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  • : Les pensées - j'ose le mot- diverses d'un jeune scientifique ayant obtenu un poste académique à l'Université, après presque trois années en post-doctorat dont deux au fin fond du Massachusetts. Ca parle de science (un peu) mais surtout du "petit monde" de la science. Et aussi, entre autres, de bouffe, de littérature, de musique, d'actualité, etc. Et de ma vie, pas moins intéressante que celle d'un autre.
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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 10:27

Je viens de finir les Compagnons de Jéhu, premier élément de la dernière trilogie romanesque d'Alexandre Dumas (avec les Blancs et les Bleus, qui est une préquelle, et le Chevalier de Sainte-Hermine), écrite de 1857 à 1869, soit quasiment jusqu'à sa mort.

Cette trilogie marque le retour à "l'Histoire de France vue par Dumas" après quelques années de pause suite à la fin de la tétralogie révolutionnaire (Joseph Balsamo, le Collier de la Reine, Ange Pitou, la Comtesse de Charny), et après la séparation d'avec son "fameux" nègre, Auguste Maquet.

 

J'ai bien sûr parlé ici de mon amour pour Alexandre le grand, dont j'ai lu, outre les ouvrages mentionnés ci-dessus, la saga des Trois Mousquetaires (les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, le Vicomte de Bragelonne), la trilogie sur la Renaissance et la chute des Valois (la Reine Margot, la Dame de Monsoreau, les Quarante-Cinq), le Comte de Monte-Cristo, et les Mémoires (1er tome).

 

Mais je crois que je n'avais jamais fait un article "solo" sur cet écrivain génial, l'inventeur du suspense de bas de page, l'homme payé à la page au talent si exceptionnel que n'importe quel amateur de G. Musso ou de F. Guène finira les mille pages du Comte de Monte-Cristo en moins d'un mois, le conteur fantastique qui parviendra à vous vendre ses parties de pêche à Villers-Cotterêts quand il avait sept ans comme le récit d'une aventure incroyable impossible à lâcher avant de l'avoir terminée.

 

Donc, voila, il m'a fallu à peine plus de 15 jours pour finir les Compagnons de Jéhu et ses 600 pages, malgré un emploi du temps chargé qui m'empêchait de consacrer beaucoup de temps à la lecture, et bien que ce soit à mon goût une oeuvre assez mineure du maître.

Mais un Dumas moyen, un peu bordélique, cousu de fil blanc, aux personnages un peu bâclés, reste plus captivant que n'importe quelle bouse du Nouveau Roman

 

Tiens, à ce propos, un hasard étrange du calendrier: La semaine dernière était diffusé l'Autre Dumas sur Canal Plus, justement sur la relation étroite et tumultueuse entre Dumas et Maquet. Le film, un peu gâché par une romance pas très intéressante (je ne suis pas un grand fan du jeu de M. Thierry), présente cependant assez subtilement des anecdotes historiques (les figurines dont Dumas se servait pour écrire trois romans en même temps, sa passion pour la bouffe, son engagement politique, etc).

Il prend plutôt la défense de Maquet, présenté comme pusillanime mais indispensable (et joué par un étonamment sobre Poelvoorde), face à un Dumas en mode "gros con", joué par notre Gégé Depardieu national en roue libre et affublé d'un postiche ridicule. De ce que je sais, le côté "larger than life" du personnage n'est pas forcément usurpé, mais il est ici rendu avec si peu de nuances qu'on se croirait chez Groland.

Indispensable, Maquet ne l'était pas: Dumas a connu le succès, avant, et après leur collaboration. Maquet, seul, a vécu de sa plume, mais n'a rien écrit de "mémorable".

Cependant, il faut admettre que les meilleurs livres de Dumas ont été écrits avec Maquet.

Après avoir lu les Compagnons de Jéhu, je pense que ce que Maquet apportait vraiment, c'était une certaine forme de rigueur: découpage des scènes, plan de l'intrigue, digressions mieux maîtrisées, etc. Dumas, qui faisait toujours 10 choses à la fois, avait besoin d'un "besogneux" pour cadrer sa faconde et, paradoxalement peut-être, lui donner plus de force.

Le Vicomte de Bragelonne, qui marque la fin de leur collaboration, ou les Compagnons de Jéhu sont un joyeux foutoir, où les personnages changent de nom, de titre, d'âge ou de rôle d'un chapitre à l'autre, où les sous-intrigues et les anecdotes se multiplient et les rebondissements arrivent comme un cheveu sur la soupe.

