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  • : La vie au labo
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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 10:35

J'ai commis une erreur de jugement. J'ai pêché probablement par facilité, et un peu par fatuité aussi ("moi je suis meilleur, plus motivé et mieux organisé que les autres, ça ne m'arrivera pas").

 

En étant nommé Maître de Conférences, je pensais que mes "temps caractéristiques" allaient augmenter: je savais certes que l'enseignement prendrait beaucoup de temps au début, mais je pensais aussi que j'allais enfin pouvoir mûrir intellectuellement et scientifiquement, prendre un peu de recul et ne plus me forcer à faire des choses dans la simple optique "si tu publies pas dans six mois, t'es mort". Je me disais naïvement que je pourrais retrouver, pendant certaines périodes, le "bon vieux temps" de la thèse, où on me foutait la paix, où je faisais ce qui me plaisait, où j'apprenais plein de trucs, sans penser encore trop à mon dossier de candidature où à mon séminaire à venir pour trouver un labo d'adoption.

 

En fait, c'est exactement le contraire. Je n'ai absolument plus le temps de réfléchir, et même six mois est un horizon beaucoup trop lointain pour que je lui accorde ne serait-ce que quelques secondes.

 

En terme de manipes déjà, c'est au jour le jour, ou plutôt au mois le mois vu le temps que j'y passe.

 

Plus que l'enseignement, c'est surtout la foultitude de tâches - pas forcément inintéressantes d'ailleurs, mais pour lesquelles ma formation est surtout nulle et non avenue- pour lesquelles un Maître de Conférences peut être sollicité, qui empêche de facto d'espérer avoir pour soi un peu de temps à soi pour se poser des questions scientifiquement pertinentes et réfléchir à une manière de les résoudre.

 

Car oui, en ce moment, je passe beaucoup de temps sur mes enseignements, notamment les cours magistraux qu'on m'a refilés sur des sujets que je suis parfois loin de maîtriser: devoir parler relativement intelligemment deux heures sur un sujet sur lequel on a environ deux heures de connaissance, c'est délicat.

 

Mais il y a aussi les surveillances et corrections d'exams, les TPs, répondre aux mails ou coups de fil des étudiants.

 

Il y a remplir des fiches d'enseignements prévisionnelles et autres joyeusetés administratives, notamment en ces temps de profonde réorganisation des établissements d'Enseignement Supérieur en général, et du mien en particulier.

 

Il y a les colloques, workshops et autres congrès parce qu'il faut penser au relationnel.

 

Il y a les jurys de validation de diplôme d'école d'ingénieur qu'on te refile parce que les deux Profs du labo sont l'un en train de consolider nos relations internationales - au Maroc-, l'autre happé par moult commissions dans tous les organismes d'évaluation de la recherche imaginables. Dossier de 150 pages reçu un mois après la date limite, à valider trois jours après l'avoir reçu, aucune information sur ce qu'on attend exactement de toi, changement des règlements administratifs dont personne n'a été informé, etc. Un grand moment de solitude (valorisé paraît-il à hauteur de 4 heures équivalent TDs, usuellement payées en primes avec deux ans de retard).

 

Il y a les rédactions de projets ANR, 40 pages de vent à l'américaine à base de copié-collé, de phrases ronflantes, de jargon administrativo-technique sur les hommes/mois et les prédictions de résultats sur 5 ans, le tout enrobé dans une prose de vendeur d'assurances. On pourrait penser qu'on touche là, malgré mes descriptions peu flatteuses, quand même un peu à la science, mais en fait, je vous assure, pas vraiment: quelques experts bien choisis (qui écrivent leurs projets et en jugent d'autres) associés peuvent vous écrire 5 ANR en 1 mois, et en avoir 3 d'acceptées. 

 

Il y a les réunions pédagogiques, les formations, les réunions scientifiques, les visites de labos.

 

Il y a les imprévus à faire de toute urgence pour avant-hier sans faute.

 

Et quand j'ai la paix une demi-heure, je me dis à quoi bon, suis frappé par la procrastination, et j'écris un article de blog. Ou je réfère un article puisque visiblement, je suis entré dans une base de données récemment, et que je reçois une à deux demandes par mois.

 

Avec tout ça, mes journées sont occupées de 9h à 18h (les jours où il n'y a pas cours du soir), et il m'en reste un peu pour les transports et le week-end. Je n'ai pas le temps de m'emmerder, puisqu'à vrai dire je n'ai pas le temps de penser.

