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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 12:30

Récemment, ayant un avion à prendre, j'ai acheté un magazine que je n'avais jamais lu auparavant, Technikart. Principalement pour des interviews de deux écrivains anglais que j'aime bien, Martin Amis et Nick Hornby.

 

Je crois que cette lecture a bouleversé une bonne partie de mes schémas de pensée. En tout cas, elle m'a laissé un goût étrange, mélange d'irritation difficilement contenue et d'amusement un rien narquois, qu'il m'a bien fallu 3 semaines pour nanalyser sereinement.

 

Voici les conclusions, qui prouvent bien que j'ai des dimanches passionnants: 

 

Vis à vis de la culture, il y a ceux que ça intéresse et ceux qui s'en foutent.

Globalement, ceux qui s'en foutent ne sont pas totalement acculturés, ils consomment juste ce que les mass media leur débitent à la tonne: Camping 2 ou Die Hard 4, le 26ème roman de Marc Lévy ou le 33ème d'Ana Gavalda, le nouveau CD de Céline Dion, des Enfoirés ou de Johnny etc.

Et puis, les autres, qui se veulent un peu plus pointus, qui lisent Télérama (pour les bourgeois ou les plus âgés) ou les Inrocks (pour les djeun's à mèches). Ceux-là vont voir des films coréens en V.O. et connaissent par coeur l'oeuvre de Gondry, écoutent des groupes en The et lisent Paul Auster.

En somme, tout ce qui est un peu moins "mainstream", mais qui ne sort pas franchement des sentiers battus non plus: les films de Wong-Kar-Wai sont sélectionnés à Cannes et passent dans 100 cinés parisiens, The Killers n'a vendu que 10 millions d'albums, et si on ne trouve pas les derniers livres de Jonathan Coe sur les mêmes promontoires que ceux de Guillaume Musso, ils sont tout de même largement exposés.

 

Jusque-là les choses étaient assez claires pour moi.

Je savais par ouï-dire qu'il y avait une troisième catégorie, un cran au-dessus, ceux pour qui la culture Télérama-Inrocks est souvent beaucoup trop populaire.

Technikart me les a fait rencontrer, et tout s'est brouillé dans ma tête. Le trou noir, la descente aux enfers.

 

Ainsi, pour eux, le comble du mainstream, c'est Supertramp, groupe de pop-rock un peu prog' des années 70. Loin de moi l'idée que ce groupe est total underground: le groupe a été très populaire en son temps, surtout en France, a vendu dans les 100 millions d'albums, et les chansons Logical Song, Breakfast in America ou It's Raining Again etc, continuent d'être abondamment diffusées en radio. Mais bon, je ne suis pas sûr non plus que des millions de personnes écoutent volontairement et régulièrement Supertramp aujourd'hui. Et puis, hormis ces hymnes pop, le groupe a aussi sorti pléthore de chansons de 8 minutes ou plus, truffées d'intros piano-harmonica, d'harmonies vocales et de breaks piano-guitare aussi progs que mélodiques (voir par exemple le superbe School), bien éloignées des canons couplet-refrain-couplet. On est quand même assez loin de Britney Spears.

 

 

J'ai été également scié d'apprendre que Jack Johnson représentait le comble du populaire insupportable. Je connais peu, mais j'en étais resté à l'idée que c'était cool de l'écouter, comme une sorte de nouveau Ben Harper, bien dans l'optique Télérama-Inrocks exposée plus haut*. Un artiste qui ne passe pas sur NRJ mais sur RTL2, qui ne remplit pas le Stade de France mais des Zénith, qui fait des textes engagés comme quoi faut prendre soin de la Terre etc. Eh ben pour Technikart, ce genre d'artistes, ça passe vraiment pas. 

En couv' de ce numéro, il y avait Uffie, chanteuse électro que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Egérie du groupe versaillais Justice (que je connaissais, quand même), figure de la night parisienne, elle raconte sa vie difficile de gosse de riche, américaine partie seule étudier à Paris, à qui son père a semble-t-il un peu coupé les vivres quand il s'est rendu compte qu'elle passait son temps à clubber. Ne chialez pas, je sais, c'est dur**.

