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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 10:40

Notion de concentration critique - démonstration par l'exemple.

 

 

Cas A:

Dans l'Ecole où j'ai fait ma thèse, comptant environ 200 chercheurs, autant d'ingénieurs-techniciens, et une dizaine de laboratoires, le nombre de personnels administratifs était quasi-nul (visiblement une volonté de l'ancien directeur): une ou deux secrétaires pour tout l'établissement, un service comptabilité réduit au strict nécessaire, et c'était à peu près tout.

Les fonctions de direction (scientifique, des études etc) étaient assurées, et le sont encore, par des chercheurs (même si le nombre de personnel administratif a bien augmenté, notamment dans le désormais sacro-saint "service comm'").

 

La résolution des divers problèmes administratifs dépendait donc très largement de la compétence et de la bonne volonté de la secrétaire propre à chaque laboratoire. Ou sinon, du chercheur lui-même.

 

Bref, ça ne marchait pas très bien, mais au moins personne n'était surpris et ça ne coûtait pas cher.

 

 

 

 

Cas B:

Dans le labo américain où j'ai fait mon post-doc, il y avait finalement, et contrairement à ce qu'un français a tendance à croire, beaucoup de personnel administratif. Il faut d'ailleurs préciser que la "paperasserie" américaine est extrêmement lourde et complexe - ceux qui viennent de suer deux semaines sur leur avis d'imposition US et les 200 pages de notice l'accompagnant peuvent en témoigner.

 

Il y avait donc tout un service propre au laboratoire (ou département), comptant une bonne douzaine de personnes pour une vingtaine de Profs, plus tout le service de l'Université itself, dans un énorme bâtiment à l'autre bout du campus. Et puis, d'autres services dispersés à droite à gauche.

Bref, c'était un peu le boxon, il était difficile pour le profane de s'y retrouver (d'autant qu'ils aiment les acronymes encore plus que nous), et je n'irais pas jusqu'à prétendre que tout le monde avait une tâche indispensable et clairement définie.

Cependant, même quand comme moi vous ne compreniez rien: on vous indiquait assez rapidement le bon interlocuteur. Celui-ci était presque toujours réactif (au moins pour la partie "contact humain"). Et finalement, assez rapidement, on prenait en charge votre problème.

 

Ca n'était pas idéal et pouvait être certainement optimisé, ça mettait parfois du temps, mais généralement ce qui devait être fait finissait par l'être sans que vous ayiez à intervenir de nouveau.

L'administration était, donc, plutôt là pour vous aider à résoudre les problèmes et à vous décharger de cette activité qui n'est pas censée être la vôtre. 

 

 

 

 

Cas C:

Là où je suis désormais, il y a encore plus de personnel administratif, dans une succession de couches et de sous-couches parallèles ou connectées (l'organisation globale doit, lorsqu'on la schématise, ressembler un peu à ça), où se mêlent services historiques et services fraîchement créés suite à une énième restructuration, le tout étant digne des plus beaux cas d'étude de la science des systèmes complexes.

Dans ces services, même le personnel ne sait pas toujours qui fait quoi et quel est son rôle, ce d'autant plus que, comme dans toute administration, la valse des mutations et des emplois court-terme font que la moitié du service est renouvelée tous les six mois.

Bref, c'est un bordel innomable.

Et ça finit, un peu paradoxalement, par coûter nettement plus cher en temps et en énergie à l'enseignant-chercheur qu'un fonctionnement tel que celui présenté dans le cas A.

Parce que:

- nous n'avons pas les moyens d'agir directement sans passer par le service "compétent" (dommage, car dans ce genre de cas, le court-circuit est souvent une méthode efficace et éprouvée).

- la responsabilité est extrêmement diluée au sein d'un service.

- les règles internes de fonctionnement sont, quelle que soit la procédure, même celle qui paraît la plus simple, extrêmement complexes, et doivent absolument être respectées dans leur intégralité.