Je suis toujours dans l'urgence, à courir d'un endroit à l'autre. Je bâcle tout, j'ai l'impression de ne maîtriser qu'une partie des tâches qui me sont allouées. Pourtant, tout le monde a l'air content, parce que ce qui compte, c'est d'être très occupé.

C'est un peu comme un vrai métier dans la vraie vie en fait. Bêtement, après 7 ans, je croyais toujours que c'était un peu différent.

 

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Published by mixlamalice - dans La recherche
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commentaires

mixlamalice 22/06/2011 13:38



Marcelo a écrit: " Parmi les leçons que j'ai apprise concernant ma modeste et personnelle expérience: - apprendre à dire non. hormis mon service d'enseignement, je considère que j'ai une liberté
quasi totale, et j'ai dès le départ su user du "non ça ne m'intéresse pas" ou "non, j'ai pas le temps pour ça". On ne me l'a jamais reproché pour l'instant. "


 


Je crois que je vais commencer aussi à dire non, parce que déjà au bout d'un an, les "volontariats" qui ne disent pas leur nom ça commence à me faire chier. trois mois après "en fait c'était à
titre gracieux, parce qu'on n'a pas d'argent" "ah mais moi on m'avait pas trop laissé le choix quand même"...


Donc quand d'un côté on te flique à mort en te demandant de justifier de ton emploi du temps semaine par semaine pour vérifier que tu truandes pas ton service statutaire, et que de l'autre on
t'explique que t'a donné plusieurs demi-journées de cours-tps-démos-surveillances etc "gratos", il me semble que ce n'est pas viable.


Un système ne peut pas être basé sur la "bonne volonté" des EC et en même temps sur l'absence totale de confiance à leur égard (qui fait que les heures sup' de l'année sont payées après le
début du semestre de l'année d'après, le temps que quatre services différents vérifient bien qu'il n'y a pas eu d'arnaque - sauf si bien sûr on est un Prof. haut placé, dans ce cas-là on ne vous
embêtera pas parce que vous avez fait 20h payées 100).


Donc dorénavant, ma question sera bassement: c'est payé? Non? Eh bien dans ce cas tant pis, j'ai pas le temps (parce que déjà que les heures sups en enseignement, c'est pas toujours de gaieté de
coeur, alors les heures à l'oeil...).


J'ai choisi en connaissance de cause un métier pas hyper bien payé, mais je ne suis pas non plus le con de service...



Marcelo 10/12/2010 19:14



Te précédant avec un an de décalage, je m'attendais un peu à ce "billet" de ta part tôt ou tard 


On se prend une bonne gifle. En fait, mon bilan à année + 1, c'est tout simplement qu'on change quasi de boulot. Je ne peux tout simplement plus travailler comme je le faisais en postdoc / thèse.
(comme toi, je porte une regard doré d'ailleurs sur cet période, en particulier le début de la thèse!)


Parmi les leçons que j'ai apprise concernant ma modeste et personnelle expérience:


- apprendre à dire non. hormis mon service d'enseignement, je considère que j'ai une liberté quasi totale, et j'ai dès le départ su user du "non ça ne m'intéresse pas" ou "non, j'ai pas le temps
pour ça". On ne me l'a jamais reproché pour l'instant.


- étaler les cours sur l'année, mais les concentrer sur la semaine. En ce moment, je donne une journée de cours dans la semaine (7h... je sors, je suis lessivé). Mais ensuite j'ai 4 jours plein.
Mes cours sont archi préparé, et mon budget hors présence devant les élèves est minimal (évaluation par un mélange de QCM automatisé, projet en binome/trinome, et un DST court). J'évalue les mes
cours par les élèves à chaque fin de cours, et ils ont l'air satisfait. J'ai aménagé deux trous de 1 mois chacun aussi (hors juillet/aout) où je suis 100% recherche.


- je ne peux plus comme en postdoc/thèse, mener de frond plusieurs "projets" (où je suis porteur, bref où c'est MOI qui fait la recherche). Donc je limite à UN seul (par période de plusieurs
mois).


- je ne bosse plus QUE sur ce qui m'amuse et m'intéresse à la fois (et est utile à la communauté biensûr). Terminé le "publier sur une opportunité thématique pour
gonfler son dossier".