 

Puis je suis allé consulter les chroniques de disques. Non seulement je ne connaissais aucun des groupes cités, mais je ne connaissais même pas la catégorie musicale à laquelle ils appartenaient***. Encore pire, je ne comprenais pas la critique: incapable de dire si le mec aimait ou pas.

Vous pensez que j'en rajoute?

Un exemple:

" En 2010, le shoegaze (courant musical visiblement bien connu des initiés, NdMix) relève de l'héroique tout juste bon à satisfaire des roturiers audiophiles aux manches mitées. Coupable de dérogeance, une partie de sa noblesse a été ostracisée, condamnée a garnir les étagères comme des bibelots.

Les larsens se sont tus, perdus dans des salles trop grandes (200 personnes?, NdMix). Dans l'air septentrional des faubourgs d'Oslo, Serena maneesh troque vite le toc ikea des structures en balsa contre les métaux lourds et le bois de rose pourtant très noir. Comme un Black Sabbath (eh, ça je connais, NdMix) futuriste qui se serait pris les doigts dans les boucles de Neu, ils affolent l'altimètre sans jamais quitter le sol bétonné clinique glacé.

Dans cette faille spatiale, Amon duul deguste son dernier banquet et les Swans essaient de percer les nuages. Vous pouvez crier."

Si quelqu'un a une interprétation, je suis preneur.

 

Mais en fait, je crois que ça révèle bien le plus gros problème de cette revue et de ses lecteurs: trop d'intellectualisation tue selon moi un peu ce que l'art doit être avant tout, une transmission d'émotions.

 

Quand j'apprends qu'en 2005, un courant musical appelé Med-fi se définit comme "l’utilisation de technologies modernes d’enregistrement couplées à l’emploi d’instruments acoustiques et analogiques, un contact direct avec les fans et des chansons remaniées en concert", je me dis soit on se fout de notre gueule, soit ces mecs là gagneraient à se demander ce qu'est le rock'n'roll: vous savez, ce courant musical qui existe depuis une cinquantaine d'années, qui se caractérise notamment par l’utilisation de technologies modernes d’enregistrement couplées à l’emploi d’instruments acoustiques et analogiques, un contact direct avec les fans et des chansons remaniées en concert...

Je me suis aussi beaucoup interrogé sur la critique philosophico-hallucinante, bardée de références moisies****, que Technikart a fait du film Anvil!.

 

J'ai eu enfin un petit souci avec leur cohérence de pensée.

Lorsqu'un lecteur de Télérama va voir Spider-Man 3, il peut argumenter que c'est avec "second degré". Ou alors, quand il achète le dernier U2 chez Carrefour à l'instar de 3 millions de blaireaux, il peut se consoler en se disant que c'est un groupe de légende qui a su concilier succès populaire et exigence artistique. Bref, on peut toujours justifier quelques exceptions à un schéma à peu près cohérent.

Dans le cas du coeur de cible Technikart, c'est beaucoup plus complexe. D'une, eux aussi ne sont pas toujours à contre-courant de la critique "branchée mais pas trop": même s'ils n'aiment plus par exemple le Petit Journal devenu trop populaire et donc selon eux populiste, ils idolâtrent MGMT, groupe qui comme Jack Johnson fait l'apologie du surf mais vient de New-York et pas de Hawaï*****. Ce duo presque disque d'or est encensé aussi bien par Métro que les Inrocks, autant dire que ça devrait ratisser beaucoup trop large pour être à la pointe du in.

Et puis, ils font l'apologie du mainstream. Imaginez la prise de position ultra-engagée vis à vis de leur lectorat: il n'y a (presque) pas de mal à aimer un truc que d'autres gens connaissent, ou pire, aiment. Mais si selon eux, c'est écouter Supertramp ou Alizée depuis qu'elle fait de l'électro-pop que plus personne n'achète, avouez qu'on s'y perd...  