- le service "compétent" est généralement introuvable, et, quand il l'est, "compétent" est souvent un bien grand mot: donc, au bout d'x temps le problème n'est pas réglé, on doit le resignaler, on ne retombe pas sur la même personne, qui n'a pas fonction à résoudre ce problème ou ne connaît pas la nouvelle procédure, etc. Il faut vraiment avoir la chance de tomber sur quelqu'un qui est à la fois serviable, motivé et qui connaît son boulot (dans ce cas-là, noter son nom et son numéro en gros, ne pas le perdre et espérer qu'il ne demandera pas sa mutation pour dépression dans les 6 mois*).

- en tout état de cause, quand il y a une merde, c'est vers l'enseignant que les élèves se tournent: c'est le seul dont l'adresse et le numéro de téléphone sont clairement indiqués. C'est le seul qui est encore dans son bureau après 18h. C'est lui dont on pense que l'enseignement et ses à-côtés sont son boulot à temps plein.

 

Exemple: au premier semestre, mon collègue et moi avons signalé dès novembre que deux examens avaient été planifiés à la même heure le même jour au mois de février, et qu'un certain nombre d'élèves était inscrit aux deux UE (les joies de l'informatique quand le programme est bien fait).

Le problème, après plusieurs coups de fil, mails, et tentatives désespérées de tomber sur la bonne personne ET d'obtenir une réponse, a finalement été résolu largement une semaine avant l'examen.

Charge aux enseignants, bien sûr, de prévenir les élèves.

Nous avions signalé que le problème existait également pour la session de rattrapage prévue en avril (qu'est-ce qu'on se marre).

Bien évidemment, celui-ci n'a pas été réglé en même temps.

C'est donc la même limonade depuis trois semaines: mails sans réponses, coups de fil type "oui monsieur je m'en occupe tout de suite" ou "ah on a crée une adresse mail spéciale pour résoudre ce genre de problèmes, envoyez un message" (traduction: arrêtez de nous emmerder pendant la sieste), et examens ce samedi, inchangés, toujours à la même heure.

J'en ai profité pour signaler que la même chose se produirait aussi au second semestre avec deux autres UE, mais autant pisser dans un violon.

Et j'ai fini par laisser tomber parce que, à la fin, zob.

 

Mais qui croyez-vous que les élèves paniqués contactent? Qui passe pour un blaireau incapable? Qui vient de passer 3h en trois semaines sur un problème dont la résolution devrait prendre 1 minute? C'est bibi.

 

 

 

 

* Je pense par exemple au secrétaire du département: il vient d'arriver, il ne maîtrise pas tout, mais il est toujours prêt à se renseigner et à vous aider dans vos démarches (pour la partie recherche). Tout le monde l'a bien compris et il est du coup, le "tampon" à emmerdes collectif... je ne sais pas combien de temps il va tenir.

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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postdoc 16/04/2011 17:54



«  Il faut d'ailleurs préciser que la "paperasserie" américaine est extrêmement lourde et complexe - ceux qui viennent de suer deux semaines sur leur avis d'imposition US et les 200 pages de
notice l'accompagnant peuvent en témoigner. »


 


J'en témoigne. La paperasserie américaine est une horreur sans nom, tout du moins au niveau fédéral ou de l'état. À l'échelle de l'université je dirais que c'est plus léger qu'en France où ils
semblent passer leur temps à me demander des documents unutiles, même des certificats militaires …


Il y a aussi un fossé culturel général concernant les dcouments administratifs. Aux USA on a tendance à vous rappeler la loi et bien insister que si vous la violez vous serez derrière les
barreaux pendant très longtemps. Je n'arrive pas à m'habituer à ça et je me sens systématiquement offensé. C'est un peu comme le comportement des policiers américains que je trouve totalement
arrogant et insupportable. Non, avec un être suspicieux et foutre une lampe torche dans les yeux est un comportement qui mérite des baffes. Ça ne semble pas déranger les américains plus que ça.
Fossé culturel disais-je.



mixlamalice 18/04/2011 13:16



Je trouve quand même que le côté "tout le monde est a priori un fraudeur, un profiteur, ou un planqué" est plus développé (dans les comportements comme dans les formalités administratives ou la
politique) chez nous que chez eux... (d. monniaux en parlait récemment, me semble-t-il).