Le plus dur pour moi a été (et reste encore), d'assumer ma "liberté" scientifique, et m'affranchir de la morosité ambiante ainsi que la tendance à transformer un labo et la recherche scientifique
en france en "entreprise" (AERES...)


En fait, j'essaie de retrouver un peu mon état d'esprit de début de thèse, avant qu'on embarque dans une spirale de pressions/publis. C'est chaud !! Mais j'y crois encore un peu.


Essayer de lancer des trucs de fonds, arrêter les "one-shot" papers... C'est le moment ou jamais.



mixlamalice 11/12/2010 11:52



Salut, nouvau commentateur, et merci pour la réponse détaillée. Je vois que ton plan d'action a été déjà bien muri après 1 an.


Quelques points de réponse:


- dire non: j'essaie aussi, et je n'ai pas peur de le faire. Après, on est une petite équipe, qui gère ses enseignements de façon quasi-autonome, donc parfois dire non n'est pas une option, meme
si en théorie je pourrais, puisque mon service est assuré. Quand on est 5 dans un bateau, tu ne peux pas toujours dire démerdez vous sans moi, c'est pas mon problème. Donc quand on me dit deux
jours avant "cette promo je les supporte pas, va faire 3h de cours sur un sujet qui t'est inconnu à ma place", je dis "no way, c'est ton problème". Quand on me dit qu'il faut un gars pour faire
le nombre à un jury et que je suis le seul dispo, je dis oui...


- l'an prochain, je vais gérer moi-meme quelques UE, ca me permettra d'organiser un peu mieux mes horaires, mais je suis assez d'accord sur le fait de regrouper le plus d'enseignements possibles
la meme journée: on est rarement très efficace le reste du temps pour autre chose quand on a une demi-journée d'enseignement.


- a priori, chez nous, septembre et janvier-fevrier sont assez dégagés en enseignements. Pour moi, cette année, ca consiste a prendre un peu d'avance sur les cours a venir, mais à terme j'espere
profiter de ces périodes creuses pour avancer.


_ en terme de recherches, toujours du fait de la petite équipe, je me suis aussi recentré sur un sujet. Comme c'est très différent de ce que j'ai fait jusque la, je suis en quelque sorte en
formation (ralentie a l'extreme mais bon). Etant curieux scientifiquement, ça m'intéresse meme si ce n'est pas forcément ce que je ferais spontanément, mais dans une petite structure on ne peut
pas faire les choses dans son coin comme on peut le faire dans un gros labo. J'essaye de garder contacts avec mes anciens chefs pour développer une activité que je maîtrise mieux aussi. Notre
équipe va prochainement se retrouver "absorbée" par un gros labo avec des moyens, je pense aussi que ça va nous etre très bénéfique. Disons que j'essaye de garder mes contacts en attendant des
jours plus sereins.


 


"En fait, j'essaie de retrouver un peu mon état d'esprit de début de thèse, avant qu'on embarque dans une spirale de pressions/publis. C'est chaud !!"


Pas mieux. En tout cas je savoure de ne pas regarder le calendrier et les ouvertures de poste, et de ne pas passer mes journées à préparer mon dossier de vente candidature, c'est déjà ça. Bon
courage à tous ceux qui passent par la.


A plus



JF 10/12/2010 15:49



Si tu cherches la sortie, tu connais le chemin... Le monde de la recherche est assez international pour que ce soit relativement facile de trouver un job hors de France si vraiment ça ne va pas.
Surtout pour qqn qui a déjà eu plusieurs années d'expérience overseas. Pour tout te dire, je n'en exclus pas la possibilité d'ailleurs, en ce qui me concerne.


Sinon, ben tu vois, ce que je répète depuis un moment : un CDI c'est bien -- mais c'est pas la seule chose bien dans la vie. A choisir entre un bon CDD et un CDI pourri, eh bien... eh bien,
justement. Faut voir.