 

Bref, je vais aller prendre une aspirine. Et désormais, je me contenterai de Hard Rock Magazine, c'est moins difficile à comprendre: le métalleux peut avoir un côté élitiste, mais il se pose rarement trop de questions métaphysiques.

 

 

* Après vérification, en 2008 en tout cas pour la sortie de son dernier album, les Inrocks aimaient toujours JJ.

 

** Je crois que c'est un peu ça le coeur de cible de Technikart: des parisiens (qui d'autre?) plutôt jeunes, cultivés et friqués, mais qui le vivent plutôt mal et expriment donc leur côté rebelle en portant du cuir, en fréquentant les milieux électro-branchés, voire en s'acoquinant avec quelques "racailles". L'univers de Lolita Pille, quoi.  

 

*** bon, vous me direz, je connais des courants tels que le Viking metal et des groupes comme Borknagar, et peut-être qu'à Technikart ils n'ont jamais entendu parler de ces trucs la non plus. Mais quand même, je me croyais plutôt au fait de la scène musicale dans son sens le plus vaste, j'ai déchanté.  

 

**** faut dire qu'encore plus qu'ailleurs, les journaleux de ce canard aiment bien montrer qu'ils connaissent plein de choses, même et surtout si elles n'ont rien à voir avec le sujet qu'ils traitent. Surtout que dans le cas présent, le métal sorti de Metallica et Slash, visiblement, c'est pas trop leur domaine de compétence.

 

***** It makes sense: un savoyard qui fait l'apologie du ski de fond, c'est juste un plouc. Un parisien qui en fait 3 fois dans l'année, c'est un mec à contre-courant qui prone le retour à la nature.

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Published by mixlamalice - dans Musique
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commentaires

Cub 30/03/2012 07:31


Damned, je "comprends" la chronique. Le shoegaze vient du fait de reluquer ses chaussures, ce que font les guitaristes appuyant sans cesse sur la pédale d'effets. Ca donne une sorte de rock/noise
avec une voix aérienne et en général en retrait, des riffs longs et bourrés d'effets. Le groupe My Bloody Valentine a un peu inventé le genre. Et damned encore, je connais Amon Dull et les Swans.
Mais autant Amon Dull faut connaître, autant les Swans c'est quand même assez classique dans le milieu rock/indus. En revanche le ton prétentieux du chroniqueur merci bien. Bon nombre de
magazines et webzines sont peuplés de ce genre de chroniqueur : en gros il est le seul à comprendre ce qu'il dit, mais il faut bien garder ce mystère pour justifier le fait qu'il reçoive des CDs
gratos... Sinon vous avez le vrai chroniqueur, qui décrit le disque, dit ce qu'il pense, et saupoudre le tout de quelques métaphores sur ce qu'il a ressenti à l'écoute de l'album. Et pas besoin
de payer l'achat d'un magazine prétentieux pour ça, on en trouve gratuitement sur le net.

mixlamalice 30/03/2012 09:44



Je connaissais l'origine du mot "shoegaze", je croyais juste qu'ils regardaient leurs pompes avec les cheveux dans la gueule pour montrer qu'ils étaient malheureux (un peu comme les "grunges",
mais 20 ans plus tard).


My bloody Valentine je connais aussi, c'est ce que ma belle soeur écoutait quand elle était une ado post-romantique de 16 ans. Ca ne m'a pas laissé un souvenir ému, mais c'est sûrement beaucoup
trop commercial pour un journal comme Technikart. Bon, les autres, je connais vraiment pas, mais c'est vrai qu'à part le métal (et encore), je ne suis plus trop la scène actuelle... je suis
plutôt branché Cash, Lynyrd Skynyrd et autres Creedance depuis quelques temps.



Docadn 13/05/2010 08:36



"Magic", what else !!



mixlamalice 13/05/2010 09:33



Merci pour ces commentaires bien matinaux un jour férié...