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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 09:19

J'ai vu "Les Gazelles" ce week-end, estampillé par la presse comédie française du moment, voire symbole du renouveau de la comédie française.

J'étais circonspect, mais j'en attendais quand même pas mal, ne serait-ce que parce que le casting était plutôt estampillé "nouvelles têtes élevées au stand-up" que "vieux chevaux sur le retour" et qu'on pouvait espérer un vent de fraîcheur.

 

Las, je crois finalement qu'un bon vieux Onteniente avec Cornillac aurait été préférable pour mon ulcère.

 

On retrouve tous les défauts de la comédie française en général, à savoir notamment un gros manque de "rythme comique". La réalisation confond vitesse et précipitation, à savoir que les rares moments qui pourraient être comiques sont annihilés par un montage ultra-speed qui ne laisse pas le temps de percuter (certes, c'est un peu différent des réalisations mollassonnes habituelles, mais niveau rythme ce n'est pas vraiment plus ça). Les acteurs ne sont pas toujours non plus très efficaces dans la transmission des punchlines (on parlait de C. Chamoux comme d'une révélation, elle ne m'a pas scotché, loin de là). La scène d'introduction pour expliquer le "pétage de plombs" du personnage principal est par exemple étendue sur 15 minutes histoire de bien surligner tout ce qu'il y a d'"insupportable" dans sa petite vie: on veut être sûr que le spectateur, toujours un peu concon, comprenne bien.

Malheureusement, on retrouve aussi, plus généralement, tous les défauts d'un cinéma français qui me broute, le "déconnecté" qui se regarde le nombril en s'adressant avant tout à lui-même. 

Mon principal grief a ainsi été de n'avoir aucune empathie pour aucun des personnages, même les soi-disant paumés, même les soi-disant losers. Les seuls personnages potentiellement sympathiques sont des 3èmes rôles à 4 répliques dans le film.

J'hésite à me discréditer avec le "point bobo", mais voila, tous ces trentenaires parisiens vivent dans des lofts-ateliers d'artiste, les chômeurs dans des 30m2 sous les toits et les employés de Pôle Emploi dans des appartements leur permettant d'organiser une petite fête pour 50 personnes. Il y a des grosses bibliothèques chargées de bouquins dans tous les apparts. Une bonne partie de l'intrigue touche aussi à l'achat d'un appartement (avec terrasse dans le 18ème et vue sur le Sacré-Coeur, visiblement), de l'apport personnel, du taux du prêt etc, hachement rock'n'roll comme humour. Ensuite, c'est sans doute dû à mon éducation de petit-bourgeois, mais quand l'"héroïne", aussi paumée soit-elle, invite sans prévenir un mec pour baiser chez la nana où elle crèche alors qu'elle est censée garder son gamin, ça ne me fait pas vraiment rire. Le fait qu'en plus elle s'énerve contre sa copine qui les surprend en train de forniquer devant le dit gamin, encore moins. 

La "critique sociale" sous-jacente ferait également hurler si elle était le fruit de Laurent Gerra ou Christian Clavier: les chômeurs sont des glandeurs qui passent leurs week-ends au surf à Hossegor en attendant de voir tomber les allocs, les employés de Pôle Emploi sont soit des dépressifs, soit des pipelettes qui passent leur temps à bavasser en se racontant leurs histoires de cul plutôt que de s'occuper des chômeurs. Ce n'est peut-être pas voulu, mais c'est néanmoins, je trouve, un peu déplaisant. 

Même les caméos (Balasko, Karmann, Benchetrit) semblent là pour cocher la case "j'ai des amis dans le milieu du show-bizz" tant ils n'apportent rien de pertinent au récit, ni de comique, dans le récit.

 

Bon, je pourrais continuer longtemps, mais ça ne me fera pas regretter les comédies américaines, pourtant rarement exemptes de défauts (tendance forte à l'humour pipi-caca - bon, de ce point de vue là je peux être très bon public- et aux "happy ends bien-pensants"), mais qui ont au moins, la plupart du temps, le sens du comique de situation, du rythme, et des bons acteurs. Plus spécifiquement même, dans le genre film de copines, on est très loin de Mes Meilleures Amies, avec les excellentes K. Wiig et M. McCarthy.

 

Les spectateurs dans la salle n'avaient peut-être pas les mêmes griefs que moi, mais il faut quand même admettre que ça a très peu rigolé dans la salle, ce qui est toujours un peu inquiétant pour une comédie. Finalement, le moment le plus drôle fut quand une petite vieille du public s'est levé deux fois pendant la séance pour changer de place en engueulant à moitié deux adolescentes accusées d'être des "bouffeuses de pop-corn".

 

Cela dit, j'aurais aussi du me douter de quelque chose si j'avais regardé allociné plus en détails: quand les critiques spectateurs sont très décorrélées des critiques presse, il y a souvent un loup. J'aurais du aussi me méfier quand Première a fait référence à ce qu'ils définissent comme l'"excellent" Radiostars, film vu à la téloche récemment et que j'ai trouvé d'une platitude sans nom et dont je me demande bien où étaient situés les "ressorts comiques".

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Published by mixlamalice - dans Cinéma
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commentaires

Pof 05/04/2014 14:40


+1 pour le rythme comique et la comparaison avec les US ... ce qui est valable également pour les one-man shows. Les spectacles de Robin Williams (par exemple) m'ont fait pleurer de rire, avec
une densité de blagues qui ne permet pas de souffler, là où un dubosc met laborieusement en scène ses effets comiques....