 


D'aun autre coté ta comparaison est forcément un peu biaisée : post-doc et MC (ou assistant prof, ou lecturer); ben on a beau dire, on a beau se prendre pour le roi du monde quand on est
post-doc, ben c'est pas pareil en vrai... Tu me dirais, "ah, j'en chie depui que je suis plus assistant prof", ce serait mieux comparable. D'ailleurs moi je te le dis, la différence entre Snr
Lecturer et Pr2 en France, c'est pas mal. Le niveau d'emmerdes et de stress n'est pas le même; non plus que la quantité de c***ies qu'on a à faire (je ne parle pas de causer aux étudiants ou meme
de coordonner des enseignement, ça c'est le coeur de métier, je parle de réunions inutiles et de dossiers d'évaluation que personne ne lira...)



mixlamalice 10/12/2010 16:03



Bon, j'en suis pas encore à vouloir me barrer... même, comme je disais, je suis encore un peu dans l'euphorie, malgré des journées où je maugrée à tout va. A dire vrai, je trouve ça encore
intéressant de faire des trucs dont je n'imaginais pas du tout que c'était mon coeur de métier (je te l'accorde, je suis à peu près sûr que d'ici six mois je trouverai ça méga casse-couilles).


Sinon, même à mon humble niveau je trouve que la quantité de conneries annexes et inutiles qu'on nous demande, soit parce que ceux dont c'est le métier ne glandent visiblement rien, soit
parce que justement ils se sentent au contraire investis d'une mission et te harcèlent, est assez hallucinante. Pour revenir à ma putain de fiche prévisionnelle d'enseignement: dans mon
établissement, l'ouverture des UE dépend du nombre d'inscrits. Celui-ci est généralement faible. Du coup, certaines UE n'ouvrent pas, d'autres pas prévues ouvrent, et puis entre temps on te file
une formation d'industriels ou un jury d'ingénieurs... Bref, à 20% près c'est largement imprévisible et donc bullshit. Eh bien on m'a cassé les burnes une heure hier parce que j'avais mis 6h de
cours magistral sur une UE au lieu de 9h de TDs, et parce que j'avais mis mes enseignements hors département dans la mauvaise case du tableau excel...


Après, peut-être que le passage MC-Pr est plus graduel: dans dix ans, je serai probablement trop anesthésié pour me rendre compte que ça fait 5 ans que je n'ai pas mis le pied dans une salle
de manipes. Et j'aurais l'impression qu'écrire les articles en voyant les résultats de très loin est ce que j'ai toujours fait...



postdoc 10/12/2010 15:44



Si tu savais comme j'aimerais avoir tes problèmes ! :) Bon, en fait ce n'est pas totalement vrai. L'administration ne me dérange pas tant que ça en soi si j'ai un poste permanent. En revanche
enseigner, bof, pas trop mon truc. Sinon je regardais les publications de personnes embauchées il y a un certain temps dans mon domaine et pour une bonne partie d'entre elles, il y a une grosse
baisse du taux de publications pendant 3-4 ans suivant l'embauche. Je mets ça sur le côté « je n'ai pas eu de vie depuis mon DEA, je respire un peu, je fais quelques gosses et je découvre la
notion de vacances », mais c'est peut-être autre chose. Je note ce même phénomème aux USA mais avec un certain décalage dû à la tenure-track.



mixlamalice 10/12/2010 15:53



Je pensais un peu ça aussi, mais la techniquement: je n'ai pas l'impression de vivre une année sabbatique. En fait, mes journées sont même largement plus chargées qu'en post-doc ou, à défaut
d'être une flèche, j'étais un chercheur convenable publiant correctement et régulièrement.


La, à part si je me retrouve co-auteur dans des publis de mes deux ex-labos, je ne vois pas très bien comment je pourrais publier en 2011... En 2012, why not, si les rares choses que je peux
faire en ce moment vont dans le bon sens rapidement, mais... et encore, une technicienne (pas super assidue mais c'est déjà ça) bosse pour moi.



JF 10/12/2010 15:11



Bienvenue dans a vraie vie...



mixlamalice 10/12/2010 15:35



C'était ma conclusion aussi, mais on n'y croit pas tant qu'on n'y est pas.


Finalement, si j'avais mieux vécu le côté "no CDI" franco-français, les post-docs de 3 ans renouvelables c'était pas si mal (autre côté franco-français: l'herbe est toujours plus verte ailleurs).
Non, je plaisante, je ne suis ni nostalgique ni dégoutê, je suis même plutôt content. Mais comme dit FSP: "I have the greatest job in the world, but this will not stop me from noting some of the
more puzzling and stressful aspects of my career as a science professor." Surtout que ça évolue très vite en ce moment, dans une direction dont je ne pense pas être fan malgré mon peu
d'expérience.