pognon ramené.


Plus sérieusement, le taf est fait malgré tout, mais avec des décalages temporels de plus en plus grand et de façon de plus en plus transversale (8 partenaires pour un papier où chacun fait sa
figure, pour caricaturer).



postdoc 11/05/2012 16:29


@Cub. À en croire ta description, le système australien ressemble à une tenure track qui ne dit pas son nom.  Plus ça va plus je serais favorable à ce genre de système en France, à condition
que le taux de titularisation soit relativement élevé (i.e. pas à la Havard comme l'a décrit Mix dans le billet précédent).


Pour les thésards ça doit encore dépendre du domaine et du lieu. On sait que notre labo a en général une bourse ministérielle par an. Je ne sais plus combien on est mais facilement plus de 60
chercheurs. Heureusement qu'on est plutôt bons pour avoir de l'argent d'autres organismes parce qu'on a beaucoup plus de candidats que de bourses au final.