DM 04/04/2014 18:15


Je me rappelle d'une émission de radio, je crois avec Alain Finkielkraut, où l'on déplorait la fin du livre papier... le temps où l'on pouvait s'asseoir pour lire à la terrasse du Café de Flore.


Comme si les gens normaux avaient le temps et les moyens de lire à la terrasse des cafés, qui plus est un des plus chers de Paris, elle même la ville la plus chère de France (ou du moins une des
plus chères).


Les gens normaux (hors retraités), pendant la journée, ils travaillent, sauf s'ils sont chômeurs et alors ils n'ont probablement pas l'argent qui va pour se permettre de passer du temps au café.


Même réflexion quant à ceux qui déplorent Amazon par rapport à bouquiner à la librairie : bouquiner à la librairie suppose qu'on ait du temps libre et une librairie à la proximité. Les gens qui
travaillent et qui ont des enfants n'ont pas ce temps, ceux qui vivent en périphérie ou à la campagne n'ont pas de librairie...

mixlamalice 05/04/2014 12:16



Il m'arrive de lire à la terrasse des cafés, bon, le week-end (et parfois l'equipe)... au café de flore, c'est pas possible (trop de monde).


Je suis aussi, j'avoue, un flâneur de librairies; je ne vous pas Amazon comme le mal, mais je regretterai quand même la disparition de librairies. La fin de Borders qui n'avait rien du petit
libraire indépendant, m'a fait bizarre...



DM 04/04/2014 16:15


Il y a longtemps, une connaissance m'avait résumé son opinion d'une bonne partie du cinéma et du roman français (hors succès populaires) par "des histoires d'hommes et de femmes de formation
littéraire, vivant à Paris et fréquentant le quartier latin, qui ont des états d'âme et des problèmes de couple".

mixlamalice 04/04/2014 17:49



Je pense qu'il y a effectivement malheureusement de ça, et ça fait à peu près 100 ans que ça dure. Ca s'est juste déplacé de la closerie des Lilas et Montparnasse au début du 20ème à
Sanit-Germain, le Flore et les deux magots, après guerre (et probablement encore aujourd'hui...)



DM 03/04/2014 18:23


C'est une des choses qui m'avaient marqué dans Amélie Poulain : une serveuse de café n'a pas les moyens de se loger dans Paris (enfin, dans autre chose qu'une chambre de bonne, mais elle
avait un vrai appartement), encore moins dans Montmartre...


Cependant, cela n'est pas propre au cinéma français: les séries américaines regorgent de grandes maisons, de grands appartements, sauf quand elles abordent délibérément le thème de la pauvreté
(et alors on a droit au pathos et au glauque). C'est un peu comme l'homosexualité: il a longtemps été rare qu'on ait un personnage homosexuel, sauf s'il s'agissait d'évoquer l'homosexualité comme
sujet.


Ce qui est troublant ici, c'est que les séries et les films n'évoquent même pas la vie réelle de la « classe moyenne » (et ne parlons pas des pauvres) : ils lui substituent un mode de vie qui, de
fait, avec l'envolée des loyers, n'est accessible qu'aux classes supérieures.

mixlamalice 03/04/2014 19:13



Bon, la portion "sociale" de ma critique était un bout de ce qui m'a énervé dans ce film, mais comme tu le dis, il y a une forme de "substitution" (dans les descriptions de vies de soi-disant
pékins moyens qui n'en sont pas) qui finit par être irritante.


Cela m'avait moins choqué pour Amélie Poulain (à vrai dire je n'avais pas remarqué), probablement parce que le film se veut aussi comme une sorte de "conte de fées" et pas forcément comme quelque
chose de "réaliste" (bon, après, je sais que Jeunet en énerve certains mais j'aimais bien son univers, même si j'ai décroché après un long dimanche de fianciailles).


 


Disons que le problème principal, c'est que tu es ici dans une comédie qui justement se veut réaliste, ou tout au moins pour laquelle le réalisateur essaye de faire en sorte que tu t'identifies
un peu aux personnages ou aies de la sympathie pour eux. Or, la, je n'ai absolument aucune envie de les aimer. Ils ne ressemblent à personne que je connais, et je fuirais absolument toute
personne leur ressemblant. Bon, je suis peut-être pas dans la cible, mais l'autre problème majeur, c'est juste que, quelle que soit la raison, on rigole pas (et pas que moi, personne dans la
salle, même des gens potentiellement plus dans le coeur de cible).


 


J'ai un peu le même sentiment quand je lis du Colette. Ca ne me touche absolument pas. J'avais écrit un truc la dessus, à propos d'un bouquin ricain (parce que bizarrement, ce genre de trucs
m'arrive quand même plus souvent avec la culture française) http://laviedemix.over-blog.com/article-one-shitty-day-76059760.html



régis 03/04/2014 12:43


Le fond du problème c'est la confusion avec la culture et le divertissement. C'est la prétention du divertissement à être de la culture. Et du divertissement raté à être porteur d'un message.
Faut-il continuer de soutenir économiquement ce genre de cinéma qui ne fait l'affaire de personne, sauf de ses acteurs/producteurs (souvent les deux)?