La puissance évocatrice, l'"entertainment", sont toujours là. Mais ce qui fait la force particulière du Comte de Monte-Cristo ou des Trois Mousquetaires, c'est aussi la maîtrise du récit.

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Published by mixlamalice - dans Littérature
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commentaires

régis 15/04/2011 18:04



Henri III préfigure pas mal la Dame de Monsoreau: cadre historique (les derniers Valois), une duchesse de Guise qui anticipe la comtesse de Monsoreau, un galant brave et sympathique
(Saint-Mégrain ->Bussy d'Amboise) un mari jaloux qui le piège (Henri de Guise -> Monsoreau)... et zut, je n'ai pas pu m'empêcher de dire la fin.



mixlamalice 16/04/2011 15:28



Oh, ce n'est pas très grave... à l'époque, les histoires finissaient rarement très bien, surtout les histoires d'amour vues par les romantiques.



régis 15/04/2011 15:26



J'ai un bon souvenir des Compagnons de Jéhu jusqu'à la moitié, il me semble qu'après les préparatifs du 18 brumaire et quelques mots crus limités à la première lettre, histoire d'impressionner le
lectorat, le soufflé retombe et que ça ressemble aux crêpes de feu ma grand-mère, trop épaisses et pas assez cuites.


J'aime énormément la Dame de Monsoreau et le Collier de la reine.


Et puis son théâtre, Henri III et sa cour. Ah, on y croit jusqu'au bout pour Saint-Mégrain. S'en sortira, s'en sortira pas? évidemment, Guise aura le dernier mot, mais quelle fin!



mixlamalice 15/04/2011 15:35



Oui, les Compagnons de Jéhu sont un peu comme un soufflé qui retombe... clairement pas l'un des Dumas qui a le mieux vieilli: on finit par retenir surtout les clichés de l'époque sur l'héroïsme
et la pureté des sentiments amoureux... Dans d'autres oeuvres, celles qui ont tendance à être "interminables", c'est surtout le côté "grandguignol", farce, qui peut parfois finir par prendre
le dessus (certains passages du Vicomte de Bragelonne avant un retour à une relative sobriété vers la fin, les 45...). Mais bon, je lirai quand même les Blancs et les Bleus, un de ces quatre.


Il faut aussi que je lise Henri 3 (qui est en fait la première pièce "romantique" déclenchant la polémique en France, même si Hernani pour sa préface a eu droit à la postérité), et le deuxième
tome des Mémoires. Après, je pense que j'aurai fait le tour des "incontournables".



postdoc 07/04/2011 00:40



J'adore Dumas. D'autant plus que j'adore l'Histoire aussi. Du coup l'Histoire romancée intelligemment comme il savait le faire, que du bonheur. Je me souviens d'avoir dévoré le Comte de
Monte-Cristo. J'ai lu La tulipe noire récemment (librement disponible sur gutenberg pour ceux dotés d'une liseuse électronique), c'est aussi magnifique, bien qu'il tend à écrire à rallonge mais
bon, il fallait bien qu'il gagne sa croûte.



mixlamalice 07/04/2011 09:50



Oui, le côté payé à la page se sent parfois (dans l'ajout d'intrigues complètement subsidiaires qui permettent de tenir 3 chapitres supplémentaires, par exemple)... mais c'est vrai chez tous les
écrivains de l'époque (Balzac, Sue...) à l'exception notable de Hugo (qui était verbeux aussi, mais pas forcément à cause du blé, car il était très bien rémunéré par ses éditeurs).



Jérôme 06/04/2011 10:25



OK merci !



mixlamalice 06/04/2011 10:30



Eh bien de rien. Bonne lecture.



Jérôme 05/04/2011 22:51



Si tu devais conseiller un roman de Dumas pour s'initier à son oeuvre, pour un total débutant comme moi, quel livre choisirais-tu ?



mixlamalice 06/04/2011 09:45



Je dirais le Comte de Monte-Cristo: c'est un livre imposant, mais au bout de 100 pages on est complètement happé par cette histoire de vengeance. Il a aussi le mérite de ne pas faire
partie d'une "série".


Les Trois Mousquetaires est l'autre énorme classique, mais je l'ai trouvé moins prenant que beaucoup d'autres. J'ai en fait largement préféré 20 ans après, la suite. Malheureusement elle est
difficile à lire sans avoir lu les Trois Mousquetaires...